Les surnoms des rois de France : liste complète et origine

Les surnoms des rois de France : la liste complète de Clovis à Louis-Philippe, l'origine de chaque surnom et ceux qui trompent, comme Charles le Simple.

Romain Croisade 7 min

Mis à jour le 1 octobre 2026

Les surnoms des rois de France : galerie de rois avec leurs attributs, enluminure

Presque tous les rois de France portent un surnom : le Pieux, le Bel, le Sage, le Hutin, le Roi-Soleil. Cette liste les donne tous, dans l'ordre des règnes, avec la raison qui les a fait naître — car un surnom est rarement un jugement de l'histoire : c'est un mot de chroniqueur, une flatterie de cour, une moquerie de pamphlet, parfois un contresens devenu scolaire. Chaque nom renvoie à sa biographie quand elle est publiée sur ce site ; la liste de tous les rois de France donne les règnes complets.

Tableau des surnoms, de Clovis à Louis-Philippe#

Roi Règne Surnom D'où il vient
Clovis 481-511 (aucun) Son nom suffit : Chlodovechus, « illustre au combat », devenu Louis
Chilpéric Ier 561-584 le Néron de son temps Formule de Grégoire de Tours, hostile au roi
Dagobert Ier 629-639 le bon roi Dagobert Chanson moqueuse de la fin du XVIIIe siècle, pas du Moyen Âge
Childéric III 743-751 le Fainéant Nom donné par les chroniqueurs carolingiens aux derniers Mérovingiens, pour justifier 751
Pépin le Bref 751-768 le Bref Sa petite taille ; surnom attesté tardivement
Charlemagne 768-814 Charles le Grand Carolus Magnus : la grandeur de l'empire, dès son vivant
Louis Ier 814-840 le Pieux, le Débonnaire Sa dévotion et sa douceur de caractère
Charles II 843-877 le Chauve Peut-être ironique : les enluminures le montrent chevelu
Louis II 877-879 le Bègue Un défaut d'élocution
Charles III 884-888 le Gros Sa corpulence
Eudes 888-898 (aucun) Comte de Paris, défenseur de la ville contre les Normands
Charles III 898-922 le Simple « Simple » = franc, loyal, sans détour
Raoul 923-936 (aucun) Duc de Bourgogne élu roi
Louis IV 936-954 d'Outremer Élevé en Angleterre, « outre-mer », pendant l'exil de sa famille
Lothaire 954-986 (aucun)
Louis V 986-987 le Fainéant Un an de règne, mort de chasse à vingt ans ; dernier Carolingien
Hugues Capet 987-996 Capet De la cape ou chape d'abbé laïc de Saint-Martin de Tours ; la Convention s'en servira pour appeler Louis XVI « Louis Capet »
Robert II 996-1031 le Pieux Fondations d'abbayes, réputation de sainteté
Henri Ier 1031-1060 (aucun)
Philippe Ier 1060-1108 (aucun) Excommunié pour son remariage
Louis VI 1108-1137 le Gros, le Batailleur Son embonpoint à la fin ; trente ans passés à soumettre les seigneurs pillards
Louis VII 1137-1180 le Jeune Sacré du vivant de son père
Philippe II 1180-1223 Auguste Son biographe Rigord : né en août, et il a augmenté le royaume — Bouvines le confirme
Louis VIII 1223-1226 le Lion Son courage militaire, en Angleterre puis contre les albigeois
Louis IX 1226-1270 Saint Louis Canonisé en 1297 : le seul roi de France sur les autels
Philippe III 1270-1285 le Hardi Sa bravoure devant Tunis, à la mort de son père
Philippe IV 1285-1314 le Bel Sa beauté et son visage impassible
Louis X 1314-1316 le Hutin Hutin = querelleur, entêté
Jean Ier 1316 le Posthume Né après la mort de son père, mort à cinq jours
Philippe V 1316-1322 le Long Sa haute taille
Charles IV 1322-1328 le Bel Comme son père et son frère ; dernier Capétien direct
Philippe VI 1328-1350 le Fortuné Ironique : il a gagné la couronne par hasard et perdu Crécy
Jean II 1350-1364 le Bon Bon au sens ancien de vaillant, non de bienveillant
Charles V 1364-1380 le Sage Sa prudence, sa bibliothèque, la reconquête méthodique du royaume
Charles VI 1380-1422 le Bien-Aimé, puis le Fol Adoré à son avènement, frappé de folie à partir de 1392
Charles VII 1422-1461 le Victorieux, le Bien Servi La fin de la guerre de Cent Ans — et le mérite de ses serviteurs
Louis XI 1461-1483 l'universelle araignée, le Prudent Le mot est de ses ennemis bourguignons : il tisse sa toile
Charles VIII 1483-1498 l'Affable Sa courtoisie ; il ouvre les guerres d'Italie
Louis XII 1498-1515 le Père du peuple Titre décerné par les états généraux de Tours en 1506, après ses baisses d'impôts
François Ier 1515-1547 le Père des lettres, le Roi-Chevalier Le mécène de la Renaissance ; le vainqueur de Marignan
Henri II 1547-1559 (aucun)
Charles IX 1560-1574 (aucun) Roi de la Saint-Barthélemy
Henri III 1574-1589 (aucun) Dernier Valois
Henri IV 1589-1610 le Grand, le Vert Galant Décerné par le Parlement en 1610 ; le second est posthume et grivois
Louis XIII 1610-1643 le Juste Né sous le signe de la Balance, le 27 septembre 1601
Louis XIV 1643-1715 le Roi-Soleil, le Grand Choisi par lui-même : il danse en Apollon dans le ballet de la Nuit (1653)
Louis XV 1715-1774 le Bien-Aimé Décerné en 1744, quand la France prie pour sa guérison à Metz — il ne le restera pas
Louis XVI 1774-1792 le Restaurateur de la liberté française Titre voté en 1789 ; en 1792 la Convention le rebaptise « Louis Capet »
Louis XVIII 1814-1824 le Désiré Le mot des royalistes attendant le retour des Bourbons
Charles X 1824-1830 (aucun) Le dernier roi de France et le dernier sacré
Louis-Philippe Ier 1830-1848 le Roi-Citoyen, le Roi-Poire Le premier vient de lui, le second des caricatures de Philipon (1831)

D'où viennent les surnoms ?#

De trois sources, et il faut les distinguer. Les chroniqueurs d'abord : moines de Saint-Denis, Grégoire de Tours, Rigord, Froissart, Commynes, qui fixent un mot en racontant un règne. La cour et les corps constitués ensuite : « le Père du peuple » est voté par des états généraux, « le Grand » décerné à Henri IV par le Parlement de Paris, « le Bien-Aimé » lancé par la France entière en 1744. Les adversaires enfin, et ce sont les plus tenaces : « l'universelle araignée » vient des Bourguignons, « le Roi-Poire » d'un caricaturiste, « le bon roi Dagobert » d'une chanson qui se moque du trône à la veille de la Révolution.

Beaucoup de surnoms sont d'ailleurs postérieurs de plusieurs siècles au roi qu'ils désignent : Pépin n'a pas été appelé « le Bref » de son vivant, et « les rois fainéants » est une formule des vainqueurs carolingiens, reprise sans examen jusqu'à ce que les médiévistes — Régine Pernoud la première — rappellent que ces rois-là régnaient encore, même mal.

Les surnoms qui trompent#

  • Charles le Simple n'est pas un simple d'esprit : simplex veut dire droit, loyal. C'est lui qui règle la question normande en 911.
  • Jean le Bon n'est pas le roi bonhomme : bon signifie brave. Il a été vaillant à Poitiers, et désastreux comme politique.
  • Charles le Chauve l'était peut-être si peu que le surnom serait une plaisanterie de son entourage.
  • Pépin le Bref mesurait sans doute autour d'un mètre soixante-dix : petit par rapport à son fils Charlemagne, qui dépassait les contemporains d'une tête.
  • Louis XV le Bien-Aimé a fini détesté ; le surnom est resté, figé sur l'année 1744.

À retenir

  • Un surnom n'est pas un jugement de l'histoire : c'est un mot de chroniqueur, de cour ou d'adversaire.
  • Trois rois seulement l'ont choisi ou accepté de leur vivant : Charlemagne, Louis XIV, Louis-Philippe.
  • Les surnoms les plus cruels — le Fainéant, le Fol, le Roi-Poire — viennent tous d'un camp politique.
  • Un seul surnom vient de l'Église : Saint Louis, canonisé en 1297.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Grégoire de Tours, Histoire des Francs ; Rigord, Gesta Philippi Augusti ; Commynes, Mémoires — Gallica
  • Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, Seuil, 1977.
  • Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France, Pygmalion (série complète) ; Jean Favier, Dictionnaire de la France médiévale, Fayard, 1993.

Questions fréquentes#

Pourquoi Philippe IV est-il appelé le Bel ?

Pour sa beauté physique, que tous ses contemporains ont notée, et pour son visage impassible : « ni un homme ni une bête, une statue », disait de lui l'évêque Bernard Saisset. Le surnom n'a jamais désigné son caractère.

Que veut dire Charles le Simple ?

« Simple » a ici le sens ancien de franc, droit, sans détour — un éloge, non une moquerie. Charles III (898-922) n'était pas un sot : il a obtenu de Rollon le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911) qui fixe les Normands en Normandie.

Quel roi de France a le surnom le plus célèbre ?

Louis XIV, le Roi-Soleil : un surnom qu'il a choisi lui-même, après le ballet de la Nuit de 1653 où il dansa en Apollon, et qui a organisé toute la symbolique de son règne.

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