Pépin le Bref : biographie du premier roi carolingien (751-768)

Biographie de Pépin le Bref, roi des Francs de 751 à 768 : la déposition de Childéric III, le premier sacre, l'alliance avec le pape, Narbonne, l'Aquitaine.

Romain Croisade 8 min

Mis à jour le 16 octobre 2026

Le sacre de Pépin le Bref par le pape Étienne II à Saint-Denis en 754, enluminure

Fiche

Né vers 714 · Mort le 24 septembre 768, à Saint-Denis · Règne 751-768 (17 ans) · Sacre 751 à Soissons par les évêques ; 28 juillet 754 à Saint-Denis par le pape Étienne II (voir la liste des sacres) · Dynastie Carolingiens (fondateur) · Père Charles Martel, maire du palais · Mère Rotrude · Épouse Bertrade de Laon, dite Berthe au grand pied · Prédécesseur Childéric III (Mérovingien) · Successeurs ses fils Charles (Charlemagne) et Carloman · Surnom le Bref, à cause de sa petite taille · Enterré à Saint-Denis

Soissons, novembre 751. Les grands du royaume franc sont assemblés ; le roi Childéric III, dernier des Mérovingiens, n'y est pas. On l'a tondu — ses longs cheveux, marque du sang royal, sont tombés — et conduit au monastère de Saint-Bertin. À sa place, les grands élèvent sur le pavois Pépin, maire du palais, fils de Charles Martel, et les évêques versent sur sa tête l'huile sainte. Aucun roi franc n'avait été oint. C'est un coup d'État, et c'est la naissance de la royauté sacrée : dans la liste des rois de France, Pépin le Bref ouvre la deuxième dynastie, et tous les rois qui suivront, jusqu'à Charles X, tiendront leur légitimité du geste inauguré ce jour-là.

Avant le trône : le fils de Charles Martel#

Pépin naît vers 714, dans une famille qui gouverne déjà sans régner. Les Pippinides, grands propriétaires entre Meuse et Moselle, tiennent la charge de maire du palais d'Austrasie depuis un siècle ; son grand-père Pépin de Herstal l'a emporté à Tertry (687), son père Charles Martel a arrêté les Arabes à Poitiers (732) et a gouverné, de 737 à 741, sans se donner la peine de nommer un roi. Pépin est élevé à Saint-Denis, l'abbaye qui restera la sienne. À la mort de Charles Martel, en 741, le pouvoir se partage entre ses fils : Carloman reçoit l'Austrasie, Pépin la Neustrie, la Bourgogne et la Provence.

Les deux frères commencent par un geste prudent : en 743, ils tirent d'un monastère un Mérovingien, Childéric III, et le font roi, parce que les grands et les peuples périphériques — Aquitains, Bavarois, Alamans, Saxons — ne reconnaissent que ce sang. Avec l'évêque Boniface, apôtre de la Germanie, ils réforment l'Église franque, mise en coupe réglée par leur père. En 747, Carloman renonce au monde et part pour le Mont-Cassin. Pépin reste seul maître, marié vers 744 à Bertrade de Laon, et père, en 742 ou 747 selon les sources, d'un fils nommé Charles.

Le règne#

La question au pape et le sacre de Soissons (751)#

Vers 750, Pépin envoie à Rome Fulrad, abbé de Saint-Denis, et Burchard, évêque de Wurtzbourg, porteurs d'une question au pape Zacharie : est-il bon que celui qui porte le nom de roi n'en ait pas le pouvoir ? Le pape répond, rapportent les Annales royales, qu'il vaut mieux appeler roi celui qui a la puissance. L'affaire est entendue. Childéric III est déposé, tondu et enfermé ; les grands élisent Pépin à Soissons ; les évêques l'oignent — la tradition veut que ce soit Boniface, sans certitude. Le sacre n'est pas une formalité : il remplace, par la volonté de Dieu, le sang mérovingien que Pépin n'a pas. C'est le premier de la liste que le sacre des rois de France donne en entier.

Le pape à Saint-Denis (754)#

Trois ans plus tard, la papauté vient réclamer sa part de l'accord. Le roi lombard Aistolf a pris Ravenne et menace Rome ; Constantinople ne peut plus rien pour l'Italie. Le pape Étienne II passe les Alpes en plein hiver — première venue d'un pape en Gaule — et rencontre Pépin à Ponthion, en janvier 754. À Quierzy, au printemps, le roi promet de rendre au pape les terres prises par les Lombards. Le 28 juillet 754, dans l'abbatiale de Saint-Denis, Étienne II sacre Pépin, ses fils Charles et Carloman, et la reine Bertrade ; il les fait patrices des Romains, et interdit aux Francs, sous peine d'excommunication, de jamais choisir un roi hors de cette famille. Le rite du sacre, la dynastie, l'alliance de la France avec Rome : tout est fondé en un jour.

Les campagnes d'Italie et la donation (754-756)#

Pépin tient parole. Il descend en Italie en 754 et en 756, assiège Pavie, contraint Aistolf à rendre l'exarchat de Ravenne et la Pentapole, et en remet les clés non à l'empereur de Byzance, qui les réclame, mais à saint Pierre. Cette donation de Pépin est l'origine des États pontificaux, qui dureront jusqu'en 1870. Le pape a désormais un territoire ; le roi des Francs, un allié qui ne dépend plus de personne. Charlemagne et tous les rois Très Chrétiens vivront de cette alliance.

Narbonne, l'Aquitaine, la Bavière (752-768)#

Au sud, Pépin achève l'œuvre de son père : la Septimanie, dernière province arabe au nord des Pyrénées, est reprise cité par cité, et Narbonne tombe en 759 après sept ans de siège. L'Aquitaine, principauté presque indépendante du duc Waïfre, lui prend huit campagnes, de 760 à 768 : chaque été le roi y descend, brûle, assiège, obtient des serments ; en 768, Waïfre est assassiné par les siens, et l'Aquitaine rentre dans le royaume. En Bavière, son neveu Tassilon III lui prête serment à Compiègne (757) puis déserte l'armée royale en 763 — Charlemagne réglera ce compte. Aux Saxons, Pépin impose un tribut. Le royaume qu'il laisse s'étend de la Frise aux Pyrénées.

Gouverner : le roi, l'Église et la monnaie#

Pépin gouverne comme un maire du palais devenu roi : par les assemblées des grands, tenues chaque printemps, et par des capitulaires dont les premiers datent de son règne. Avec Boniface puis Chrodegang, évêque de Metz, il poursuit la réforme de l'Église franque : conciles réguliers, restitution partielle des biens d'Église que Charles Martel avait distribués à ses guerriers, liturgie et chant romains introduits en Gaule, dîme recommandée aux fidèles. Il réforme la monnaie : le denier d'argent, plus lourd et frappé au nom du roi, remplace le sou d'or affaibli et restera la base du système monétaire jusqu'à Saint Louis. Il reconstruit l'abbatiale de Saint-Denis, que son fils achèvera. Rien de spectaculaire, tout de solide : Charlemagne bâtira sur ces fondations.

La cour et les résidences#

La cour de Pépin est encore itinérante, mais elle a ses palais : Compiègne, Quierzy, Attigny, Verberie, sur l'Oise et l'Aisne, et Saint-Denis, qui tient lieu de sanctuaire et de trésor. Le roi y reçoit les ambassades — celle du calife de Bagdad et celle de l'empereur de Constantinople, venues avec des présents, dont un orgue, en 757 — et y tient ses assemblées. Bertrade, la reine sacrée, y exerce un rôle que les reines mérovingiennes n'avaient pas : après la mort de son mari, c'est elle qui négociera les mariages de ses fils.

Mort et succession#

Pépin tombe malade à Saintes, au retour de sa dernière campagne d'Aquitaine, à l'été 768. Il se fait porter à Tours, sur le tombeau de saint Martin, puis à Saint-Denis, où il meurt le 24 septembre 768, à cinquante-quatre ans environ. Il avait réglé sa succession à la manière franque, en partageant : Charles reçoit l'Austrasie, la Neustrie et l'Aquitaine occidentale ; Carloman la Bourgogne, la Provence, l'Alémanie et le reste. Les deux frères se détestent ; Carloman meurt en décembre 771, et Charles prend tout. Pépin est enterré à Saint-Denis — selon une tradition tardive, la face contre terre, devant la porte, en pénitence pour les biens d'Église pillés par son père.

Ce qu'il en reste#

Trois choses, et elles sont considérables. La dynastie : les Carolingiens, qui porteront l'empire et régneront jusqu'en 987. Le sacre : à partir de Pépin, un roi des Francs est un roi oint, qui tient sa couronne de Dieu et non seulement de ses ancêtres — c'est la clé de la royauté française jusqu'à Charles X. L'alliance romaine : les États du pape sont l'œuvre d'un roi franc, et Rome s'en souviendra pendant onze siècles en appelant la France sa fille aînée. Le surnom, lui, n'apparaît qu'après sa mort ; la légende du moine Notker, qui lui fait abattre d'un coup d'épée un lion et un taureau pour faire taire ceux qui riaient de sa taille, dit ce que ses contemporains ont retenu : un petit homme que personne n'a pu arrêter. Le fondateur reste dans l'ombre de son fils, mais sans lui il n'y a pas de Charlemagne.

À retenir

  • 741 : mort de Charles Martel ; Pépin et Carloman maires du palais.
  • 751 : Childéric III déposé ; Pépin élu et sacré à Soissons.
  • 754 : sacre par le pape Étienne II à Saint-Denis ; promesse de Quierzy.
  • 756 : donation de Pépin, origine des États pontificaux ; 759 : prise de Narbonne.
  • 768 : Aquitaine soumise ; mort à Saint-Denis, partage entre Charles et Carloman.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Annales royales des Francs et Continuations de Frédégaire — Gallica
  • Ivan Gobry, Pépin le Bref, Pygmalion, 2001 ; Pierre Riché, Les Carolingiens. Une famille qui fit l'Europe, Hachette, 1983.
  • Michel Rouche, L'Aquitaine des Wisigoths aux Arabes (418-781), Éditions de l'EHESS, 1979.

Questions fréquentes#

Pourquoi Pépin le Bref est-il devenu roi en 751 ?

Parce qu'il avait déjà tout le pouvoir, comme maire du palais, et qu'il ne lui manquait que le titre. Il fit demander au pape Zacharie s'il était bon qu'un roi sans pouvoir portât le nom de roi ; le pape répondit que non. Childéric III fut déposé et tondu, et Pépin élu par les grands à Soissons.

Pourquoi Pépin le Bref a-t-il été sacré deux fois ?

Une première fois en 751 à Soissons, par les évêques francs, pour donner à son élection une caution divine. Une seconde fois le 28 juillet 754 à Saint-Denis, par le pape Étienne II en personne, venu demander son aide contre les Lombards : ce second sacre, étendu à ses fils, interdit aux Francs de choisir un roi hors de sa famille.

Qui a succédé à Pépin le Bref ?

Ses deux fils, Charles et Carloman, qui se partagent le royaume à sa mort en 768. Carloman meurt en 771 et Charles règne seul : c'est Charlemagne.

Comment est mort Pépin le Bref ?

De maladie, au retour de sa dernière campagne d'Aquitaine, le 24 septembre 768, à Saint-Denis, à environ cinquante-quatre ans. Il est enterré dans l'abbaye, où il avait été sacré en 754.

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