Hugues Capet : biographie du fondateur de la dynastie (987-996)

Biographie d'Hugues Capet, élu roi en 987 : ses origines, l'élection de Senlis, le sacre de son fils, sa mort en 996 et la dynastie qu'il fonde.

Romain Croisade 6 min

Mis à jour le 19 septembre 2026

Hugues Capet recevant l'hommage des grands du royaume, enluminure

Fiche

Né vers 940 · Mort le 24 octobre 996, près de Prasville (Beauce) · Règne 987-996 (9 ans) · Sacre 3 juillet 987, à Noyon, par Adalbéron de Reims · Dynastie Capétiens (fondateur) · Père Hugues le Grand, duc des Francs · Mère Hedwige de Saxe, sœur de l'empereur Otton Ier · Épouse Adélaïde d'Aquitaine · Prédécesseur Louis V (Carolingien) · Successeur Robert II le Pieux · Enterré à Saint-Denis

Mai 987. Louis V, vingt ans, meurt d'une chute de cheval à Senlis, sans enfant. Le trône des Francs est vacant et il reste un Carolingien pour le réclamer : Charles, duc de Basse-Lorraine, oncle du défunt. Les grands du royaume se réunissent. L'archevêque de Reims, Adalbéron, prend la parole et, selon le chroniqueur Richer, leur dit ce qu'ils veulent entendre : « La royauté ne s'acquiert pas par droit héréditaire. » Ils élisent Hugues, duc des Francs. Ni lui ni personne ne sait qu'il vient de fonder la plus longue dynastie d'Europe. Il est le premier de la liste des rois de France à porter son nom.

Avant le trône : les Robertiens#

Hugues n'est pas un parvenu. Sa famille, les Robertiens, tient depuis un siècle la marche entre Seine et Loire. Son arrière-grand-père Robert le Fort est mort en 866 en combattant les Vikings ; son grand-oncle Eudes a défendu Paris contre eux en 885 et porté la couronne de 888 à 898 ; son grand-père Robert Ier a régné un an (922-923). Son père, Hugues le Grand, « duc des Francs », a préféré faire et défaire les rois carolingiens plutôt que de régner lui-même.

Hugues hérite en 956, à seize ans, de ce duché qui couvre Paris, Orléans, Senlis, Étampes, et d'un réseau d'abbayes dont il est l'abbé laïc — Saint-Martin de Tours, Saint-Denis, Saint-Germain-des-Prés. Par sa mère, il est neveu de l'empereur Otton Ier. Pendant trente ans, il sert le roi Lothaire tout en veillant à ce que le roi ne devienne jamais assez fort pour se passer de lui.

Le règne#

L'élection de Senlis et le sacre (987)#

Le choix de 987 tient à deux hommes. Adalbéron de Reims veut un roi qui ne soit pas l'ennemi de l'empire : Charles de Lorraine, vassal d'Otton III mais marié à la fille d'un simple chevalier et ancien rebelle, ne convient pas. Et Hugues est déjà le maître du pays entre Seine et Loire, là où se décident les affaires du royaume. Il est sacré à Noyon le 3 juillet 987 — pas encore à Reims, où le rite ne se fixera que sous ses successeurs (voir la cérémonie du sacre).

Le coup de maître : Robert associé au trône (Noël 987)#

Six mois plus tard, Hugues obtient d'Adalbéron le sacre de son fils Robert, à Orléans, le jour de Noël. Le prétexte invoqué est une expédition contre les Sarrasins de Catalogne, qui exige que le royaume ait un second roi en cas de malheur. La vraie raison est simple : transformer une élection en hérédité. Tous les Capétiens jusqu'à Philippe Auguste feront de même. En 1179, quand Louis VII fait sacrer son fils, personne ne se souvient que le trône était électif.

La guerre contre Charles de Lorraine (988-991)#

Le Carolingien ne s'avoue pas vaincu. En 988, il s'empare de Laon, la vieille capitale carolingienne, puis de Reims (989) grâce à la trahison du nouvel archevêque Arnoul, son neveu. Hugues échoue deux fois devant Laon. C'est encore une trahison qui le sauve : l'évêque de Laon, Adalbéron dit Ascelin, livre Charles et sa famille au roi dans la nuit du 29 au 30 mars 991. Charles meurt en prison à Orléans vers 992. Ses fils ne joueront plus aucun rôle. La branche carolingienne de Francie s'éteint sans bruit.

Un roi faible sur un petit domaine#

Le domaine royal d'Hugues Capet est modeste : quelques comtés entre Paris et Orléans, coupés de châteaux qui ne lui obéissent pas. Le duc de Normandie, le comte de Flandre, le duc d'Aquitaine, le comte de Blois sont plus riches que lui. Le roi ne peut ni lever d'impôt sur leurs terres ni y rendre la justice. Mais il a ce qu'aucun d'eux n'a : le sacre, l'onction qui fait de lui l'oint du Seigneur, et la suzeraineté sur tous. Faible en fait, il est unique en droit. Les Capétiens mettront trois siècles à combler l'écart.

Gouverner : l'Église et les grands#

Hugues gouverne avec ce qu'il a : les évêques et les abbés du domaine, qu'il nomme et qui lui doivent tout. L'affaire de Reims montre les limites de ce pouvoir. Ayant destitué l'archevêque Arnoul pour trahison et fait élire Gerbert d'Aurillac, le plus savant homme de son temps, il se heurte au pape, qui refuse la destitution. Hugues tient bon jusqu'à sa mort, mais Gerbert devra finalement céder la place — avant de devenir lui-même pape sous le nom de Sylvestre II en 999.

Pour le reste, le roi fait ce que faisait son père : il négocie, il marie, il attend. Il ne se hasarde jamais au sud de la Loire. Quand il convoque le comte de Périgord pour lui demander « Qui t'a fait comte ? », la réponse, rapportée par la tradition, est : « Qui t'a fait roi ? » Le mot est peut-être apocryphe ; il dit exactement la situation.

Mort et succession#

Hugues meurt le 24 octobre 996, sans doute de la variole, près de Prasville en Beauce, après neuf ans de règne. Il est enterré à Saint-Denis, auprès des Carolingiens et des Mérovingiens, pour marquer la continuité. Robert II, déjà roi depuis neuf ans, lui succède sans qu'aucune voix s'élève. La transmission a fonctionné : c'est la seule chose qu'Hugues ait vraiment réussie, et c'est la plus importante.

Ce qu'il en reste#

Son nom, d'abord. « Capet » n'est pour lui qu'un surnom, dérivé de la cappa de saint Martin dont il est l'abbé ; les rois ne l'ont jamais porté. Il faudra la Révolution pour qu'on l'impose, par dérision, à Louis XVI, jugé et guillotiné sous le nom de « Louis Capet ». La monarchie que fondait Hugues finissait avec son surnom.

Ensuite, une méthode : la primogéniture masculine, le sacre anticipé, la patience. Les Capétiens ne conquièrent pas le royaume, ils l'héritent morceau par morceau, pendant huit siècles. Bainville l'a résumé : les Capétiens ont fait la France parce qu'ils ont duré, et ils ont duré parce que, dès 987, ils ont pensé à leur fils avant de penser à eux-mêmes.

À retenir

  • 987 : élection à Senlis (mai-juin), sacre à Noyon (3 juillet), sacre de Robert à Orléans (25 décembre).
  • 991 : capture de Charles de Lorraine, dernier prétendant carolingien.
  • 996 : mort d'Hugues ; Robert II lui succède sans contestation.
  • Le domaine royal se limite à l'Île-de-France et à l'Orléanais : le roi est le plus faible des grands, mais le seul sacré.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Richer de Reims, Histoire de France (888-995), livre IV — éd. Latouche, Gallica
  • Yves Sassier, Hugues Capet. Naissance d'une dynastie, Fayard, 1987.
  • Laurent Theis, L'Avènement d'Hugues Capet, Gallimard, 1984.

Questions fréquentes#

Pourquoi Hugues Capet a-t-il été élu roi en 987 ?

À la mort de Louis V, dernier Carolingien, sans enfant, les grands réunis à Senlis préfèrent le duc des Francs, le plus puissant d'entre eux, à l'héritier carolingien Charles de Basse-Lorraine, vassal de l'empereur germanique. L'archevêque de Reims Adalbéron emporte la décision.

Pourquoi s'appelle-t-il « Capet » ?

Le surnom n'est attesté qu'au XIe siècle. Il vient sans doute de la cappa, la chape de saint Martin conservée à Tours, dont les Robertiens étaient abbés laïcs. Il n'a jamais servi de nom de famille aux rois.

Qui a succédé à Hugues Capet ?

Son fils Robert II le Pieux, qu'il avait fait sacrer dès Noël 987, six mois après son propre sacre. Cette association du fils aîné au trône sera répétée pendant deux siècles.

Combien de temps la dynastie capétienne a-t-elle régné ?

De 987 à 1848 par ses branches successives : Capétiens directs jusqu'en 1328, Valois jusqu'en 1589, Bourbons puis Orléans jusqu'en 1848. Les prétendants actuels en descendent encore.

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