Les Bourbons (1589-1848) : d'Henri IV à Louis-Philippe, l'apogée et la chute de la monarchie

Les Bourbons d'Henri IV à Charles X, puis Louis-Philippe (1589-1848) : Versailles, la Révolution, la Restauration. L'apogée et la chute de la monarchie.

Romain Croisade 8 min

Mis à jour le 28 octobre 2026

Henri IV, Louis XIV et Louis XVI sous le manteau fleurdelisé des Bourbons, enluminure

Fiche

Période 1589-1792 et 1814-1830 ; Orléans 1830-1848 · Fondateur Henri IV · Dernier roi de France Charles X ; dernier roi, Louis-Philippe · Rois sept, plus Louis XVII et Louis-Philippe · Capitale Paris, puis Versailles (1682-1789), puis Paris · Ce qui commence la paix religieuse, la monarchie absolue, Versailles, la France première puissance d'Europe · Ce qui finit la Révolution renverse le trône, la Restauration le relève, 1830 et 1848 l'abattent

Le 2 août 1589, un cousin au vingt-deuxième degré du roi mort devient roi de France, et il est protestant. Deux cents ans plus tard, son descendant est décapité sur une place de Paris. Entre les deux, la France a été la première puissance du monde, a bâti Versailles, fixé sa langue, ses frontières et ses lois, rayonné sur toute l'Europe. Les Bourbons sont la dynastie du sommet : ils ont porté la monarchie capétienne à son point le plus haut, et c'est de ce point qu'elle est tombée. La dernière dynastie de la liste des rois de France est celle qu'on connaît le mieux, et souvent le plus mal.

D'où viennent les Bourbons#

De Robert de Clermont (1256-1317), sixième fils de Saint Louis, marié à l'héritière de la seigneurie de Bourbon en Bourbonnais. Ses descendants sont ducs de Bourbon, connétables — dont celui qui trahit François Ier en 1523 —, puis, par le mariage d'Antoine de Bourbon avec Jeanne d'Albret (1548), rois de Navarre. Leur fils Henri est le premier prince du sang en 1584, à la mort du dernier frère d'Henri III. La loi salique, qui avait servi contre l'Angleterre, joue cette fois en faveur d'un cousin lointain : c'est le sang mâle qui compte, pas la proximité.

Les rois, dans l'ordre#

Henri IV (1589-1610). Le fondateur : neuf ans pour conquérir son royaume, l'abjuration (1593), le sacre à Chartres (1594), l'édit de Nantes et la paix de Vervins (1598), douze ans de redressement avec Sully, le poignard de Ravaillac. Le roi le plus aimé — voir sa biographie.

Louis XIII (1610-1643). Roi à huit ans sous la régence de Marie de Médicis, il prend le pouvoir en faisant tuer Concini (1617), appelle Richelieu (1624) et le soutient contre sa mère, sa femme, son frère et les grands : La Rochelle prise (1628), la journée des Dupes (1630), l'entrée dans la guerre de Trente Ans contre les Habsbourg (1635). Pieux, mélancolique, brave — il consacre la France à la Vierge en 1638 —, il meurt à quarante et un ans, cinq mois après son ministre.

Louis XIV (1643-1715). Le Roi-Soleil : la Fronde à dix ans, le gouvernement personnel à vingt-deux, Colbert, Louvois, Vauban, quatre guerres, Strasbourg et Lille, Versailles en 1682, la révocation de l'édit de Nantes (1685), les deuils de 1711-1712, la mort après soixante-douze ans de règne — voir sa biographie.

Louis XV (1715-1774). Arrière-petit-fils du précédent, roi à cinq ans : la Régence de Philippe d'Orléans et le système de Law, le cardinal de Fleury et vingt ans de paix, Fontenoy (1745), la Pompadour, la guerre de Sept Ans et la perte du Canada (1763), la Lorraine (1766) et la Corse (1768) gagnées, le coup de Maupeou contre les Parlements (1771). Le « Bien-Aimé » de 1744 meurt détesté, de la petite vérole.

Louis XVI (1774-1792). Vingt ans, bien intentionné, entouré de ministres réformateurs qu'il ne soutient pas jusqu'au bout — Turgot, Necker, Calonne. La victoire américaine (1783) coûte le Trésor ; les Parlements bloquent toute réforme fiscale ; les États généraux (mai 1789) échappent au roi en six semaines. Bastille, octobre, Varennes (1791), le 10 août 1792 : déposé, jugé, guillotiné le 21 janvier 1793. Sa femme Marie-Antoinette le suit en octobre ; son fils Louis XVII meurt au Temple en 1795.

Louis XVIII (1814-1824). Le frère cadet, revenu après vingt-trois ans d'exil, donne la Charte (1814), fuit aux Cent-Jours, revient derrière les alliés, tient contre les ultras et les libéraux, et meurt sur le trône — le dernier roi de France à qui cela arrive.

Charles X (1824-1830). Le dernier frère, sacré à Reims (1825), prend Alger (1830), puis signe les ordonnances de juillet qui suspendent la liberté de la presse et dissolvent la Chambre : trois jours d'émeute, les Trois Glorieuses, et l'abdication. Il meurt en exil à Görz en 1836.

Louis-Philippe (1830-1848). Le cousin d'Orléans, fils du régicide Philippe Égalité, accepte le trône que la Chambre lui offre, « roi des Français » et non de France, sous le drapeau tricolore. Dix-huit ans de prospérité bourgeoise, d'attentats et d'émeutes, jusqu'à la révolution de février 1848, qui le chasse en trois jours. Il meurt en Angleterre en 1850.

Les grands moments#

  • 1598 : l'édit de Nantes, la paix religieuse ; 1685 : sa révocation.
  • 1624-1642 : Richelieu, l'État contre les grands et les Habsbourg.
  • 1661 : Louis XIV gouverne seul ; 1682 : Versailles.
  • 1713 : Utrecht, la France intacte après la plus dure des guerres.
  • 1763 : la perte de l'empire colonial.
  • 1789-1793 : la Révolution, le régicide.
  • 1814-1830 : la Restauration, la Charte, le dernier sacre.
  • 1830, 1848 : les deux révolutions qui achèvent la royauté.

Les femmes de la dynastie#

Marie de Médicis, régente exilée par son fils ; Anne d'Autriche, régente qui sauve le trône de son fils pendant la Fronde ; Marie-Thérèse, l'épouse effacée de Louis XIV, puis La Vallière, Montespan, Maintenon ; Marie Leszczynska, la Pompadour, la du Barry ; Marie-Antoinette, dont la légèreté de jeunesse a coûté cher et dont la mort a été un martyre ; Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, guillotinée ; Madame Royale, seule survivante du Temple ; la duchesse de Berry, mère de l'« enfant du miracle » ; Marie-Amélie, dernière reine des Français. Les Bourbons ont eu des reines espagnoles, autrichiennes, polonaises, italiennes : la dynastie est la plus européenne de toutes.

Les lieux#

Versailles, de Louis XIII à Louis XVI ; Saint-Germain-en-Laye, berceau de Louis XIV ; le Louvre et les Tuileries, d'Henri IV à Louis-Philippe ; Fontainebleau, Compiègne, Marly, Choisy, Rambouillet ; le Temple et la Conciergerie ; la chapelle expiatoire ; Saint-Denis, profanée en 1793 et où Louis XVIII fait ramener les restes de son frère ; Reims pour le dernier sacre ; Pau, Nérac, où Henri IV a grandi ; Hartwell, Görz, Claremont, les châteaux de l'exil.

Comment la dynastie gouvernait#

Par le roi seul, en conseil, avec des ministres qu'il choisit et révoque ; par les intendants dans les provinces ; par une armée et une marine permanentes ; par une cour qui tient la noblesse ; par l'Église gallicane, protégée et surveillée. La monarchie absolue n'est pas arbitraire : elle est bornée par les lois fondamentales, les Parlements, les privilèges des provinces et des corps, et par la conscience du roi. C'est cette limite — les Parlements — qui, refusant l'égalité devant l'impôt, a rendu la réforme impossible et la Révolution possible. La Restauration essaie une autre formule, la monarchie selon la Charte, roi et Chambres : elle tient seize ans.

Comment la dynastie s'achève#

Trois fois. En 1792, par la Révolution : le roi déposé, jugé, exécuté — la rupture que Maistre appelle un crime et un châtiment. En 1830, par la faute de Charles X, qui a voulu revenir sur la Charte et a perdu Paris en trois jours. En 1848, par surprise : Louis-Philippe, qui croyait avoir réconcilié la monarchie et la Révolution, est renversé par une émeute que personne n'avait prévue. La branche aînée s'éteint en 1883 avec le comte de Chambord, qui a refusé le drapeau tricolore ; la branche d'Orléans et la branche d'Espagne se disputent depuis l'héritage.

Ce qu'il en reste#

La France dans ses frontières du nord et de l'est ; l'État tel qu'il fonctionne encore — ministères, intendants devenus préfets, Code Louis devenu Code civil ; Versailles et le classicisme ; le français langue de l'Europe pendant deux siècles ; l'Amérique indépendante, l'Algérie française. Et une question que Bainville pose et que le site reprend : la France a-t-elle gagné à changer de régime en 1792 ? Les frontières de 1815 sont celles de 1789, moins la Belgique et la rive gauche du Rhin que la Révolution avait conquises et perdues ; la marine est détruite ; l'Angleterre est maîtresse du monde. Les Bourbons ont fait la France grande ; ce qui a suivi l'a faite moins grande.

À retenir

  • 1589-1610 : Henri IV fonde la dynastie et fait la paix.
  • 1610-1715 : Louis XIII et Louis XIV, Richelieu, Mazarin, Colbert — l'apogée.
  • 1715-1774 : Louis XV, la France des Lumières, la perte des colonies.
  • 1774-1793 : Louis XVI, la Révolution, le régicide.
  • 1814-1830 : Louis XVIII et Charles X, la Restauration.
  • 1830-1848 : Louis-Philippe, roi des Français, dernier roi.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Saint-Simon, Mémoires ; Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe — Gallica
  • Jacques Bainville, Histoire de France, chap. X-XVIII.
  • Jean-Christian Petitfils, Louis XVI, Perrin, 2005 ; Emmanuel de Waresquiel, Histoire de la Restauration, Perrin, 1996.

Questions fréquentes#

Qui sont les Bourbons ?

La branche des Capétiens issue de Robert de Clermont, sixième fils de Saint Louis, devenu sire de Bourbon par mariage en 1272. Trois siècles plus tard, son descendant Henri de Navarre hérite de la couronne à la mort du dernier Valois (1589). Les Bourbons règnent jusqu'en 1792, puis de 1814 à 1830 ; la branche d'Orléans de 1830 à 1848. Ils règnent encore en Espagne et au Luxembourg.

Combien de rois Bourbons ?

Sept rois de France — Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, Louis XVIII, Charles X — plus Louis XVII, roi de droit jamais couronné, et Louis-Philippe, de la branche d'Orléans, roi des Français.

Pourquoi les Bourbons sont-ils tombés en 1792 ?

Parce que la monarchie, endettée par les guerres et paralysée par les Parlements, n'a pas pu se réformer ; parce que Louis XVI, honnête et hésitant, n'a pas voulu faire tirer sur son peuple ; et parce que la Révolution, une fois lancée, a voulu la fin du roi plus que la réforme de l'État.

Existe-t-il encore des Bourbons ?

Oui : les Bourbons d'Espagne, dont le roi Felipe VI, les Bourbons-Parme, les Bourbons des Deux-Siciles, et en France la maison d'Orléans (le comte de Paris) et la branche aînée espagnole (le duc d'Anjou), qui se disputent l'héritage des rois.

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