Henri IV : biographie du roi qui a rendu la paix à la France (1589-1610)

Biographie d'Henri IV (1589-1610) : la Saint-Barthélemy, Ivry, l'abjuration, l'édit de Nantes, Sully, l'assassinat par Ravaillac. Le premier Bourbon.

Romain Croisade 7 min

Mis à jour le 17 octobre 2026

Henri IV à cheval, panache blanc au casque, entrant dans Paris, enluminure

Fiche

Né le 13 décembre 1553, au château de Pau · Mort le 14 mai 1610, à Paris · Règne 1589-1610 (21 ans) ; roi de Navarre depuis 1572 · Sacre 27 février 1594, à Chartres · Dynastie Bourbons (fondateur) · Père Antoine de Bourbon · Mère Jeanne d'Albret, reine de Navarre · Épouses Marguerite de Valois (1572, annulé en 1599), Marie de Médicis (1600) · Prédécesseur Henri III · Successeur Louis XIII · Enterré à Saint-Denis

Le 1er août 1589, à Saint-Cloud, Henri III agonise, poignardé par un moine. Il fait venir Henri de Navarre, son cousin et son héritier, le protestant que la moitié de la France refuse d'avance, et lui dit devant les grands : « Je suis bien aise de vous voir. Le royaume est à vous. » Puis il meurt. Le nouveau roi a trente-cinq ans, une armée qui fond — les catholiques royaux le quittent le lendemain — et tout à conquérir : Paris, le sacre, la foi de ses sujets. Neuf ans plus tard, il aura tout, et la paix en plus. Le premier Bourbon est le roi le plus aimé de l'histoire de France ; il l'a mérité.

Avant le trône : le Béarnais#

Henri naît à Pau en 1553, petit-fils de Marguerite de Navarre, la sœur de François Ier, et descendant de Saint Louis par Robert de Clermont. Sa mère Jeanne d'Albret, calviniste ardente, l'élève dans la Réforme ; son père Antoine, indécis, meurt au siège de Rouen en 1562. À la mort de Jeanne (juin 1572), Henri est roi de Navarre et premier prince du sang. Six jours après son mariage avec Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, la Saint-Barthélemy (24 août 1572) massacre ses amis dans le Louvre ; il abjure sous la menace et reste quatre ans prisonnier de la cour. Il s'échappe en février 1576, redevient protestant et chef du parti, et apprend la guerre en Guyenne. Coutras (20 octobre 1587) est sa première grande victoire : il y pleure les morts de l'autre camp. En 1584, la mort du duc d'Anjou a fait de lui l'héritier du trône ; la Ligue catholique, avec l'Espagne, jure qu'il ne régnera jamais.

Le règne#

Conquérir son royaume (1589-1594)#

Il ne tient d'abord que quelques villes. Arques (septembre 1589) puis Ivry (14 mars 1590) — « Ralliez-vous à mon panache blanc », mot que la tradition lui prête — battent le duc de Mayenne, chef de la Ligue. Le siège de Paris (1590) échoue : les Espagnols de Farnèse le forcent à lever le camp, et Henri fait passer des vivres aux assiégés affamés. La guerre s'enlise. Le roi comprend que la Ligue tient par la religion, pas par les armes : le 25 juillet 1593, à Saint-Denis, il abjure le protestantisme. Le 27 février 1594, faute de Reims tenu par la Ligue, il est sacré à Chartres avec une huile venue de l'abbaye de Marmoutier. Le 22 mars, Paris lui ouvre ses portes sans un coup de feu ; il laisse partir la garnison espagnole en la saluant. Le pape Clément VIII l'absout en septembre 1595. Ville après ville, les ligueurs se rallient — Henri les achète, à prix d'or : « Il m'en a coûté plus pour les avoir que pour les combattre. »

La paix (1598)#

Restait l'Espagne, en guerre ouverte depuis 1595 (Fontaine-Française), et les protestants, inquiets d'être oubliés. Le printemps 1598 règle tout : l'édit de Nantes (avril) (expliqué ici) donne aux réformés la liberté de conscience, un culte limité mais garanti, des places de sûreté ; la paix de Vervins (2 mai) rend à la France ses frontières de 1559. Après trente-six ans de guerre civile, le royaume peut respirer.

Douze ans de redressement (1598-1610)#

Sully, huguenot, compagnon d'armes, surintendant des finances, remet l'État sur pied : les dettes renégociées, la taille réduite, le Trésor plein — plus de dix millions de livres en réserve à la Bastille en 1610. La paulette (1604) rend les offices héréditaires contre une taxe et attache la noblesse de robe au roi. Les routes, les ponts, le canal de Briare, la soierie à Lyon, Olivier de Serres et son Théâtre d'agriculture : « labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ». Paris se couvre de chantiers : le Pont-Neuf achevé, la place Royale, la place Dauphine, la Grande Galerie du Louvre. Le traité de Lyon (1601) rattache la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex. Le roi a aussi des ennemis intérieurs : le maréchal de Biron, qui conspire avec l'Espagne, est décapité en 1602.

Gouverner : le roi et ses sujets#

Henri IV gouverne en homme qui a fait la guerre vingt ans : vite, à cheval, en parlant à tout le monde. Il écrit des milliers de lettres, de sa main, drôles et brèves. Il tient les Parlements d'une phrase, les protestants par la parole donnée, les catholiques par la messe, les grands par les pensions. La légende de la « poule au pot », rapportée cinquante ans plus tard par Hardouin de Péréfixe, dit vrai sur l'intention : ce roi voulait que le paysan mange. Ses défauts sont connus, parce qu'il ne les cachait pas — le jeu, les femmes, Gabrielle d'Estrées qu'il faillit épouser, Henriette d'Entragues à qui il promit le mariage par écrit. Le mariage avec Marie de Médicis (1600) donne un dauphin en 1601 et met fin à quarante ans d'incertitude dynastique.

Le roi et l'Église#

L'ancien huguenot devient un roi catholique attentif : les jésuites, expulsés après l'attentat de Jean Châtel (décembre 1594), sont rappelés en 1603 ; le père Coton est son confesseur ; il soutient la réforme des ordres et la fondation de couvents. Il tient à la fois l'édit de Nantes et l'orthodoxie du royaume : la coexistence, pas l'indifférence. C'est cet équilibre que Ravaillac, persuadé que le roi trahissait l'Église, ne pouvait comprendre.

La cour et les résidences#

Une cour simple et bruyante, où le roi joue avec ses enfants — légitimes et bâtards élevés ensemble à Saint-Germain-en-Laye. Fontainebleau, agrandi ; le Louvre, prolongé jusqu'aux Tuileries ; l'Arsenal, où loge Sully. Pas d'étiquette : le roi mange vite, chasse beaucoup, se moque de lui-même. Les ambassadeurs s'étonnent qu'on puisse lui parler.

Mort et succession#

Au printemps 1610, Henri IV prépare une guerre contre les Habsbourg pour la succession de Clèves et de Juliers. Il fait couronner Marie de Médicis à Saint-Denis le 13 mai, pour qu'elle puisse gouverner en son absence. Le 14, vers quatre heures, son carrosse s'arrête rue de la Ferronnerie, bloqué par des charrettes. François Ravaillac monte sur la roue et frappe deux fois. Le roi meurt avant d'arriver au Louvre. Louis XIII a huit ans ; la régente est Marie de Médicis. Le peuple de Paris pleure dans les rues : la seule fois, peut-être, où la mort d'un roi de France a été un deuil de tout le royaume.

Ce qu'il en reste#

La paix religieuse, d'abord, à laquelle aucun État d'Europe n'était encore parvenu. Un royaume remis debout en douze ans. Une dynastie, celle des Bourbons, qui régnera deux siècles. Et un souvenir : le seul roi dont la statue, abattue en 1792, fut relevée par souscription en 1818, sur le Pont-Neuf où elle est toujours. Bainville écrit qu'Henri IV a « refait la France » avec les moyens de Louis XI — l'argent, le pardon, la patience — et le cœur en plus. Que la Révolution ait laissé sa légende intacte, alors qu'elle profanait sa tombe, dit ce qu'il fut.

À retenir

  • 1572 : mariage avec Marguerite de Valois (18 août), Saint-Barthélemy (24 août).
  • 1589 : Henri III le désigne pour successeur en mourant (1er-2 août).
  • 1590 : Ivry (14 mars). 1593 : abjuration à Saint-Denis (25 juillet). 1594 : sacre à Chartres (27 février), entrée à Paris (22 mars).
  • 1598 : édit de Nantes (avril), paix de Vervins (2 mai).
  • 1610 : assassiné rue de la Ferronnerie (14 mai).

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Recueil des lettres missives de Henri IV, éd. Berger de Xivrey — Gallica
  • Jean-Pierre Babelon, Henri IV, Fayard, 1982.
  • Jacques Bainville, Histoire de France, chap. X.

Questions fréquentes#

Pourquoi Henri IV a-t-il changé de religion ?

Élevé calviniste par sa mère Jeanne d'Albret, il a abjuré une première fois sous la contrainte après la Saint-Barthélemy (1572), puis librement à Saint-Denis le 25 juillet 1593 : roi de France depuis quatre ans, il ne pouvait ni entrer dans Paris ni être sacré tant qu'il restait protestant. La formule « Paris vaut bien une messe » n'est attestée que douze ans après sa mort.

Qu'est-ce que l'édit de Nantes ?

Signé en avril 1598, il accorde aux protestants la liberté de conscience, la liberté de culte là où il existait déjà, l'égalité civile, des chambres de justice mixtes et, pour huit ans, une centaine de places de sûreté. Il met fin à trente-six ans de guerres de Religion. Louis XIV le révoquera en 1685.

Comment est mort Henri IV ?

Poignardé dans son carrosse, rue de la Ferronnerie à Paris, le 14 mai 1610, par François Ravaillac, un catholique exalté persuadé que le roi allait faire la guerre au pape. Ravaillac a toujours affirmé avoir agi seul ; il fut écartelé en place de Grève.

Qui a succédé à Henri IV ?

Son fils Louis XIII, huit ans et demi, sous la régence de sa mère Marie de Médicis, couronnée reine la veille de l'assassinat.

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