Bataille de Bouvines (27 juillet 1214) : le dimanche qui a fait la France

Bouvines, 27 juillet 1214 : Philippe Auguste bat Otton IV et la coalition de Jean sans Terre. Contexte, déroulement, prisonniers et conséquences.

Romain Croisade 5 min

Mis à jour le 15 septembre 2026

Philippe Auguste à cheval au milieu de la mêlée de Bouvines, enluminure

Fiche

Date dimanche 27 juillet 1214 · Lieu Bouvines, entre Lille et Tournai, sur la Marque · Camps Philippe Auguste, roi de France, contre l'empereur Otton IV, Ferrand comte de Flandre, Renaud comte de Boulogne et les Anglais de Guillaume de Salisbury, pour le compte de Jean sans Terre · Effectifs environ 7 000 Français, 8 000 à 9 000 coalisés · Issue victoire française décisive ; Otton en fuite, Ferrand et Renaud prisonniers · Source Guillaume le Breton, chapelain du roi, témoin

Le 27 juillet 1214 est un dimanche, jour du Seigneur, où l'on ne se bat pas. Philippe Auguste, qui bat en retraite vers Lille avec son armée, apprend que l'empereur Otton IV le talonne et va tomber sur son arrière-garde au passage du pont de Bouvines. Il fait demi-tour, entend la messe dans une chapelle, mange un morceau de pain trempé dans du vin, et dit à ses chevaliers, selon Guillaume le Breton, qu'ils portent la couronne avec lui. À trois heures de l'après-midi, la bataille est gagnée. La France sort de ce dimanche comme d'un sacre.

Le contexte : la revanche de Jean sans Terre#

Depuis la perte de la Normandie (1204), Jean sans Terre prépare sa revanche. Il achète l'alliance de son neveu Otton IV, empereur en lutte contre le pape, et celle des grands vassaux du nord que Philippe a humiliés : Ferrand, comte de Flandre, à qui le roi a pris Aire et Saint-Omer, et Renaud de Dammartin, comte de Boulogne, dépossédé. Le plan est une tenaille : Jean débarque à La Rochelle et remonte par le Poitou, Otton et les Flamands descendent par le nord ; Paris entre les deux. Le prince Louis brise la branche sud à La Roche-aux-Moines, près d'Angers, le 2 juillet ; Jean s'enfuit sans combattre. Reste le nord, où Philippe a rassemblé ses chevaliers, ses sergents et les milices des communes de Picardie — Corbie, Amiens, Beauvais, Compiègne, Arras — sous leurs bannières.

Le déroulement#

Philippe a ravagé la Flandre puis, se sachant inférieur en nombre, se replie vers Lille. Le 27 au matin, son armée traverse le pont de Bouvines ; l'arrière-garde, sous le vicomte de Melun et Guérin, évêque élu de Senlis, ancien hospitalier et vrai chef d'état-major du roi, est attaquée. Guérin persuade le roi de faire face plutôt que d'être pris en désordre. L'armée se déploie sur le plateau, le soleil dans le dos, la Marque derrière : trois corps de bataille, le roi au centre sous l'oriflamme rouge de Saint-Denis et la bannière aux fleurs de lys.

À droite, les Bourguignons et les Champenois chargent les Flamands de Ferrand : trois heures de combat, le comte blessé, désarçonné, pris. Au centre, l'infanterie impériale enfonce les milices communales et parvient jusqu'au roi : des piétons allemands crochètent Philippe avec leurs piques, le jettent à terre ; sa cuirasse résiste, ses chevaliers Pierre Tristan et Guillaume des Barres le dégagent. Le roi remonte à cheval. La contre-charge française atteint Otton lui-même ; son cheval est tué sous lui, il fuit sur un autre, abandonnant l'aigle impériale et le dragon de son char. À gauche, Renaud de Boulogne résiste jusqu'au soir, retranché dans un cercle de piquiers d'où il sort pour charger ; il est pris le dernier, avec Guillaume de Salisbury. Vers le soir, Philippe fait sonner la retraite pour ne pas poursuivre dans la nuit. Les morts sont peu nombreux chez les chevaliers, qu'on capture pour la rançon ; ils sont nombreux chez les piétons, qu'on égorge.

Pourquoi ce résultat#

La cohésion, d'abord : l'armée du roi obéit à un seul chef et ses corps se secourent ; celle de la coalition juxtapose trois princes et trois desseins. Le terrain, ensuite, choisi par Guérin, et le soleil dans les yeux des Allemands. La chevalerie française, enfin, qui a chargé quand il fallait et tenu quand il fallait, autour d'un roi qu'on a vu à terre et qui s'est relevé.

Les conséquences#

Elles sont immenses pour une bataille d'une après-midi. Otton IV perd l'empire, que le pape donne à Frédéric II. Jean sans Terre, ruiné, rentre en Angleterre affronter ses barons, qui lui imposent la Grande Charte en 1215 ; la Normandie et l'Anjou sont françaises pour toujours. Ferrand de Flandre passe douze ans enchaîné dans la tour du Louvre ; Renaud de Boulogne meurt en prison en 1227. Le roi fonde près de Senlis l'abbaye de la Victoire. Et Paris, selon le chroniqueur, fait la fête sept jours et sept nuits : les écoliers dansent, les rues sont tendues de draps, les cloches sonnent. Pour la première fois, une victoire du roi est vécue comme celle du pays. Georges Duby a montré que Bouvines, très vite, devient un récit fondateur — le jugement de Dieu en faveur du roi de France.

Vrai ou faux#

Philippe Auguste a posé sa couronne sur l'autel en disant aux chevaliers de la prendre s'ils s'en jugeaient plus dignes. C'est Guillaume le Breton qui le rapporte, dans sa version en vers, la Philippide ; la version en prose est plus sobre. Le geste est vraisemblable, le discours est arrangé. Le roi a failli mourir : cela, en revanche, est certain, et tous les témoins le disent.

À retenir

  • 27 juillet 1214, un dimanche, entre Lille et Tournai.
  • Philippe Auguste bat Otton IV, Ferrand de Flandre et Renaud de Boulogne, alliés de Jean sans Terre.
  • Le roi est désarçonné et sauvé ; l'empereur s'enfuit ; les deux comtes sont pris.
  • Conséquences : la Normandie définitivement française, la Grande Charte en Angleterre, Frédéric II empereur.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Guillaume le Breton, Gesta Philippi Augusti et Philippide — Gallica
  • Georges Duby, Le Dimanche de Bouvines, Gallimard, 1973.
  • Dominique Barthélemy, La Bataille de Bouvines. Histoire et légendes, Perrin, 2018.

Questions fréquentes#

Qui a gagné la bataille de Bouvines ?

Le roi de France Philippe Auguste, contre l'empereur Otton IV, le comte de Flandre Ferrand et le comte de Boulogne Renaud, alliés de Jean sans Terre. L'empereur s'est enfui ; les deux comtes ont été faits prisonniers.

Pourquoi Bouvines est-elle si importante ?

Elle confirme la conquête de la Normandie et des terres Plantagenêt, ruine la coalition montée par Jean sans Terre, fait perdre l'empire à Otton IV et donne au roi de France, pour la première fois, une victoire ressentie comme celle de tout le royaume. Bainville y voit une des journées fondatrices de la France.

Où se trouve Bouvines ?

Dans le Nord, entre Lille et Tournai, sur la petite rivière de la Marque. Une église du XIXe siècle y raconte la bataille en vingt et un vitraux.

Combien de combattants à Bouvines ?

Environ 7 000 hommes côté français, dont 1 300 chevaliers, contre 8 000 à 9 000 pour la coalition, dont 1 500 chevaliers. Chiffres approximatifs, comme toujours au Moyen Âge.

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