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  <title>Rois de France</title>
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  <description>Blog d'histoire consacré aux rois de France : biographie de chaque roi, dynasties mérovingienne, carolingienne, capétienne, Valois et Bourbon, batailles, sacre, châteaux et vie de cour, reines et ministres.</description>
  <language>fr</language>
  <lastBuildDate>Wed, 28 Oct 2026 09:06:18 +0000</lastBuildDate>
  <item>
    <title>Anne de Bretagne : deux fois reine de France (1477-1514)</title>
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    <pubDate>Wed, 28 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Reines, régentes et favorites</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/anne-de-bretagne.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Anne de Bretagne (1477-1514), duchesse et deux fois reine de France : son mariage avec Charles VIII puis Louis XII, et sa défense du duché de Bretagne.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Née</strong> le 25 janvier 1477 à Nantes · <strong>Morte</strong> le 9 janvier 1514 à Blois · <strong>Origine</strong> fille de François II, duc de Bretagne · <strong>Rôle</strong> duchesse de Bretagne, reine de France · <strong>Rois</strong> Charles VIII (1491), Louis XII (1499) · <strong>Enterrée</strong> à Saint-Denis (son cœur à Nantes)</p>
</div>
<p>Anne de Bretagne est la seule femme à avoir été reine de France par deux mariages successifs, et la dernière à avoir porté la couronne ducale de Bretagne en souveraine. Fille d'un petit prince menacé, elle a épousé deux rois pour sauver ce qu'elle pouvait de son duché. Elle est l'une des figures de <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-reines-de-france/">la longue série des reines de France</a>, et l'une des plus politiques.</p>
<h2 id="une-heritiere-convoitee">Une héritière convoitée<a class="headerlink" href="#une-heritiere-convoitee" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Anne naît à Nantes en 1477, fille de François II, dernier duc de Bretagne de la maison de Montfort, et de Marguerite de Foix. Son père n'a pas de fils. À la défaite de Saint-Aubin-du-Cormier (28 juillet 1488), l'armée bretonne est écrasée par celle de la régente Anne de France, et le duc doit s'engager, par le traité du Verger, à ne pas marier ses filles sans l'accord du roi. Il meurt le 9 septembre 1488. Anne, onze ans, devient duchesse, avec le royaume de France d'un côté et ses prétendants de l'autre.</p>
<h2 id="pourquoi-epouse-t-elle-charles-viii">Pourquoi épouse-t-elle Charles VIII ?<a class="headerlink" href="#pourquoi-epouse-t-elle-charles-viii" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La jeune duchesse est d'abord mariée par procuration à Maximilien d'Autriche, roi des Romains (1490). Cette alliance menace le royaume d’un encerclement par l'Empire. Charles VIII met le siège devant Rennes, où Anne se trouve ; la ville cède à l'hiver 1491. Le roi fait annuler l'union avec Maximilien et épouse Anne au château de Langeais, le 6 décembre 1491. Le contrat prévoit que, si Charles meurt sans fils, elle épousera son successeur, et que le survivant des deux gardera la Bretagne.</p>
<p>Le mariage n'est donc pas un choix libre. Ce n'est pas non plus un malheur sans contrepartie : Anne est sacrée à Saint-Denis le 8 février 1492 et garde son titre de duchesse. Elle donne quatre enfants au roi, qui meurent tous en bas âge, dont le dauphin Charles-Orland (1495).</p>
<h2 id="pourquoi-epouse-t-elle-ensuite-louis-xii">Pourquoi épouse-t-elle ensuite Louis XII ?<a class="headerlink" href="#pourquoi-epouse-t-elle-ensuite-louis-xii" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Charles VIII meurt à Amboise le 7 avril 1498, après avoir heurté du front un linteau de porte, sans héritier. Le trône passe à son cousin Louis d'Orléans, Louis XII, déjà marié à Jeanne de France. Le roi obtient du pape l'annulation de ce mariage, et épouse Anne à Nantes, le 8 janvier 1499. Anne obtient en retour un contrat protecteur : son duché reste distinct, ses revenus lui appartiennent, et le second enfant du couple héritera de la Bretagne.</p>
<p>Le couple n'aura pas de fils vivant, mais deux filles : Claude (1499) et Renée (1510). Anne refuse d'abord de marier Claude au futur François Ier, héritier du trône, pour que la Bretagne ne soit pas absorbée ; elle la destine à Charles de Luxembourg, futur Charles Quint. Louis XII, lui, la promet à François. Anne meurt à Blois en 1514, quelques mois avant le mariage de Claude et de François.</p>
<h2 id="que-gouvernait-elle-vraiment">Que gouvernait-elle vraiment ?<a class="headerlink" href="#que-gouvernait-elle-vraiment" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Anne n'est ni régente ni ministre, mais elle gouverne un duché : elle nomme ses officiers, frappe monnaie en Bretagne, tient sa chancellerie et défend les privilèges bretons devant le roi. Elle s'oppose au maréchal de Gié, dont la disgrâce et le procès (1504-1505) lui sont généralement attribués, et veille à ce que la Bretagne ne soit pas absorbée. Sa cour, nombreuse et réglée, accueille de jeunes filles nobles ; elle protège les artistes (les <em>Grandes Heures</em> enluminées par Jean Bourdichon). La tradition fait d'elle celle qui aurait imposé le noir comme deuil des reines, à la place du blanc.</p>
<h2 id="ce-quil-en-reste">Ce qu'il en reste<a class="headerlink" href="#ce-quil-en-reste" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Sa devise, <em>Potius mori quam foedari</em> (« plutôt la mort que la souillure »), est liée à l'hermine bretonne. Son cœur, dans un reliquaire d'or, est conservé à Nantes ; son corps repose à Saint-Denis. La Bretagne passe à Claude, puis au dauphin François, et l'édit d'union de 1532 l'attache pour de bon à la couronne. La mémoire bretonne garde d'Anne l'image de la dernière souveraine, la mémoire française celle d'une reine fidèle à deux rois.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<p>Anne de Bretagne n'a pas livré son duché : elle l'a défendu par la seule arme dont elle disposait, le contrat de mariage. Son histoire montre qu'un mariage royal, au XVe siècle, est d'abord un acte politique, sacré par l'Église et garanti par un traité.</p>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-reines-de-france/">Les reines de France</a> : rôle, pouvoir et destin, de Clotilde à Marie-Amélie.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/guerres-d-italie/">Les guerres d'Italie</a> : l'expédition de Charles VIII, qui commence en 1494.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-valois/">Les Valois</a> : la dynastie des deux rois qu'elle a épousés.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xi/">Louis XI</a> : le père de Charles VIII, qui avait préparé l'union de la Bretagne.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Tous les rois de France</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Anne de Bretagne, reine de France — BnF Gallica</a></li>
<li><a href="https://musee-dobree.loire-atlantique.fr/" rel="nofollow noopener">Anne de Bretagne — Musée Dobrée, Nantes</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>La révocation de l'édit de Nantes (1685) : Louis XIV et les protestants</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/revocation-edit-de-nantes-1685/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/revocation-edit-de-nantes-1685/</guid>
    <pubDate>Wed, 28 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Bourbons</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/revocation-edit-de-nantes-1685.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>La révocation de l'édit de Nantes par l'édit de Fontainebleau (octobre 1685) : contexte, dragonnades, texte, exode des huguenots et bilan d'une faute.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Date</strong> 17 octobre 1685 (édit de Fontainebleau), enregistré le 22 · <strong>Lieu</strong> château de Fontainebleau · <strong>Roi</strong> <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a> · <strong>Signataires et artisans</strong> le chancelier Michel Le Tellier, le marquis de Louvois · <strong>Texte révoqué</strong> l'<a href="https://rois-de-france.com/posts/edit-de-nantes-1598/">édit de Nantes</a> (1598) · <strong>Issue</strong> fin du culte réformé en France, exode de 150 000 à 200 000 huguenots · <strong>Rétabli</strong> tolérance civile en 1787, liberté des cultes en 1789</p>
</div>
<p>Le 17 octobre 1685, Louis XIV signe à Fontainebleau l'édit qui révoque l'édit de Nantes : il n'y aura plus, en droit, qu'une seule religion dans le royaume. Le roi croit achever l'œuvre d'Henri IV et de Richelieu et refermer un siècle de guerres civiles. Il commet en réalité l'une des plus lourdes fautes du règne, qui frappe des sujets fidèles, appauvrit le royaume et dresse l'Europe protestante contre la France.</p>
<p>Cet événement s'inscrit dans l'histoire des <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-bourbons/">Bourbons</a>, dont il marque le sommet de puissance… et le premier grand retournement.</p>
<h2 id="le-contexte-un-edit-de-paix-devenu-un-edit-de-treve">Le contexte : un édit de paix devenu un édit de trêve<a class="headerlink" href="#le-contexte-un-edit-de-paix-devenu-un-edit-de-treve" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'édit de Nantes (1598) n'était pas une proclamation de liberté, mais une paix : le roi, catholique, accordait aux réformés la liberté de conscience, le culte en des lieux déterminés et quelque cent places de sûreté. C'était mettre fin aux <a href="https://rois-de-france.com/posts/guerres-de-religion/">guerres de Religion</a> en acceptant un royaume à deux confessions, au prix d'un État dans l'État.</p>
<p>Cet État dans l'État, <a href="https://rois-de-france.com/posts/richelieu/">Richelieu</a> l'a défait : prise de La Rochelle en 1628, grâce d'Alès en 1629 qui retire aux protestants leurs places et leurs privilèges politiques mais leur laisse le culte. Sous Mazarin, les huguenots restent fidèles pendant la Fronde, et le roi le reconnaît.</p>
<p>Dès 1661, pourtant, Louis XIV, qui gouverne seul, veut « un roi, une foi, une loi ». Il commence par appliquer l'édit à la lettre, puis plus étroitement : des temples sont fermés, des professions sont interdites aux réformés, des enfants peuvent être convertis dès sept ans (1681). Chaque pas est un recul du droit de 1598.</p>
<h2 id="les-dragonnades">Les dragonnades<a class="headerlink" href="#les-dragonnades" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>À partir de 1681, l'intendant du Poitou, Marillac, loge des dragons chez les protestants : les soldats mangent, boivent, brisent, et s'en vont quand l'abjuration est signée. Louvois généralise la méthode en 1685, dans le Béarn puis le Languedoc. Les conversions se comptent bientôt par dizaines de milliers, et la cour en tire la conclusion que la religion réformée n'a plus de raison d'être.</p>
<p>Il faut le dire nettement : ces conversions sont en grande partie arrachées. Les violences des soldats ont été dénoncées dès l'époque, y compris par des catholiques, et le pape Innocent XI, alors en conflit avec Louis XIV, exprimera ses réserves sur les méthodes, non sur le but.</p>
<h2 id="ce-que-dit-le-texte">Ce que dit le texte<a class="headerlink" href="#ce-que-dit-le-texte" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'édit de Fontainebleau comprend une vingtaine d'articles. En substance :</p>
<ul>
<li>il <strong>révoque</strong> l'édit de Nantes et les textes qui l'ont suivi, au motif que « la meilleure et la plus grande partie » des réformés s'est convertie ;</li>
<li>il ordonne la <strong>démolition des temples</strong> et interdit tout exercice public du culte ;</li>
<li>il <strong>bannit les pasteurs</strong> qui refusent de se convertir, avec quinze jours pour quitter le royaume ;</li>
<li>il impose le <strong>baptême et l'éducation catholique</strong> des enfants à naître ;</li>
<li>il <strong>interdit aux fidèles d'émigrer</strong>, sous peine des galères pour les hommes et de la prison pour les femmes ;</li>
<li>il laisse aux « religionnaires » qui restent la liberté de vivre et de commercer, « sans être troublés », en attendant que Dieu les éclaire.</li>
</ul>
<p>La mention finale est révélatrice : le roi voulait croire à des « nouveaux convertis » sincères, et les fictions de l'État tenaient lieu de réalité.</p>
<h2 id="pourquoi-le-roi-la-fait">Pourquoi le roi l'a fait<a class="headerlink" href="#pourquoi-le-roi-la-fait" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>L'unité du royaume.</strong> Pour Louis XIV, élevé dans le souvenir de la Fronde et des guerres du siècle précédent, la diversité religieuse est une faille. Presque tout le royaume l'approuve : Bossuet salue le roi, Mme de Sévigné se réjouit, la cour et l'assemblée du clergé applaudissent.</p>
<p><strong>Le roi Très Chrétien.</strong> Le souverain sacré à Reims se doit à l'Église ; la fin de l'hérésie est pour lui un devoir de conscience, et un gage donné à Rome au milieu de la querelle de la Déclaration de 1682 sur les libertés de l'Église gallicane.</p>
<p><strong>Un calcul trompé.</strong> Les rapports des intendants annonçaient la disparition du protestantisme. Louis XIV a cru acter un fait accompli ; il n'a pas vu la résistance des consciences.</p>
<p>On a beaucoup chargé Madame de Maintenon : son rôle est réel mais secondaire. L'initiative revient au roi et à ses ministres.</p>
<h2 id="les-consequences">Les conséquences<a class="headerlink" href="#les-consequences" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>L'exode.</strong> Malgré les gardes aux frontières, 150 000 à 200 000 huguenots passent à l'étranger, emportant des savoirs : soie, draperie, verrerie, orfèvrerie, imprimerie, armée et marine. L'électeur de Brandebourg les appelle chez lui par l'édit de Potsdam (29 octobre 1685) ; l'Angleterre, la Hollande et la Suisse les accueillent.</p>
<p><strong>Une France appauvrie, des ennemis fortifiés.</strong> Le coup est dur pour les manufactures de <a href="https://rois-de-france.com/posts/colbert/">Colbert</a>, et l'Europe protestante, indignée, se rassemble autour de Guillaume d'Orange. La Ligue d'Augsbourg (1686) et la guerre de la Ligue d'Augsbourg suivront. Vauban, fidèle serviteur du roi, écrit en 1689 un mémoire pour le rappel des huguenots.</p>
<p><strong>La résistance.</strong> Dans les Cévennes, les prédicants entretiennent le « Désert », cultes clandestins ; la révolte des camisards éclate en 1702. Les galères, les prisons et les exécutions de pasteurs se prolongent jusqu'au XVIIIe siècle.</p>
<p><strong>La fin de la fiction.</strong> L'édit de Versailles de Louis XVI (novembre 1787) rend un état civil aux protestants, et la liberté des cultes viendra en 1789. L'unité de foi qu'on avait voulue n'a pas été obtenue, et la tolérance est revenue par l'aveu d'un échec.</p>
<h2 id="vrai-ou-faux">Vrai ou faux<a class="headerlink" href="#vrai-ou-faux" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>« Louis XIV a voulu exterminer les protestants » : faux.</strong> Il a voulu les convertir, non les tuer ; mais les moyens employés — dragonnades, galères, enlèvement d'enfants — étaient cruels et injustes envers des sujets restés fidèles.</p>
<p><strong>« Le roi a été trompé par ses ministres » : en partie.</strong> Louvois et les intendants ont forcé les chiffres, mais la décision de 1685 est celle du roi, et il l'a assumée jusqu'à sa mort.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li><strong>17 octobre 1685</strong> : édit de Fontainebleau, qui révoque l'édit de Nantes (1598).</li>
<li>Précédé de vingt ans de restrictions et des dragonnades de 1681-1685.</li>
<li>150 000 à 200 000 départs, un affaiblissement économique et un isolement diplomatique.</li>
<li>Tolérance rétablie en 1787, liberté des cultes en 1789 : une unité de foi imposée n'a pas tenu.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/edit-de-nantes-1598/">L'édit de Nantes (1598) expliqué</a> — l'acte révoqué, et la paix d'Henri IV.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a> — le règne dans son ensemble.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/pourquoi-louis-xiv-roi-soleil/">Pourquoi Louis XIV est-il le Roi-Soleil ?</a> — l'image du souverain en 1685.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/colbert/">Colbert</a> — les manufactures touchées par l'exode.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/guerres-de-religion/">Les guerres de Religion</a> — le siècle qui avait précédé l'édit de Nantes.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-bourbons/">Les Bourbons</a> et la <a href="https://rois-de-france.com/chronologie/">chronologie</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Édit de Fontainebleau, octobre 1685 — texte, Gallica / BnF</a></li>
<li><a href="https://museeprotestant.org/" rel="nofollow noopener">Musée protestant — la révocation de l'édit de Nantes</a></li>
<li>Jean-Christian Petitfils, <em>Louis XIV</em>, Perrin, 1995.</li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Jeanne d'Arc et Charles VII : de Chinon à Reims (1429)</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/jeanne-d-arc-et-charles-vii/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/jeanne-d-arc-et-charles-vii/</guid>
    <pubDate>Tue, 27 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Valois</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/jeanne-d-arc-et-charles-vii.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Jeanne d'Arc et Charles VII en 1429 : de la rencontre de Chinon au sacre de Reims, comment une jeune Lorraine a rendu au dauphin sa légitimité.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Période</strong> février-juillet 1429 · <strong>Lieux</strong> Chinon, Poitiers, Orléans, la Loire, Reims · <strong>Personnages</strong> Charles VII, dauphin non sacré ; Jeanne d'Arc, jeune Lorraine d'environ dix-sept ans ; Yolande d'Aragon, belle-mère du roi ; le Bâtard d'Orléans (Dunois) ; le duc d'Alençon · <strong>Enjeu</strong> faire sacrer le roi de France malgré l'occupation anglo-bourguignonne · <strong>Issue</strong> sacre le 17 juillet 1429 à Reims</p>
</div>
<p>En 1429, Jeanne d'Arc ne gagne pas seule une guerre : elle rend à Charles VII ce qui lui manque le plus, la certitude d'être le roi. De leur rencontre à Chinon (début mars) au sacre de Reims (17 juillet), quatre mois suffisent pour retourner la situation du royaume. Ce récit s'inscrit dans l'histoire des <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-valois/">Valois</a> et de la <a href="https://rois-de-france.com/posts/guerre-de-cent-ans/">guerre de Cent Ans</a>.</p>
<h2 id="le-contexte-un-roi-sans-sacre">Le contexte : un roi sans sacre<a class="headerlink" href="#le-contexte-un-roi-sans-sacre" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Depuis la mort de Charles VI en 1422, deux rois se disputent la France : le petit Henri VI, que le traité de Troyes (1420) désigne comme héritier, et Charles, que ce même traité déshérite. Il tient la Loire et le Midi, mais Paris, Reims et la Normandie lui échappent. Sa propre légitimité est contestée, jusque dans son entourage : les rumeurs sur sa naissance courent. Il n'a pas été sacré ; pour la plupart des Français de l'époque, c'est une faiblesse décisive, puisque c'est l'onction qui fait le roi (voir <a href="https://rois-de-france.com/posts/ceremonie-du-sacre/">la cérémonie du sacre</a>). Quant aux finances, elles sont à sec, et l'armée vient d'être battue à la journée des Harengs (février 1429). Les Anglais assiègent Orléans, dernier verrou de la Loire, depuis octobre 1428.</p>
<h2 id="le-deroulement">Le déroulement<a class="headerlink" href="#le-deroulement" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Chinon (mars 1429).</strong> Jeanne quitte Vaucouleurs en février, traverse un pays occupé et arrive à Chinon vers le 6 mars. Reçue par le roi, elle lui dit en substance qu'elle est envoyée pour faire lever le siège d'Orléans et le conduire à Reims. Les témoins rapportent qu'elle l'a reconnu parmi les courtisans et qu'un entretien secret l'a convaincu. Charles n'est pas crédule : il la fait examiner.</p>
<p><strong>Poitiers (mars).</strong> Des clercs et des théologiens interrogent la jeune fille pendant plusieurs semaines. Leur conclusion est prudente : rien en elle qui ne soit conforme à la foi, et le roi peut, sans risque, se servir d'elle pour tenter ce que l'on n'a pas tenté. L'entourage de Charles, et en particulier Yolande d'Aragon qui finance l'expédition de ravitaillement d'Orléans, a sans doute pesé dans la décision.</p>
<p><strong>Orléans (29 avril-8 mai).</strong> Jeanne entre dans la ville, relève le moral de la garnison et prend part aux assauts qui emportent les bastilles anglaises. Le 8 mai, le siège est levé. Les capitaines, dont Dunois, se rallient peu à peu à son audace.</p>
<p><strong>La campagne de la Loire (juin).</strong> Jargeau, Meung, Beaugency, puis <a href="https://rois-de-france.com/posts/patay-1429/">Patay</a> le 18 juin : l'armée anglaise du centre est détruite en une semaine.</p>
<p><strong>Le voyage vers Reims (29 juin-17 juillet).</strong> C'est le pari le plus risqué : conduire le roi à plus de trois cents kilomètres à travers la Champagne et la Bourgogne, pays du parti adverse, sans artillerie de siège. Auxerre négocie, Troyes cède après quelques jours devant la menace de l'assaut, Châlons ouvre ses portes, et Reims se rend avant même l'arrivée du roi.</p>
<p><strong>Le sacre (17 juillet).</strong> Dans la cathédrale, l'archevêque Regnault de Chartres sacre Charles VII, avec l'huile de la <a href="https://rois-de-france.com/posts/sainte-ampoule/">sainte ampoule</a>. Jeanne se tient près de l'autel, son étendard à la main. Pour elle, la mission est remplie : le roi est enfin le roi, et Reims le <a href="https://rois-de-france.com/posts/pourquoi-sacre-a-reims/">lieu du sacre</a> a été reconquis.</p>
<h2 id="pourquoi-cela-a-marche">Pourquoi cela a marché<a class="headerlink" href="#pourquoi-cela-a-marche" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La force de 1429 est d'abord symbolique, mais pas seulement. Charles reçoit un signe qu'il attendait : une jeune paysanne qui affirme que le ciel lui donne raison. Dans une société chrétienne, cela pèse autant qu'une armée. Les villes se rallient parce qu'un roi sacré a droit à leur obéissance, et non plus à leur calcul. Sur le terrain, l'armée gagne en confiance, et les capitaines (Dunois, La Hire, Xaintrailles, Alençon) savent frapper vite. Il faut enfin rendre justice à Charles : il n'a pas été le jouet de Jeanne. Il a su l'examiner, la soutenir, puis tenir sa ligne, sans jamais perdre de vue la route de Reims.</p>
<h2 id="les-consequences">Les conséquences<a class="headerlink" href="#les-consequences" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le sacre change le statut du conflit : la guerre n'oppose plus un roi à un prétendant, mais un roi légitime à un envahisseur. Mais tout n'est pas résolu. Jeanne échoue devant Paris en septembre 1429 ; le roi, qui préfère la négociation avec le duc de Bourgogne, tarde à la soutenir. Capturée à Compiègne en mai 1430, vendue aux Anglais, elle est condamnée à Rouen et brûlée le 30 mai 1431. Charles VII ne tente rien pour la sauver, ce qui reste le reproche majeur qu'on lui adresse. Mais il achèvera son œuvre : traité d'Arras (1435), reprise de Paris (1436), réformes militaires, puis <a href="https://rois-de-france.com/posts/castillon-1453/">Castillon</a> en 1453. En 1450, il ordonne l'enquête qui conduit à la réhabilitation de Jeanne, proclamée en 1456. Voir la biographie de <a href="https://rois-de-france.com/posts/charles-vii/">Charles VII</a>.</p>
<h2 id="vrai-ou-faux">Vrai ou faux<a class="headerlink" href="#vrai-ou-faux" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><em>Charles VII a trahi Jeanne d'Arc.</em> Nuancé. Il ne l'a pas rachetée ni défendue pendant le procès, et c'est une faute. Mais il n'a pas eu la main dans la condamnation, et c'est lui qui a fait rétablir son honneur.</p>
<p><em>Jeanne a mené l'armée comme un chef de guerre.</em> Pas au sens strict : les décisions tactiques reviennent aux capitaines. Son rôle est de donner à l'armée une volonté, et au roi une légitimité.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li><strong>Mars 1429</strong> : Jeanne est reçue à Chinon, puis examinée à Poitiers.</li>
<li><strong>8 mai</strong> : Orléans est délivrée ; <strong>18 juin</strong> : victoire de Patay.</li>
<li><strong>17 juillet 1429</strong> : Charles VII est sacré à Reims, avec la sainte ampoule.</li>
<li><strong>1431</strong> : Jeanne est brûlée à Rouen ; <strong>1456</strong> : sa condamnation est annulée.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/charles-vii/">Charles VII</a>, le roi de Jeanne d'Arc qui a gagné la guerre de Cent Ans.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/patay-1429/">La bataille de Patay</a>, la victoire qui ouvre la route de Reims.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/pourquoi-sacre-a-reims/">Pourquoi les rois de France sont-ils sacrés à Reims ?</a></li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/guerre-de-cent-ans/">La guerre de Cent Ans (1337-1453)</a>, le conflit en entier.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-valois/">Les Valois</a> et <a href="https://rois-de-france.com/chronologie/">la chronologie</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li>Jules Quicherat, <em>Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc</em>, 1841-1849 — <a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica</a></li>
<li>Philippe Contamine, Olivier Bouzy, Xavier Hélary, <em>Jeanne d'Arc. Histoire et dictionnaire</em>, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2012.</li>
<li><a href="https://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/" rel="nofollow noopener">Jeanne d'Arc, procès de réhabilitation</a> — Archives nationales.</li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Philippe le Bel et les Templiers : l'arrestation du vendredi 13 octobre 1307</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/philippe-le-bel-et-les-templiers/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/philippe-le-bel-et-les-templiers/</guid>
    <pubDate>Tue, 27 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Capétiens directs</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/philippe-le-bel-et-les-templiers.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Le 13 octobre 1307, Philippe le Bel fait arrêter tous les Templiers de France. Causes, procès, rôle de Clément V, bûcher de Molay (1314) : les faits.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Date</strong> vendredi 13 octobre 1307 (aube) · <strong>Lieu</strong> tout le royaume de France, dont le Temple de Paris · <strong>Acteurs</strong> <a href="https://rois-de-france.com/posts/philippe-le-bel/">Philippe le Bel</a>, son garde des sceaux Guillaume de Nogaret, le grand maître Jacques de Molay, le pape Clément V · <strong>Issue</strong> arrestation des Templiers du royaume ; suppression de l'Ordre (1312) ; bûcher de Molay (1314) · <strong>Sources</strong> actes du procès, chroniques, parchemin de Chinon</p>
</div>
<p>Aux premières heures du vendredi 13 octobre 1307, les baillis et sénéchaux du roi ouvrent, partout en France, des ordres cachetés depuis plusieurs semaines : il faut arrêter, le jour même, tous les frères du Temple et saisir leurs biens. L'opération est un chef-d'œuvre de coordination administrative et une faute morale. Elle touche l'Ordre militaire le plus célèbre de la chrétienté, sans l'aveu du pape, au nom d'une accusation d'hérésie que rien de sûr n'étayait. C'est un épisode du règne de <a href="https://rois-de-france.com/posts/philippe-le-bel/">Philippe le Bel</a>, et l'un des moments les plus sombres de la dynastie des <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-capetiens-directs/">Capétiens directs</a>.</p>
<h2 id="le-contexte-un-ordre-riche-un-roi-endette">Le contexte : un Ordre riche, un roi endetté<a class="headerlink" href="#le-contexte-un-ordre-riche-un-roi-endette" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Fondés à Jérusalem vers 1120, les Templiers sont des moines-soldats : ils combattent pour la Terre sainte et gèrent, en Occident, un patrimoine immense de commanderies. Depuis la chute de Saint-Jean-d'Acre (1291), leur raison d'être militaire s'est affaiblie, mais leur rôle financier demeure : le Temple de Paris garde le trésor royal, tient des comptes, prête à la couronne. Le roi leur doit de l'argent.</p>
<p>Philippe a déjà frappé les Juifs (1306) et les banquiers lombards, et dévalué la monnaie. En 1306, une émeute parisienne l'a obligé à se réfugier dans l'enclos du Temple, où il a vu de près la puissance de l'Ordre. Il sort aussi du conflit avec Boniface VIII, dont <a href="https://rois-de-france.com/posts/philippe-le-bel/">l'attentat d'Anagni</a> a marqué la fin, et voit dans la défense de la foi un moyen de rétablir son prestige de roi Très Chrétien, petit-fils de <a href="https://rois-de-france.com/posts/saint-louis/">Saint Louis</a>. Un projet d'union des ordres militaires, auquel Molay s'oppose, aggrave la tension.</p>
<h2 id="le-deroulement">Le déroulement<a class="headerlink" href="#le-deroulement" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ol>
<li><strong>Septembre 1307</strong> : Nogaret, qui a recueilli des dénonciations (dont celle d'un ancien templier, Esquieu de Floyran), fait préparer les ordres d'arrestation.</li>
<li><strong>13 octobre</strong> : tous les Templiers du royaume sont saisis, Molay et les dignitaires au Temple de Paris. Beaucoup de frères sont des hommes âgés ou des gens de service, non des combattants.</li>
<li><strong>Octobre-novembre</strong> : l'inquisiteur de France, Guillaume de Paris, dirige les interrogatoires, avec la torture. Molay avoue, en partie, le reniement du Christ ; il confirme devant l'Université de Paris.</li>
<li><strong>Le pape Clément V</strong>, d'abord indigné de n'avoir pas été consulté, suspend les pouvoirs de l'inquisition, puis rouvre l'enquête sous son autorité (bulle <em>Pastoralis praeeminentiae</em>, novembre 1307). Philippe obtient l'appui de l'opinion par des assemblées, dont celle de Tours (1308).</li>
<li><strong>1308-1312</strong> : à Poitiers, le pape reçoit des Templiers ; il absout à Chinon les dignitaires (août 1308), mais la procédure continue. En 1310, 54 Templiers rétractant leurs aveux sont brûlés comme relaps près de Paris. Au concile de Vienne (1311-1312), Clément V supprime l'Ordre par décision administrative (bulle <em>Vox in excelso</em>), sans jugement d'hérésie, et attribue ses biens aux Hospitaliers.</li>
<li><strong>18 mars 1314</strong> : Molay et Geoffroy de Charnay, qui ont repris leur rétractation, sont brûlés sur l'île aux Juifs. Clément V meurt en avril et Philippe en novembre 1314 : ces morts rapprochées nourriront la légende de la « malédiction ».</li>
</ol>
<h2 id="pourquoi-ce-resultat">Pourquoi ce résultat<a class="headerlink" href="#pourquoi-ce-resultat" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'argent compte : la couronne saisit les biens et rembourse ses dettes. Mais il serait court de tout réduire à cela. Philippe, éduqué dans la mémoire de Saint Louis, croyait sans doute à sa mission de protecteur de la foi ; Nogaret travaillait par conviction juridique autant que par calcul. Le roi voyait dans un Ordre exempt, international, armé et riche, un État dans l'État — situation que la monarchie capétienne, qui avait fait l'unité du royaume, ne pouvait tolérer longtemps. Enfin, la faiblesse de la papauté après Anagni a rendu possible ce que Rome aurait pu empêcher.</p>
<h2 id="les-consequences">Les conséquences<a class="headerlink" href="#les-consequences" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'Ordre disparaît, sans que sa culpabilité soit établie : c'est l'un des procès les plus discutés de l'histoire. La papauté, dépendante de la France, s'installe à Avignon dès 1309. La couronne, elle, gagne sur le plan financier et politique, mais perd en crédit moral : les contemporains, dont Dante, ont jugé sévèrement l'affaire. Et la dynastie, trois fils sans héritier mâle, s'éteint en 1328 : les chroniqueurs ont vu là un châtiment, ce que l'historien ne peut ni affirmer ni exclure.</p>
<h2 id="vrai-ou-faux">Vrai ou faux<a class="headerlink" href="#vrai-ou-faux" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><em>Les Templiers étaient des hérétiques adorant une idole.</em> Rien ne le prouve : les aveux sont contradictoires et obtenus par la torture. Le parchemin de Chinon, retrouvé dans les Archives vaticanes et publié par Barbara Frale, montre que Clément V ne tenait pas l'Ordre pour hérétique. <em>Molay a maudit le roi sur le bûcher</em> : le récit vient de chroniqueurs postérieurs (Geoffroy de Paris, un témoin, parle seulement de sa fermeté) ; la formule de la « malédiction jusqu'à la treizième génération » est une légende tardive.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li><strong>13 octobre 1307</strong> : arrestation simultanée des Templiers de France sur ordre de Philippe le Bel.</li>
<li>Motifs officiels : hérésie ; motifs réels : dettes, autorité du roi, prestige.</li>
<li>Aveux obtenus sous la torture ; Clément V supprime l'Ordre en 1312 sans le condamner.</li>
<li>Molay est brûlé en mars 1314 ; Philippe meurt la même année.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/philippe-le-bel/">Philippe le Bel : biographie du roi de fer (1285-1314)</a> — le règne.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-capetiens-directs/">Les Capétiens directs (987-1328)</a> — la dynastie.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/etats-generaux/">Les États généraux</a> — l'assemblée de 1302.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/chronologie/">Chronologie des rois de France</a> — repères de 1302 à 1314.</li>
<li>Pour les croisades, voir le blog frère <a href="https://croisades.fr/" rel="noopener" target="_blank">Croisades</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li>Barbara Frale, « The Chinon chart: Papal absolution to the last Templar, Master Jacques de Molay », <em>Journal of Medieval History</em>, 2004.</li>
<li>Alain Demurger, <em>Jacques de Molay</em>, Payot ; <em>Les Templiers</em>, Seuil, 2005.</li>
<li>Procès des Templiers, éd. Michelet, 1841 — <a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Combien coûtait Versailles ? Le budget de la cour (chiffres)</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/coutait-versailles-le-budget-de-la-cour/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/coutait-versailles-le-budget-de-la-cour/</guid>
    <pubDate>Mon, 26 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Vie de cour</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/coutait-versailles-le-budget-de-la-cour.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Combien coûtait Versailles ? Chantier de Louis XIV, dépenses de la Maison du roi, pensions : ce que la cour a vraiment coûté, et ce que l'on en a fait dire.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<p><strong>Versailles a coûté cher, mais moins que sa légende.</strong> Le chantier de <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a> et l'entretien de la cour ont pesé quelques points des dépenses du royaume ; la guerre, elle, en a absorbé la moitié et plus. Voici les ordres de grandeur, avec leurs réserves, pour comprendre <a href="https://rois-de-france.com/posts/vie-a-la-cour/">la vie à la cour</a> par ses comptes.</p>
<h2 id="dou-viennent-les-chiffres">D'où viennent les chiffres ?<a class="headerlink" href="#dou-viennent-les-chiffres" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les <strong>Comptes des Bâtiments du roi</strong>, tenus année par année, donnent le détail des travaux : maçons, sculpteurs, jardiniers, fontainiers. Ils ont été publiés et étudiés par les historiens, et c'est sur eux que repose tout ce que l'on peut dire. Mais les totaux varient selon ce que l'on y range (le château seul ? les jardins ? Marly, Trianon, les canaux ?), et la « livre » de 1680 n'est pas celle de 1780. Tout chiffre en euros d'aujourd'hui n'est qu'une image, à prendre avec prudence.</p>
<h2 id="combien-a-coute-le-chantier-de-louis-xiv">Combien a coûté le chantier de Louis XIV ?<a class="headerlink" href="#combien-a-coute-le-chantier-de-louis-xiv" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les travaux s'étendent de 1661 à 1710 environ, par campagnes : le château de Louis XIII agrandi, la galerie des Glaces, les ailes, la chapelle, les jardins de Le Nôtre, les bassins. On cite le plus souvent, pour l'ensemble de Versailles, <strong>60 à 80 millions de livres</strong> sur le règne. L'année de pointe, vers 1685, dépasse les cinq millions de livres, au moment où le chantier occupe des milliers d'ouvriers et où l'on détourne la rivière d'Eure pour les fontaines (ouvrage abandonné ensuite). La « machine de Marly », qui élève l'eau de la Seine, coûte à elle seule plusieurs millions.</p>
<p>Pour mesurer : le royaume reçoit alors, en temps de paix, de l'ordre de cent millions de livres par an. Le chantier d'une année de pointe en prend donc quelques pour cent, celui de tout le règne, bien moins qu'une grande guerre.</p>
<h2 id="et-le-fonctionnement-de-la-cour">Et le fonctionnement de la cour ?<a class="headerlink" href="#et-le-fonctionnement-de-la-cour" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>C'est là que la dépense devient permanente : la <strong>Maison du roi</strong> (officiers, gardes, cuisines, écuries, chapelle, musique), la Maison de la reine, celles des princes, les fêtes, et surtout les <strong>pensions</strong> et gratifications versées à la noblesse. On l'a vu dans <a href="https://rois-de-france.com/posts/etiquette-a-versailles/">l'étiquette à Versailles</a> : des centaines de charges, souvent vénales, dont chacune a son gage. Les estimations font tourner la cour autour de <strong>six pour cent</strong> des dépenses sous Louis XIV, davantage sous ses successeurs.</p>
<p>Sous Louis XVI, le <em>Compte rendu</em> de Necker (1781), document officiel à manier avec précaution car il arrange les chiffres, laisse voir que les pensions et les dépenses de la Maison pèsent quelques dizaines de millions de livres : de quoi faire scandale, pas de quoi expliquer le déficit. Les deux postes qui l'écrasent sont la <strong>guerre d'Amérique</strong> et l'intérêt de la dette.</p>
<h2 id="quachetait-on-avec-cet-argent">Qu'achetait-on avec cet argent ?<a class="headerlink" href="#quachetait-on-avec-cet-argent" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><strong>Un instrument de gouvernement</strong> : la noblesse qui avait fait la Fronde est rassemblée sous les yeux du roi, et attachée à lui par les grâces qu'il distribue.</li>
<li><strong>Une vitrine</strong> : la manufacture des Gobelins, les glaces de Saint-Gobain, la soierie, l'ébénisterie vivent des commandes de la cour et fixent le goût de l'Europe. Colbert y voyait un investissement, voir <a href="https://rois-de-france.com/posts/colbert/">Colbert</a>.</li>
<li><strong>Un lieu où l'on gouverne</strong> : Versailles est un château, mais aussi le siège des ministres, du Conseil et de l'accueil des ambassadeurs, comme le montre <a href="https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-versailles/">le château de Versailles</a>.</li>
</ul>
<h2 id="idees-recues">Idées reçues<a class="headerlink" href="#idees-recues" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><em>« Versailles a ruiné la France »</em> : l'argent des bâtiments n'est pas ce qui a vidé les caisses. Les guerres de la fin du règne, notamment celle de la Succession d'Espagne, ont coûté sans comparaison davantage.</li>
<li><em>« Louis XIV dépensait sans compter »</em> : il lisait les états des travaux et les arbitrait lui-même, et il fit fondre l'argenterie de la cour en 1689 pour payer la guerre. Le luxe était réel, la comptabilité aussi.</li>
<li><em>« La cour ne servait à rien »</em> : sous Louis XIV, elle avait une fonction politique précise. Le reproche, plus juste, vise ses successeurs, quand elle devint une dépense sans contrepartie.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li>Le chantier de Versailles : plusieurs dizaines de millions de livres sur un demi-siècle, chiffres selon le périmètre.</li>
<li>La cour en fonctionnement : environ 6 % des dépenses sous Louis XIV, un peu plus ensuite.</li>
<li>La guerre et la dette pèsent bien plus lourd que le château dans les déficits du royaume.</li>
<li>Le luxe de la cour a surtout coûté en image, davantage qu'en livres.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/vie-a-la-cour/">La vie à la cour du roi de France</a> : le cadre général.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a> : le roi bâtisseur et ses guerres.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-versailles/">Le château de Versailles</a> : histoire du palais.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/etiquette-a-versailles/">L'étiquette à Versailles</a> : la mécanique des charges et des honneurs.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/colbert/">Colbert, le ministre qui voulait tout compter</a>.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Tous les rois de France</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://www.chateauversailles.fr/" rel="nofollow noopener">Château de Versailles, dossiers historiques : la construction du château</a></li>
<li><a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica (BnF) : Comptes des Bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV, éd. J. Guiffrey</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Pourquoi les rois de France sont-ils sacrés à Reims ?</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/pourquoi-sacre-a-reims/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/pourquoi-sacre-a-reims/</guid>
    <pubDate>Mon, 26 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Questions fréquentes</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/pourquoi-sacre-a-reims.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Pourquoi les rois de France sont sacrés à Reims : le baptême de Clovis par saint Remi, la sainte ampoule, l'archevêque et les exceptions, de 816 à 1825.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<p>Les rois de France sont sacrés à Reims parce que c'est là que <a href="https://rois-de-france.com/posts/clovis/">Clovis</a> a été baptisé par l'évêque Remi, à la fin du Ve siècle, et que la tradition y a rattaché la sainte ampoule, l'huile des rois. Reims n'est pas devenue la ville du <a href="https://rois-de-france.com/posts/sacre-des-rois-de-france/">sacre des rois de France</a> par décret, mais par la mémoire d'un baptême, puis par l'obstination de ses archevêques.</p>
<h2 id="pourquoi-la-reponse-nest-pas-si-simple">Pourquoi la réponse n'est pas si simple<a class="headerlink" href="#pourquoi-la-reponse-nest-pas-si-simple" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le lien avec Clovis est réel, mais il s'est tissé lentement. Le baptême de Clovis à Reims est attesté, voir <a href="https://rois-de-france.com/posts/bapteme-de-clovis/">le baptême de Clovis</a> ; le premier couronnement à Reims est celui de Louis le Pieux, par le pape Étienne IV, en 816. Les premiers Capétiens, eux, sont sacrés où ils peuvent : <a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Hugues Capet</a> à Noyon en 987, son fils Robert à Orléans en 988. Le sacre d'Henri Ier à Reims, en 1027, ouvre la série régulière.</p>
<p>Quatre raisons ont fait de la ville un usage devenu loi coutumière :</p>
<ul>
<li><strong>Le souvenir de Clovis.</strong> Le roi qui a fait entrer les Francs dans l'Église catholique a été baptisé là ; sacrer à Reims, c'est se placer dans sa suite.</li>
<li><strong>La sainte ampoule.</strong> Vers 878, l'archevêque Hincmar raconte qu'une colombe aurait apporté du ciel l'huile du baptême de Clovis. Grégoire de Tours n'en dit rien : c'est une tradition tardive, mais elle donne à Reims une huile que nulle autre ville ne possède. Voir <a href="https://rois-de-france.com/posts/sainte-ampoule/">la sainte ampoule</a>.</li>
<li><strong>L'archevêque.</strong> Primat de la province, premier des pairs ecclésiastiques, l'archevêque de Reims revendique le droit exclusif de sacrer le roi, et les papes lui donnent raison. En 1108, Louis VI est sacré à Orléans, à la hâte, parce que l'archevêque de Reims était contesté ; le fait reste une exception.</li>
<li><strong>La coutume.</strong> Une fois la série établie, elle devient la règle : un roi non sacré à Reims paraît un roi mal assuré. D'où la route de Jeanne d'Arc en 1429, pour mener Charles VII jusqu'à la cathédrale. Voir <a href="https://rois-de-france.com/posts/charles-vii/">Charles VII</a>.</li>
</ul>
<h2 id="ce-que-disent-les-historiens">Ce que disent les historiens<a class="headerlink" href="#ce-que-disent-les-historiens" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les historiens distinguent la légende de l'usage. La colombe et l'ampoule sont une construction du IXe siècle, sans source contemporaine de Clovis. En revanche, l'attachement de la monarchie à Reims est un fait solide : de 1027 à 1825, ils sont trente-trois à y être sacrés. Les exceptions s'expliquent par les circonstances : Reims aux mains de la Ligue en 1594, qui oblige <a href="https://rois-de-france.com/posts/henri-iv/">Henri IV</a> à se faire sacrer à Chartres ; ou une royauté trop pressée de s'assurer, comme Louis VI en 1108.</p>
<p>Le choix de Reims dit aussi ce qu'était la royauté française : un roi qu'on ne fait pas seulement par l'hérédité, mais que l'Église consacre, dans le lieu même où le premier roi chrétien des Francs est entré dans la foi.</p>
<h2 id="en-resume">En résumé<a class="headerlink" href="#en-resume" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le roi est sacré à Reims parce que Clovis y a été baptisé, que l'archevêque y garde l'huile des rois, et que mille ans de coutume en ont fait la loi non écrite du royaume.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li>Reims = baptême de Clovis par saint Remi (fin du Ve siècle).</li>
<li>Sacres réguliers à Reims à partir d'Henri Ier (1027) jusqu'à Charles X (1825).</li>
<li>La sainte ampoule est une tradition du IXe siècle, non un fait contemporain de Clovis.</li>
<li>Exceptions : Noyon, Orléans, Chartres, selon les circonstances politiques.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/sacre-des-rois-de-france/">Le sacre des rois de France</a> — tous les sacres, de Pépin à Charles X.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/bapteme-de-clovis/">Le baptême de Clovis à Reims</a> — l'origine de la tradition.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/sainte-ampoule/">La sainte ampoule</a> — la légende de la colombe et son destin en 1793.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Liste de tous les rois de France</a> — de Clovis à Louis-Philippe.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://whc.unesco.org/fr/list/601/" rel="nofollow noopener">Reims, cathédrale Notre-Dame, ancienne abbaye Saint-Remi et palais du Tau — UNESCO</a></li>
<li><a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Sacre des rois de France — BnF, Gallica</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Les devises royales : « Nutrisco et extinguo », « Nec pluribus impar »</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/devises-royales/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/devises-royales/</guid>
    <pubDate>Sun, 25 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Sacre et symboles</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/devises-royales.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Les devises royales des rois de France : Nutrisco et extinguo de François Ier, Nec pluribus impar de Louis XIV, porc-épic, croissants. Origine et sens.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<p>Les <strong>devises royales</strong> sont des emblèmes personnels — une image et quelques mots latins — que les rois de France choisissaient pour dire, en un trait, leur manière de régner. Contrairement aux armes, qui appartiennent à la couronne et que <a href="https://rois-de-france.com/posts/sacre-des-rois-de-france/">le sacre des rois de France</a> consacre, la devise appartient à l'homme : elle change d'un règne à l'autre.</p>
<h2 id="dou-viennent-les-devises">D'où viennent les devises ?<a class="headerlink" href="#dou-viennent-les-devises" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Elles naissent à la fin du Moyen Âge, dans la culture de cour et de chevalerie : emblèmes brodés sur les vêtements, peints sur les bannières, sculptés sur les châteaux. L'Italie de la Renaissance leur donne leur forme savante — une « âme » (l'image) et un « corps » (la sentence), qui doivent s'éclairer l'un l'autre. Les guerres d'Italie en répandent la mode à la cour de France.</p>
<p>Il faut les distinguer du cri de guerre (« Montjoie Saint-Denis ! ») et de la bannière de l'oriflamme, qui sont ceux du royaume, non d'un roi.</p>
<h2 id="quelles-sont-les-grandes-devises-des-rois-de-france">Quelles sont les grandes devises des rois de France ?<a class="headerlink" href="#quelles-sont-les-grandes-devises-des-rois-de-france" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><strong>Louis XII</strong> : le porc-épic, « <em>Cominus et eminus</em> » (« de près et de loin »), emblème hérité de la maison d'Orléans : il pique de près, et passait pour lancer ses piquants au loin.</li>
<li><strong>François Ier</strong> : la salamandre couronnée dans les flammes, « <em>Nutrisco et extinguo</em> » (« je nourris et j'éteins »). On la retrouve partout à Chambord et à Fontainebleau.</li>
<li><strong>Henri II</strong> : le croissant de lune, « <em>Donec totum impleat orbem</em> » (« jusqu'à ce qu'il remplisse le monde entier »), à la fois emblème du roi et allusion à Diane de Poitiers.</li>
<li><strong>Henri III</strong> : trois couronnes — celles de France, de Pologne et du ciel — avec « <em>Manet ultima caelo</em> » (« la dernière demeure au ciel »).</li>
<li><strong>Louis XIV</strong> : le soleil, « <em>Nec pluribus impar</em> », créé pour le carrousel de 1662.</li>
</ul>
<h2 id="que-dit-la-salamandre-de-francois-ier">Que dit la salamandre de François Ier ?<a class="headerlink" href="#que-dit-la-salamandre-de-francois-ier" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La salamandre, selon l'Antiquité, vit dans le feu sans brûler et l'éteint par son froid. François Ier en fait l'image du prince qui entretient le feu de la bonne cause et étouffe l'autre. C'est un programme moral et un programme de gloire à la fois : il l'étale sur ses châteaux, sur ses monnaies, sur ses vaisseaux, de <a href="https://rois-de-france.com/posts/marignan-1515/">Marignan</a> à Fontainebleau.</p>
<h2 id="pourquoi-louis-xiv-prend-il-le-soleil">Pourquoi Louis XIV prend-il le soleil ?<a class="headerlink" href="#pourquoi-louis-xiv-prend-il-le-soleil" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En 1662, pour le grand carrousel donné devant les Tuileries, le jeune roi paraît en Soleil. Il lui faut une devise : on retient <em>Nec pluribus impar</em>. Le sens fait débat dès l'origine : « supérieur à tous », ou « capable de gouverner bien plus de royaumes que le sien ». L'ambiguïté même a servi, et a prêté aux accusations d'orgueil. Le roi en a lui-même laissé l'usage au profit de la simple image du soleil. Pour comprendre ce choix, voir <a href="https://rois-de-france.com/posts/pourquoi-louis-xiv-roi-soleil/">pourquoi Louis XIV est le Roi-Soleil</a> et <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a>.</p>
<h2 id="le-canon-aussi-avait-sa-devise">Le canon aussi avait sa devise<a class="headerlink" href="#le-canon-aussi-avait-sa-devise" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Sur les pièces d'artillerie, les rois font graver <em>Ultima ratio regum</em> (« le dernier argument des rois »), formule que l'on attribue à Louis XIV, sous l'impulsion de Richelieu qui l'aurait introduite dès 1635 : la force vient en dernier, quand le droit et la parole n'ont pas suffi.</p>
<h2 id="idees-recues">Idées reçues<a class="headerlink" href="#idees-recues" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><em>Toute la famille royale avait la même devise</em> : non, elle était choisie par chaque roi, parfois reprise d'un ancêtre (le porc-épic de Louis XII vient de la maison d'Orléans).</li>
<li><em>La fleur de lys est une devise</em> : c'est un emblème héréditaire, voir <a href="https://rois-de-france.com/posts/fleur-de-lys/">la fleur de lys</a>.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li>La devise est personnelle ; les armes sont celles de la couronne.</li>
<li>François Ier : salamandre, « <em>Nutrisco et extinguo</em> ». Louis XIV : soleil, « <em>Nec pluribus impar</em> ».</li>
<li>La devise exprime une politique : protéger et punir, briller et rayonner.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/sacre-des-rois-de-france/">Le sacre des rois de France</a> : ce qui, à l'inverse des devises, est commun à tous les rois.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/fleur-de-lys/">La fleur de lys</a>, l'emblème héréditaire de la couronne.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/pourquoi-louis-xiv-roi-soleil/">Pourquoi Louis XIV est le Roi-Soleil</a>.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/marignan-1515/">Marignan 1515</a>, la victoire de François Ier.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Tous les rois de France</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li>Michel Pastoureau, <em>Traité d'héraldique</em>, Picard, 1979.</li>
<li><a href="https://www.chateauversailles.fr/" rel="nofollow noopener">Devise de Louis XIV — Château de Versailles</a></li>
<li><a href="https://www.chambord.org/" rel="nofollow noopener">Salamandre de François Ier — Château de Chambord</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>La guerre de Succession d'Espagne (1701-1714) expliquée</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/guerre-de-succession-d-espagne/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/guerre-de-succession-d-espagne/</guid>
    <pubDate>Sun, 25 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Batailles, guerres et traités</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/guerre-de-succession-d-espagne.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>La guerre de Succession d'Espagne (1701-1714) : le testament de Charles II, Philippe V à Madrid, Blenheim, Malplaquet, Denain et le traité d'Utrecht.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<p>La <strong>guerre de Succession d'Espagne</strong> (1701-1714) oppose la France et l'Espagne de Philippe V à une grande coalition — l'Angleterre, les Provinces-Unies, l'Empereur — qui refuse qu'un petit-fils de <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a> hérite de l'empire de Charles II. Elle est la dernière et la plus dure des <a href="https://rois-de-france.com/posts/guerres-des-rois-de-france/">guerres du Grand Roi</a> ; elle s'achève par les traités d'Utrecht (1713) et de Rastatt (1714), qui laissent un Bourbon à Madrid et la France intacte.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Période</strong> 1701-1714 · <strong>Enjeu</strong> la couronne d'Espagne et son empire · <strong>Camps</strong> France et Espagne de Philippe V, contre l'Angleterre, les Provinces-Unies, l'Empereur, la Savoie et le Portugal (ces deux derniers passés à la coalition en 1703-1704) · <strong>Batailles</strong> Blenheim, Ramillies, Malplaquet, Denain · <strong>Traités</strong> Utrecht, Rastatt · <strong>Résultat</strong> Philippe V roi d'Espagne, renonciation à la couronne de France</p>
</div>
<h2 id="dou-vient-le-conflit">D'où vient le conflit ?<a class="headerlink" href="#dou-vient-le-conflit" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Charles II d'Espagne, dernier Habsbourg de Madrid, est infirme et sans enfant. Toute l'Europe sait que sa succession va tout changer : l'Espagne tient encore les Pays-Bas du Sud, le Milanais, Naples, la Sicile et les Indes. Deux prétendants ont des droits : le Dauphin de France, fils de Louis XIV et de l'infante Marie-Thérèse, et l'archiduc Charles, fils de l'empereur Léopold. Louis XIV avait renoncé, au mariage de 1660, aux droits de son épouse — mais la dot espagnole n'avait jamais été payée.</p>
<p>Les puissances tentent d'abord de partager l'héritage par traités (1698, 1700). Madrid refuse le démembrement. Charles II meurt le 1er novembre 1700 en léguant tout, d'un bloc, à <strong>Philippe d'Anjou</strong>, deuxième petit-fils de Louis XIV, avec une clause : si la France refuse, la couronne ira à l'archiduc. Le roi pèse le choix, accepte le 16 novembre, et présente le jeune prince à la cour : c'est de là que vient le mot, sans doute apocryphe, « il n'y a plus de Pyrénées ».</p>
<h2 id="pourquoi-leurope-sunit-elle-contre-lui">Pourquoi l'Europe s'unit-elle contre lui ?<a class="headerlink" href="#pourquoi-leurope-sunit-elle-contre-lui" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Parce qu'une famille unique sur les deux trônes romprait l'équilibre. Louis XIV, lui, inquiète plus qu'il n'apaise : il maintient les droits éventuels de Philippe à la couronne de France, occupe les places fortes des Pays-Bas espagnols, puis reconnaît à la mort de Jacques II le fils de celui-ci comme roi d'Angleterre (1701). La Grande Alliance de La Haye se noue en septembre 1701 et la guerre commence en 1701 en Italie, puis partout : Pays-Bas, Rhin, Danube, Espagne.</p>
<h2 id="comment-se-deroule-la-guerre">Comment se déroule la guerre ?<a class="headerlink" href="#comment-se-deroule-la-guerre" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><strong>1704-1708, les défaites</strong> : Blenheim (13 août 1704), où Marlborough et le prince Eugène écrasent l'armée franco-bavaroise ; Ramillies (1706) ; Turin (1706) ; Oudenarde (1708). Les Anglais prennent Gibraltar (1704). La France perd les Pays-Bas du Sud.</li>
<li><strong>1709, l'année terrible</strong> : l'hiver le plus froid du règne, la famine, les prix qui s'envolent. Louis XIV refuse des conditions qui l'obligeraient à chasser lui-même son petit-fils d'Espagne et adresse à ses sujets un appel qui est lu dans les paroisses ; l'armée de Villars tient à <strong>Malplaquet</strong> (11 septembre 1709), défaite en rase campagne mais où les coalisés perdent presque deux fois plus d'hommes.</li>
<li><strong>1710-1711, le retournement</strong> : en Espagne, Vendôme remporte Villaviciosa et assure le trône de Philippe V, soutenu par la Castille. En avril 1711 meurt l'empereur Joseph Ier, et l'archiduc Charles lui succède : l'Angleterre ne veut plus d'un nouveau Charles Quint et ouvre des pourparlers secrets.</li>
<li><strong>1712, Denain</strong> : le 24 juillet, Villars surprend les Impériaux sur l'Escaut et reprend l'initiative. La guerre est gagnée sur le terrain au moment où elle était presque perdue.</li>
</ul>
<p>Pendant ce temps le deuil frappe la maison de France : le Grand Dauphin (1711), puis le duc de Bourgogne et son fils aîné (1712). Il ne reste qu'un enfant de deux ans, le futur Louis XV. L'idée qu'un Bourbon règne un jour sur les deux couronnes cesse d'être une crainte pour devenir une question de droit.</p>
<h2 id="que-decident-les-traites">Que décident les traités ?<a class="headerlink" href="#que-decident-les-traites" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Utrecht (avril 1713), puis Rastatt (mars 1714) entre la France et l'Empereur, règlent le partage :</p>
<ul>
<li><strong>Philippe V</strong> est reconnu roi d'Espagne et des Indes, mais <strong>renonce pour lui et sa descendance à la couronne de France</strong> ; les princes français renoncent à celle d'Espagne. Le Parlement enregistre ces actes en 1713. Pour les juristes du royaume, une loi fondamentale n'est pas à la disposition de son titulaire, ce qui rend la renonciation discutable : <a href="https://rois-de-france.com/posts/loi-salique/">l'hérédité de la couronne</a> n'est pas un bien que le roi peut donner.</li>
<li><strong>L'Angleterre</strong> garde Gibraltar et Minorque, reçoit Terre-Neuve, l'Acadie et la baie d'Hudson, et le monopole du commerce des esclaves vers l'Amérique espagnole (l'<em>asiento</em>) : le début de sa suprématie maritime.</li>
<li><strong>L'Autriche</strong> reçoit les Pays-Bas du Sud, le Milanais, Naples et la Sardaigne ; la <strong>Savoie</strong> obtient la Sicile et un titre royal.</li>
<li><strong>La France</strong> perd peu ou rien en Europe, mais cède ses conquêtes coloniales de l'Atlantique nord, démantèle le port de Dunkerque et laisse un pays épuisé.</li>
</ul>
<h2 id="ce-que-la-guerre-a-change">Ce que la guerre a changé<a class="headerlink" href="#ce-que-la-guerre-a-change" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Elle installe la maison de <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-bourbons/">Bourbon</a> à Madrid, où elle règne encore. Elle épuise le trésor, malgré les efforts de l'héritage de <a href="https://rois-de-france.com/posts/colbert/">Colbert</a>, et la dette du royaume pèse sur tout le règne suivant. Elle confirme enfin le principe de l'équilibre européen, formulé à Utrecht : aucune puissance ne doit dominer seule le continent. Bainville y voyait le prix de la politique de Louis XIV, qui avait inquiété trop tôt tous ses voisins.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<p>Louis XIV a accepté un testament qui devait inquiéter l'Europe ; il a failli perdre le royaume et l'a sauvé en 1712. La France sort intacte, l'Espagne reste bourbonienne, mais l'Angleterre gagne l'avenir sur mer.</p>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a> — le règne dans lequel s'inscrit cette dernière guerre.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/guerres-des-rois-de-france/">Les guerres des rois de France</a> — treize siècles de batailles et de traités.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/rocroi-1643/">Rocroi (1643)</a> — la victoire qui ouvre le Grand Siècle des armes.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-bourbons/">Les Bourbons</a> — la dynastie qui règne alors à Paris et à Madrid.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/colbert/">Colbert</a> — le ministre qui avait bâti les finances de la guerre.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/categories/batailles/">Toutes les batailles</a> et <a href="https://rois-de-france.com/chronologie/">la chronologie</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Traité d'Utrecht (1713), texte et contexte — Gallica / BnF</a></li>
<li><a href="https://www.chateauversailles.fr/" rel="nofollow noopener">Château de Versailles — Louis XIV et la guerre de Succession d'Espagne</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Agnès Sorel, la première favorite officielle (vers 1422-1450)</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/agnes-sorel/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/agnes-sorel/</guid>
    <pubDate>Sat, 24 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Reines, régentes et favorites</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/agnes-sorel.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Agnès Sorel (vers 1422-1450), dame de Beauté et première favorite officielle d'un roi de France : son influence sur Charles VII, sa mort, le mercure.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<p><strong>Agnès Sorel</strong> (vers 1422-1450) est la première femme que la cour de France ait reconnue publiquement comme la favorite du roi. Elle le fut de <strong><a href="https://rois-de-france.com/posts/charles-vii/">Charles VII</a></strong>, dans les années où le royaume se relevait de la guerre de Cent Ans. Morte à vingt-huit ans environ, elle a laissé le nom d'une « dame de Beauté » et une question jamais refermée : qui l'a tuée ? C'est un des visages les plus célèbres de la longue série des <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-reines-de-france/">reines et favorites de France</a>.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<ul>
<li><strong>Née</strong> vers 1422, en Touraine (Fromenteau, selon la tradition) ; <strong>morte</strong> le 9 février 1450 à Jumièges, en Normandie.</li>
<li><strong>Origine</strong> : petite noblesse de Touraine et de Picardie.</li>
<li><strong>Rôle</strong> : dame d'honneur, puis favorite officielle (vers 1444-1450).</li>
<li><strong>Roi</strong> : <a href="https://rois-de-france.com/posts/charles-vii/">Charles VII</a>.</li>
<li><strong>Enterrée</strong> à Loches, collégiale Saint-Ours.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="dou-vient-elle-et-comment-entre-t-elle-a-la-cour">D'où vient-elle, et comment entre-t-elle à la cour ?<a class="headerlink" href="#dou-vient-elle-et-comment-entre-t-elle-a-la-cour" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Agnès Sorel naît dans une famille de petite noblesse. Elle entre jeune au service d'Isabelle de Lorraine, duchesse d'Anjou, puis de Marie d'Anjou, <strong>l'épouse de Charles VII</strong>. C'est donc auprès de la reine qu'elle est remarquée, vers 1443-1444, à l'époque où le roi, installé dans ses châteaux de la Loire, ne se bat plus à chaque saison. Les chroniqueurs de l'époque, comme Georges Chastellain, vantent sa beauté ; les dates exactes de sa jeunesse restent incertaines.</p>
<h2 id="qua-t-elle-change-a-la-cour">Qu'a-t-elle changé à la cour ?<a class="headerlink" href="#qua-t-elle-change-a-la-cour" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Avant elle, les rois avaient des maîtresses, mais elles se cachaient. Charles VII, lui, <strong>la fait connaître</strong> : il lui donne la seigneurie de Beauté-sur-Marne, celles de Vernon et d'Issoudun, des bijoux, une maison. Agnès paraît à la cour avec un luxe qui fait scandale : robes à longue traîne, décolletés, diamants taillés. Elle lance des modes que l'on commente jusque dans les sermons.</p>
<p>Son influence politique est réelle sans être démesurée. Elle soutient des hommes de confiance du roi, comme le trésorier <strong>Étienne Chevalier</strong>, et paraît avoir poussé Charles VII à garder auprès de lui des serviteurs capables plutôt que des courtisans. Mais il faut se garder de la légende rose qui en fait l'aiguillon d'un roi indolent : les victoires de 1449-1450 sont celles de ses capitaines et de son armée.</p>
<h2 id="pourquoi-a-t-elle-des-ennemis">Pourquoi a-t-elle des ennemis ?<a class="headerlink" href="#pourquoi-a-t-elle-des-ennemis" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le principal est le <strong>dauphin Louis</strong>, futur <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xi/">Louis XI</a>, brouillé avec son père et hostile à la favorite. Une tradition raconte qu'il la frappa en pleine cour vers 1446 et dut s'éloigner ; la scène est rapportée plus tard, et sa date comme son détail restent incertains. Autour d'elle, d'autres rivaux guettent : elle est riche, jeune, écoutée, et l'on parle déjà de ses largesses.</p>
<h2 id="comment-est-elle-morte">Comment est-elle morte ?<a class="headerlink" href="#comment-est-elle-morte" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Enceinte de son quatrième enfant, elle rejoint le roi en Normandie, au moment de la reconquête, et meurt à <strong>Jumièges</strong> le 9 février 1450, après quelques jours de maladie, dit-on. Sur son lit de mort, la tradition la montre repentante, aumônière et pieuse ; elle avait fondé des messes et des dons aux églises.</p>
<p>Dès l'époque, on parle de poison. On accuse <strong>Jacques Cœur</strong>, l'argentier du roi, mis à l'écart en 1451 : l'accusation a servi à sa chute, sans preuve. D'autres incriminent le dauphin. Ce n'est qu'en 2005 qu'une équipe scientifique, ayant étudié ses restes, relève une <strong>quantité de mercure</strong> bien supérieure à la normale. Certains y voient un empoisonnement ; d'autres rappellent que le mercure entrait dans les médicaments du temps, contre les vers notamment, et que la dose peut venir d'un traitement. La question reste ouverte, et il vaut mieux le dire que choisir un coupable.</p>
<h2 id="que-reste-t-il-dagnes-sorel">Que reste-t-il d'Agnès Sorel ?<a class="headerlink" href="#que-reste-t-il-dagnes-sorel" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><strong>Ses enfants</strong> : trois filles, reconnues par le roi, dont Charlotte, mariée à Jacques de Brézé, grand sénéchal de Normandie.</li>
<li><strong>Un portrait</strong> : Jean Fouquet lui prête les traits de la Vierge du diptyque de Melun, commandé par Étienne Chevalier. Un tableau de piété, peint avec ses traits, qui a nourri sa légende.</li>
<li><strong>Un tombeau</strong> : à Loches, dans la collégiale Saint-Ours, où le gisant de marbre blanc la montre entourée d'agneaux et d'anges. Transféré en 1777, il a été ouvert en 2005 pour l'étude de ses restes.</li>
<li><strong>Un titre</strong> : « dame de Beauté », entré dans la langue.</li>
</ul>
<p>Un regard chrétien ne peut ni la canoniser ni la mépriser. Sa liaison avec un roi marié était une faute, que les sermons du temps ne taisaient pas ; sa charité et sa mort pieuse le furent tout autant. Elle illustre aussi une constante de la monarchie : la cour voit la favorite, le royaume voit le roi, et l'institution passe au-dessus des personnes.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li>Agnès Sorel est la <strong>première favorite officielle</strong> d'un roi de France (vers 1444-1450).</li>
<li>Elle porte le titre de <strong>dame de Beauté</strong> ; elle donne trois filles à Charles VII.</li>
<li>Sa mort à 28 ans environ, en 1450, reste <strong>non élucidée</strong> : le mercure retrouvé en 2005 n'a pas tranché.</li>
<li>Elle repose à <strong>Loches</strong>.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/charles-vii/">Charles VII</a> — le roi dont elle fut la favorite.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-reines-de-france/">Les reines de France</a> — le rôle des épouses et des favorites, de Clotilde à Marie-Amélie.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xi/">Louis XI</a> — le dauphin son adversaire.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/isabeau-de-baviere/">Isabeau de Bavière</a> — la reine du règne précédent, entre légende noire et réalité.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-valois/">Les Valois</a> — la dynastie de Charles VII.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica, BnF : Georges Chastellain, <em>Chronique</em></a></li>
<li><a href="https://www.persee.fr/" rel="nofollow noopener">Philippe Contamine, <em>Charles VII. Une vie, une politique</em>, Perrin</a></li>
<li><a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/" rel="nofollow noopener">Philippe Charlier et al., « Agnès Sorel et le mercure », 2005</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Colbert : le ministre qui voulait tout compter (1619-1683)</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/colbert/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/colbert/</guid>
    <pubDate>Sat, 24 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Gouverner le royaume</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/colbert.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Biographie de Colbert (1619-1683), ministre de Louis XIV : finances, manufactures, marine, Compagnie des Indes, Code Louis. Bilan honnête du colbertisme.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Né</strong> à Reims, le 29 août 1619 · <strong>mort</strong> à Paris, le 6 septembre 1683 · <strong>origine</strong> : famille de marchands drapiers · <strong>rôle</strong> : intendant de Mazarin, contrôleur général des finances (1665), secrétaire d'État à la Maison du roi (1668) et à la Marine (1669) · <strong>roi</strong> : <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a> · <strong>inhumé</strong> à Saint-Eustache, Paris.</p>
</div>
<p><strong>Colbert est le ministre de Louis XIV qui a remis en ordre les finances du royaume après 1661 et bâti, en vingt ans, les manufactures, la marine et les académies de la monarchie.</strong> Il croyait que ce qui ne se compte pas ne se gouverne pas. C'est l'un des grands commis de la monarchie française, dont <a href="https://rois-de-france.com/posts/comment-le-roi-gouvernait/">Comment le roi gouvernait la France</a> explique la place dans la machine.</p>
<h2 id="origines-et-arrivee-au-pouvoir">Origines et arrivée au pouvoir<a class="headerlink" href="#origines-et-arrivee-au-pouvoir" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Colbert naît dans la bourgeoisie marchande de Reims, la ville du sacre. Il apprend le métier de la banque et du négoce à Lyon et à Paris, puis entre au service du secrétaire d'État Michel Le Tellier, qui le place auprès du cardinal <a href="https://rois-de-france.com/posts/mazarin/">Mazarin</a>. Il en devient l'intendant : il tient les comptes, et la considérable fortune, du principal ministre. À la mort de Mazarin, en mars 1661, il passe, selon la tradition, pour avoir conseillé au jeune roi de se défier du surintendant Nicolas Fouquet.</p>
<p>Le 5 septembre 1661, Fouquet est arrêté à Nantes. Le roi supprime la charge de surintendant, gouverne avec un Conseil royal des finances et confie à Colbert la réalité du travail. Une chambre de justice fait rendre gorge aux financiers qui avaient prêté à l'État à des taux scandaleux. Dès 1661-1662, les rentes sont réduites et la dette examinée ligne à ligne.</p>
<h2 id="son-pouvoir-ce-quil-decidait-vraiment">Son pouvoir : ce qu'il décidait vraiment<a class="headerlink" href="#son-pouvoir-ce-quil-decidait-vraiment" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Les finances.</strong> Contrôleur général en 1665, Colbert voulait un budget lisible : des recettes et des dépenses inscrites, des fermiers des impôts surveillés, des offices vendus à l'excès rachetés. La taille, impôt direct le plus lourd pour les paysans, est allégée dans les premières années, tandis que les droits indirects rapportent davantage. Vers 1667-1671, l'État dépense moins qu'il ne reçoit : un cas rare dans l'histoire de la monarchie.</p>
<p><strong>Les manufactures.</strong> Les Gobelins (tapisseries, devenues Manufacture royale des meubles de la Couronne en 1667), les glaces de Saint-Gobain (1665), les draps de Sedan et d'Abbeville, la dentelle d'Alençon : le roi protège, subventionne, fixe des règlements de qualité. L'idée est de ne plus acheter à Venise, en Hollande ou en Angleterre ce que la France peut fabriquer. Les tarifs douaniers de 1664 et de 1667 protègent ces produits.</p>
<p><strong>La marine et les colonies.</strong> Colbert reprend à zéro une flotte presque inexistante : arsenaux de Toulon, Brest et Rochefort, corps d'officiers, inscription maritime, et plus d'une centaine de vaisseaux à la fin du règne. Il fonde la Compagnie des Indes orientales (1664) et soutient la Nouvelle-France. Beaucoup de ces compagnies végètent faute de capitaux privés.</p>
<p><strong>Les lois et les arts.</strong> Sous son impulsion, le <em>Code Louis</em> (ordonnance civile de 1667, criminelle de 1670), l'ordonnance des Eaux et Forêts (1669) et celle du Commerce (1673) mettent de l'ordre dans les pratiques. Surintendant des Bâtiments (1664), il lance la Colonnade du Louvre et le chantier de <a href="https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-versailles/">Versailles</a>, fonde l'Académie des sciences (1666) et l'Académie d'architecture (1671), soutient le canal du Midi de Pierre-Paul Riquet (1666-1681), qui relie l'Atlantique à la Méditerranée.</p>
<h2 id="face-au-roi-et-a-la-cour">Face au roi et à la cour<a class="headerlink" href="#face-au-roi-et-a-la-cour" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Colbert n'a jamais été le seul maître : le roi décidait, et il avait en face de Colbert la famille des Le Tellier, avec le secrétaire d'État de la Guerre <strong>Louvois</strong>. Colbert voulait des économies et la paix pour que le commerce prospère ; Louvois voulait l'armée et la conquête. Le roi, qui aimait la gloire, a plus souvent donné raison au second.</p>
<p>La guerre de Hollande (1672-1678), que Colbert avait déconseillée, brise l'équilibre : il faut multiplier les taxes, vendre des offices, créer le monopole du tabac et le papier timbré. La révolte du papier timbré, ou des Bonnets rouges, secoue la Bretagne en 1675 et la répression est dure. Le ministre fidèle continue pourtant de travailler jusqu'à ses derniers jours.</p>
<h2 id="chute-retraite-ou-mort">Chute, retraite ou mort<a class="headerlink" href="#chute-retraite-ou-mort" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Colbert perd peu à peu la faveur du roi après 1680, et Louvois prend l'ascendant. Il meurt le 6 septembre 1683, à soixante-quatre ans, épuisé par le travail. Une anecdote ancienne, rapportée à titre de légende, veut que le peuple ait craint pour sa dépouille tant l'impôt était haï : on l'aurait enterré de nuit à Saint-Eustache. Son fils Seignelay lui succède à la Marine.</p>
<h2 id="ce-quil-en-reste">Ce qu'il en reste<a class="headerlink" href="#ce-quil-en-reste" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le <strong>colbertisme</strong> est resté un mot de la politique française : l'idée que l'État doit conduire l'économie. C'est la lecture libérale du XVIIIᵉ siècle qui en a fait un défaut ; la tradition y voit plutôt le métier d'un grand serviteur de la couronne. Entre ces deux jugements, les faits : Colbert a rendu au roi les moyens de sa politique, mais en les fondant sur une pression fiscale que la guerre a rendue pesante. Les manufactures royales ont donné à la France des industries de luxe qui existent encore.</p>
<p>Il faut dire aussi la part sombre : l'organisation des colonies et de la traite maritime a été pensée dans l'esprit mercantiliste du temps, et le Code noir de 1685 sort de ses bureaux de la Marine, après sa mort. Ce n'est pas excuser l'esclavage que de rappeler que le jugement moral sur une institution ne se confond pas avec la biographie d'un ministre, et c'est la loi royale qui, dès cette date, a imposé au maître des devoirs religieux envers l'esclave, comme la messe et le baptême.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li><strong>1661</strong> : arrestation de Fouquet ; Colbert prend en main les finances.</li>
<li><strong>1664-1665</strong> : Compagnie des Indes orientales, contrôle général des finances.</li>
<li><strong>1667-1670</strong> : <em>Code Louis</em> ; <strong>1669</strong> : Marine.</li>
<li><strong>1672</strong> : la guerre de Hollande ruine l'équilibre budgétaire.</li>
<li><strong>1683</strong> : mort à Paris, le 6 septembre.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV : biographie du roi et de son règne</a> — le roi qu'il a servi vingt-deux ans.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/comment-le-roi-gouvernait/">Comment le roi gouvernait la France : les institutions de la monarchie</a> — le contrôle général et les intendants.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/mazarin/">Mazarin : biographie du cardinal italien</a> — le maître qui lui a ouvert la carrière.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/la-fronde/">La Fronde (1648-1653)</a> — la révolte dont l'État de Colbert est l'héritier.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/sully/">Sully : le ministre d'Henri IV et la poule au pot</a> — l'autre grand redresseur des finances royales.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-versailles/">Le château de Versailles</a> — le chantier dont il tenait les comptes.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li>Jean-Christian Petitfils, <em>Louis XIV</em>, Perrin, 2002 ; Daniel Dessert, <em>Colbert ou le serpent venimeux</em>, Complexe, 2000.</li>
<li><a href="https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/" rel="nofollow noopener">Archives nationales, fonds Colbert</a></li>
<li><a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica, BnF — Lettres, instructions et mémoires de Colbert, éd. Pierre Clément</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Charles VII : biographie du roi de Jeanne d'Arc (1422-1461)</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/charles-vii/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/charles-vii/</guid>
    <pubDate>Fri, 23 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Valois</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/charles-vii.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Biographie de Charles VII (1422-1461) : du roi de Bourges au Victorieux, Jeanne d'Arc, le sacre de Reims, Arras, l'armée permanente, Castillon.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Né</strong> le 22 février 1403, à Paris (hôtel Saint-Pol) · <strong>Mort</strong> le 22 juillet 1461, à Mehun-sur-Yèvre · <strong>Règne</strong> 1422-1461 (39 ans) · <strong>Sacre</strong> 17 juillet 1429, à Reims · <strong>Dynastie</strong> <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-valois/">Valois</a> · <strong>Père</strong> <a href="https://rois-de-france.com/posts/charles-vi/">Charles VI</a> · <strong>Mère</strong> Isabeau de Bavière · <strong>Épouse</strong> Marie d'Anjou (1422) · <strong>Prédécesseur</strong> Charles VI · <strong>Successeur</strong> <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xi/">Louis XI</a> · <strong>Surnoms</strong> le Victorieux, le Bien Servi · <strong>Enterré</strong> à Saint-Denis</p>
</div>
<p>Au printemps de 1429, le roi de France n'est plus roi que de quelques provinces au sud de la Loire. Les Anglais tiennent Paris, la Normandie, la Guyenne ; le duc de Bourgogne est leur allié ; sa propre mère, dit-on, l'a renié. Charles VII, vingt-six ans, attend à Chinon, hésitant, pauvre, sans armée payée. Quarante ans plus tard, ses fils savent que le royaume est vaste, fort, armé d'une artillerie sans égale et d'un impôt permanent. Entre les deux, il y a Jeanne d'Arc, que tout le monde retient, et il y a le roi, que l'on retient moins. Le septième roi <a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Valois</a> n'a rien d'un héros de légende ; il a gagné pourtant la guerre de Cent Ans.</p>
<h2 id="avant-le-trone-le-dauphin-desherite">Avant le trône : le dauphin déshérité<a class="headerlink" href="#avant-le-trone-le-dauphin-desherite" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Cinquième fils de Charles VI, Charles n'est pas destiné à régner : ses frères aînés meurent l'un après l'autre, et il devient dauphin en 1417. Il a quatorze ans quand le royaume bascule dans la guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons. Le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau, le duc de Bourgogne Jean sans Peur est abattu en sa présence, au cours d'une entrevue censée réconcilier les partis. Que le dauphin l'ait voulu ou seulement laissé faire, ses proches l'ont commis, et la faute est immense : elle jette Philippe le Bon, fils du mort, dans les bras des Anglais.</p>
<p>Le traité de Troyes (21 mai 1420), signé par un roi fou et par Isabeau de Bavière, déshérite le dauphin et donne la couronne à Henri V d'Angleterre. Le « soi-disant dauphin », comme disent ses ennemis, se retire sur la Loire, à Bourges, Chinon, Mehun. Il épouse Marie d'Anjou, qui lui apporte l'alliance de la maison d'Anjou et la fidélité de sa belle-mère Yolande d'Aragon, la meilleure tête de son entourage. À Baugé (1421), ses troupes battent les Anglais ; à Verneuil (1424), elles sont écrasées. À la mort de Charles VI, le 21 octobre 1422, il se proclame roi à Mehun ; les Anglais proclament Henri VI, un nourrisson. Les adversaires l'appellent par dérision le « roi de Bourges ».</p>
<h2 id="le-regne">Le règne<a class="headerlink" href="#le-regne" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<h3 id="jeanne-darc-et-le-sacre-1429">Jeanne d'Arc et le sacre (1429)<a class="headerlink" href="#jeanne-darc-et-le-sacre-1429" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Le siège d'Orléans, où les Anglais viennent de s'établir (octobre 1428), est le dernier verrou de la Loire. C'est là qu'arrive, en mars 1429, une jeune paysanne de Lorraine qui dit avoir reçu mission du ciel de faire lever le siège et de conduire le roi à Reims. Charles VII la fait examiner par des clercs à Poitiers, puis la laisse faire : la ville est délivrée le 8 mai, les Anglais sont dispersés à <a href="https://rois-de-france.com/posts/patay-1429/">Patay</a> (18 juin), et le dauphin, qu'une chevauchée de deux mois conduit à travers un pays soudain rallié, est sacré à Reims le 17 juillet 1429. Il reçoit l'onction avec la sainte ampoule, comme <a href="https://rois-de-france.com/posts/ceremonie-du-sacre/">ses prédécesseurs</a> : rien de plus fort pour un roi dont on contestait la naissance. Le droit était dit par le ciel.</p>
<p>Il faut regarder en face la suite. Jeanne échoue devant Paris (septembre 1429), puis est prise à Compiègne par les Bourguignons en mai 1430, livrée aux Anglais, jugée à Rouen par un tribunal d'Église acquis à l'ennemi et brûlée le 30 mai 1431. Le roi ne tente rien dont l'histoire ait gardé la trace. Peut-être ne le pouvait-il pas ; peut-être le voulait-il moins que le prétendent ses défenseurs. Il se rachète en partie vingt ans plus tard : en 1450, il fait ouvrir l'enquête qui aboutit au procès de réhabilitation, et le jugement de 1456 casse la condamnation. Il y allait de sa propre légitimité : il ne pouvait pas avoir été sacré par une sorcière.</p>
<h3 id="la-paix-darras-et-la-reprise-de-paris-1435-1436">La paix d'Arras et la reprise de Paris (1435-1436)<a class="headerlink" href="#la-paix-darras-et-la-reprise-de-paris-1435-1436" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>La vraie victoire de Charles VII est diplomatique. Au congrès d'Arras, en septembre 1435, il accepte les conditions humiliantes de Philippe le Bon : il désavoue le meurtre de Montereau, dispense le duc de lui rendre l'hommage, lui cède Mâcon, Auxerre et les villes de la Somme. En échange, la Bourgogne quitte l'alliance anglaise. Les Anglais, privés de leur base, perdent Paris en avril 1436 : le connétable de Richemont y entre sans combat, et le roi lui-même s'y montre en novembre 1437, après un exil de dix-neuf ans. La politique de la couronne est celle-ci : sacrifier l'orgueil et le prix de quelques provinces pour rétablir l'unité.</p>
<h3 id="la-reconquete-1449-1453">La reconquête (1449-1453)<a class="headerlink" href="#la-reconquete-1449-1453" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Une fois la paix avec les Bourguignons conclue et l'armée réformée, la guerre est vite faite. La trêve de 1444 est rompue en 1449 par l'ennemi, qui prend Fougères. En un an, la Normandie tombe : Rouen se rend (octobre 1449), l'armée de secours anglaise est écrasée à Formigny (15 avril 1450), Cherbourg capitule en août. Puis vient la Guyenne, anglaise depuis trois siècles. Une première campagne en 1451 prend Bordeaux et Bayonne ; les Bordelais rappellent les Anglais, Talbot débarque et la guerre se joue à <a href="https://rois-de-france.com/posts/castillon-1453/">Castillon</a> (17 juillet 1453), où l'artillerie de Jean Bureau détruit l'armée anglaise retranchée. Bordeaux se rend le 19 octobre. Les Anglais ne gardent plus que Calais : on date de là la fin de la guerre de Cent Ans, bien qu'aucun traité ne la scelle.</p>
<h2 id="gouverner-limpot-larmee-leglise">Gouverner : l'impôt, l'armée, l'Église<a class="headerlink" href="#gouverner-limpot-larmee-leglise" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Ces victoires sont le fruit d'une réforme. Les États généraux de 1439 et l'ordonnance d'Orléans donnent au roi le droit de lever seul la taille et interdisent aux seigneurs d'entretenir des troupes. En 1445, il crée les <strong>compagnies d'ordonnance</strong> : quinze compagnies de cent lances, soldées, disciplinées, logées chez l'habitant ; en 1448, les francs-archers, fournis par les paroisses. C'est la première armée permanente du royaume depuis l'Antiquité, et elle règle le fléau des écorcheurs, ces bandes de soldats sans emploi qui pillaient les campagnes. Les frères Bureau, Jean et Gaspard, font de l'artillerie française la première d'Europe.</p>
<p>L'argent vient de <strong>Jacques Cœur</strong>, marchand de Bourges, argentier du roi, qui finance la reconquête de la Normandie. Il est arrêté en 1451, accusé de crimes divers — on lui reproche entre autres la mort d'Agnès Sorel —, dépouillé de ses biens que des courtisans se partagent, et s'enfuit en 1454 : la reconnaissance n'était pas la vertu de la cour. Le roi, en revanche, sait choisir ses hommes : Richemont, Dunois, Xaintrailles, les Bureau, Étienne Chevalier. De là le surnom de « Bien Servi ».</p>
<p>Avec l'Église, Charles VII fait œuvre de souverain chrétien et de gallican. Par la <strong>Pragmatique Sanction de Bourges</strong> (7 juillet 1438), inspirée des décrets du concile de Bâle, il affirme l'autorité des conciles sur le pape, limite les annates, rend aux chapitres et aux abbayes l'élection de leurs évêques et abbés : le roi protège ainsi les libertés de l'Église de France — et sa propre main sur les nominations. Rome y verra une atteinte ; Louis XI la sacrifiera, puis la regrettera.</p>
<h2 id="le-roi-et-sa-maison">Le roi et sa maison<a class="headerlink" href="#le-roi-et-sa-maison" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Charles VII est un homme timide, méfiant, que sa jeunesse a rendu prudent. Il aime le luxe et la belle architecture : Chinon, Mehun-sur-Yèvre, Bourges, Loches, les châteaux de la Loire où il s'est tenu si longtemps. Il est le premier roi à reconnaître officiellement une maîtresse, <strong><a href="https://rois-de-france.com/posts/agnes-sorel/">Agnès Sorel</a></strong>, la « dame de Beauté », morte en 1450, dont les portraits de Jean Fouquet ont gardé la grâce.</p>
<p>Sa maison est sombre. Le dauphin Louis, rétif, prend la tête de la <strong>Praguerie</strong> (1440), révolte de seigneurs contre l'armée royale ; pardonné, il est envoyé au Dauphiné, d'où il s'enfuit en 1456 chez Philippe le Bon. Charles VII, le sentant prêt à saisir la couronne, vieillit dans la crainte du poison.</p>
<h2 id="mort-et-succession">Mort et succession<a class="headerlink" href="#mort-et-succession" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il meurt à Mehun-sur-Yèvre le 22 juillet 1461, âgé de cinquante-huit ans. Un abcès à la mâchoire l'empêche de manger ; convaincu qu'on veut l'empoisonner, il refuse la nourriture jusqu'à l'extrême faiblesse, si l'on en croit les chroniqueurs. Il est enterré à Saint-Denis. Son fils, Louis XI, arrive de Genappe pour se faire sacrer ; il hérite d'un royaume en ordre, qu'il va achever.</p>
<h2 id="ce-quil-en-reste">Ce qu'il en reste<a class="headerlink" href="#ce-quil-en-reste" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Un royaume sauvé. Charles VII a hérité d'un pays divisé, vendu à l'étranger par un traité, avec un trésor vide et une couronne contestée ; il laisse à son fils un domaine pacifié, un impôt permanent, une armée royale et une artillerie, un clergé protégé. Les historiens modernes, longtemps sévères pour ce roi hésitant, reconnaissent depuis la fin du XIXᵉ siècle qu'il fut un grand politique : peu brillant en personne, attentif à choisir et à garder ses serviteurs, patient quand il fallait céder, implacable quand il fallait gagner. Pour qui lit l'histoire de France avec Bainville, c'est le règne type où la continuité de la couronne l'emporte sur les hommes : un roi médiocre, une institution solide, et la France, relevée de la plus profonde chute qu'elle ait connue.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li><strong>1420</strong> : traité de Troyes, le dauphin est déshérité.</li>
<li><strong>1429</strong> : Orléans, Patay, sacre de Reims (17 juillet).</li>
<li><strong>1435</strong> : paix d'Arras avec la Bourgogne ; Paris reprise en 1436.</li>
<li><strong>1438</strong> : Pragmatique Sanction de Bourges.</li>
<li><strong>1445</strong> : création des compagnies d'ordonnance.</li>
<li><strong>1450-1453</strong> : Formigny, Normandie et Guyenne reconquises ; <a href="https://rois-de-france.com/posts/castillon-1453/">Castillon</a>.</li>
<li><strong>1461</strong> : mort à Mehun-sur-Yèvre ; Louis XI lui succède.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/charles-vi/">Charles VI le Fol</a>, le père dont il a reçu un royaume en ruines.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xi/">Louis XI</a>, le fils qui a achevé son œuvre.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/patay-1429/">La bataille de Patay</a>, la victoire qui ouvre la route de Reims.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/jeanne-d-arc-et-charles-vii/">Jeanne d'Arc et Charles VII</a>, de Chinon à Reims (1429).</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/castillon-1453/">La bataille de Castillon</a>, le dernier combat de la guerre de Cent Ans.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/agnes-sorel/">Agnès Sorel</a>, la première favorite officielle du roi.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-valois/">Les Valois</a>, la dynastie relevée par Charles VII.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Tous les rois de France</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica, BnF : Thomas Basin, <em>Histoire de Charles VII</em></a></li>
<li><a href="https://www.persee.fr/" rel="nofollow noopener">Philippe Contamine, <em>Charles VII. Une vie, une politique</em>, Perrin</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>La Fronde (1648-1653) vue par le jeune Louis XIV</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/la-fronde/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/la-fronde/</guid>
    <pubDate>Fri, 23 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Bourbons</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/la-fronde.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>La Fronde (1648-1653) : Parlement, princes, barricades, fuite de Saint-Germain, Condé. Ce que le jeune Louis XIV en a retenu et pourquoi il a gouverné seul.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Dates</strong> 1648-1653 · <strong>Lieux</strong> Paris, Saint-Germain-en-Laye, Guyenne, Bordeaux, Loire · <strong>Camps</strong> la régente Anne d'Autriche et <a href="https://rois-de-france.com/posts/mazarin/">Mazarin</a>, pour le jeune <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a>, contre le Parlement de Paris puis les princes (Condé, Conti, Gaston d'Orléans) · <strong>Issue</strong> victoire de la couronne, retour de Mazarin (février 1653), amnistie · <strong>Contexte</strong> guerre de Trente Ans, guerre contre l'Espagne</p>
</div>
<p>La Fronde est la dernière grande révolte des corps et des grands contre la couronne, entre 1648 et 1653. Elle commence par une querelle d'impôts au Parlement de Paris, se change en guerre civile des princes, force un enfant de dix ans à fuir sa capitale de nuit, et se termine par la défaite de tous ceux qui l'avaient faite. Pour Louis XIV, qui a vécu ces années de dix à quinze ans, ce fut l'école du pouvoir : tout son règne, des <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-bourbons/">Bourbons</a> à Versailles, répond à cette frayeur d'enfant.</p>
<h2 id="le-contexte-un-royaume-qui-paie-la-guerre">Le contexte : un royaume qui paie la guerre<a class="headerlink" href="#le-contexte-un-royaume-qui-paie-la-guerre" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En 1643, Louis XIII meurt et laisse un roi de quatre ans, une régente espagnole et un ministre italien. Le royaume est en guerre contre l'empire et l'Espagne depuis 1635 ; la victoire de <a href="https://rois-de-france.com/posts/rocroi-1643/">Rocroi</a> a ouvert la régence sous de bons auspices, mais la guerre coûte une fortune. Mazarin, qui gouverne au nom de la régente, cherche l'argent partout : taxes sur les maisons du faubourg, emprunts, création d'offices à vendre, retard des gages des officiers. Il est étranger, cardinal, et on le soupçonne de s'enrichir : il concentre toutes les rancunes.</p>
<p>Les cours souveraines, elles, se souviennent de l'autorité de Richelieu et voudraient reprendre leur place. Les <a href="https://rois-de-france.com/posts/etats-generaux/">États généraux</a> ne se sont pas réunis depuis 1614 ; le Parlement de Paris, simple cour de justice, s'érige peu à peu en représentant du royaume, ce qu'il n'est pas.</p>
<h2 id="le-deroulement">Le déroulement<a class="headerlink" href="#le-deroulement" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>1648 : le Parlement.</strong> En mai, les cours souveraines de Paris s'unissent et présentent vingt-sept articles qui limiteraient le pouvoir fiscal du roi. Le 26 août, la régente fait arrêter le conseiller Broussel, vieillard populaire. Le lendemain, Paris se couvre de barricades : c'est la « journée des barricades ». Anne d'Autriche cède, libère Broussel, puis quitte Paris dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649 avec le roi et Mazarin pour Saint-Germain-en-Laye. Louis XIV, dix ans, dort sur la paille dans un château sans meubles. Il ne l'oubliera pas.</p>
<p><strong>1649 : le blocus et la paix de Rueil.</strong> Condé, le vainqueur de Rocroi, assiège Paris pour la couronne. Le Parlement lève des troupes, les pamphlets (« mazarinades ») inondent la ville. Mais les frondeurs ne sont pas d'accord entre eux, et la guerre contre l'Espagne continue. La paix de Rueil (mars) rétablit l'autorité du roi.</p>
<p><strong>1650-1651 : la Fronde des princes.</strong> Condé, trop sûr de lui, se brouille avec la reine ; elle le fait arrêter en janvier 1650, avec Conti et Longueville. Le Parlement exige alors le renvoi de Mazarin, qui doit s'exiler à Brühl, près de Cologne, en février 1651 ; il continue de conseiller la reine par lettres. Les princes sont libérés. Le 7 septembre 1651, Louis XIV, qui atteint sa majorité à treize ans, la proclame au Parlement : l'autorité du roi est désormais celle d'un roi majeur, mais en fait la régente gouverne toujours.</p>
<p><strong>1652 : la guerre civile.</strong> Condé lève le drapeau de la révolte, s'allie à l'Espagne, tient Bordeaux et la Guyenne. Turenne, passé un temps chez les rebelles, revient au service du roi. Il manque de peu de battre Condé devant Paris, qui ferme ses portes aux troupes royales. Le 2 juillet, Condé évite le désastre au faubourg Saint-Antoine grâce à la Grande Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans, qui fait tirer le canon de la Bastille sur l'armée du roi. Quelques jours plus tard, l'émeute de l'Hôtel de Ville ensanglante la ville. Paris est lasse : les bourgeois veulent le retour du roi.</p>
<p><strong>1652-1653 : la fin.</strong> Mazarin, par habileté, s'exile une seconde fois pour ôter aux rebelles leur grief. Le 21 octobre 1652, Louis XIV rentre à Paris, l'amnistie est proclamée. Le cardinal revient triomphalement le 3 février 1653. Bordeaux se soumet en juillet. Condé, passé à l'Espagne, combattra son pays pendant six ans et ne sera gracié qu'à la paix des Pyrénées (1659).</p>
<h2 id="pourquoi-ce-resultat">Pourquoi ce résultat<a class="headerlink" href="#pourquoi-ce-resultat" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La Fronde n'avait pas de programme commun. Le Parlement défendait ses prérogatives, les princes leur place et leurs pensions, le peuple ses boutiques : personne ne proposait un autre gouvernement du royaume. Quand les princes ont voulu le pouvoir, ils ont fait appel à l'Espagne et perdu le peuple. À l'inverse, la couronne avait la légitimité, un ministre patient et un général, Turenne, qui savait la guerre. Mazarin a joué la lassitude, l'argent et le temps ; il a su aussi s'effacer quand il le fallait.</p>
<h2 id="les-consequences-ce-que-louis-xiv-en-a-retenu">Les conséquences : ce que Louis XIV en a retenu<a class="headerlink" href="#les-consequences-ce-que-louis-xiv-en-a-retenu" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il faut le dire sans fard : la monarchie sort victorieuse, mais plus lourde. Les rancunes de l'enfant ont un effet direct sur le règne.</p>
<ul>
<li><strong>Méfiance envers Paris.</strong> Le roi quitte la capitale ; le <a href="https://rois-de-france.com/posts/louvre-des-rois/">Louvre</a> est abandonné pour Versailles.</li>
<li><strong>Maîtrise des grands.</strong> La noblesse, qui s'est battue contre lui, est attirée à la cour, où l'<a href="https://rois-de-france.com/posts/etiquette-a-versailles/">étiquette</a> et les honneurs la tiennent mieux que les armes.</li>
<li><strong>Le Parlement muselé.</strong> En 1655, Louis XIV vient en habit de chasse lui interdire de délibérer sur les édits. La phrase « L'État, c'est moi » est une légende ; l'idée, elle, est déjà là.</li>
<li><strong>Le gouvernement personnel.</strong> À la mort de Mazarin (1661), le roi ne prend pas de principal ministre. Il a vu ce qu'il en coûte.</li>
</ul>
<h2 id="vrai-ou-faux">Vrai ou faux<a class="headerlink" href="#vrai-ou-faux" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><em>Louis XIV, enfant, a failli être enlevé.</em> Pas exactement, mais la peur fut réelle : dans la nuit du 9 au 10 février 1651, le peuple, persuadé que la reine veut fuir avec le roi, envahit le Palais-Royal ; on le laisse défiler devant le lit de l'enfant, qui fait semblant de dormir. Le récit vient des Mémoires de Mme de Motteville, témoin. <em>« L'État, c'est moi »</em> : jamais prononcé. Seul est attesté le geste du Parlement de 1655, rapporté en substance.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li><strong>1648-1653</strong> : Fronde parlementaire, puis Fronde des princes.</li>
<li>Cause : la guerre, l'impôt, l'ambition des cours souveraines et des grands.</li>
<li>Louis XIV, enfant, fuit Paris de nuit ; Mazarin sauve la couronne.</li>
<li>Conséquence : Versailles, les intendants, le gouvernement personnel.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a> — le roi qui est sorti de la Fronde.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/mazarin/">Mazarin</a> — le ministre qui l'a gagnée.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/rocroi-1643/">Rocroi (1643)</a> — la victoire qui a précédé la révolte de Condé.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/etats-generaux/">Les États généraux</a> — ce que le Parlement prétendait remplacer.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-bourbons/">Les Bourbons</a> — la dynastie, d'Henri IV à Louis-Philippe.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Tous les rois de France</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li>Mme de Motteville, <em>Mémoires</em>, et cardinal de Retz, <em>Mémoires</em> — <a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica</a></li>
<li>Orest Ranum, <em>The Fronde. A French Revolution, 1648-1652</em>, 1993 ; Hubert Carrier, <em>La Presse de la Fronde</em>, Droz, 1989.</li>
<li>Château de Versailles, <a href="https://www.chateauversailles.fr/" rel="nofollow noopener">dossier Louis XIV</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Charles Martel : biographie du vainqueur de Poitiers (688-741)</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/charles-martel/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/charles-martel/</guid>
    <pubDate>Thu, 22 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Mérovingiens</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/charles-martel.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Biographie de Charles Martel (688-741) : bâtard de Pépin de Herstal, maître des Francs, vainqueur de Poitiers en 732, père de Pépin le Bref.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Naissance</strong> vers 688 · <strong>Mort</strong> 22 octobre 741, Quierzy · <strong>Titre</strong> maire du palais d'Austrasie (714), de Neustrie (718), « duc et prince des Francs » · <strong>Père</strong> Pépin de Herstal · <strong>Épouses</strong> Chrotrude, puis Sunnichilde · <strong>Fils</strong> Carloman, Pépin le Bref, Grifon · <strong>Rois sous lesquels il gouverne</strong> Chilpéric II, Thierry IV, puis vacance (737-743) · <strong>Victoires</strong> Vinchy (717), Soissons (718), Poitiers (732)</p>
</div>
<p>Charles Martel est le maître des Francs de 714 à sa mort, en 741, sans avoir jamais porté la couronne. Fils d'un maire du palais, il relève le royaume que les querelles avaient divisé, le défend contre les Saxons, les Frisons et les Arabes, et laisse à ses fils une puissance telle que l'un d'eux, Pépin, prendra bientôt la place des derniers <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-merovingiens/">Mérovingiens</a>. C'est la victoire de <a href="https://rois-de-france.com/posts/poitiers-732/">Poitiers (732)</a> qui a fait sa gloire, mais elle n'est qu'un moment d'un règne de vingt-sept ans passé presque entièrement à cheval.</p>
<h2 id="dou-vient-charles-martel">D'où vient Charles Martel ?<a class="headerlink" href="#dou-vient-charles-martel" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il naît vers 688, au lendemain de Tertry (687), où son père Pépin de Herstal a vaincu la Neustrie et pris la tête de tout le royaume franc. Sa mère, Alpaïde, n'est pas l'épouse légitime, Plectrude : Charles est un bâtard, ce qui pèsera lourd à la mort de son père.</p>
<p>En décembre 714, Pépin meurt. Ses deux fils légitimes sont morts avant lui ; Plectrude fait reconnaître son petit-fils Théodebald, un enfant, et jette Charles en prison à Cologne. Les Neustriens se soulèvent, battent les Austrasiens, s'allient aux Frisons : la maison de Pépin semble finie. Charles s'évade, rallie des fidèles et recommence tout.</p>
<h2 id="comment-simpose-t-il">Comment s'impose-t-il ?<a class="headerlink" href="#comment-simpose-t-il" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En quelques années, par les armes :</p>
<ul>
<li><strong>Amblève (716)</strong> : première victoire, sur la Neustrie, en Ardenne ;</li>
<li><strong>Vinchy, près de Cambrai (717)</strong> : il écrase l'armée neustrienne et force Plectrude à rendre le trésor de son père ;</li>
<li><strong>Soissons (718)</strong> : il bat Chilpéric II et le duc Eudes d'Aquitaine, et gouverne désormais Austrasie et Neustrie sous le roi qu'il choisit — le Mérovingien Thierry IV à partir de 721.</li>
</ul>
<p>Le roi reste le roi : on date les actes de son règne, il tient sa cour, mais le pouvoir réel est ailleurs. C'est le point final de ce que la légende appelle les <a href="https://rois-de-france.com/posts/rois-faineants/">rois fainéants</a> — formule des Carolingiens, qui avaient intérêt à noircir leurs prédécesseurs.</p>
<h2 id="quelles-guerres-mene-t-il">Quelles guerres mène-t-il ?<a class="headerlink" href="#quelles-guerres-mene-t-il" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Presque chaque année une campagne. Au nord et à l'est, il soumet les <strong>Frisons</strong> païens (victoire sur leur duc Radbod, puis expédition de 734), frappe les <strong>Saxons</strong> et refait l'autorité franque en Germanie ; il soutient la mission de saint <strong>Boniface</strong>, l'« apôtre de la Germanie », qu'il munit d'une lettre de protection en 723. Au sud, il rétablit l'autorité sur la Bavière, l'Alémanie et l'Aquitaine.</p>
<p>Face à l'islam, l'enjeu est la Loire. En 732, Abd al-Rahman, gouverneur d'al-Andalus, razzie l'Aquitaine ; Eudes, son vieil adversaire, appelle Charles à l'aide. La bataille entre Poitiers et Tours brise l'expédition. Puis Charles va la chercher plus loin : en 737, il descend la vallée du Rhône jusqu'en Provence, reprend Avignon, Arles, Marseille aux gouverneurs arabes et à leurs alliés locaux, et assiège Narbonne sans la prendre. Les Arabes ne sont pas chassés de Septimanie — il faudra Pépin le Bref pour cela — mais ils ne remontent plus au nord.</p>
<h2 id="pourquoi-leglise-lui-en-veut-elle">Pourquoi l'Église lui en veut-elle ?<a class="headerlink" href="#pourquoi-leglise-lui-en-veut-elle" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>C'est la tache de son règne, et il faut la dire. Pour entretenir une armée permanente de vassaux à cheval, Charles dispose de terres : il les prend à l'Église. Évêchés et abbayes sont confiés à des fidèles, parfois laïcs ; Reims, Paris, Rouen, Metz tombent entre les mains de guerriers. Au milieu du IXe siècle, l'évêque Eucher d'Orléans aurait eu une vision : Charles brûlant en enfer. La légende est tardive, mais elle traduit un vrai grief.</p>
<p>Ses fils s'emploieront à réparer : Carloman et Pépin réunissent des conciles réformateurs, avec Boniface, et reconnaissent à l'Église un droit de regard sur ces terres, qu'elle garde en précaire contre redevance. Le jugement le plus sûr est celui des deux faces : le protecteur des missionnaires fut aussi un spoliateur par nécessité.</p>
<h2 id="que-se-passe-t-il-apres-737">Que se passe-t-il après 737 ?<a class="headerlink" href="#que-se-passe-t-il-apres-737" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>À la mort de Thierry IV, en 737, Charles ne fait pas élire de nouveau roi. Pendant six ans, le trône reste vide. Il n'y monte pourtant pas : il se contente de gouverner et de se nommer « prince des Francs ». Il appelle le pape Grégoire III à l'aide contre les Lombards (739), et le pape lui envoie les clefs du tombeau de saint Pierre, preuve que Rome tourne déjà ses regards vers les maîtres du royaume franc ; Charles, lié à Liutprand, roi des Lombards, qui l'avait aidé en Provence, ne répond pas à l'appel.</p>
<p>Il meurt à Quierzy le 22 octobre 741 et est enterré à <strong>Saint-Denis</strong>, la nécropole des rois. Il avait partagé le royaume entre Carloman et Pépin, comme l'aurait fait un roi, et réservé une part à Grifon, son fils de la seconde épouse.</p>
<h2 id="quel-heritage">Quel héritage ?<a class="headerlink" href="#quel-heritage" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Charles n'a pas pris la couronne, mais il l'a préparée à ses fils. Il a restauré l'unité du royaume, forgé l'armée qui fera les conquêtes carolingiennes, établi l'alliance de sa maison avec la mission chrétienne en Germanie. En 751, <a href="https://rois-de-france.com/posts/pepin-le-bref/">Pépin le Bref</a> fait tondre le dernier Mérovingien et reçoit l'onction ; en 800, <a href="https://rois-de-france.com/posts/charlemagne/">Charlemagne</a>, son petit-fils, est couronné empereur à Rome.</p>
<p>Les historiens d'aujourd'hui se méfient des légendes — « sauveur de la chrétienté », « premier des Français » — mais le fait demeure : sans Charles Martel, il n'y aurait pas eu de dynastie carolingienne.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li>Bâtard de Pépin de Herstal, il reconquiert le pouvoir de 714 à 718 (Vinchy, Soissons).</li>
<li>Maire du palais, jamais roi : le trône est même vacant de 737 à 743.</li>
<li>Il défend la Loire à Poitiers (732) et nettoie la Provence en 737.</li>
<li>Sa spoliation des biens d'Église lui vaut une réputation de damné, que ses fils réparent.</li>
<li>Il est le père de Pépin le Bref et le grand-père de Charlemagne.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/poitiers-732/">Poitiers (732) : Charles Martel a-t-il arrêté les Arabes ?</a> — sa bataille la plus célèbre, entre histoire et légende.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-merovingiens/">Les Mérovingiens (481-751)</a> — la dynastie qu'il gouverne et que ses fils remplaceront.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/rois-faineants/">Les rois fainéants : mythe carolingien ou réalité ?</a> — les rois derrière lesquels il règne.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/pepin-le-bref/">Pépin le Bref : biographie du premier roi carolingien</a> — le fils qui prend la couronne.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/charlemagne/">Charlemagne : biographie du roi des Francs devenu empereur</a> — le petit-fils.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">La liste de tous les rois de France</a> et <a href="https://rois-de-france.com/chronologie/">la chronologie</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><em>Annales mettenses priores</em> ; <em>Continuations de Frédégaire</em> ; <em>Liber historiae Francorum</em> — <a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica</a></li>
<li>Pierre Riché, <em>Les Carolingiens, une famille qui fit l'Europe</em>, Hachette, 1983 ; Jean Deviosse, <em>Charles Martel</em>, Tallandier, 1978.</li>
<li>Dossier « Charles Martel » — <a href="https://www.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">BnF</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Philippe le Bel : biographie du roi de fer (1285-1314)</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/philippe-le-bel/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/philippe-le-bel/</guid>
    <pubDate>Thu, 22 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Capétiens directs</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/philippe-le-bel.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Biographie de Philippe le Bel (1285-1314) : Flandre, Boniface VIII, États généraux, Templiers, légistes, monnaie, et la fin de la dynastie.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Né</strong> en 1268, à Fontainebleau · <strong>Mort</strong> le 29 novembre 1314, à Fontainebleau · <strong>Règne</strong> 1285-1314 (29 ans) · <strong>Sacre</strong> 6 janvier 1286, à Reims · <strong>Dynastie</strong> <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-capetiens-directs/">Capétiens directs</a> · <strong>Père</strong> Philippe III le Hardi · <strong>Mère</strong> Isabelle d'Aragon · <strong>Épouse</strong> Jeanne de Navarre (1284), reine de Navarre et comtesse de Champagne · <strong>Enfants</strong> Louis X, Philippe V, Charles IV, <a href="https://rois-de-france.com/posts/isabelle-de-france/">Isabelle de France</a> · <strong>Prédécesseur</strong> Philippe III · <strong>Successeur</strong> Louis X · <strong>Enterré</strong> à Saint-Denis</p>
</div>
<p>Philippe IV, dit le Bel, est le roi qui a fait entrer la monarchie dans l'âge de l'État. Petit-fils de <a href="https://rois-de-france.com/posts/saint-louis/">Saint Louis</a>, il règne vingt-neuf ans sur un royaume plus peuplé et plus riche qu'il ne le sera jamais avant la fin du siècle, et le gouverne par des juristes, des impôts et des assemblées. Il est le plus grand bâtisseur d'administration de la lignée — et le plus contesté : la tradition le loue d'avoir défendu la couronne, mais elle lui reproche la monnaie rognée, le procès des Templiers et le heurt avec la papauté. Cette biographie du plus célèbre des <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-capetiens-directs/">Capétiens directs</a> (voir aussi la <a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">liste complète des rois de France</a>) tâche de dire les deux.</p>
<h2 id="avant-le-trone-un-prince-silencieux">Avant le trône : un prince silencieux<a class="headerlink" href="#avant-le-trone-un-prince-silencieux" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Philippe naît à Fontainebleau en 1268, second fils de Philippe III. Son frère aîné meurt en 1276 dans des circonstances qui nourrirent des soupçons contre la seconde épouse de son père, sans qu'aucune preuve n'ait été établie. Il épouse en 1284 Jeanne de Navarre, héritière de la Navarre et de la Champagne : le mariage rattache à la couronne une des plus grandes principautés du royaume. Il devient roi à dix-sept ans, à la mort de son père en Aragon (1285), et est sacré à Reims le 6 janvier 1286. Les contemporains parlent de sa beauté, de sa taille, de son silence : on le compare à un hibou, qui regarde sans parler.</p>
<h2 id="le-regne">Le règne<a class="headerlink" href="#le-regne" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<h3 id="agrandir-et-defendre-le-domaine-1285-1305">Agrandir et défendre le domaine (1285-1305)<a class="headerlink" href="#agrandir-et-defendre-le-domaine-1285-1305" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Philippe poursuit la politique capétienne d'extension : la Champagne passe au domaine par son mariage, Lyon est rattachée en 1312, Lille et Douai sont gagnées sur la Flandre. La guerre contre l'Angleterre en Guyenne (1294-1303) se règle par le mariage de sa fille Isabelle avec le futur Édouard II. En Flandre, le comte Gui de Dampierre s'allie à l'Angleterre ; le roi annexe le comté en 1300, mais les Flamands se soulèvent. Le 11 juillet 1302, à Courtrai, l'armée royale, mal conduite, est écrasée par les milices des villes : les éperons des chevaliers sont accrochés dans l'église en trophée. Le roi se venge à Mons-en-Pévèle (1304) et impose la paix d'Athis (1305), sévère pour les villes flamandes.</p>
<h3 id="le-choc-avec-boniface-viii-1296-1303">Le choc avec Boniface VIII (1296-1303)<a class="headerlink" href="#le-choc-avec-boniface-viii-1296-1303" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Pour payer ses guerres, Philippe taxe le clergé. Le pape Boniface VIII interdit cette levée sans son accord (bulle <em>Clericis laicos</em>, 1296), puis réaffirme la supériorité du spirituel (<em>Unam sanctam</em>, 1302). Le roi riposte en réunissant, en avril 1302, des représentants de la noblesse, du clergé et des villes : ce sont les premiers <a href="https://rois-de-france.com/posts/etats-generaux/">États généraux</a>, venus témoigner que le royaume est derrière son roi. En septembre 1303, son conseiller Guillaume de Nogaret, avec les Colonna, surprend le pape à Anagni et le maltraite ; Boniface meurt peu après. L'affaire est lourde de conséquences : la papauté, affaiblie, s'installera à Avignon en 1309. Un historien catholique doit le dire : la défense de la couronne ne justifiait pas un coup de force contre le Vicaire du Christ.</p>
<h3 id="les-templiers-1307-1314">Les Templiers (1307-1314)<a class="headerlink" href="#les-templiers-1307-1314" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Le vendredi 13 octobre 1307, tous les Templiers du royaume sont arrêtés au même moment. Le roi, endetté envers l'Ordre et soucieux de sa propre autorité, invoque l'hérésie, le reniement du Christ et des pratiques obscènes. Les aveux sont obtenus sous la torture ; le pape Clément V, sous pression, suspend l'Ordre au concile de Vienne (1312) sans le condamner, en vertu d'une décision administrative. Cinquante-quatre Templiers sont brûlés en 1310 ; le grand maître Jacques de Molay est brûlé sur l'île de la Cité en mars 1314 après avoir, dit-on, proclamé l'innocence de l'Ordre. Les historiens restent partagés sur la culpabilité réelle de l'Ordre, mais s'accordent pour juger la procédure scandaleuse et ses motifs financiers évidents.</p>
<h2 id="gouverner-les-legistes-et-largent">Gouverner : les légistes et l'argent<a class="headerlink" href="#gouverner-les-legistes-et-largent" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Philippe règne avec des hommes de loi, souvent nés hors de la noblesse : Pierre Flote, Guillaume de Nogaret, Enguerrand de Marigny. Ils transforment le Conseil, le Parlement de Paris (fixé dans le palais de la Cité) et la Chambre des comptes en organes permanents. Le roi se donne pour mission de défendre le « bien commun » du royaume et de lever des impôts exceptionnels en cas de nécessité.</p>
<p>Faute de ressources suffisantes pour ses guerres, il recourt à des moyens que ses contemporains jugent iniques : expulsion des Juifs du royaume en 1306 et confiscation de leurs biens, arrestation des banquiers lombards, et surtout affaiblissement de la monnaie, qui lui vaut chez Dante le nom de « faux-monnayeur ». La révolte parisienne de 1306 contre cette dévaluation le contraint à se réfugier au Temple. Le défaut de ce gouvernement efficace est là : l'État y gagne en force ce que la parole du roi y perd en crédit — là où Saint Louis avait fait de la monnaie stable un devoir de conscience.</p>
<h2 id="la-cour-et-la-famille">La cour et la famille<a class="headerlink" href="#la-cour-et-la-famille" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Philippe est un époux fidèle et un père attentif, austère et pieux. Sa vie privée est irréprochable, ce qui rend le scandale de 1314 plus grave : ses brus Marguerite de Bourgogne et Blanche de Bourgogne, épouses de Louis et de Charles, sont convaincues d'adultère avec deux chevaliers, suppliciés en public ; les princesses sont emprisonnées à Château-Gaillard. Philippe a marié sa fille Isabelle à Édouard II d'Angleterre : de là viendra la revendication de leur fils Édouard III sur la couronne de France.</p>
<h2 id="mort-et-succession">Mort et succession<a class="headerlink" href="#mort-et-succession" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le 4 novembre 1314, il est victime d'une attaque lors d'une chasse en forêt de Pont-Sainte-Maxence ; il meurt à Fontainebleau le 29 novembre, à quarante-six ans. La rumeur y voit la malédiction de Molay, qui avait cité le pape et le roi à comparaître devant Dieu : Clément V meurt en avril, Philippe en novembre. Il est enterré à Saint-Denis. Ses trois fils règnent à tour de rôle (Louis X, Philippe V, Charles IV) et meurent sans héritier mâle : la couronne passe en 1328 aux <a href="https://rois-de-france.com/posts/philippe-vi/">Valois</a>, et la <a href="https://rois-de-france.com/posts/guerre-de-cent-ans/">guerre de Cent Ans</a> s'ouvre bientôt.</p>
<h2 id="ce-quil-en-reste">Ce qu'il en reste<a class="headerlink" href="#ce-quil-en-reste" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La France de Philippe le Bel est un État qui sait lever l'impôt, juger et écrire. C'est son legs durable : une administration que ses successeurs trouveront prête. Mais le prix a été lourd : un pape humilié, un ordre de moines-soldats détruit, des juifs chassés, une monnaie abîmée. Maurice Druon en a tiré <em>Les Rois maudits</em> ; le récit <a href="https://rois-de-france.com/posts/rois-maudits-livres-series/">sur les livres et les séries</a> dit ce qui est vrai de cette histoire. Dans la perspective de ce site, le bilan se tient en une phrase : un grand serviteur de l'État, qui a oublié que la royauté capétienne tenait sa force de la justice et de la parole donnée.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li><strong>1285-1286</strong> : avènement, puis sacre à Reims.</li>
<li><strong>1302</strong> : Courtrai (11 juillet) ; premiers États généraux (avril).</li>
<li><strong>1303</strong> : attentat d'Anagni contre Boniface VIII.</li>
<li><strong>1307</strong> : arrestation des Templiers (13 octobre).</li>
<li><strong>1314</strong> : mort de Jacques de Molay (mars), puis du roi (29 novembre).</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/philippe-le-bel-et-les-templiers/">Philippe le Bel et les Templiers : l'arrestation du vendredi 13 octobre 1307</a> — le récit détaillé de l'affaire.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-capetiens-directs/">Les Capétiens directs (987-1328) : la dynastie qui a fait le royaume</a> — la synthèse de la dynastie.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Rois de France : la liste complète</a> — tous les règnes en un tableau.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/isabelle-de-france/">Isabelle de France : la fille de Philippe le Bel</a> — la reine d'Angleterre dont le fils revendiquera la couronne.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/rois-maudits-livres-series/">Les Rois maudits (livres et séries) : ce qui est vrai</a> — Druon face à l'histoire.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/saint-louis/">Saint Louis</a> — le grand-père, modèle que Philippe invoquait.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://www.bnf.fr/fr" rel="nofollow noopener">Philippe IV le Bel, notice</a> — Bibliothèque nationale de France.</li>
<li><a href="https://gallica.bnf.fr" rel="nofollow noopener">Gallica : Grandes Chroniques de France</a> — chronique officielle du règne.</li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>La chasse royale : sport et politique à la cour de France</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/chasse-royale/</link>
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    <pubDate>Wed, 21 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Vie de cour</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/chasse-royale.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>La chasse royale, de Dagobert à Louis XV : passion des rois, école de la guerre, théâtre du pouvoir, avec ses équipages et ses forêts réservées.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<p>La <strong>chasse royale</strong> est, avec la guerre et la messe, l'une des trois grandes occupations des rois de France. Des forêts mérovingiennes aux layons de Fontainebleau, le roi chasse presque tous les jours de la saison. Ce n'est pas un passe-temps : c'est une école du commandement, un moyen de gouvernement et l'un des rites de la <a href="https://rois-de-france.com/posts/vie-a-la-cour/">vie à la cour</a>.</p>
<h2 id="une-tradition-aussi-ancienne-que-la-royaute">Une tradition aussi ancienne que la royauté<a class="headerlink" href="#une-tradition-aussi-ancienne-que-la-royaute" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les rois francs sont des chasseurs. Dagobert, selon la tradition, fonde Saint-Denis après un épisode de chasse ; la forêt est le domaine propre du roi, réservée par le <em>ban royal</em>, et celui qui y tue un cerf sans permission paie une lourde amende. Charlemagne, grand chasseur lui aussi, règle la gestion de ses forêts dans ses capitulaires.</p>
<p>Au Moyen Âge, la chasse devient un art noble. Au XIVe siècle, Gaston Fébus, comte de Foix, rédige son <em>Livre de chasse</em>, qui fixe pour des siècles le vocabulaire, les ruses du cerf, les soins des chiens. Les rois s'en inspirent. L'hôtel du roi compte des officiers spécialisés : le grand veneur, le grand fauconnier, les valets de chiens, les louvetiers qui détruisent les loups, fléau des campagnes.</p>
<h2 id="lecole-du-cavalier-et-du-chef">L'école du cavalier et du chef<a class="headerlink" href="#lecole-du-cavalier-et-du-chef" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Pourquoi chasser ? D'abord parce que la noblesse est née pour combattre, et que la chasse entretient en temps de paix ce que la guerre demande : l'endurance en selle, le sang-froid, l'œil du terrain, le goût du risque. Suivre un cerf pendant six heures dans les bois est un exercice de cavalerie. <a href="https://rois-de-france.com/posts/henri-iv/">Henri IV</a>, vieux soldat, <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiii/">Louis XIII</a> — qui compose lui-même des airs de trompe — et <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a> en font un devoir de fonction.</p>
<p><a href="https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-chambord/">François Ier</a> donne à la chasse sa plus haute traduction architecturale : Chambord n'est pas un palais de gouvernement, c'est un pavillon de chasse démesuré au milieu d'un parc muré de trente kilomètres. À <a href="https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-fontainebleau/">Fontainebleau</a>, les rois font de la forêt un terrain de plaisir et d'aménagement, avec des routes tracées pour l'équipage.</p>
<h2 id="un-instrument-politique">Un instrument politique<a class="headerlink" href="#un-instrument-politique" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le roi chasse avec sa noblesse, et c'est la raison d'être de ce rite. Être invité à la chasse, monter dans les carrosses du roi, suivre à cheval : ce sont des marques de faveur que l'on guette. Louis XIV chasse le cerf dans les forêts autour de Versailles et tire dans son parc ; un courtisan qui ne chasse pas se fait remarquer. Seuls les nobles « présentés » à la cour peuvent suivre la chasse en carrosse ou à cheval : c'est un honneur recherché. On y règle des affaires aussi bien qu'à la table du conseil, car la forêt offre au roi un cadre où la parole est plus libre que dans l'étiquette de la galerie — comparer avec <a href="https://rois-de-france.com/posts/etiquette-a-versailles/">l'étiquette à Versailles</a>.</p>
<p>La chasse est aussi un moyen de tenir son royaume. Le droit de chasse est un privilège : la noblesse l'a, le roi le garantit, le paysan ne l'a pas. L'ordonnance des Eaux et Forêts de 1669, œuvre de Colbert, réorganise le domaine forestier du roi et punit durement le braconnage. Le gibier, lui, dévaste les récoltes : ce sera un grief répété dans les cahiers de doléances de 1789, et la nuit du 4 août supprimera ce privilège. Honnêtement, la chasse royale a un coût humain, et les rois eux-mêmes ont parfois tenté de modérer les abus — mais la passion l'a souvent emporté.</p>
<h2 id="le-rite-de-la-meute-a-la-curee">Le rite : de la meute à la curée<a class="headerlink" href="#le-rite-de-la-meute-a-la-curee" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Une chasse à courre suit un ordre. On « détourne » le cerf à l'aube, c'est-à-dire que les valets repèrent la bête ; on « lance » les chiens ; la poursuite dure des heures, rythmée par les sonneries de cor ; l'animal est « servi » à la fin, souvent dans l'eau où il fait tête. Puis vient la <strong>curée</strong>, où l'on donne aux chiens les entrailles pendant que les cors sonnent l'hallali. Le roi y garde son rôle : l'honneur de la mise à mort ou de la première part revient, selon l'usage, au roi ou à celui qu'il désigne.</p>
<p>Ce rite est si important qu'il passe dans la langue : <em>forcer</em> un cerf, <em>prendre le change</em>, <em>être aux abois</em> sont des expressions de vénerie. La trompe de chasse s'invite jusque dans la musique des divertissements royaux.</p>
<h2 id="les-rois-et-leurs-chasses">Les rois et leurs chasses<a class="headerlink" href="#les-rois-et-leurs-chasses" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><strong>François Ier</strong> (1515-1547) : Chambord, Saint-Germain, Fontainebleau — la chasse dicte la carte des châteaux.</li>
<li><strong>Henri IV</strong> (1589-1610) : grand chasseur, il fréquentait la forêt de Fontainebleau.</li>
<li><strong>Louis XIV</strong> (1643-1715) : chasseur infatigable jusqu'à ses dernières années, il tire à Versailles même et à Marly.</li>
<li><strong>Louis XV</strong> (1715-1774) : il chasse plusieurs fois par semaine en saison ; la forêt de Compiègne et de Saint-Germain sont ses terrains.</li>
<li><strong>Louis XVI</strong> (1774-1792) : il tient un journal des prises. Le gibier et les privilèges de chasse comptent parmi les griefs de 1789.</li>
</ul>
<h2 id="que-reste-t-il-de-la-chasse-royale">Que reste-t-il de la chasse royale ?<a class="headerlink" href="#que-reste-t-il-de-la-chasse-royale" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La chasse à courre existe toujours, et la République elle-même a gardé à Rambouillet une « chasse présidentielle » jusqu'en 2010. Les forêts royales, Compiègne, Fontainebleau, Rambouillet, Saint-Germain, appartiennent aujourd'hui à l'État qui les a héritées. Les noms de lieux de vénerie, les routes tracées en étoile, les carrefours de rendez-vous de chasse sont des traces visibles de ce monde dans nos forêts.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li>La chasse est une activité royale depuis les Mérovingiens : le roi garde ses forêts par le ban.</li>
<li>Elle prépare à la guerre et sert de scène au pouvoir : inviter, faire monter dans son carrosse, honorer.</li>
<li>Droit de chasse = privilège noble ; l'ordonnance de 1669 le protège, la nuit du 4 août 1789 l'abolit.</li>
<li>La grande vénerie obéit à un rite codifié : détourner, lancer, servir, curée, hallali.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/vie-a-la-cour/">La vie à la cour du roi de France</a>, le cadre où s'inscrit la chasse.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-chambord/">Château de Chambord</a> : le rêve de pierre d'un roi chasseur.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-fontainebleau/">Château de Fontainebleau</a> et sa forêt royale.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/versailles-une-journee/">Une journée de Louis XIV à Versailles</a>.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Tous les rois de France</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li>Gaston Fébus, <em>Livre de chasse</em> — <a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica, BnF</a></li>
<li>Ordonnance des Eaux et Forêts, août 1669 — <a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica, BnF</a></li>
<li>Jean-François Solnon, <em>La Cour de France</em>, Fayard, 1987 ; Mathieu da Vinha, <em>Au service du roi</em>, Tallandier, 2015.</li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Pourquoi Louis XIV est-il appelé le Roi-Soleil ?</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/pourquoi-louis-xiv-roi-soleil/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/pourquoi-louis-xiv-roi-soleil/</guid>
    <pubDate>Wed, 21 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Questions fréquentes</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/pourquoi-louis-xiv-roi-soleil.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Pourquoi Louis XIV est-il appelé le Roi-Soleil ? Du Ballet de la Nuit (1653) au carrousel de 1662 et à la devise Nec pluribus impar : l'origine du surnom.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<p><strong>Louis XIV est appelé le Roi-Soleil</strong> parce qu'il a pris le soleil pour emblème de son règne dès 1662, avec la devise <em>Nec pluribus impar</em>. Le choix remonte à ses débuts de danseur : en 1653, à quatorze ans, il paraît en Soleil levant dans le Ballet de la Nuit. Le surnom lui-même s'est fixé plus tard. Pour le règne, voir sa <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">biographie de Louis XIV</a> et la liste de <a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">tous les rois de France</a>.</p>
<h2 id="du-ballet-de-la-nuit-au-carrousel-de-1662">Du Ballet de la Nuit au carrousel de 1662<a class="headerlink" href="#du-ballet-de-la-nuit-au-carrousel-de-1662" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le 23 février 1653, en pleine Fronde, le jeune roi danse dans le <em>Ballet royal de la Nuit</em>. Après de longues heures de ténèbres, il entre en scène en Soleil levant, qui chasse la nuit : image transparente pour un royaume qui sort des troubles civils, et que la cour comprend.</p>
<p>L'emblème devient officiel au grand carrousel des 5 et 6 juin 1662, devant les Tuileries. Le roi y conduit une quadrille en costume d'empereur romain, bouclier orné d'un soleil dominant le globe terrestre. La devise est <em>Nec pluribus impar</em> : en substance, « supérieur à tous » ou « à nul autre pareil ». Le sens exact reste discuté, mais l'idée est claire : le soleil éclaire tout sans s'épuiser, et le roi peut porter sans fléchir le poids de son royaume.</p>
<h2 id="pourquoi-le-soleil">Pourquoi le soleil ?<a class="headerlink" href="#pourquoi-le-soleil" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><strong>L'unité.</strong> Un seul astre, un seul roi : au lendemain de la Fronde, le symbole dit que l'autorité ne se partage pas, et que la lumière vient d'en haut.</li>
<li><strong>Le bienfait.</strong> Le soleil donne la chaleur et la vie à chacun. Dans ses <em>Mémoires pour l'instruction du Dauphin</em>, Louis XIV compare lui-même le roi à l'astre qui distribue ses bienfaits à tous, sans distinction.</li>
<li><strong>Apollon.</strong> Dieu solaire, protecteur des arts : il convient à un roi mécène, de Molière à Lully, de Le Brun à Le Nôtre.</li>
<li><strong>La tradition chrétienne.</strong> Le soleil sert depuis longtemps d'image du Christ, « soleil de justice » ; le roi Très Chrétien se tient à son service, non à sa place. Il ne faut pas faire de l'emblème une prétention à la divinité : un roi qui communie et se confesse ne s'est jamais pris pour Dieu.</li>
</ul>
<h2 id="un-decor-tout-entier-solaire">Un décor tout entier solaire<a class="headerlink" href="#un-decor-tout-entier-solaire" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>À <a href="https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-versailles/">Versailles</a>, le thème est partout : bassin d'Apollon au bout du Tapis vert, salon d'Apollon qui servit de salle du trône, soleils dorés sur les grilles et les balcons. La chambre du roi est placée dans l'axe où se lève le soleil, et son lever, cérémonie quotidienne, en est le miroir (voir l'<a href="https://rois-de-france.com/posts/etiquette-a-versailles/">étiquette à Versailles</a>).</p>
<h2 id="un-surnom-plus-tardif-quon-ne-croit">Un surnom plus tardif qu'on ne croit<a class="headerlink" href="#un-surnom-plus-tardif-quon-ne-croit" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'emblème est de Louis XIV ; l'expression « Roi-Soleil » est surtout celle de la postérité. Les contemporains disent plutôt « Louis le Grand ». Le surnom s'impose avec les historiens et les manuels du XIXe siècle, qui y trouvent une formule commode, parfois ironique, pour un règne que l'on juge aussi sur ses guerres et sur la révocation de l'édit de Nantes.</p>
<h2 id="en-resume">En résumé<a class="headerlink" href="#en-resume" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le Roi-Soleil est un emblème voulu par le roi lui-même : un soleil levant après la nuit de la Fronde, devenu devise en 1662, puis décor de tout Versailles.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV, le Roi-Soleil : biographie et règne</a> — le règne complet de 1643 à 1715.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-versailles/">Le château de Versailles</a> — le décor solaire de la cour.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/etiquette-a-versailles/">L'étiquette à Versailles</a> — le lever du roi et la vie de cour.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Tous les rois de France</a> — la liste complète, de Clovis à Louis-Philippe.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li>Louis XIV, <em>Mémoires pour l'instruction du Dauphin</em> — <a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica</a></li>
<li>François Bluche, <em>Louis XIV</em>, Fayard, 1986 ; Peter Burke, <em>Louis XIV : les stratégies de la gloire</em>, Seuil, 1995.</li>
<li><a href="https://www.chateauversailles.fr/" rel="nofollow noopener">Château de Versailles — site officiel</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Château de Chambord : le rêve de pierre de François Ier</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-chambord/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-chambord/</guid>
    <pubDate>Tue, 20 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Châteaux royaux</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/chateau-de-chambord.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Château de Chambord : pourquoi François Ier l'a bâti, son escalier à double révolution, Louis XIV, le comte de Chambord et ce qu'on y visite aujourd'hui.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Où</strong> Loir-et-Cher, forêt de Sologne, près de Blois · <strong>Construit par</strong> <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-valois/">François Ier</a>, dès 1519 · <strong>Rois qui l'ont habité</strong> François Ier, Henri II, Louis XIV · <strong>Particularité</strong> escalier à double révolution, 426 pièces, 282 cheminées · <strong>Aujourd'hui</strong> domaine national ouvert à la visite, classé à l'UNESCO avec le Val de Loire</p>
</div>
<p>Chambord est le plus grand des châteaux de la Loire et le moins utile : il n'a ni ville, ni fleuve, ni frontière à défendre. François Ier l'a voulu en pleine forêt, pour la chasse et pour la gloire, et c'est pourquoi il est resté le plus célèbre des <a href="https://rois-de-france.com/posts/chateaux-des-rois-de-france/">châteaux des rois de France</a>.</p>
<h2 id="pourquoi-batir-en-pleine-foret">Pourquoi bâtir en pleine forêt ?<a class="headerlink" href="#pourquoi-batir-en-pleine-foret" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le site appartenait aux comtes de Blois ; il revient à la Couronne avec Louis XII. François Ier, jeune roi vainqueur à <a href="https://rois-de-france.com/posts/marignan-1515/">Marignan</a>, y trouve un pavillon de chasse médiéval et de l'eau stagnante. Il décide en 1519 d'élever là un château neuf, à la mode italienne qu'il a vue en Lombardie, mais avec des formes françaises. Il y a une part de défi : le roi vient d'être battu à l'élection impériale par Charles Quint, et il lui faut une demeure qui dise sa puissance.</p>
<p>Pour la construire, on détourne le Cosson, petite rivière du pays, et on fiche des milliers de pieux dans un sol de sable. Jusqu'à 1 800 ouvriers travaillent sur le chantier. François Ier y vient inspecter les travaux, change les plans, exige des tours supplémentaires.</p>
<h2 id="un-plan-francais-un-decor-italien">Un plan français, un décor italien<a class="headerlink" href="#un-plan-francais-un-decor-italien" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le cœur du château est un donjon carré à quatre grosses tours, comme une forteresse médiévale, mais ouvert de larges fenêtres et couronné d'un entassement de cheminées, de lucarnes et de lanternons qui dessine une ville en miniature sur le toit. La noblesse y regardait les chasses depuis les terrasses.</p>
<p>Au centre, l'<strong>escalier à double révolution</strong> : deux rampes hélicoïdales qui s'enroulent l'une autour de l'autre sans jamais se croiser, de sorte que deux personnes peuvent monter et descendre en s'apercevant sans se rencontrer. On l'attribue volontiers à Léonard de Vinci, mort à Amboise en 1519 : rien ne le prouve, mais l'idée semble bien venue de son cercle. La salamandre, emblème de François Ier, orne les voûtes avec la lettre F.</p>
<h2 id="sous-francois-ier-et-henri-ii">Sous François Ier et Henri II<a class="headerlink" href="#sous-francois-ier-et-henri-ii" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>François Ier n'a pu occuper qu'un château inachevé. Il y reçoit Charles Quint en 1539, qui traverse la France en ami avant de réprimer la révolte de Gand,. À la mort du roi en 1547, le donjon est fini, mais l'enceinte et les ailes restent à bâtir. <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-valois/">Henri II</a> poursuit le chantier, puis la guerre civile l'interrompt : les Valois n'y reviennent presque plus.</p>
<h2 id="louis-xiv-moliere-et-les-nuits-de-chasse">Louis XIV, Molière et les nuits de chasse<a class="headerlink" href="#louis-xiv-moliere-et-les-nuits-de-chasse" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Après un long abandon, Chambord revient à la vie avec Louis XIV, qui y vient neuf fois entre 1660 et 1685 pour la chasse. Il fait achever l'aile ouest, meubler les appartements et aménager le parc. C’est à Chambord que Molière et Lully font jouer <em>Monsieur de Pourceaugnac</em> (1669), puis <em>Le Bourgeois gentilhomme</em> (1670), devant le roi. Le château a retrouvé, pour quelques soirs, la fonction que son fondateur lui avait destinée : faire de la fête un instrument de gouvernement.</p>
<h2 id="labandon-la-revolution-le-comte-de-chambord">L'abandon, la Révolution, le comte de Chambord<a class="headerlink" href="#labandon-la-revolution-le-comte-de-chambord" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Louis XV prête Chambord à son beau-père, le roi déchu de Pologne Stanislas Leszczynski (1725-1733), puis au maréchal de Saxe, le vainqueur de Fontenoy, qui y installe ses régiments de uhlans et y meurt en 1750. La Révolution vend les meubles aux enchères en 1792 et laisse le château se délabrer.</p>
<p>En 1821, une souscription nationale offre le domaine au duc de Bordeaux, petit-fils de Charles X, né après l'assassinat de son père. Exilé après 1830, il prend le titre de <strong>comte de Chambord</strong> et se fait appeler Henri V par les légitimistes. En 1873, c'est de Chambord que son manifeste réclame le drapeau blanc, et la Restauration manque de se faire sur cette querelle d'étendard. Le château passe ensuite à l'État en 1930.</p>
<h2 id="le-lieu-aujourdhui">Le lieu aujourd'hui<a class="headerlink" href="#le-lieu-aujourdhui" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Chambord est un domaine national : 5 440 hectares de forêt entourés d'un mur de 32 kilomètres, le plus grand parc forestier clos d'Europe. Le château se visite toute l'année, avec les terrasses d'où l'on voit la forêt s'étendre à l'horizon.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li>Première pierre en 1519 ; donjon achevé vers 1540 ; 426 pièces, 282 cheminées, 77 escaliers.</li>
<li>Escalier à double révolution : attribution à Léonard de Vinci non prouvée.</li>
<li>Louis XIV y fait jouer Molière (1669-1670) et y vient neuf fois.</li>
<li>1821 : le domaine offert par souscription au duc de Bordeaux ; 1873 : l'affaire du drapeau blanc ; 1930 : l'État.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/chateaux-des-rois-de-france/">Châteaux des rois de France</a> : où vivaient-ils avant Versailles ?</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/chateau-de-fontainebleau/">Le château de Fontainebleau</a>, l'autre grande demeure de François Ier.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louvre-des-rois/">Le Louvre des rois</a>, que François Ier reconstruit à la même époque.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/les-valois/">Les Valois</a>, la dynastie de la Renaissance.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a>, le roi qui rend vie à Chambord.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Tous les rois de France</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://www.chambord.org/" rel="nofollow noopener">Domaine national de Chambord — histoire du château</a></li>
<li><a href="https://whc.unesco.org/fr/list/933/" rel="nofollow noopener">Centre des monuments nationaux et UNESCO — Val de Loire</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Le roi thaumaturge : toucher les écrouelles, un pouvoir de guérison du sacre</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/roi-thaumaturge/</link>
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    <pubDate>Tue, 20 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Sacre et symboles</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/roi-thaumaturge.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Le roi thaumaturge guérissait les écrouelles par le toucher : origine sous Robert le Pieux, rituel après le sacre, saint Marcoul, fin avec Charles X en 1825.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<p>Le <strong>roi thaumaturge</strong> est le roi de France qui guérit les <strong>écrouelles</strong> — une tuberculose des ganglions du cou — en touchant les malades et en disant : « Le roi te touche, Dieu te guérit. » Ce pouvoir, attesté dès le règne de Robert le Pieux vers l'an mille et exercé jusqu'en 1825, est le prolongement populaire du <a href="https://rois-de-france.com/posts/sacre-des-rois-de-france/">sacre des rois de France</a> : si le roi est oint de l'huile du ciel, il n'est pas un homme comme les autres.</p>
<h2 id="dou-vient-le-toucher-des-ecrouelles">D'où vient le toucher des écrouelles ?<a class="headerlink" href="#dou-vient-le-toucher-des-ecrouelles" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les premiers témoignages concernent <strong>Robert II le Pieux</strong> (996-1031). Son biographe Helgaud de Fleury le montre pansant et touchant les malades, en signe de croix, avec humilité. Au siècle suivant, <a href="https://rois-de-france.com/rois-de-france/">Philippe Ier</a> et Louis VI sont dits toucher les écrouelles ; Guibert de Nogent rapporte même, vers 1115, que Philippe Ier aurait perdu ce don à cause de ses péchés, preuve que l'on y voyait un signe de la grâce attachée à la vertu du roi. L'historien Marc Bloch en a fait en 1924 le sujet de son livre <em>Les Rois thaumaturges</em> : l'Angleterre, avec Édouard le Confesseur puis les Plantagenêts, connaît la même croyance, et chaque royaume se disputait le prestige de cette guérison.</p>
<p>L'enracinement est religieux. Le sacre fait du roi, selon les termes de la tradition, un personnage « mixte », oint comme les prêtres et les évêques ; la <a href="https://rois-de-france.com/posts/sainte-ampoule/">sainte ampoule</a> y ajoute le lien avec Clovis. Le peuple en tire une conclusion simple : celui que Dieu a choisi peut intercéder pour les malades.</p>
<h2 id="comment-se-passait-la-ceremonie">Comment se passait la cérémonie ?<a class="headerlink" href="#comment-se-passait-la-ceremonie" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le rite se fixe au cours des siècles :</p>
<ul>
<li><strong>Après le sacre.</strong> Le lendemain de son sacre à Reims, le roi se rend à l'abbaye Saint-Remi puis, selon l'usage ancien, au prieuré de <strong>Corbeny</strong>, où reposaient les reliques de <strong>saint Marcoul</strong>, le saint invoqué contre les écrouelles. Il y faisait une neuvaine, c'est-à-dire neuf jours de prière, avant de toucher les malades. Dès le XVIe siècle, on évite souvent le voyage, et on fait venir la châsse à Reims.</li>
<li><strong>Aux grandes fêtes.</strong> Ensuite, le roi touchait aux grandes fêtes — Pâques, la Pentecôte, la Toussaint, Noël —, après avoir communié, car il fallait être en état de grâce. Un médecin du roi triait les malades.</li>
<li><strong>Le geste.</strong> Le roi passait devant chaque malade, posait la main sur son visage, faisait le signe de la croix et disait la formule. Le malade recevait ensuite une aumône. Plusieurs centaines de personnes venaient parfois, de France mais aussi d'Espagne et d'Italie.</li>
</ul>
<p>Les chiffres connus donnent le vertige : sous <a href="https://rois-de-france.com/posts/henri-iv/">Henri IV</a>, plus d'un millier de malades certains jours de Pâques ; <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a>, selon les chroniques, en toucha environ 1 600 à Pâques 1680 ; Louis XVI plus de 2 000 après son sacre en 1775. Ces nombres sont à prendre comme des ordres de grandeur.</p>
<h2 id="que-dit-leglise-et-que-valait-cette-guerison">Que dit l'Église, et que valait cette guérison ?<a class="headerlink" href="#que-dit-leglise-et-que-valait-cette-guerison" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'Église n'a jamais fait du toucher royal un dogme. La formule le dit : le roi <strong>touche</strong>, mais c'est <strong>Dieu qui guérit</strong>. Il n'y a ni magie ni pouvoir propre, seulement le ministère d'un souverain consacré. Les théologiens du XVIe siècle, comme Du Laurens, médecin d'Henri IV, défendent le rite en soulignant son caractère de grâce plutôt que de médecine.</p>
<p>Il faut aussi être honnête sur les faits : la scrofule connaît des rémissions spontanées, et une partie des guérisons annoncées vient de là. Mais la foule ne s'y trompait pas : elle venait demander la bénédiction du roi autant que la guérison. Henri IV, venu du protestantisme et sacré à Chartres en 1594, toucha très tôt les malades : le geste contribua à faire accepter sa légitimité par un peuple qui doutait.</p>
<h2 id="comment-le-toucher-royal-a-t-il-pris-fin">Comment le toucher royal a-t-il pris fin ?<a class="headerlink" href="#comment-le-toucher-royal-a-t-il-pris-fin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le XVIIIe siècle le laisse s'éteindre. Louis XV touche à son sacre en 1722 mais, selon la tradition, renonce ensuite à renouveler le geste, ayant des mœurs qui l'empêchaient de communier. Louis XVI le rétablit en 1775. La Révolution supprime la royauté, et Louis XVIII, qui n'a pas été sacré, ne touche pas.</p>
<p><strong>Charles X</strong>, en 1825, renoue avec le rite : au lendemain de son sacre, à l'hôpital Saint-Marcoul de Reims, il touche environ cent vingt malades. Ce fut le dernier toucher. Le libéralisme du temps s'en moqua ; cinq ans plus tard, la monarchie des Bourbons tombait. Le rite n'était pas la cause de sa chute, mais il disait ce que cette monarchie avait de plus ancien — et de moins compris.</p>
<h2 id="idees-recues">Idées reçues<a class="headerlink" href="#idees-recues" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><strong>« Le roi guérissait lui-même. »</strong> Non : la formule attribue la guérison à Dieu seul.</li>
<li><strong>« Tous les rois de France l'ont fait. »</strong> Non : il est attesté de Robert II à Charles X, mais aucun témoignage ne le prête aux Mérovingiens ou aux Carolingiens.</li>
<li><strong>« C'était de la superstition populaire. »</strong> C'était aussi une théologie : le roi sacré, oint d'une huile consacrée, est l'intercesseur de son peuple.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li><strong>Écrouelles</strong> : tuberculose des ganglions du cou (scrofule).</li>
<li><strong>Vers 1000</strong> : premier témoignage sous Robert le Pieux. <strong>1825</strong> : dernier toucher, Charles X à Reims.</li>
<li>Formule : « Le roi te touche, Dieu te guérit » ; patron des écrouelles : saint Marcoul, à Corbeny.</li>
<li>Le toucher découle du sacre : le roi est consacré, pas thaumaturge par nature.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/sacre-des-rois-de-france/">Le sacre des rois de France</a> : le rituel d'où vient ce pouvoir, de Pépin à Charles X.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/sainte-ampoule/">La sainte ampoule</a> : l'huile qui fait du roi un oint.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/regalia/">Les regalia</a> : les insignes remis au roi pendant le sacre.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/ceremonie-du-sacre/">Cérémonie du sacre à Reims</a> : l'ordre du rituel, étape par étape.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/henri-iv/">Henri IV</a> et <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a> : deux rois qui touchèrent des milliers de malades.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/categories/sacre-et-symboles/">Toutes les pages sur le sacre et les symboles</a> et <a href="https://rois-de-france.com/chronologie/">la chronologie</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li>Marc Bloch, <em>Les Rois thaumaturges</em>, Strasbourg, 1924 (rééd. Gallimard).</li>
<li>Helgaud de Fleury, <em>Vie du roi Robert le Pieux</em> — <a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica</a></li>
<li>Patrick Demouy, <em>Le Sacre du roi</em>, La Nuée bleue, 2016.</li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Castillon (1453) : la fin de la guerre de Cent Ans</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/castillon-1453/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/castillon-1453/</guid>
    <pubDate>Mon, 19 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Guerre de Cent Ans</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/castillon-1453.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Bataille de Castillon, 17 juillet 1453 : l'artillerie de Jean Bureau écrase l'armée de Talbot et la Guyenne redevient française. La guerre de Cent Ans s'achève.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Date</strong> 17 juillet 1453 · <strong>Lieu</strong> Castillon, sur la Dordogne, à l'est de Bordeaux · <strong>Camps</strong> l'armée de Charles VII, avec l'artillerie de Jean Bureau, contre l'armée anglaise de Jean Talbot, comte de Shrewsbury · <strong>Guerre</strong> <a href="https://rois-de-france.com/posts/guerre-de-cent-ans/">la guerre de Cent Ans</a> · <strong>Issue</strong> victoire française écrasante ; Talbot et son fils tués · <strong>Pertes</strong> plusieurs milliers d'Anglo-Gascons selon les chroniques, chiffre incertain</p>
</div>
<p>Le 17 juillet 1453, un vieux chef de guerre anglais lance ses hommes à l'assaut d'un camp retranché, sous le feu de l'artillerie. Il meurt dans l'heure, son armée avec lui. Trois mois plus tard, Bordeaux se rend, et la guerre de Cent Ans est finie sans traité ni cérémonie : la dernière bataille se joue à coups de canon, dans une vigne au bord de la Dordogne.</p>
<h2 id="le-contexte-une-guyenne-reprise-puis-reperdue">Le contexte : une Guyenne reprise puis reperdue<a class="headerlink" href="#le-contexte-une-guyenne-reprise-puis-reperdue" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Depuis le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt (1152), la Guyenne est liée à l'Angleterre ; Bordeaux vit du vin qu'elle lui vend, et les Gascons n'ont aucune hâte d'être administrés par Paris. En 1449-1450, Charles VII reprend la Normandie, achevée à Formigny. Il se tourne ensuite vers le sud : Dunois soumet la Guyenne et Bordeaux capitule en juin 1451, Bayonne en août. La conquête paraît terminée.</p>
<p>Elle ne l'est pas. Les Bordelais, déçus par les nouveaux impôts et privés du commerce anglais, appellent Londres à l'aide. En octobre 1452, Jean Talbot débarque dans le Médoc avec quelques milliers d'hommes et reprend Bordeaux sans combat. Un renfort anglais est attendu pour l'été. Charles VII, qui a désormais une armée permanente depuis <a href="https://rois-de-france.com/posts/guerre-de-cent-ans/">les ordonnances de 1445</a>, mobilise trois colonnes qui convergent sur la Guyenne.</p>
<h2 id="le-deroulement-un-camp-des-canons-un-vieillard">Le déroulement : un camp, des canons, un vieillard<a class="headerlink" href="#le-deroulement-un-camp-des-canons-un-vieillard" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les Français assiègent Castillon, place de la Dordogne. Jean Bureau, maître de l'artillerie, installe devant la ville un camp retranché : fossés, talus, palissades, avec, selon les récits, plusieurs centaines de bouches à feu — chiffre à prendre avec prudence. L'armée ne cherche pas à manœuvrer, elle attend.</p>
<p>Talbot, qui doit avoir une soixantaine d'années, marche de Bordeaux à marche forcée pour secourir la place. Le 17 juillet à l'aube, il surprend et disperse un détachement de francs-archers posté dans le prieuré de Saint-Laurent. Il voit de la poussière sur la route ; on lui dit que les Français se retirent. Sans attendre son infanterie, il se lance à l'assaut du camp avec ce qu'il a. Ce n'était pas une retraite, mais la poussière de la vie quotidienne d'un camp.</p>
<p>Les assaillants viennent buter sur les fossés, tandis que l'artillerie tire à bout portant. Pendant ce temps, la cavalerie bretonne et les hommes d'armes sortent du camp et prennent l'armée anglaise de flanc. Talbot a son cheval tué sous lui par un coup de canon ; il est achevé à terre. Son fils, le vicomte de Lisle, meurt à ses côtés. Vers le soir, la déroute est complète.</p>
<h2 id="pourquoi-ce-resultat">Pourquoi ce résultat<a class="headerlink" href="#pourquoi-ce-resultat" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Parce que le roi de France dispose de ce qui manquait à ses prédécesseurs de Crécy et de <a href="https://rois-de-france.com/posts/poitiers-1356/">Poitiers</a> : une armée payée en permanence, commandée, et surtout une artillerie à poudre sérieuse. L'arc long, maître des champs de bataille depuis <a href="https://rois-de-france.com/posts/crecy-1346/">Crécy</a>, ne vaut rien contre un camp fortifié qui tire plus fort. Talbot, lui, a commis la faute classique : attaquer sans reconnaître et sans attendre ses renforts, par fidélité à une tactique de victoire que la guerre avait dépassée.</p>
<h2 id="les-consequences">Les conséquences<a class="headerlink" href="#les-consequences" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La Guyenne s'effondre. Le 19 octobre 1453, Bordeaux se rend à son tour ; Charles VII, qui a épargné la ville par politique, en confie la garde à des forteresses nouvelles (le château Trompette, le fort du Hâ). L'Angleterre ne garde que Calais, qu'elle perdra en 1558. Dans les faits, le roi de France a chassé les Anglais de ses terres, mais il n'y aura aucun traité de paix avant plus de vingt ans : la paix de Picquigny, avec Louis XI, est de 1475, et les rois d'Angleterre porteront encore le titre de rois de France jusqu'en 1801.</p>
<p>Cette fin discrète est celle d'une guerre commencée sur des questions de succession. Elle a fait naître, avec <a href="https://rois-de-france.com/posts/patay-1429/">Jeanne d'Arc</a> et le sacre de Reims, l'idée qu'un roi de France est d'abord le roi de ses Français, et non celui que dicte un traité : c'est ce que prépare, depuis Charles V, la lente reconquête décrite dans <a href="https://rois-de-france.com/posts/guerre-de-cent-ans/">la synthèse sur la guerre de Cent Ans</a>.</p>
<h2 id="vrai-ou-faux">Vrai ou faux<a class="headerlink" href="#vrai-ou-faux" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><em>Castillon est la première bataille gagnée par l'artillerie.</em> Presque : des canons avaient déjà servi dans les sièges et à Formigny (1450), mais c'est la première grande bataille de campagne où la décision est portée par l'artillerie. <em>Talbot a été tué par un boulet.</em> La tradition dit que son cheval est tombé sous un boulet et que lui-même a été achevé à terre à coups de hache ; l'épisode est vraisemblable mais rapporté diversement par les chroniqueurs.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li><strong>17 juillet 1453</strong>, sur la Dordogne : l'artillerie de Jean Bureau détruit l'armée anglaise de Talbot.</li>
<li>Bordeaux se rend le <strong>19 octobre 1453</strong> ; la Guyenne est française.</li>
<li>Aucun traité n'est signé : la guerre cesse faute de combattants.</li>
<li>Les Anglais ne gardent que Calais, jusqu'en 1558.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/charles-vii/">Charles VII</a>, le roi qui a achevé la reconquête de la Guyenne.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/guerre-de-cent-ans/">La guerre de Cent Ans (1337-1453)</a>, la synthèse complète.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/patay-1429/">Patay (1429)</a>, la première victoire française en rase campagne.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/azincourt-1415/">Azincourt (1415)</a>, le désastre dont Castillon est le terme.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/chronologie/">Chronologie de l'histoire de France</a>, pour situer 1453.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Guerre de Cent Ans, dossier, BnF</a></li>
<li><a href="https://www.puf.com/" rel="nofollow noopener">Philippe Contamine, <em>La guerre de Cent Ans</em>, PUF, coll. « Que sais-je ? »</a></li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Bataille de Rocroi (1643) : le Grand Condé à vingt-deux ans</title>
    <link>https://rois-de-france.com/posts/rocroi-1643/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://rois-de-france.com/posts/rocroi-1643/</guid>
    <pubDate>Mon, 19 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Batailles, guerres et traités</category><enclosure url="https://rois-de-france.com/assets/img/covers/rocroi-1643.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Rocroi, 19 mai 1643 : le duc d'Enghien, futur Grand Condé, bat l'armée espagnole des Flandres. Contexte, déroulement, tercios et conséquences.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Fiche</p>
<p><strong>Date</strong> jeudi 19 mai 1643 · <strong>Lieu</strong> Rocroi, Ardennes, près de la frontière des Pays-Bas espagnols · <strong>Camps</strong> armée française du duc d'Enghien contre l'armée espagnole des Flandres de Francisco de Melo · <strong>Effectifs</strong> environ 23 000 Français, 27 000 Espagnols (chiffres approximatifs) · <strong>Issue</strong> victoire française éclatante ; l'infanterie espagnole est détruite · <strong>Contexte</strong> guerre de Trente Ans, guerre franco-espagnole commencée en 1635</p>
</div>
<p>Cinq jours après la mort de <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiii/">Louis XIII</a>, l'Espagne croit le moment venu : le roi est mort, l'héritier a quatre ans, la régente est une princesse espagnole. Elle lance son armée des Flandres sur Rocroi, porte de la France. Elle tombe sur un jeune prince de vingt-deux ans, à peine sorti de l'adolescence, qui n'a jamais commandé une armée. Au soir du 19 mai 1643, les vieilles bandes qui avaient dominé les champs de bataille d'Europe pendant un siècle n'existent plus. C'est l'un des grands jours des <a href="https://rois-de-france.com/posts/guerres-des-rois-de-france/">guerres des rois de France</a>.</p>
<h2 id="le-contexte-la-france-dans-la-guerre-de-trente-ans">Le contexte : la France dans la guerre de Trente Ans<a class="headerlink" href="#le-contexte-la-france-dans-la-guerre-de-trente-ans" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Depuis 1635, <a href="https://rois-de-france.com/posts/richelieu/">Richelieu</a> a jeté la France ouverte dans la guerre contre l'Espagne, après des années de guerre couverte. Les débuts ont été rudes : l'invasion de la Picardie en 1636 a menacé Paris. Puis la fortune a tourné : l'Alsace, l'Artois, le Roussillon. Richelieu meurt en décembre 1642, Louis XIII en mai 1643 ; le cardinal <a href="https://rois-de-france.com/posts/mazarin/">Mazarin</a>, qu'il avait désigné, devient principal ministre d'<a href="https://rois-de-france.com/posts/les-reines-de-france/">Anne d'Autriche</a>, régente.</p>
<p>Du côté espagnol, Madrid joue sa dernière carte dans le nord. Le gouverneur des Pays-Bas, Francisco de Melo, rassemble l'armée des Flandres, avec ses vétérans de tercios espagnols, italiens et wallons, et vient assiéger Rocroi, petite place forte des Ardennes qui ouvre la vallée de l'Oise. Le calcul est classique : un roi mort, un royaume en régence, une armée française dirigée par un blanc-bec.</p>
<h2 id="le-duc-denghien-un-general-de-vingt-deux-ans">Le duc d'Enghien, un général de vingt-deux ans<a class="headerlink" href="#le-duc-denghien-un-general-de-vingt-deux-ans" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Louis de Bourbon, duc d'Enghien, est le fils aîné du prince de Condé, de la maison de <a href="https://rois-de-france.com/posts/les-bourbons/">Bourbon</a>. Éduqué chez les jésuites, brillant, nerveux, il a été marié de force à une nièce de Richelieu. Le roi mourant l'a placé à la tête de l'armée de Picardie, mais l'avis du maréchal de L'Hôpital, qui l'accompagne, doit le tempérer, et celui du vieux Gassion, chef de la cavalerie, le pousser. Il a le génie qu'on ne s'apprend pas : le coup d'œil, la vitesse, le goût de la charge. Le conseil de guerre hésite à engager le combat, car la mort du roi change tout et la défaite ouvrirait Paris. Enghien, qui sait le roi mort, choisit pourtant de livrer bataille plutôt que de laisser l'ennemi ouvrir la route de Paris.</p>
<h2 id="le-deroulement">Le déroulement<a class="headerlink" href="#le-deroulement" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le plateau de Rocroi est entouré de bois et de marais, avec un seul passage étroit, dont les Espagnols ont négligé la garde. L'armée française franchit le défilé dans la soirée du 18 mai et se déploie face à l'ennemi.</p>
<p>Le 19 mai, à l'aube, Enghien charge à l'aile droite avec sa cavalerie : les cavaliers espagnols sont renversés. Mais à gauche, tout va mal : le maréchal de L'Hôpital, entraîné dans une charge mal conduite, est repoussé, son infanterie se débande. Le centre français plie sous la pression des Espagnols. Enghien, au lieu de poursuivre l'aile qu'il a battue, fait un mouvement hardi : il contourne l'armée ennemie, tombe sur l'arrière de sa cavalerie, puis prend à revers le centre espagnol.</p>
<p>Reste le dernier carré : les tercios du comte de Fontaine, vieux vétérans en carrés d'infanterie. Fontaine, goutteux et presque impotent, y combat porté dans une chaise. Les carrés résistent, repoussent trois charges, sous le feu de l'artillerie française, que l'on retourne contre eux. Quand ils comprennent qu'ils sont perdus, ils demandent à traiter. On dit qu'Enghien s'avance pour accepter leur reddition et que, dans la confusion, une partie de ses soldats, croyant à une ruse, tire sur eux. Les sources divergent sur ce que fut cet instant, entre malentendu et massacre ; Enghien lui-même, selon les témoins, voulut sauver les survivants.</p>
<h2 id="les-consequences">Les conséquences<a class="headerlink" href="#les-consequences" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le bilan est impressionnant : environ 7 000 Espagnols tués, autant de prisonniers, tout le train d'artillerie perdu. Les vieilles bandes, qui avaient fait trembler l'Europe depuis Pavie et Saint-Quentin, sont anéanties. Rocroi n'entraîne pas la paix immédiate — la guerre dure encore seize ans, jusqu'à la paix des Pyrénées en 1659 — mais elle sauve la régence : la France ne sera pas envahie, et Mazarin peut asseoir son pouvoir.</p>
<p>Pour le jeune <a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a>, c'est un présage : le début d'un règne que les victoires ouvrent. Pour Enghien, devenu duc de Condé à la mort de son père en 1646, c'est l'entrée dans l'histoire : le « Grand Condé » enchaîne Fribourg, Nördlingen, Lens. Il est aussi un homme dont la fidélité vacillera, puisque la <a href="https://rois-de-france.com/posts/mazarin/">Fronde</a> le jettera dans le camp des révoltés, puis au service de l'Espagne avant son pardon en 1659.</p>
<h2 id="vrai-ou-faux">Vrai ou faux<a class="headerlink" href="#vrai-ou-faux" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><em>Enghien a dormi d'un profond sommeil la veille de la bataille.</em> C'est ce que racontent ses compagnons, si bien que ses officiers durent le réveiller ; l'anecdote est d'une grande popularité, elle est vraisemblable pour un jeune homme d'une telle trempe, mais elle est rapportée après coup. <em>Les tercios étaient invincibles jusque-là</em> : formule des historiens romantiques ; ils avaient déjà été vaincus, notamment par les Hollandais, mais Rocroi a eu un retentissement sans équivalent. Bossuet en fit l'éloge dans l'oraison funèbre de Condé, en 1687, comme d'un jour où se levait la gloire de la France.</p>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">À retenir</p>
<ul>
<li><strong>19 mai 1643</strong>, cinq jours après la mort de Louis XIII.</li>
<li>Le duc d'Enghien, vingt-deux ans, bat l'armée espagnole des Flandres de Melo.</li>
<li>Les tercios espagnols sont détruits ; la régence d'Anne d'Autriche est sauvée.</li>
<li>Début de la gloire du Grand Condé ; la guerre durera jusqu'en 1659.</li>
</ul>
</div>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiii/">Louis XIII</a>, mort cinq jours avant la victoire de son armée.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/mazarin/">Mazarin</a>, le ministre de la régence, et <a href="https://rois-de-france.com/posts/richelieu/">Richelieu</a>, qui avait préparé la guerre.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/louis-xiv/">Louis XIV</a>, le petit roi dont le règne s'ouvre par cette victoire.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/pavie-1525/">Pavie (1525)</a>, l'autre grand affrontement entre la France et l'Espagne.</li>
<li><a href="https://rois-de-france.com/posts/guerres-des-rois-de-france/">Les guerres des rois de France</a> et <a href="https://rois-de-france.com/chronologie/">la chronologie</a>.</li>
</ul>
<h2 id="sources">Sources<a class="headerlink" href="#sources" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li>Bossuet, <em>Oraison funèbre de Louis de Bourbon, prince de Condé</em> (1687) — <a href="https://gallica.bnf.fr/" rel="nofollow noopener">Gallica</a></li>
<li>Henri d'Orléans, duc d'Aumale, <em>Histoire des princes de Condé</em>, Calmann-Lévy, 1885-1896.</li>
<li>Bernard Pujo, <em>Le Grand Condé</em>, Albin Michel, 1995.</li>
</ul>]]></content:encoded>
  </item>
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