Philippe Auguste : biographie du roi qui a fait le royaume (1180-1223)

Biographie de Philippe Auguste (1180-1223) : la Normandie conquise, Bouvines, le Louvre, les baillis. Le roi qui a quadruplé le domaine royal.

Romain Croisade 7 min

Mis à jour le 10 octobre 2026

Philippe Auguste devant les remparts et le donjon du Louvre, enluminure

Fiche

Né le 21 août 1165, à Gonesse · Mort le 14 juillet 1223, à Mantes · Règne 1180-1223 (43 ans) · Sacre 1er novembre 1179, à Reims, du vivant de son père · Dynastie Capétiens · Père Louis VII · Mère Adèle de Champagne · Épouses Isabelle de Hainaut (1180), Ingeburge de Danemark (1193), Agnès de Méranie (1196) · Prédécesseur Louis VII · Successeur Louis VIII · Enterré à Saint-Denis

En 1180, le roi de France a quinze ans et son domaine tient entre Paris, Orléans et Compiègne. Le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt possède la Normandie, l'Anjou, l'Aquitaine — la moitié occidentale du royaume, dont il n'est que le vassal en titre. En 1223, le roi de France est le plus puissant souverain d'Occident, la Normandie est française, Paris a des murs, un Louvre et des rues pavées. Entre les deux, un seul homme, que ses contemporains ont surnommé Auguste, celui qui augmente. Il est le septième roi de la liste des Capétiens, et le premier à être vraiment maître chez lui.

Avant le trône : le « Dieudonné »#

Louis VII a attendu ce fils pendant vingt-huit ans et trois mariages : Aliénor d'Aquitaine, répudiée en 1152, ne lui avait donné que des filles. Philippe naît de la troisième épouse, Adèle de Champagne, et le royaume l'appelle Dieudonné. En août 1179, une chasse en forêt de Compiègne tourne mal : l'enfant s'égare, tombe malade ; Louis VII, déjà paralysé, part en pèlerinage à Canterbury sur la tombe de Thomas Becket pour obtenir sa guérison. Philippe est sacré à Reims le 1er novembre 1179, à quatorze ans. Son père meurt dix mois plus tard.

Le règne#

Se libérer des oncles (1180-1186)#

Le jeune roi commence par échapper à sa propre famille. Ses oncles de Champagne, frères de sa mère, comptent gouverner pour lui ; il épouse Isabelle de Hainaut, nièce du comte de Flandre, leur rival, et obtient en dot l'Artois. Puis il retourne l'alliance et brise le comte de Flandre à son tour : le traité de Boves (1185) lui donne le Vermandois et l'Amiénois. À vingt ans, il a compris la règle du jeu : ne jamais laisser un grand devenir trop grand, et prendre une part à chaque partage.

La croisade et le retour anticipé (1190-1191)#

Philippe part pour la troisième croisade avec Richard Cœur de Lion, fils et successeur d'Henri II. Les deux rois prennent Saint-Jean-d'Acre le 12 juillet 1191. Trois semaines plus tard, Philippe rentre en France, malade, et laisse à Richard la gloire et la Terre sainte. Le calcul est froid mais juste : pendant que Richard est retenu prisonnier en Allemagne (1192-1194), Philippe grignote la Normandie et négocie avec Jean sans Terre, le frère félon. Richard revenu reprend tout et bat Philippe à Fréteval (1194) et Gisors (1198). Puis une flèche le tue au siège de Châlus, le 6 avril 1199. Le roi de France n'aura jamais eu autant de chance.

La conquête de la Normandie (1202-1204)#

Jean sans Terre, nouveau roi d'Angleterre, commet la faute que Philippe attendait : il enlève la fiancée d'un de ses vassaux poitevins. Le vassal en appelle à son suzerain, le roi de France. Philippe convoque Jean, qui ne vient pas ; la cour royale prononce en avril 1202 la commise — la confiscation — de tous ses fiefs français. Le droit féodal, retourné contre le plus grand feudataire, devient l'arme du roi.

Reste à exécuter la sentence. Château-Gaillard, la forteresse de Richard sur la Seine, tombe le 6 mars 1204 après six mois de siège. Rouen se rend le 24 juin. Anjou, Maine, Touraine suivent en 1204-1205 ; le Poitou en partie. En trois ans, Philippe a pris ce que les Plantagenêts avaient mis un demi-siècle à assembler. Jean, occupé à assassiner son neveu Arthur de Bretagne, n'a presque pas combattu.

Bouvines, le dimanche du royaume (27 juillet 1214)#

Jean sans Terre prépare sa revanche pendant dix ans et monte une coalition : lui-même attaquera par le Poitou, l'empereur Otton IV et le comte de Flandre par le nord. Le prince Louis repousse Jean à La Roche-aux-Moines (2 juillet). Philippe affronte Otton à Bouvines, un dimanche, jour où l'on ne combat pas. Le roi est désarçonné, sauvé par sa cuirasse et ses chevaliers ; l'empereur s'enfuit ; le comte de Flandre et le comte de Boulogne sont faits prisonniers. La chronique de Guillaume le Breton décrit Paris en liesse pendant sept jours. Pour la première fois, une victoire du roi est une victoire du royaume : le mot France prend ce jour-là son sens.

Gouverner : les baillis, Paris, l'argent#

Avant de partir en croisade, Philippe rédige en 1190 une ordonnance qu'on appelle son « testament ». Elle crée les baillis : des agents salariés, révocables, qui tiennent des assises mensuelles dans les prévôtés et rendent compte trois fois l'an à Paris. C'est l'acte de naissance de l'administration royale — des hommes du roi, et non plus des seigneurs, pour rendre la justice et lever les revenus. Le Trésor, déposé au Temple, est tenu par comptes écrits ; les registres de la chancellerie commencent en 1204.

Paris devient capitale au sens plein : le roi y réside, y range ses archives, y fait paver les rues (1186), construire les Halles, élever l'enceinte (1190-1213) et, hors les murs à l'ouest, le donjon du Louvre. En 1200, il accorde aux écoliers de Paris le privilège d'être jugés par l'Église : la future université est née de cette charte.

Le roi est aussi âpre au gain qu'un bourgeois. Il expulse les Juifs en 1182 et confisque leurs biens, les rappelle en 1198 pour les taxer ; il vend des chartes aux villes, exige des droits sur les successions, fait rendre gorge aux baillis prévaricateurs. À sa mort, le trésor est plein : c'est avec cet argent que Louis VIII et Saint Louis gouverneront.

Le roi et l'Église : l'affaire Ingeburge#

Philippe épouse en 1193 Ingeburge de Danemark et la répudie le lendemain des noces, pour une raison qu'on ignore. Il fait prononcer l'annulation par des évêques complaisants, épouse Agnès de Méranie, et se heurte au pape Innocent III, qui jette l'interdit sur le royaume en 1200 : plus de messes, plus de sacrements. Philippe cède en apparence, reprend Ingeburge, l'enferme à Étampes, et ne la reconnaît vraiment comme reine qu'en 1213, quand il a besoin du pape contre Jean sans Terre. Vingt ans de bras de fer avec le plus grand pape du Moyen Âge, et le roi n'a jamais tout à fait plié.

La cour et les résidences#

Philippe n'aime ni le faste ni les tournois, qu'il interdit à ses fils. Il vit à Paris, au Palais de la Cité, à Fontainebleau, à Saint-Germain-en-Laye. Ses chroniqueurs, Rigord et Guillaume le Breton, sont des clercs de Saint-Denis : c'est là qu'il fait rédiger l'histoire du règne, et c'est là qu'il veut reposer.

Mort et succession#

Philippe meurt à Mantes le 14 juillet 1223, d'une fièvre, en route vers Paris. Il a laissé un testament qui dote la Terre sainte, les pauvres et les églises, et qui prévoit tout. Son fils Louis VIII, trente-six ans, lui succède sans avoir été sacré de son vivant : c'est la première fois depuis Hugues Capet, et personne ne conteste. L'hérédité n'a plus besoin d'être prouvée.

Ce qu'il en reste#

Le royaume, d'abord : Philippe a presque quadruplé le domaine royal et plus que triplé les revenus du roi. La France n'est plus un titre, c'est un territoire. L'État, ensuite : les baillis, les archives, la capitale. Bainville place Bouvines parmi les trois ou quatre journées qui ont fait la France, et il a raison. Et une leçon que ses successeurs retiendront : le droit féodal, tenu fermement, est plus fort que l'épée.

À retenir

  • 1180 : avènement à quinze ans ; Artois par mariage.
  • 1190 : ordonnance-testament, création des baillis ; départ en croisade.
  • 1204 : prise de Château-Gaillard (6 mars) et de Rouen (24 juin), la Normandie devient française.
  • 1214 : Bouvines, 27 juillet.
  • 1223 : mort à Mantes ; le domaine royal a quadruplé.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Rigord et Guillaume le Breton, Gesta Philippi Augusti — éd. Delaborde, Gallica
  • Jean Favier, Les Grands Rois de France, Pygmalion, 2005 ; Georges Duby, Le Dimanche de Bouvines, Gallimard, 1973.
  • Jacques Bainville, Histoire de France, chap. IV.

Questions fréquentes#

Pourquoi Philippe II est-il appelé « Auguste » ?

Le surnom lui est donné de son vivant par son chroniqueur Rigord, parce qu'il est né en août (augustus) et surtout parce qu'il a « augmenté » le royaume, comme les empereurs romains augmentaient l'empire.

Qu'a conquis Philippe Auguste ?

La Normandie, l'Anjou, le Maine, la Touraine et une partie du Poitou sur Jean sans Terre (1202-1206), plus l'Artois, le Vermandois, l'Amiénois et le Valois par mariage et héritage. Le domaine royal a presque quadruplé entre 1180 et 1223.

Qui a succédé à Philippe Auguste ?

Son fils Louis VIII le Lion, le premier Capétien à succéder sans avoir été sacré du vivant de son père : la dynastie était assez solide pour s'en passer.

Comment est mort Philippe Auguste ?

De fièvre, à Mantes, le 14 juillet 1223, à cinquante-sept ans, en se rendant à Paris. Il est enterré à Saint-Denis avec des funérailles d'une solennité inédite.

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