Les Carolingiens (751-987) : de Pépin le Bref à Louis V, l'empire et son déclin

Les Carolingiens (751-987) : le sacre de Pépin, Charlemagne empereur, Verdun, les Vikings, les Robertiens, et la fin de la dynastie en 987.

Romain Croisade 8 min

Mis à jour le 6 octobre 2026

Charlemagne couronné, entouré des rois carolingiens, enluminure

Fiche

Période 751-987 · Fondateur Pépin le Bref, fils de Charles Martel · Dernier roi Louis V, mort en 987 · Rois quinze en Francie occidentale après 843, dont trois Robertiens (Eudes, Robert Ier, Raoul) · Capitales Aix-la-Chapelle (Charlemagne), puis Laon et Compiègne · Ce qui commence la royauté sacrée, l'alliance avec le pape, un empire chrétien d'Occident · Ce qui finit l'empire se défait, la France se sépare de l'Allemagne, le pouvoir passe aux grands et aux Robertiens

Le jour de Noël 800, à Saint-Pierre de Rome, le pape Léon III pose une couronne sur la tête du roi des Francs et la foule crie : « À Charles Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire ! » L'Occident n'avait plus d'empereur depuis 476. Le petit-fils d'un maire du palais en est un. Cinquante ans plus tard, l'empire est partagé ; cent ans plus tard, les Vikings assiègent Paris ; deux cents ans plus tard, le dernier Carolingien meurt sans que personne ne songe à garder la couronne dans sa famille. La deuxième dynastie de la liste des rois de France est celle du sommet et de la chute — et c'est dans la chute que la France apparaît.

D'où viennent les Carolingiens#

Des maires du palais d'Austrasie, les Pippinides : Pépin de Landen au VIIe siècle, Pépin de Herstal vainqueur à Tertry (687), Charles Martel, bâtard de ce dernier, vainqueur de Poitiers (732) et maître du royaume sans en porter le titre. Ce sont de grands propriétaires de la Meuse et de la Moselle, liés aux évêques et aux abbayes, qui ont su faire de la charge de maire un bien de famille. Charles Martel meurt en 741 ; ses fils Carloman et Pépin se partagent la charge ; Carloman se fait moine en 747. Pépin, dit le Bref à cause de sa taille, reste seul.

Les rois, dans l'ordre#

Pépin le Bref (751-768). Il pose au pape Zacharie la question qui décide tout : qui doit être roi, celui qui en a le titre ou celui qui en a le pouvoir ? Fort de la réponse, il fait déposer Childéric III et se fait élire à Soissons, puis sacrer par les évêques (751) — première onction d'un roi franc, renouvelée en 754 à Saint-Denis par le pape Étienne II en personne, venu chercher son aide contre les Lombards. Pépin descend deux fois en Italie et donne au pape les terres de Ravenne : c'est l'origine des États pontificaux. Il achève la conquête de l'Aquitaine (768) et meurt à Saint-Denis.

Charlemagne (768-814). Roi avec son frère Carloman jusqu'en 771, seul ensuite. Quarante-six ans de règne et une cinquantaine de campagnes : les Lombards soumis (774), les Saxons convertis par le fer en trente ans, les Avars détruits, la marche d'Espagne fondée — Roncevaux (778) est le revers d'une expédition de trop. Empereur en 800, il gouverne par les missi dominici, les capitulaires, les assemblées de mai, et fait de son palais d'Aix-la-Chapelle un foyer de savants : Alcuin, Éginhard, la réforme de l'écriture, la copie des manuscrits antiques — la « renaissance carolingienne ». Il meurt à Aix en 814, à soixante-douze ans, et y est enterré.

Louis le Pieux (814-840). Seul fils survivant, il hérite de tout et veut garder l'unité : l'Ordinatio imperii (817) fait de son aîné Lothaire l'empereur et des cadets des rois subordonnés. Le remariage avec Judith de Bavière et la naissance de Charles (823) ruinent l'arrangement : les fils aînés se révoltent (830, 833), déposent leur père et lui imposent une pénitence publique à Soissons. Rétabli, Louis meurt en 840 en laissant la guerre entre ses fils.

Charles le Chauve (843-877). Après Fontenoy-en-Puisaye (841) et les serments de Strasbourg (842) — jurés en roman et en tudesque par les soldats de Charles et de Louis —, le traité de Verdun (843) coupe l'empire en trois : Lothaire garde le titre et une bande de terre de la Frise à Rome, Louis la Germanie, Charles la Francie occidentale. Charles règne trente-quatre ans sur ce qui devient la France : contre les Vikings, qui remontent la Seine et la Loire et à qui il paie tribut ; contre les grands, à qui il concède à Quierzy (877) l'hérédité de fait des comtés ; pour le titre impérial, qu'il obtient en 875. Il meurt en repassant les Alpes.

Les fils et petits-fils (877-888). Louis II le Bègue règne dix-huit mois ; ses fils Louis III et Carloman II se partagent le royaume et battent les Vikings à Saucourt (881), mais meurent à vingt ans. Charles le Gros, roi de Germanie, réunit un moment tout l'empire de Charlemagne (884-887). Quand les Vikings assiègent Paris (885-886), il achète leur départ au lieu de combattre ; les grands le déposent.

Les Robertiens et les derniers Carolingiens (888-987). Eudes, comte de Paris, héros du siège, est élu roi (888-898) : première rupture dynastique. Charles le Simple, fils posthume de Louis le Bègue, reprend la couronne (898), installe Rollon en Normandie (911), puis est déposé par Robert Ier, frère d'Eudes (922), qui meurt à Soissons ; Raoul de Bourgogne, gendre de Robert, règne jusqu'en 936 ; Charles le Simple meurt en prison à Péronne (929). Louis IV d'Outremer, rappelé d'Angleterre, et Lothaire, son fils, tiennent le titre pendant cinquante ans, entre Hugues le Grand, duc des Francs, et l'empereur Otton. Louis V règne un an et meurt sans enfant. Les grands élisent Hugues Capet.

Les grands moments#

  • 751-754 : le sacre, invention carolingienne, devient la marque du roi de France.
  • 800 : le couronnement impérial, modèle et rêve de tous les souverains d'Occident.
  • 843 : Verdun, la France séparée de l'Empire.
  • 885-886 : le siège de Paris, où une famille de comtes gagne le droit de régner.
  • 911 : la Normandie, une principauté viking dans le royaume — qui donnera l'Angleterre à un duc en 1066.

Les femmes de la dynastie#

Bertrade, dite Berthe au grand pied, mère de Charlemagne ; Hildegarde, épouse préférée de l'empereur, morte à vingt-cinq ans après neuf enfants ; Judith de Bavière, dont le mariage avec Louis le Pieux et le fils, Charles, déchirent l'empire ; Ermentrude, reine de Charles le Chauve, couronnée en 866 — première reine de France sacrée ; Gerberge de Saxe, sœur d'Otton Ier et épouse de Louis IV, qui défend Laon les armes à la main ; Emma d'Italie, veuve de Lothaire, accusée d'adultère par les partisans de Charles de Lorraine. Les reines carolingiennes sont des princesses d'empire, et leur mariage est une frontière.

Les lieux#

Aix-la-Chapelle, la chapelle palatine où Charlemagne repose ; Saint-Denis, où Pépin est sacré et enterré, où reposent Charles le Chauve et Louis le Bègue ; Laon, la « montagne couronnée », dernière capitale carolingienne ; Compiègne, Quierzy, Attigny, les palais de la vallée de l'Oise ; Reims, où Hincmar écrit l'histoire de la sainte ampoule et où Louis IV est sacré ; Paris, que les Vikings assiègent et qu'Eudes défend depuis l'île de la Cité.

Comment la dynastie s'achève#

Par épuisement. Le domaine royal a fondu : donné aux fidèles, pris par les comtes, ravagé par les Vikings. Les derniers Carolingiens sont des rois de Laon, avec quelques abbayes et l'ombre du nom. Les Robertiens, eux, tiennent Paris, Orléans, la Loire et l'essentiel des abbayes du nord. Quand Louis V meurt, Adalbéron de Reims dit aux grands qu'il faut un roi capable de défendre le royaume ; ils comprennent qu'il parle d'Hugues. Charles de Lorraine, oncle du défunt, se bat quatre ans et finit en prison. Ce que Pépin avait fait aux Mérovingiens, on le fait aux Carolingiens — sans même avoir besoin du pape.

Ce qu'il en reste#

L'idée d'empire, que l'Allemagne gardera et que la France laissera ; le sacre, qu'elle gardera ; les frontières de Verdun, qu'elle mettra mille ans à repousser jusqu'au Rhin ; l'écriture caroline, que nous utilisons encore ; la Normandie ; et la conviction, chez tous les rois de France jusqu'à Louis XIV, qu'ils sont les héritiers de Charlemagne — dont ils garderont la couronne et l'épée pour leur sacre, et dont Louis XI fera célébrer la fête. Les Carolingiens ont fait l'Europe ; les Capétiens feront la France.

À retenir

  • 751 : Pépin le Bref élu et sacré ; 754 : le pape le sacre à Saint-Denis.
  • 768-814 : Charlemagne ; empereur en 800.
  • 843 : traité de Verdun, naissance de la Francie occidentale.
  • 885-888 : siège de Paris, Eudes premier roi robertien.
  • 987 : mort de Louis V ; élection d'Hugues Capet.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Éginhard, Vie de Charlemagne — Gallica
  • Pierre Riché, Les Carolingiens. Une famille qui fit l'Europe, Hachette, 1983.
  • Jean Favier, Charlemagne, Fayard, 1999 ; Laurent Theis, L'Héritage des Charles, Seuil, 1990.

Questions fréquentes#

Qui sont les Carolingiens ?

La dynastie issue de Charles Martel, d'où leur nom, qui règne sur les Francs de 751 (Pépin le Bref) à 987 (Louis V), avec Charlemagne pour sommet. Après le partage de 843, la branche de Francie occidentale — la France — règne à Laon et Compiègne, entrecoupée de trois rois robertiens.

Charlemagne est-il un roi de France ?

Il est roi des Francs (768-814) et empereur d'Occident (800-814) ; son empire couvre la France, l'Allemagne, l'Italie du Nord. Les Français et les Allemands le revendiquent tous deux. La liste des rois de France le compte comme Charles Ier — d'où Charles II le Chauve.

Pourquoi le traité de Verdun (843) est-il si important ?

Il partage l'empire entre les trois petits-fils de Charlemagne : Charles le Chauve reçoit la Francie occidentale, à l'ouest de l'Escaut, de la Meuse, de la Saône et du Rhône. C'est le premier tracé de la France comme État séparé — Bainville y voit son acte de naissance.

Comment finit la dynastie carolingienne ?

Louis V meurt en 987, à vingt ans, d'une chute de cheval, sans enfant. Son oncle Charles de Basse-Lorraine réclame le trône, mais les grands élisent Hugues Capet, duc des Francs, dont la famille avait déjà donné trois rois.

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