Clovis : biographie du premier roi des Francs (481-511)

Biographie de Clovis, roi des Francs de 481 à 511 : Soissons, Tolbiac, le baptême de Reims, Vouillé, Paris capitale, la loi salique, sa mort et le partage.

Romain Croisade 9 min

Mis à jour le 13 octobre 2026

Le baptême de Clovis à Reims par saint Remi, sous le regard de Clotilde, enluminure

Fiche

Né vers 466, sans doute à Tournai · Mort le 27 novembre 511, à Paris · Règne 481-511 (30 ans) · Sacre aucun — le premier roi sacré sera Pépin le Bref en 751 ; son baptême à Reims (496-508) en tient lieu dans la mémoire du royaume · Dynastie Mérovingiens · Père Childéric Ier, roi des Francs saliens · Mère Basine de Thuringe · Épouse Clotilde, princesse burgonde, future sainte · Prédécesseur Childéric Ier · Successeurs ses quatre fils, Thierry, Clodomir, Childebert et Clotaire · Enterré à Paris, basilique des Saints-Apôtres (Sainte-Geneviève) ; gisant transféré à Saint-Denis en 1817

Reims, un jour de Noël, à la fin du Ve siècle. Un chef franc de trente ans, les cheveux longs sur les épaules, descend dans la piscine baptismale sous les tentures et l'encens. L'évêque Remi lui dit, selon Grégoire de Tours : « Courbe la tête, fier Sicambre ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. » Trois mille guerriers le suivent dans l'eau. Ce jour-là, Clovis, roi des Francs, devient le seul roi barbare catholique d'Occident — et le premier nom de la liste des rois de France prend son sens. Tout ce que le royaume sera, chrétien, franc, parisien, tient dans les trente années de ce règne.

Avant le trône : le fils de Childéric#

Clovis — Chlodovechus, « glorieux au combat », le nom qui deviendra Louis — naît vers 466. Son père, Childéric Ier, règne sur les Francs saliens de Tournai, un peuple de quelques milliers de guerriers installés en Belgique actuelle comme alliés de Rome ; sa tombe, retrouvée en 1653, contenait un anneau au nom de Childerici regis, des abeilles d'or et des monnaies impériales. Sa mère, Basine, est une princesse thuringienne. Le grand-père, ou l'arrière-grand-père, Mérovée, donne son nom à la dynastie des Mérovingiens.

À la mort de Childéric, en 481, Clovis a quinze ans. Il est élevé sur le pavois, à la manière franque, roi d'un petit peuple païen, mais roi d'un peuple qui a servi l'Empire et qui en connaît les routes, les villes et les évêques. Une lettre de Remi, évêque de Reims, lui parvient dès son avènement : elle lui conseille d'honorer les évêques, de rendre la justice et de soulager les pauvres. Le jeune roi n'est pas chrétien, mais il sait déjà avec qui il devra gouverner.

Le règne#

Soissons et la fin de la Gaule romaine (486)#

Au nord de la Loire subsiste un dernier morceau d'Empire : le « royaume » de Syagrius, fils d'un général romain, qui gouverne depuis Soissons. En 486, Clovis le défie et le bat. Syagrius s'enfuit chez les Wisigoths, qui le livrent ; Clovis le fait exécuter. Le Franc hérite des terres publiques, des cités et de l'administration romaine entre Somme et Loire. C'est au partage du butin de cette campagne que Grégoire de Tours place l'épisode du vase de Soissons : un guerrier brise à la hache un vase liturgique que le roi voulait rendre à l'évêque ; un an plus tard, à la revue de l'armée, Clovis lui fend le crâne en lui rappelant, en substance, le vase de Soissons. L'anecdote dit tout du pouvoir mérovingien : un roi que la coutume limite, et qui la dépasse par la force.

Clotilde et Tolbiac (493-496)#

Vers 493, Clovis épouse Clotilde, nièce du roi burgonde Gondebaud, princesse catholique dans une famille arienne. Elle fait baptiser leurs deux premiers fils, et le premier meurt dans ses langes ; le roi s'en irrite, mais ne se convertit pas. La conversion vient de la guerre. Vers 496 — certains historiens disent 506 — les Alamans envahissent le pays rhénan ; à Tolbiac, près de Cologne, les Francs plient. Grégoire de Tours rapporte que Clovis invoque alors le Dieu de Clotilde et promet le baptême s'il l'emporte. Les Alamans cèdent, leur roi est tué. Le vœu est tenu à Reims.

Le baptême de Reims (496-508)#

Le baptême de Clovis à Reims a son article détaillé. La date exacte est incertaine : 496 selon la tradition, 498 ou 499 pour beaucoup de médiévistes, jusqu'à 508 pour d'autres. L'événement, lui, est la décision politique la plus importante de l'histoire de France avant Hugues Capet. Tous les rois barbares de l'Occident — Wisigoths, Burgondes, Ostrogoths, Vandales — sont ariens, c'est-à-dire séparés de l'Église des Gallo-Romains. En choisissant le catholicisme de Rome, Clovis obtient d'un coup les évêques, qui administrent les cités, et les populations, qui voient en lui un libérateur. Avit, évêque de Vienne, lui écrit que sa foi est « notre victoire ». La légende de la sainte ampoule, apportée par une colombe, n'apparaît qu'au IXe siècle sous la plume d'Hincmar de Reims ; mais c'est de ce baptême que le sacre des rois de France tirera pendant treize siècles son huile et sa ville.

Vouillé et la conquête de l'Aquitaine (507)#

Reste le plus puissant voisin : Alaric II, roi des Wisigoths, maître de tout le sud de la Loire jusqu'en Espagne. Après une campagne indécise contre les Burgondes (Dijon, 500), Clovis se tourne vers lui. Au printemps 507, il passe la Loire près de Tours — la légende veut que ses troupes aient épargné les terres de saint Martin — et rencontre les Wisigoths à Vouillé, près de Poitiers. Alaric est tué, dit-on de la main de Clovis. Toulouse tombe, l'Aquitaine devient franque ; seule la Septimanie, autour de Narbonne, reste wisigothe, et la Provence passe à Théodoric l'Ostrogoth, beau-frère de Clovis, qui a sauvé ce qu'il pouvait de son allié.

Paris, le consulat et l'unité des Francs (508-511)#

En 508, à Tours, Clovis reçoit les insignes d'une dignité consulaire envoyés par l'empereur Anastase : l'Empire, de Constantinople, reconnaît le Franc comme le maître légitime de la Gaule. La même année, il fixe sa résidence à Paris, cité gallo-romaine au cœur de son royaume, sur la Seine, à mi-chemin des terres franques et des terres conquises. Puis il achève de soumettre les autres rois francs : Sigebert de Cologne, Chararic, Ragnacaire de Cambrai sont éliminés par la ruse ou le meurtre, et Grégoire de Tours ne le cache pas. Il n'y a plus qu'un roi des Francs. C'est un crime au regard de la morale, une œuvre au regard de l'histoire ; le site dit les deux.

Gouverner : le roi, les évêques et la loi#

Clovis n'a pas détruit la Gaule romaine, il s'y est installé. Les cités gardent leurs évêques et leurs curiales ; le fisc impérial devient le fisc royal ; le latin reste la langue des actes. Entre 507 et 511, il fait rédiger la loi salique, le code des Francs saliens, en latin, avec ses tarifs de compensation : c'est le premier monument juridique de la monarchie, et l'un de ses articles servira huit siècles plus tard à écarter les femmes du trône. En juillet 511, il convoque à Orléans un concile de trente-deux évêques, qui règle les rapports du roi et de l'Église : le roi confirme les élections épiscopales, protège les biens d'Église, et l'Église prie pour le roi. Le modèle tiendra jusqu'en 1789.

La cour et les résidences#

La cour de Clovis n'est pas un palais : c'est une troupe de guerriers, de compagnons — les leudes, liés au roi par le serment — et de clercs, qui suit le roi de Tournai à Soissons, de Reims à Tours, avant de se fixer sur l'île de la Cité, dans l'ancien palais des gouverneurs romains. Le roi vit du butin, des terres du fisc et des tributs ; il reçoit ses fidèles à sa table, juge et distribue lui-même. On lira dans la vie à la cour du roi de France ce que cette cour itinérante deviendra : il faudra mille ans et Versailles pour que le roi cesse de bouger.

Mort et succession#

Clovis meurt à Paris le 27 novembre 511, à quarante-cinq ans environ, de maladie. Clotilde le fait enterrer dans la basilique des Saints-Apôtres, qu'ils avaient fondée ensemble sur la rive gauche, auprès de sainte Geneviève ; l'église prendra le nom de la sainte, et le gisant du roi, sculpté au XIIe siècle, sera transporté à Saint-Denis en 1817. La coutume franque partage l'héritage comme un patrimoine : Thierry, le fils aîné né d'une première union, reçoit Reims et l'Austrasie ; Clodomir, Orléans ; Childebert, Paris ; Clotaire, Soissons. Le royaume unifié par le père se défait le jour de sa mort ; il ne sera réuni qu'en 558.

Ce qu'il en reste#

Un nom : dix-huit rois de France s'appelleront Louis, c'est-à-dire Clovis. Une religion : le choix de Reims a fait de la France le royaume catholique par excellence, la « fille aînée de l'Église ». Une ville : Paris. Une loi : la loi salique. Et un titre, celui de premier roi de France, que la tradition, les rois et ce site lui donnent — la question mérite d'être posée, et elle l'est dans qui était le premier roi de France. Bainville ouvre son Histoire de France sur lui, et le quinzième centenaire de son baptême, en 1996, a été fêté comme le commencement de la France chrétienne. Les portraits qu'on a de lui sont tous postérieurs ; son vrai visage est celui de son œuvre.

À retenir

  • 481 : Clovis, quinze ans, succède à Childéric à Tournai.
  • 486 : Soissons ; fin du dernier pouvoir romain en Gaule.
  • 496-508 : Tolbiac, puis baptême à Reims par saint Remi.
  • 507 : Vouillé ; l'Aquitaine devient franque.
  • 508 : Paris capitale ; 511 : loi salique, concile d'Orléans, mort à Paris, partage entre quatre fils.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livre II — Gallica
  • Michel Rouche, Clovis, Fayard, 1996 ; Bruno Dumézil, Les Racines chrétiennes de l'Europe. Conversion et liberté dans les royaumes barbares, Fayard, 2005.
  • Laurent Theis, Clovis. De l'histoire au mythe, Complexe, 1996.

Questions fréquentes#

Quand Clovis a-t-il été baptisé ?

À Reims, un jour de Noël, par l'évêque Remi. La tradition retient 496, après la victoire de Tolbiac ; les historiens hésitent entre 496 et 508, car aucune source contemporaine ne donne l'année. Le fait, lui, n'est pas discuté.

Pourquoi Clovis est-il considéré comme le premier roi de France ?

Parce qu'il réunit en trente ans presque toute la Gaule sous un seul roi, choisit le catholicisme quand tous les rois barbares sont ariens, fixe sa résidence à Paris et fait rédiger la loi salique. Les rois de France, de Pépin le Bref à Charles X, se sont tous tenus pour ses héritiers.

Qui a succédé à Clovis ?

Ses quatre fils, selon la coutume franque du partage : Thierry Ier à Reims, Clodomir à Orléans, Childebert Ier à Paris et Clotaire Ier à Soissons. Le royaume ne sera réuni qu'en 558, sous Clotaire, le dernier survivant.

Comment est mort Clovis ?

De maladie, à Paris, le 27 novembre 511, à environ quarante-cinq ans, quelques mois après avoir réuni le concile d'Orléans. Il fut enterré dans la basilique des Saints-Apôtres qu'il avait fondée avec Clotilde, sur la colline qui prendra le nom de sainte Geneviève.

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