Bataille de Marignan (13-14 septembre 1515) : la victoire de François Ier

Marignan, 13-14 septembre 1515 : François Ier, vingt ans, bat les Suisses devant Milan. Le passage des Alpes, l'artillerie, Bayard, les conséquences.

Romain Croisade 5 min

Mis à jour le 28 septembre 2026

François Ier chargeant à Marignan au milieu des piques suisses et des canons, enluminure

Fiche

Date 13-14 septembre 1515 · Lieu Marignan (Melegnano), à seize kilomètres au sud-est de Milan · Camps François Ier, roi de France, avec les lansquenets allemands, l'artillerie de Galiot de Genouillac et, le second jour, les Vénitiens d'Alviano, contre les Suisses au service de Maximilien Sforza, duc de Milan · Effectifs environ 30 000 Français et alliés contre 20 000 à 25 000 Suisses · Issue victoire française ; Milan conquis · Guerre guerres d'Italie (1494-1559)

François Ier a vingt ans et règne depuis huit mois quand il franchit les Alpes, en août 1515, par le col de Larche que personne ne croyait praticable pour une armée : les canons descendent à bras d'hommes, dans des ravins, pendant cinq jours. À l'arrivée, dans la plaine du Pô, l'attendent les Suisses — les piquiers qui ont brisé Charles le Téméraire et chassé les Français de Milan deux ans plus tôt. Deux jours de bataille plus tard, le neuvième roi Valois entre dans Milan. C'est Marignan, la date que tous les écoliers de France ont sue par cœur.

Le contexte : reprendre Milan#

Depuis Charles VIII (1494), les rois de France se battent en Italie : Naples d'abord, puis Milan, dont Louis XII s'est emparé en 1499 au nom des droits de sa grand-mère Valentine Visconti. En 1512-1513, une coalition l'en chasse ; les Suisses installent leur protégé Maximilien Sforza et battent les Français à Novare. Louis XII meurt le 1er janvier 1515. Son gendre et cousin François, duc d'Angoulême, sacré le 25 janvier, veut d'abord venger cet affront : il a acheté la neutralité de l'Angleterre et de l'empereur, obtenu l'alliance de Venise, tenté d'acheter les Suisses — la moitié des cantons acceptent, l'autre non. Il marche sur Milan avec la plus forte armée qu'un roi de France ait menée en Italie et soixante-douze pièces d'artillerie.

Le déroulement#

Le 13 septembre. Le cardinal de Sion, âme de la résistance suisse, entraîne les cantons restés à Milan à attaquer par surprise le camp français, établi à Marignan, en fin d'après-midi. Les Suisses avancent en trois carrés de piques, à la course, sous le feu des canons. Ils enfoncent les lansquenets, atteignent l'artillerie ; le roi charge lui-même avec la gendarmerie, est pris dans la mêlée, sauvé par la nuit qui tombe vers huit heures. Les deux armées passent la nuit mêlées, dans la poussière, sans se voir ; François Ier, selon sa propre lettre à sa mère, dort sur un affût de canon, en armure, « le cul sur la selle et la lance au poing ».

Le 14 septembre. À l'aube, les Suisses reprennent l'assaut, contre l'aile française commandée par le connétable de Bourbon et le duc d'Alençon. L'artillerie française, réorganisée pendant la nuit, tire dans les carrés à bout portant ; la gendarmerie charge par les flancs — trente charges, dira le roi. Vers onze heures, les Vénitiens d'Alviano arrivent au galop en criant Marco ! Marco ! Les Suisses, qui ne cèdent jamais, rompent en bon ordre et se replient sur Milan avec leurs blessés. Ils ont perdu la moitié des leurs.

Pourquoi ce résultat#

L'artillerie, d'abord : pour la première fois, des canons de campagne, servis par des artilleurs professionnels, ont brisé des carrés de piques. La cavalerie lourde, ensuite, encore capable de décider une bataille quand elle charge sur le flanc d'une infanterie fixée. Le nombre, enfin, et l'arrivée des Vénitiens. Les Suisses ont combattu comme à Morat ; ils ont trouvé une armée qui savait ce qu'ils allaient faire.

Les conséquences#

Milan se rend ; Maximilien Sforza abdique en octobre contre une pension. François Ier, victorieux, obtient tout ce que la victoire pouvait donner : la paix perpétuelle avec les cantons suisses (Fribourg, novembre 1516), qui fourniront des soldats au roi de France jusqu'en 1792 ; le concordat de Bologne (1516) avec le pape Léon X, rencontré à Bologne en décembre 1515, qui donne au roi la nomination des évêques et des abbés du royaume — le vrai gain de Marignan, qui vaudra pour trois siècles. Et une gloire qui lui monte à la tête : quatre ans plus tard, il se croit assez grand pour briguer l'Empire contre Charles de Habsbourg, et il le perd (1519). Dix ans après Marignan, à Pavie, sur le même terrain de Lombardie, il perdra tout, « fors l'honneur », et sa liberté.

Vrai ou faux#

« Bataille de géants » : le mot est bien de Trivulce, vieux capitaine milanais au service de la France, et il l'a écrit. Bayard armant le roi chevalier : rapporté par son biographe anonyme, vraisemblable, invérifiable. La chanson « La Guerre » de Clément Janequin : composée pour célébrer Marignan, elle est authentique — la seule bataille du XVIe siècle dont on entende encore le bruit.

À retenir

  • 13-14 septembre 1515, à Marignan, près de Milan.
  • François Ier, vingt ans, bat les Suisses grâce à l'artillerie, la gendarmerie et les Vénitiens.
  • Milan conquis ; paix perpétuelle avec les Suisses (1516) ; concordat de Bologne (1516).
  • Dix ans plus tard, Pavie (1525) efface tout.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Lettre de François Ier à Louise de Savoie, 14 septembre 1515 — Gallica
  • Didier Le Fur, Marignan, 13-14 septembre 1515, Perrin, 2004.
  • Jean Jacquart, François Ier, Fayard, 1981.

Questions fréquentes#

Qui a gagné la bataille de Marignan ?

François Ier, roi de France, contre les mercenaires suisses au service du duc de Milan, les 13 et 14 septembre 1515. La victoire lui livre le duché de Milan.

Pourquoi retient-on la date de 1515 ?

Parce que les manuels de la IIIe République en ont fait la date emblématique de l'avènement de François Ier et de la Renaissance française. C'est une des rares batailles du Moyen Âge finissant gagnée sur deux jours, par un roi de vingt ans, contre l'infanterie réputée invincible d'Europe.

Bayard a-t-il vraiment armé chevalier François Ier ?

Oui, selon la tradition rapportée dès le XVIe siècle par le « Loyal Serviteur », biographe de Bayard : au soir de la bataille, le roi demanda à être fait chevalier de la main du chevalier sans peur et sans reproche.

Combien de morts à Marignan ?

Entre 10 000 et 14 000 Suisses et 5 000 à 6 000 Français, selon les estimations : la bataille la plus meurtrière des guerres d'Italie. Le maréchal Trivulce, qui avait vu dix-huit batailles, dit que celle-ci était « de géants » et les autres « d'enfants ».

À lire aussi