Louis XIV, le Roi-Soleil : biographie et règne (1643-1715)

Biographie de Louis XIV (1643-1715) : la Fronde, 1661, Colbert, les guerres, Versailles, la révocation de l'édit de Nantes, la mort de 1715.

Romain Croisade 8 min

Mis à jour le 26 octobre 2026

Louis XIV devant le château de Versailles sous un soleil d'or, enluminure

Fiche

Né le 5 septembre 1638, à Saint-Germain-en-Laye · Mort le 1er septembre 1715, à Versailles · Règne 1643-1715 (72 ans, gouvernement personnel à partir de 1661) · Sacre 7 juin 1654, à Reims · Dynastie Bourbons · Père Louis XIII · Mère Anne d'Autriche · Épouses Marie-Thérèse d'Autriche (1660), Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon (mariage secret, vers 1683) · Prédécesseur Louis XIII · Successeur Louis XV, son arrière-petit-fils · Enterré à Saint-Denis

Le 10 mars 1661, au lendemain de la mort de Mazarin, Louis XIV, vingt-deux ans, réunit ses ministres et leur dit qu'il n'aura plus de Premier ministre : « Vous m'aiderez de vos conseils quand je vous les demanderai. » On sourit à la cour ; on donne trois mois à cette lubie. Elle durera cinquante-quatre ans. Aucun roi de France n'a régné aussi longtemps, ni gouverné d'aussi près ; aucun n'a autant marqué l'idée qu'on se fait d'un roi. Le troisième Bourbon est celui par qui la France a été, pendant un demi-siècle, la première puissance du monde.

Avant le trône : l'enfant de la Fronde#

Louis naît en 1638 après vingt-trois ans de mariage stérile : on l'appelle Dieudonné. Roi à quatre ans et demi, il connaît à dix ans la Fronde (1648-1653) — les Parlements, puis les princes, contre la régente Anne d'Autriche et Mazarin. Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, la cour fuit Paris pour Saint-Germain ; l'enfant dort sur la paille. En 1651, des Parisiens entrent dans sa chambre au Palais-Royal pour vérifier qu'il n'a pas fui. Il n'oubliera ni Paris, ni les Parlements, ni les grands. Sacré à Reims le 7 juin 1654, il apprend le métier auprès de Mazarin, qui lui laisse en mourant une paix — les Pyrénées (1659), avec l'infante Marie-Thérèse pour épouse — et une méthode : tout voir, tout savoir, ne rien laisser au hasard.

Le règne#

Prendre l'État (1661-1672)#

Le premier acte est l'arrestation de Fouquet, surintendant des finances, à Nantes, le 5 septembre 1661 : le roi ne veut ni d'un ministre plus riche que lui, ni d'un homme qui a osé lui offrir Vaux-le-Vicomte. Colbert prend sa place et, en vingt ans, réorganise tout : les finances, la marine, les manufactures, les colonies, les académies, l'ordonnance civile (1667) et criminelle (1670) — le Code Louis. Louvois refait l'armée : 100 000 hommes en temps de paix, 400 000 en guerre, uniforme, casernes, intendance. Vauban la borde d'une ceinture de forteresses — le pré carré. Le roi travaille six à huit heures par jour, en conseil, et décide de tout.

Les guerres de la puissance (1667-1697)#

La guerre de Dévolution (1667-1668) prend des villes de Flandre ; la guerre de Hollande (1672-1678) donne la Franche-Comté à Nimègue ; les réunions rattachent Strasbourg (1681). En 1680, la Ville de Paris décerne au roi le titre de Grand. Puis l'Europe se coalise : la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697) est gagnée sur terre, perdue sur mer, et Ryswick rend presque tout sauf Strasbourg. Les frontières de 1697 sont, à peu près, celles de la France d'aujourd'hui au nord et à l'est : c'est l'œuvre du règne.

La révocation de l'édit de Nantes (1685)#

Le roi Très Chrétien veut un royaume d'une seule foi. Après vingt ans de restrictions puis les dragonnades, l'édit de Fontainebleau (18 octobre 1685) révoque l'édit d'Henri IV. Les temples sont abattus, les pasteurs bannis, le culte interdit ; la conversion est obligatoire, l'émigration aussi. Deux cent mille protestants partent pourtant, vers la Hollande, l'Angleterre, la Prusse, avec leurs métiers et leur rancune. L'Europe catholique applaudit, le pape Innocent XI, en froid avec le roi, se tait. C'est la faute du règne : contraire à la parole donnée par son grand-père, coûteuse pour le royaume, et inefficace — le protestantisme survivra « au Désert ».

Le dernier combat (1701-1714)#

En 1700, Charles II d'Espagne meurt en léguant son empire au petit-fils de Louis XIV, Philippe d'Anjou. Le roi accepte — « Il n'y a plus de Pyrénées », lui fait dire Voltaire. L'Europe entière lui tombe dessus. La guerre de Succession d'Espagne (1701-1714) est la plus dure du règne : Blenheim (1704), Ramillies (1706), Oudenarde (1708), Malplaquet (1709), l'hiver 1709 où la Seine gèle et où le roi fait fondre sa vaisselle d'or. Louis XIV, soixante-dix ans, écrit à ses sujets pour leur expliquer la guerre — la première fois qu'un roi de France s'adresse à eux. Villars sauve tout à Denain (24 juillet 1712). Utrecht (1713) et Rastatt (1714) laissent Philippe V à Madrid et la France intacte.

Gouverner : le métier de roi#

Louis XIV a écrit pour son fils des Mémoires où il explique sa méthode : travailler, se montrer, décider seul, ne pas laisser un homme grandir. Le conseil d'en haut compte trois ou quatre ministres, jamais un prince du sang, jamais un grand seigneur. Les intendants tiennent les provinces, la capitation (1695) et le dixième (1710) font payer, pour la première fois, la noblesse. Les Parlements sont réduits au silence (1673), les États provinciaux domestiqués, les villes surveillées par le lieutenant de police La Reynie. Le roi tient aussi l'Église : les quatre articles gallicans de 1682 affirment l'indépendance de la couronne face au pape ; Port-Royal est rasé (1710-1711), la bulle Unigenitus obtenue contre les jansénistes (1713). Bossuet fournit la doctrine : le roi est lieutenant de Dieu, et responsable devant lui seul.

La cour et Versailles#

Le roi s'installe à Versailles le 6 mai 1682 : un pavillon de chasse de son père devenu, par Le Vau, Hardouin-Mansart, Le Brun et Le Nôtre, le plus grand palais d'Europe. Il y loge la noblesse — dix mille personnes — et la tient par l'étiquette : assister au lever, tenir le bougeoir, obtenir un « pour » à la porte de sa chambre valent plus qu'une province. Le roi est en scène du réveil au coucher ; c'est le prix qu'il paie pour n'avoir plus de Fronde. Molière, Lully, Racine, Le Brun, les académies, la Comédie-Française, l'Observatoire, les Invalides (1670) : le règne fixe pour deux siècles le goût de l'Europe. Les favorites — La Vallière, Montespan — puis l'épouse secrète, Madame de Maintenon, veuve de Scarron, pieuse et discrète, marquent les trois âges du roi : la jeunesse, la gloire, la pénitence.

Mort et succession#

Le règne finit dans le deuil. Le Grand Dauphin meurt en avril 1711 ; le duc de Bourgogne, son fils, la duchesse et leur fils aîné en février-mars 1712 ; le duc de Berry en 1714. Il reste un enfant de deux ans, le futur Louis XV, que la gouvernante a sauvé des médecins. Louis XIV, atteint de gangrène à la jambe, meurt à Versailles le 1er septembre 1715, à soixante-seize ans, quatre jours avant son anniversaire, après avoir dit à son arrière-petit-fils de ne pas l'imiter dans les guerres ni dans les dépenses. Le Parlement casse son testament le lendemain ; Philippe d'Orléans est régent.

Ce qu'il en reste#

Les frontières, d'abord : Lille, Strasbourg, Besançon, Perpignan sont françaises depuis lui, et le pré carré de Vauban a protégé le royaume jusqu'à la Révolution. L'État, ensuite : une administration, une armée, une marine, des lois, une langue, que la République a héritées en changeant les noms. Versailles, enfin, qui a coûté moins qu'une seule année de guerre et rapporte à la France, depuis trois siècles, plus que n'importe quel investissement. Ses fautes sont réelles — la Révocation, les guerres de trop, les famines de 1693 et 1709, la dette — et il les a reconnues lui-même en mourant. Bainville juge que le règne a « donné à la France sa forme » ; Saint-Simon, qui le détestait, conclut ses Mémoires en avouant qu'il fut « roi dans tous ses moments ». Les deux ont raison.

À retenir

  • 1643 : roi à quatre ans (14 mai). 1648-1653 : la Fronde. 1654 : sacre à Reims (7 juin).
  • 1661 : mort de Mazarin (9 mars), le roi gouverne seul ; arrestation de Fouquet (5 septembre).
  • 1682 : la cour s'installe à Versailles (6 mai). 1685 : révocation de l'édit de Nantes (18 octobre).
  • 1701-1714 : guerre de Succession d'Espagne, Denain (1712), Utrecht (1713).
  • 1715 : mort à Versailles (1er septembre), après 72 ans de règne.

Pour aller plus loin#

Sources#

Questions fréquentes#

Pourquoi Louis XIV est-il appelé le Roi-Soleil ?

Il choisit le soleil pour emblème lors du carrousel de 1662, avec la devise Nec pluribus impar (« à nul autre pareil ») : comme le soleil, le roi éclaire tout et ne se compare à rien. Le nom lui est resté ; le jeune roi avait aussi dansé le rôle du Soleil levant dans le Ballet de la Nuit (1653).

Louis XIV a-t-il dit « L'État, c'est moi » ?

Aucune source contemporaine ne rapporte le mot ; il apparaît au XVIIIe siècle. Sur son lit de mort, Louis XIV a dit l'inverse : « Je m'en vais, mais l'État demeurera toujours. »

Combien de temps Louis XIV a-t-il régné ?

72 ans et 110 jours, du 14 mai 1643 au 1er septembre 1715 : le plus long règne de l'histoire de France et d'Europe. Il n'a gouverné personnellement qu'à partir de 1661.

Qui a succédé à Louis XIV ?

Son arrière-petit-fils Louis XV, cinq ans, sous la régence de Philippe d'Orléans. Son fils, son petit-fils aîné et son arrière-petit-fils aîné étaient morts entre 1711 et 1712.

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