La guerre de Cent Ans (1337-1453) : causes, étapes, fin

La guerre de Cent Ans expliquée : 1328, Crécy, Poitiers, Azincourt, Charles V, Jeanne d'Arc, Castillon. Comment la France en est sortie nation.

Romain Croisade 6 min

Mis à jour le 19 octobre 2026

Chevaliers français face aux archers anglais sous une pluie de flèches, enluminure

Fiche

Dates 1337-1453 (116 ans, dont une soixantaine de guerre effective) · Camps rois de France Valois contre rois d'Angleterre Plantagenêt puis Lancastre, avec la Bourgogne dans les deux camps tour à tour · Enjeux la Guyenne, la couronne de France, la Flandre · Grandes batailles L'Écluse 1340, Crécy 1346, Poitiers 1356, Cocherel 1364, Azincourt 1415, Orléans et Patay 1429, Formigny 1450, Castillon 1453 · Traités Brétigny 1360, Troyes 1420, Arras 1435 · Issue victoire française ; l'Angleterre ne garde que Calais

En 1420, le traité de Troyes fait du roi d'Angleterre l'héritier du roi de France, et le dauphin, réfugié à Bourges, n'est plus qu'un « soi-disant » que sa propre mère renie. En 1453, il ne reste aux Anglais que Calais. Entre les deux : une paysanne lorraine, un roi qui n'y croyait pas, une armée réinventée, et la naissance d'une nation. La guerre de Cent Ans est la plus longue et la plus grave des guerres des rois de France ; elle a failli les faire disparaître, et c'est elle qui a fait la France.

Les causes#

La Guyenne. Depuis le traité de Paris (1259), le roi d'Angleterre tient l'Aquitaine comme vassal du roi de France. Un roi vassal d'un autre roi, qui doit l'hommage et subit les appels de ses sujets au Parlement de Paris : la situation est intenable, et les confiscations se succèdent (1294, 1324).

La couronne. En 1328, Charles IV meurt sans fils. Édouard III d'Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle, a le sang le plus proche ; les barons choisissent Philippe de Valois, neveu par les hommes — la règle qu'on appellera bientôt loi salique. Édouard prête hommage (1329), puis, quand Philippe VI confisque la Guyenne (1337), il prend le titre de roi de France (1340).

La Flandre. Les villes drapières vivent de la laine anglaise ; leur comte est vassal du roi de France. Quand Édouard interdit les exportations, les Flamands se soulèvent et le reconnaissent pour roi. La guerre commence sur la mer du Nord.

Le déroulement, en quatre temps#

Les désastres (1337-1360)#

L'Écluse (1340) : la flotte française détruite, la Manche anglaise. Crécy (26 août 1346) : Philippe VI lance sa chevalerie contre des archers gallois postés sur une colline ; l'arc long tue les chevaux, la fleur de la noblesse et le roi aveugle de Bohême. Calais tombe après onze mois de siège (1347). La Peste noire (1348) emporte un tiers des hommes. Poitiers (19 septembre 1356) : Jean II le Bon, à pied au milieu de ses chevaliers, est capturé par le Prince Noir. Sans roi, le royaume se déchire — Étienne Marcel, la Jacquerie, Charles le Mauvais — et le traité de Brétigny (1360) cède à l'Angleterre un tiers de la France, en pleine souveraineté, plus trois millions d'écus de rançon.

Le redressement (1364-1380)#

Charles V refuse la bataille : places fermées, ravitaillement caché, l'ennemi épuisé par ses propres chevauchées, les villes reprises une à une par Du Guesclin, connétable en 1370. En 1375, l'Angleterre ne tient plus que Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux et Bayonne. La guerre s'endort dans les trêves : Charles VI épouse Isabeau, Richard II épouse Isabelle de France (1396), la paix semble faite.

L'abîme (1407-1429)#

La folie de Charles VI (1392) livre la France à ses oncles et cousins. L'assassinat de Louis d'Orléans par Jean sans Peur (1407) ouvre la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Henri V d'Angleterre en profite : Azincourt (25 octobre 1415), six mille chevaliers français morts dans la boue ; la Normandie conquise (1417-1419). L'assassinat de Jean sans Peur à Montereau par les gens du dauphin (1419) jette la Bourgogne dans le camp anglais, et le traité de Troyes (21 mai 1420) déshérite le dauphin : Henri V épouse Catherine de France et sera roi à la mort de Charles VI. Les deux rois meurent en 1422 ; l'enfant Henri VI est proclamé roi de France et d'Angleterre ; Charles VII se replie à Bourges.

La reconquête (1429-1453)#

Orléans assiégée, le « roi de Bourges » songe à fuir en Dauphiné. Jeanne d'Arc, reçue à Chinon (février 1429), fait lever le siège (8 mai), gagne Patay (18 juin) et conduit Charles VII à Reims, où il est sacré le 17 juillet : le roi de France est celui que Dieu a oint, pas celui qu'un traité a désigné. Jeanne est prise à Compiègne (1430) et brûlée à Rouen (30 mai 1431) ; le roi ne bouge pas. Mais la machine est lancée : le traité d'Arras (1435) ramène la Bourgogne dans le camp français ; Paris est repris (1436) ; l'armée permanente (1445) et l'artillerie des frères Bureau donnent au roi les moyens de finir. La Normandie tombe après Formigny (1450), la Guyenne après Castillon (17 juillet 1453), où Talbot meurt sous les canons. Aucun traité : la guerre cesse parce qu'il n'y a plus rien à conquérir.

Pourquoi la France a gagné#

Parce qu'elle était plus grande, plus riche et plus peuplée, et que l'Angleterre ne pouvait tenir un pays de quinze millions d'habitants avec des garnisons. Parce que la monarchie a tenu, même réduite à Bourges : le sacre, la loi salique, l'indisponibilité de la couronne ont donné au dauphin une légitimité que le traité de Troyes n'a pas effacée. Parce que Charles V a inventé la guerre d'usure et Charles VII l'armée permanente. Parce que la Bourgogne a changé de camp. Et parce que Jeanne d'Arc a fait croire à un roi qu'il l'était.

Les conséquences#

Une nation : les chroniqueurs de 1450 parlent des « Français » contre les « Anglais », ce qu'on ne disait pas en 1340. Un État : la taille permanente (1439), les compagnies d'ordonnance (1445), le roi seul maître de l'armée et de l'impôt — le Parlement et les États ne les lui reprendront jamais. Une frontière : l'Angleterre hors du continent pour toujours, sauf Calais jusqu'en 1558. Et une mémoire : Jeanne d'Arc, Du Guesclin, Azincourt, qui nourrissent encore ce que la France pense d'elle-même. Le prix a été terrible — un pays ruiné, dépeuplé, ravagé par les compagnies —, mais Bainville a raison : sans la guerre de Cent Ans, la France aurait été une province de l'empire Plantagenêt.

À retenir

  • 1328 : Philippe VI préféré à Édouard III. 1337 : confiscation de la Guyenne, début de la guerre.
  • 1346 Crécy, 1356 Poitiers, 1360 Brétigny — les désastres.
  • 1364-1380 : Charles V reconquiert.
  • 1415 Azincourt, 1420 Troyes — l'abîme.
  • 1429 : Orléans, Patay, Reims. 1435 : Arras. 1453 : Castillon.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Froissart, Chroniques ; Journal d'un bourgeois de Paris — Gallica
  • Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980 ; Georges Minois, La Guerre de Cent Ans, Perrin, 2008.
  • Régine Pernoud, Jeanne d'Arc, Seuil, 1981.

Questions fréquentes#

Pourquoi la guerre de Cent Ans a-t-elle éclaté ?

Pour deux raisons mêlées : la Guyenne, fief du roi d'Angleterre en France, source de conflits depuis 1259 ; et la couronne, qu'Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, revendique en 1337 après avoir été écarté en 1328 au profit de Philippe VI de Valois. La Flandre, dont la laine dépend de l'Angleterre, sert de détonateur.

Pourquoi la guerre de Cent Ans n'a-t-elle pas duré cent ans ?

Elle a duré cent seize ans (1337-1453), coupés de longues trêves — vingt-six ans entre Brétigny (1360) et la reprise, plus de vingt ans après 1389. Le nom, forgé au XIXe siècle, désigne une suite de guerres plutôt qu'une seule.

Qui a gagné la guerre de Cent Ans ?

La France : en 1453, l'Angleterre ne tient plus que Calais, qu'elle perdra en 1558. Aucun traité ne conclut la guerre ; elle s'arrête faute de combattants, et l'Angleterre plonge dans la guerre des Deux-Roses.

Quel rôle a joué Jeanne d'Arc ?

Décisif et bref : en 1429, elle fait lever le siège d'Orléans, gagne Patay, conduit Charles VII à Reims pour le sacre. Capturée en 1430, brûlée en 1431, elle a rendu au roi la légitimité que le traité de Troyes lui avait ôtée ; la reconquête prend encore vingt-deux ans.

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