Les guerres d'Italie (1494-1559) expliquées : de Charles VIII au Cateau-Cambrésis
Les guerres d'Italie (1494-1559) : Naples, Milan, Marignan, Pavie, François Ier contre Charles Quint, le Cateau-Cambrésis. Pertes et gains.
Mis à jour le 12 octobre 2026

Fiche
Dates 1494-1559 · Camps rois de France (Charles VIII, Louis XII, François Ier, Henri II) contre Aragon puis Espagne, l'Empire, les Suisses, le pape, Venise, selon les alliances · Enjeux Naples, Milan, puis la lutte contre Charles Quint · Batailles Fornoue 1495, Agnadel 1509, Ravenne 1512, Novare 1513, Marignan 1515, Bicoque 1522, Pavie 1525, Cérisoles 1544, Saint-Quentin 1557 · Traités Madrid 1526, Cambrai 1529, Crépy 1544, Cateau-Cambrésis 1559
Le 22 février 1495, Charles VIII entre dans Naples sous un dais, la couronne impériale sur la tête et le globe à la main : le roi de France, vingt-quatre ans, se voit déjà à Constantinople. Trois mois plus tard il rentre en France en forçant le passage à Fornoue, et n'a plus rien. Soixante-cinq ans durant, quatre rois retourneront en Italie, y gagneront des batailles et y perdront la partie, contre un adversaire qu'ils n'avaient pas prévu : la maison de Habsbourg, maîtresse de l'Espagne, de l'Empire et de l'Amérique. Les guerres d'Italie sont l'erreur brillante des Valois, et la France en a tiré la Renaissance.
Les causes#
Louis XI avait laissé à son fils un royaume uni et un Trésor plein. Charles VIII, roi à treize ans, veut de la gloire : Naples, que les Anjou avaient tenue et perdue, lui revient par l'héritage de Charles du Maine (1481). Ludovic Sforza, usurpateur de Milan, l'appelle contre Naples ; le pape, Venise, Florence hésitent. L'Italie est le pays le plus riche d'Europe et n'a pas d'armée : elle se défend avec des condottieri qui se battent peu. Le roi de France, lui, a l'artillerie la plus moderne du monde, des Suisses, et vingt-cinq mille hommes.
Le déroulement#
Le rêve de Naples (1494-1497)#
Charles VIII traverse l'Italie sans combattre — Florence, Rome, Naples en cinq mois. Mais tous ceux qu'il a effrayés se liguent derrière lui : Venise, Milan, le pape, l'Espagne, l'Empire. Fornoue (6 juillet 1495) lui ouvre le passage ; Naples est reperdue en 1496. Le roi meurt en 1498, en heurtant un linteau de porte à Amboise, en préparant une nouvelle expédition.
Milan et Naples (1499-1516)#
Louis XII, son cousin, revendique Milan par sa grand-mère Visconti et le prend en 1499 ; il partage Naples avec Ferdinand d'Aragon (1500), qui le dépouille (1503). En Italie du Nord, il gagne Agnadel (1509) contre Venise, Ravenne (1512) contre la Sainte Ligue — Gaston de Foix y meurt à vingt-deux ans —, puis perd tout après Novare (1513). François Ier reprend Milan à Marignan (1515) et en tire le concordat de Bologne et la paix perpétuelle avec les Suisses.
François Ier contre Charles Quint (1521-1547)#
En 1519, Charles de Habsbourg, roi d'Espagne, est élu empereur contre François Ier : la France est encerclée — Espagne, Pays-Bas, Franche-Comté, Empire, Italie. Quatre guerres. La Bicoque (1522), Milan perdu ; Pavie (24 février 1525), le roi capturé — d'où le mot qu'on lui prête, « tout est perdu fors l'honneur » — et le traité de Madrid (1526) qu'il signe et renie ; le sac de Rome par les impériaux (1527) ; la paix des Dames (Cambrai, 1529), qui rend les fils du roi contre la Bourgogne gardée ; la Savoie occupée (1536), Cérisoles gagnée (1544), Crépy signé. François Ier s'allie au Turc et aux protestants allemands contre l'empereur catholique : la raison d'État est née en Italie.
Henri II et la fin (1551-1559)#
Henri II reprend la lutte, occupe les Trois-Évêchés (1552), tient Metz contre Charles Quint, mais perd Saint-Quentin (1557) devant les Espagnols de Philippe II, à deux journées de Paris. Le duc de Guise sauve l'honneur en reprenant Calais (1558). Épuisés et endettés, les deux rois signent le Cateau-Cambrésis (3 avril 1559) : la France renonce à l'Italie, garde Calais et les Trois-Évêchés, marie Élisabeth de France à Philippe II. Henri II meurt au tournoi des fêtes de la paix.
Pourquoi la France a perdu#
Parce qu'elle s'est battue à cinq cents kilomètres de ses bases contre un adversaire qui, après 1519, tenait l'Italie par le sud et le nord. Parce que l'infanterie espagnole, les tercios, a battu la gendarmerie française. Parce que l'argent des Indes a payé les armées de Charles Quint. Et parce que la France avait mieux à faire : la Bourgogne, l'Artois, la Flandre, la frontière du nord-est, où Henri II et ses successeurs reporteront l'effort — avec raison.
Les conséquences#
La Renaissance française. Les rois reviennent d'Italie avec des artistes, des livres, des jardins et des idées : Léonard à Amboise, le Primatice et le Rosso à Fontainebleau, Chambord, Blois, Chenonceau ; le Collège de France (1530), l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), la Pléiade. L'italianisme envahit la cour — Catherine de Médicis en est le symbole.
Le tournant Habsbourg. La rivalité avec l'Espagne et l'Autriche domine la politique française jusqu'en 1756 ; Richelieu, Mazarin, Louis XIV la poursuivent. Et l'alliance turque, scandale de 1536, devient une constante.
L'État. Les guerres ont coûté cher : impôts nouveaux, vente d'offices, emprunts — le « Grand Parti » de Lyon (1555) fait faillite en 1557. La monarchie s'endette pour la gloire ; elle en prend l'habitude.
À retenir
- 1494 : Charles VIII entre en Italie ; 1495 : Naples, Fornoue.
- 1499-1513 : Louis XII à Milan ; Agnadel, Ravenne, Novare.
- 1515 : Marignan ; 1516 : concordat de Bologne, paix perpétuelle.
- 1519 : Charles Quint empereur ; 1525 : Pavie, François Ier prisonnier.
- 1559 : Cateau-Cambrésis, la France renonce à l'Italie et garde Calais.
Pour aller plus loin#
- Marignan (1515), la victoire racontée.
- Pavie (24 février 1525), le désastre et la capture du roi.
- Louis XI, le roi qui avait laissé le Trésor plein.
- La guerre de Cent Ans avant, les guerres de Religion après.
- Les guerres des rois de France.
Sources#
- Commynes, Mémoires, livres VII-VIII (l'expédition de Charles VIII) — Gallica
- Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini, Les Guerres d'Italie, Gallimard, 2003.
- Didier Le Fur, Charles VIII, Perrin, 2006 ; Jean Jacquart, François Ier, Fayard, 1981.
Questions fréquentes#
Pourquoi les rois de France sont-ils allés en Italie ?
Pour des droits hérités : Naples, revendiqué par Charles VIII comme héritier des Anjou ; Milan, revendiqué par Louis XII par sa grand-mère Valentine Visconti. Et parce que l'Italie, riche et divisée, semblait à prendre — le rêve de croisade en plus.
Combien de guerres d'Italie ?
On en compte onze entre 1494 et 1559, ou six si l'on regroupe : Charles VIII (1494-1497), Louis XII (1499-1504, 1508-1516), François Ier contre Charles Quint (1521-1526, 1526-1529, 1536-1538, 1542-1546), Henri II (1551-1559).
Qui a gagné les guerres d'Italie ?
L'Espagne des Habsbourg : au traité du Cateau-Cambrésis (1559), la France renonce à Milan et à Naples. Elle garde Calais, reprise en 1558, et les Trois-Évêchés (Metz, Toul, Verdun).
Que doit la France aux guerres d'Italie ?
La Renaissance : Léonard de Vinci, le Primatice, les châteaux de la Loire et Fontainebleau, l'italianisme de la cour ; le concordat de Bologne (1516) ; l'alliance suisse (1516) ; et une leçon — l'Italie est trop loin, la frontière du nord-est trop près.