Les Capétiens directs (987-1328) : la dynastie qui a fait le royaume

Les quinze Capétiens directs (987-1328) : le miracle capétien, Philippe Auguste, Saint Louis, Philippe le Bel, et la crise de 1328.

Romain Croisade 7 min

Mis à jour le 27 octobre 2026

Les rois capétiens en procession, d'Hugues Capet à Charles IV, enluminure

Fiche

Période 987-1328 · Fondateur Hugues Capet · Dernier roi Charles IV le Bel · Rois quinze, de père en fils jusqu'à Louis X · Capitale Paris · Ce qui commence la monarchie héréditaire, le domaine royal étendu à la moitié du royaume, l'administration des baillis, la justice du roi, Paris capitale · Ce qui finit la ligne directe s'éteint en 1328 ; la couronne passe aux Valois

En 987, le roi de France possède un domaine grand comme trois départements et ne peut pas aller de Paris à Orléans sans risquer d'être arrêté par un seigneur brigand. En 1328, il gouverne un royaume qui va de la Flandre aux Pyrénées, avec des baillis, un Parlement, une Chambre des comptes, des États généraux, et il a fait plier le pape. Quinze rois, trois siècles et demi, pas une seule guerre de succession : c'est ce que les historiens appellent le « miracle capétien ». Il n'y a rien de miraculeux : il y a une méthode, et la patience. La troisième dynastie de la liste des rois de France est celle qui a fait le royaume.

D'où viennent les Capétiens#

Des Robertiens, comtes de Paris et ducs des Francs, qui avaient déjà donné trois rois au Xe siècle — Eudes, Robert Ier, Raoul — sans fonder de dynastie. Hugues Capet, élu à Senlis à la mort du dernier Carolingien, n'a ni plus de terres ni plus de prestige que ses prédécesseurs robertiens. Il a une idée : faire sacrer son fils de son vivant. Ses successeurs feront de même pendant deux siècles, jusqu'à ce que l'hérédité aille de soi.

Les rois, dans l'ordre#

Les rois faibles (987-1108). Hugues Capet (987-996) assure la transmission. Robert II le Pieux (996-1031), lettré et dévot, excommunié pour son mariage avec sa cousine Berthe, rattache le duché de Bourgogne au domaine. Henri Ier (1031-1060) le rend à son frère, combat son vassal normand et épouse Anne de Kiev. Philippe Ier (1060-1108) règne quarante-huit ans, voit son vassal Guillaume conquérir l'Angleterre (1066) et la première croisade partir sans lui, excommunié pour avoir enlevé Bertrade de Montfort. Ces quatre rois ne font rien de grand ; ils durent, et ils transmettent.

Les rois bâtisseurs (1108-1226). Louis VI le Gros (1108-1137), conseillé par l'abbé Suger, passe son règne à cheval à soumettre les seigneurs pillards d'Île-de-France : quand il meurt, le roi est enfin maître chez lui. Louis VII (1137-1180) épouse Aliénor d'Aquitaine, part en croisade, la répudie (1152) — et voit son ancien fief passer à Henri Plantagenêt, roi d'Angleterre. Philippe Auguste (1180-1223) répare la faute : Normandie, Anjou, Maine, Touraine conquis (1204), Bouvines (1214), les baillis, le Louvre, l'enceinte de Paris. Louis VIII (1223-1226) règne trois ans et rattache le Languedoc par la croisade contre les Albigeois.

Les rois saints et justiciers (1226-1314). Saint Louis (1226-1270), roi à douze ans sous la régence de Blanche de Castille, donne au royaume sa réputation : justice rendue sous le chêne de Vincennes, ordonnances contre le duel et la fausse monnaie, la Sainte-Chapelle pour la couronne d'épines, deux croisades, la mort devant Tunis. Philippe III le Hardi (1270-1285) rattache le comté de Toulouse et meurt au retour d'Aragon. Philippe IV le Bel (1285-1314), le roi de fer, gouverne avec des légistes : il brise Boniface VIII (Anagni, 1303), réunit les premiers États généraux (1302), arrête les Templiers (1307), manipule la monnaie, et laisse une administration qui n'a plus besoin de lui.

Les rois maudits (1314-1328). Trois fils, quatorze ans. Louis X le Hutin (1314-1316) fait étrangler sa femme adultère et meurt d'un refroidissement après un jeu de paume ; son fils posthume Jean Ier vit cinq jours. Philippe V le Long (1316-1322) écarte sa nièce Jeanne — les femmes ne succèdent pas — et meurt sans fils. Charles IV le Bel (1322-1328) meurt de même. Pour la première fois depuis 987, le roi n'a pas d'héritier direct.

Les grands moments#

  • 987 : l'élection de Senlis et le sacre de Robert à Noël — la naissance de l'hérédité.
  • 1108-1137 : Louis VI reprend le contrôle du domaine, château par château.
  • 1204 : la Normandie française ; 1214 : Bouvines.
  • 1248 : la Sainte-Chapelle consacrée ; le roi de France, gardien des reliques de la Passion.
  • 1297 : Louis IX canonisé — le seul roi de France saint.
  • 1302-1307 : États généraux, Anagni, Templiers — l'État contre tout ce qui le limite.
  • 1316 et 1328 : les femmes écartées ; la couronne devient un bien de la lignée mâle.

Les femmes de la dynastie#

Adélaïde d'Aquitaine, la première reine capétienne ; Constance d'Arles, qui fit la guerre à ses fils ; Anne de Kiev, venue de Russie, qui signe en caractères cyrilliques ; Bertrade de Montfort, enlevée à son mari par Philippe Ier ; Aliénor d'Aquitaine, reine de France puis d'Angleterre, dont le divorce a coûté un empire ; Adèle de Champagne, mère de Philippe Auguste ; Ingeburge de Danemark, répudiée puis rétablie ; Blanche de Castille, régente deux fois, la vraie fondatrice du règne de Saint Louis ; Marguerite de Provence, qui suivit le roi en croisade et négocia sa rançon ; Jeanne de Navarre, reine de Philippe le Bel et comtesse de Champagne. Et les trois brus de Philippe le Bel, dont l'adultère (1314) a peut-être décidé de la fin de la dynastie.

Les lieux#

Paris d'abord, que les Capétiens ont faite capitale : le Palais de la Cité, la Sainte-Chapelle, le Louvre, l'enceinte, l'université. Saint-Denis, où Suger reconstruit la basilique — le premier édifice gothique — et où les rois reposent ; Reims, le sacre ; Orléans et Senlis, les villes du domaine primitif ; Vincennes, le manoir de Saint Louis ; Fontainebleau, le château de chasse ; Royaumont, l'abbaye royale ; Aigues-Mortes, le port de la croisade.

Comment la dynastie gouvernait#

Par le sacre, qui fait du roi l'oint du Seigneur au-dessus de tous les vassaux ; par le droit féodal, tourné contre les grands feudataires (la commise contre Jean sans Terre) ; par les hommes du roi — baillis, sénéchaux, enquêteurs, légistes — payés et révocables ; par l'argent, que Philippe Auguste et Philippe le Bel savent trouver ; par la justice, qui attire au Parlement de Paris les appels de tout le royaume ; par l'Église, que le roi protège et tient. Et par la vertu, que Saint Louis a rendue politique : le roi de France est celui à qui l'on demande d'arbitrer les rois.

Comment la dynastie s'achève#

Sans violence, dans une assemblée. À la mort de Charles IV, sa veuve est enceinte ; les grands attendent ; c'est une fille. Deux candidats : Édouard III d'Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, et Philippe de Valois, neveu de Philippe le Bel par son père. Les barons choisissent le Valois — un Français, un homme fait, un cousin qu'ils connaissent. Édouard prête hommage, puis se ravise : en 1337, il revendique la couronne. La guerre de Cent Ans est la conséquence de 1328, et la loi salique en sera la justification après coup.

Ce qu'il en reste#

La France, tout simplement : ses frontières du nord et de l'ouest, sa capitale, son administration, son Parlement, ses États. Une famille qui règne encore par ses branches en 1848, et dont les descendants vivent. Une méthode, que Bainville résume : les Capétiens ont été de bons propriétaires — ils ont agrandi, transmis, et n'ont jamais joué le royaume sur un coup de dés. Et un saint, Louis IX, dont tous les rois suivants se réclameront, jusqu'à Louis XVI qui écrit dans son testament vouloir mourir dans la religion de ses pères.

À retenir

  • 987-1108 : quatre rois faibles qui transmettent — Hugues, Robert, Henri, Philippe.
  • 1108-1226 : Louis VI, Louis VII, Philippe Auguste, Louis VIII — le domaine devient royaume.
  • 1226-1314 : Saint Louis, Philippe III, Philippe le Bel — la justice, la sainteté, l'État.
  • 1314-1328 : Louis X, Jean Ier, Philippe V, Charles IV — les rois maudits, la fin de la ligne directe.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Suger, Vie de Louis VI le Gros ; Joinville, Vie de Saint Louis — Gallica
  • Jean Favier, Les Capétiens, Fayard, 2008 ; Andrew W. Lewis, Le Sang royal, Gallimard, 1986.
  • Jacques Le Goff, Saint Louis, Gallimard, 1996.

Questions fréquentes#

Qu'est-ce que le « miracle capétien » ?

Pendant plus de trois siècles, de 987 à 1316, chaque roi capétien a laissé un fils pour lui succéder — onze générations de père en fils. Cette continuité, renforcée par le sacre anticipé de l'héritier, a transformé une royauté élective en monarchie héréditaire sans qu'aucune guerre de succession n'éclate.

Combien y a-t-il eu de Capétiens directs ?

Quinze rois, d'Hugues Capet (987) à Charles IV (1328) : Hugues, Robert II, Henri Ier, Philippe Ier, Louis VI, Louis VII, Philippe II Auguste, Louis VIII, Louis IX, Philippe III, Philippe IV le Bel, Louis X, Jean Ier, Philippe V, Charles IV.

Pourquoi la dynastie s'arrête-t-elle en 1328 ?

Les trois fils de Philippe le Bel meurent en quatorze ans sans laisser de fils. En 1316 puis en 1328, les grands écartent les filles et les descendants par les femmes — dont Édouard III d'Angleterre — au profit du cousin Philippe de Valois. La guerre de Cent Ans en sortira.

Les Valois et les Bourbons sont-ils des Capétiens ?

Oui : tous descendent d'Hugues Capet en ligne masculine. On dit « Capétiens directs » pour la première branche, « Valois » et « Bourbons » pour les suivantes ; la maison capétienne règne ainsi de 987 à 1848.

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