Bataille de Crécy (1346) : l'arc long contre la chevalerie

Bataille de Crécy, 26 août 1346 : Édouard III écrase la chevalerie de Philippe VI. Contexte, déroulement, archers gallois, morts, conséquences (Calais).

Romain Croisade 7 min

Mis à jour le 6 octobre 2026

Charge des chevaliers français sous les flèches des archers anglais à Crécy, enluminure

Fiche

Date samedi 26 août 1346, en fin d'après-midi · Lieu Crécy-en-Ponthieu (Somme), entre Crécy et Wadicourt · Camps Édouard III d'Angleterre et son fils le prince de Galles, contre Philippe VI de Valois, roi de France, avec Jean de Luxembourg roi de Bohême, les comtes d'Alençon, de Flandre, de Blois, le duc de Lorraine et les arbalétriers génois · Effectifs 10 000 à 14 000 Anglais ; 20 000 à 30 000 Français (les chiffres des chroniqueurs sont bien plus élevés) · Guerre guerre de Cent Ans · Issue défaite française ; plus de mille chevaliers tués, dont le roi de Bohême et le frère du roi · Source Froissart, Jean le Bel, Villani

Crécy est la première grande défaite de la guerre de Cent Ans, et celle qui fixe la leçon que Poitiers (1356) et Azincourt (1415) répéteront : une chevalerie brave, nombreuse et indisciplinée ne peut rien contre une infanterie retranchée qui tire. Le 26 août 1346, Philippe VI y perd la fleur de sa noblesse, son allié le roi de Bohême, son prestige, puis Calais. La monarchie des Valois, née dix-huit ans plus tôt d'un choix des barons contre l'Anglais, apprend ce jour-là que la guerre ne se gagne plus comme à Bouvines.

Le contexte : la chevauchée de Normandie#

Depuis 1340, Édouard III se dit roi de France ; depuis L'Écluse, il tient la mer. Le 12 juillet 1346, il débarque à Saint-Vaast-la-Hougue avec dix à quinze mille hommes, chevaliers, hommes d'armes et surtout archers d'Angleterre et du pays de Galles. Il ne vient pas conquérir mais ravager : Caen est prise et pillée le 26 juillet, la Normandie brûle jusqu'aux portes de Paris, où l'on voit la fumée depuis Saint-Germain. Philippe VI, qui a rassemblé l'ost du royaume et ses alliés — le roi de Bohême, le comte de Flandre, le duc de Lorraine, six mille arbalétriers génois soldés —, veut la bataille ; Édouard, qui a fait son œuvre, veut rejoindre ses alliés flamands. Il force la Seine à Poissy, puis la Somme au gué de Blanchetaque le 24 août, à marée basse, sous le nez des Français. Le 25, il choisit son terrain près de Crécy, sur les terres du Ponthieu qui étaient l'héritage de sa mère, et il attend.

Le déroulement#

La position. Les Anglais occupent une pente douce, face au sud-est, entre le village de Crécy et celui de Wadicourt, le flanc droit couvert par la rivière de la Maye, l'arrière fermé par les chariots. Trois corps à pied : à droite le prince de Galles, seize ans, à gauche les comtes de Northampton et d'Arundel, en réserve le roi près d'un moulin. Les archers, disposés en pointe sur les flancs de chaque corps, ont creusé des trous devant eux pour casser les jambes des chevaux. Quelques bombardes, selon Villani, sont en batterie : c'est peut-être la première fois que la poudre parle sur un champ de bataille d'Occident.

L'arrivée française. L'armée de Philippe VI a quitté Abbeville le matin et s'étire sur des lieues. Vers cinq ou six heures du soir, ses éclaireurs lui conseillent d'attendre le lendemain ; le roi l'ordonne, mais les corps de tête ne s'arrêtent pas, ceux de queue poussent, et personne n'obéit. Un orage éclate ; le soleil qui revient est dans les yeux des Français.

Les Génois. Les arbalétriers d'Ottone Doria et de Carlo Grimaldi sont envoyés en avant, épuisés, sans leurs pavois restés dans les chariots, avec des cordes détendues par la pluie. Leur volée tombe court ; celle des archers anglais, à douze flèches par minute, les fauche. Ils reculent. Le comte d'Alençon, frère du roi, crie à la trahison et fait charger à travers eux ; Froissart prête à Philippe VI l'ordre de tuer « cette ribaudaille ».

Les charges. Les chevaliers français chargent alors en désordre, par vagues successives — Froissart en compte quinze —, montant la pente sous les flèches qui percent les chevaux, tombant dans les trous, s'entassant devant les hommes d'armes du prince de Galles. Celui-ci plie un moment ; Édouard refuse de lui envoyer du secours et laisse, dit la chronique, l'enfant gagner ses éperons. Le vieux Jean de Luxembourg, roi de Bohême, aveugle, se fait attacher par les rênes à deux de ses chevaliers pour donner un coup d'épée et meurt avec eux. Les charges durent jusqu'à la nuit.

La fin. Philippe VI, blessé au visage par une flèche, deux chevaux tués sous lui, est emmené de force par Jean de Hainaut. Il frappe dans la nuit à la porte du château de La Broye : « Ouvrez, c'est l'infortuné roi de France », rapporte Froissart. Le lendemain matin, dans le brouillard, les Anglais achèvent les milices communales arrivées trop tard.

Pourquoi la France a perdu#

Le terrain et l'heure d'abord : attaquer au soir, après une marche, une armée reposée qui a choisi et préparé sa position. L'arme ensuite : l'arc long gallois, deux mètres de bois d'if, porte à deux cents mètres et tire dix fois plus vite qu'une arbalète ; cinq ou six mille archers déversent plusieurs dizaines de milliers de flèches en quelques minutes, et ce sont les chevaux qui meurent — un chevalier désarçonné dans une pente encombrée est un homme perdu. Mais la cause profonde est dans le commandement. Édouard III mène depuis vingt ans une armée soldée, mêlant hommes d'armes à pied et archers, exercée à tenir. Philippe VI commande une addition de contingents féodaux dont chaque chef veut l'honneur du premier choc et où l'ordre du roi ne porte pas au-delà de sa bannière. La chevalerie française n'a pas manqué de courage ; elle a manqué d'obéissance, et le roi des moyens de l'imposer. La monarchie en tirera la leçon, mais lentement : il faudra Charles V pour refuser la bataille, et Charles VII pour créer une armée permanente.

Les conséquences#

Dans l'immédiat, un désastre : plus de mille chevaliers et écuyers tués — le roi de Bohême, Charles d'Alençon, Louis de Nevers comte de Flandre, Louis de Blois, Raoul de Lorraine, le comte de Sancerre —, des milliers de fantassins, contre quelques centaines d'Anglais au plus. Édouard III marche sur Calais, dont le siège commence le 4 septembre 1346 et dure onze mois : la ville tombe le 4 août 1347 et restera anglaise deux cent onze ans. En octobre, le roi d'Écosse David II, allié de la France, est battu et pris à Neville's Cross. Philippe VI, qui doit demander de l'argent aux États pour continuer, voit son autorité contestée ; les chansons l'appellent le « roi trouvé ». Puis vient la Peste noire (1348), qui suspend tout. Dix ans après Crécy, Poitiers répétera la faute avec le fils de Philippe, Jean le Bon, prisonnier des Anglais. Les Valois mettront un siècle à effacer ce 26 août.

Vrai ou faux#

L'arc long a gagné tout seul : faux. Il a tué les chevaux ; mais ce sont la position, les trous, les hommes d'armes à pied et la discipline anglaise qui ont transformé un tir en massacre. À Cocherel (1364) ou à Patay (1429), les Français battront les archers en attaquant autrement.

Le prince de Galles a pris au roi de Bohême ses trois plumes d'autruche et sa devise Ich dien : légende. L'emblème du prince de Galles n'est attesté qu'au XVIe siècle dans cette version. Ce qui est sûr, c'est qu'Édouard III fit rendre au roi mort les honneurs, et que Crécy lança la réputation du Prince Noir.

À retenir

  • 12 juillet 1346 : débarquement d'Édouard III à Saint-Vaast-la-Hougue ; 26 juillet : sac de Caen.
  • 24 août : passage de la Somme à Blanchetaque.
  • 26 août 1346 : Crécy ; mort du roi de Bohême et du comte d'Alençon ; Philippe VI blessé.
  • 4 septembre 1346 - 4 août 1347 : siège et prise de Calais.
  • 1348 : Peste noire ; 1356 : Poitiers, même cause, même effet.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Jean Froissart, Chroniques, livre I ; Jean le Bel, Chronique — Gallica
  • Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980 ; Philippe Contamine, La Guerre au Moyen Âge, PUF, 1980.
  • Philippe Contamine, « Crécy (1346) et Azincourt (1415) : une comparaison » — Persée

Questions fréquentes#

Qui a gagné la bataille de Crécy ?

Édouard III d'Angleterre, avec une armée de dix à quatorze mille hommes retranchée sur une colline, contre l'armée bien plus nombreuse de Philippe VI de Valois. Les charges répétées de la chevalerie française se sont brisées sur les archers gallois et anglais.

Pourquoi les Français ont-ils perdu à Crécy ?

Parce qu'ils ont attaqué le soir même, fatigués, en désordre, contre une position choisie et fortifiée, et que l'arc long — dix à douze flèches à la minute par archer — tuait les chevaux avant le contact. L'indiscipline de la noblesse, qui a piétiné ses propres arbalétriers génois, a fait le reste.

Où se trouve Crécy ?

À Crécy-en-Ponthieu, dans la Somme, à une vingtaine de kilomètres au nord d'Abbeville. Les Anglais tenaient la pente entre Crécy et Wadicourt ; un moulin, aujourd'hui disparu, servait de poste d'observation à Édouard III.

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