Les Mérovingiens (481-751) : la première dynastie des rois des Francs
Les Mérovingiens, de Clovis à Childéric III (481-751) : le baptême de Reims, les partages, Brunehaut et Frédégonde, Dagobert, les rois fainéants.
Mis à jour le 22 octobre 2026

Fiche
Période 481-751 · Fondateur Clovis Ier (le nom vient de son grand-père Mérovée) · Dernier roi Childéric III, déposé en 751 · Rois une trentaine, souvent plusieurs à la fois · Capitale Paris (Clovis), puis Soissons, Reims, Metz, Orléans selon les partages · Ce qui commence un royaume franc catholique, allié de l'Église, sur le territoire de la Gaule · Ce qui finit le pouvoir réel passe aux maires du palais, ancêtres des Carolingiens
Quand Clovis meurt, en 511, il a fait en trente ans ce que personne n'avait fait depuis Rome : réunir la Gaule sous un seul chef, et ce chef est catholique. Ses descendants régneront deux siècles et demi, se partageront le royaume à chaque génération, s'entretueront avec une régularité qui a fait la réputation de la dynastie — et pourtant l'essentiel tiendra : l'alliance du roi et de l'Église, le nom de Francs donné au pays, le tombeau des rois à Saint-Denis. Les Mérovingiens sont la première dynastie de la liste des rois de France ; c'est par eux que la France a un commencement.
D'où viennent les Mérovingiens#
Les Francs saliens sont un peuple germanique installé, comme alliés de Rome, en Belgique actuelle. Leur roi Childéric Ier (mort en 481) sert l'Empire contre les Wisigoths et les Saxons ; sa tombe, retrouvée à Tournai en 1653, contenait son anneau sigillaire, des abeilles d'or et un trésor romain. Son père, ou grand-père, s'appelait Mérovée — un nom entouré de légendes, celle d'un monstre marin l'ayant engendré, qui donnera le sien à la dynastie. Le fils de Childéric, Clovis, a quinze ans à sa mort : il est roi d'un peuple de quelques milliers de guerriers, autour de Tournai.
Les rois, dans l'ordre#
Clovis Ier (481-511). Il bat Syagrius, dernier général romain de Gaule, à Soissons (486) ; les Alamans à Tolbiac (496) ; les Wisigoths à Vouillé (507), ce qui lui livre l'Aquitaine. Entre-temps, sous l'influence de sa femme Clotilde, princesse burgonde catholique, et de l'évêque Remi, il se fait baptiser à Reims — vers 496 selon la tradition, entre 498 et 508 selon les historiens. Le geste est décisif : les rois barbares voisins sont ariens, hérétiques ; Clovis, seul catholique, obtient le soutien des évêques et des populations gallo-romaines. Il fixe sa résidence à Paris, fait rédiger la loi salique, convoque le concile d'Orléans (511) et meurt à quarante-cinq ans.
Les fils de Clovis (511-561). La coutume franque partage l'héritage : Thierry à Reims, Clodomir à Orléans, Childebert à Paris, Clotaire à Soissons. Ils conquièrent ensemble la Bourgogne (534) et la Provence (536), et s'entretuent en famille — Clotaire et Childebert égorgent eux-mêmes les fils de Clodomir. Clotaire Ier, survivant, réunit tout de 558 à 561.
Les petits-fils (561-613). Nouveau partage en quatre ; deux royaumes se dessinent, la Neustrie (Paris, Soissons) et l'Austrasie (Reims, Metz), avec la Bourgogne entre elles. Deux reines dominent la période, Brunehaut et Frédégonde : Brunehaut, princesse wisigothe, épouse de Sigebert Ier d'Austrasie, et Frédégonde, ancienne servante, épouse de Chilpéric Ier de Neustrie. Le meurtre de Galswinthe, sœur de Brunehaut, par Chilpéric (568) ouvre quarante ans de guerre entre les deux femmes et leurs descendants.
Clotaire II (584-629) et Dagobert Ier (629-639). Le fils de Frédégonde l'emporte : en 613, Brunehaut, soixante-dix ans, est livrée par les grands d'Austrasie et suppliciée. Clotaire II réunit le royaume mais doit, par l'édit de Paris (614), garantir aux grands leurs charges — c'est l'acte de naissance de l'aristocratie franque. Son fils Dagobert Ier est le dernier Mérovingien qui gouverne : il tient ses assemblées, rend la justice, fonde et enrichit l'abbaye de Saint-Denis où il se fait enterrer, entouré de conseillers d'Église comme Éloi et Ouen. Le « bon roi Dagobert » de la chanson (XVIIIe siècle) n'a rien à voir avec lui.
Les rois fainéants (639-751). Après Dagobert, les rois meurent jeunes et laissent des enfants ; les maires du palais, chefs de la maison royale, gouvernent à leur place. Le maire d'Austrasie Pépin de Herstal bat celui de Neustrie à Tertry (687) et devient le maître de tout le royaume. Son fils Charles Martel arrête les Arabes à Poitiers (732), gouverne sans roi de 737 à 743, et partage le pouvoir entre ses fils comme un roi. Childéric III, dernier Mérovingien, est un roi de parade : en 751, Pépin le Bref le fait tondre et enfermer, et se fait élire à sa place, avec l'accord du pape.
Les grands moments#
- Le baptême de Reims : le premier roi barbare catholique, d'où la sainte ampoule, le sacre à Reims et le titre de fils aîné de l'Église.
- La loi salique (vers 507-511) : le code des Francs saliens, rédigé en latin, dont un article sur les terres servira, huit siècles plus tard, à écarter les femmes du trône.
- Le supplice de Brunehaut (613) : la fin de la guerre des reines et le triomphe de la Neustrie.
- Tertry (687) et Poitiers (732) : le pouvoir passe aux Pippinides.
- 751 : le coup d'État légitimé par le pape, qui fonde en même temps la dynastie suivante et l'alliance de la France avec Rome.
Les femmes de la dynastie#
Aucune dynastie française n'a autant dépendu de ses reines. Clotilde convertit Clovis et finit sainte à Tours ; Radegonde, princesse thuringienne enlevée par Clotaire Ier, quitte le roi pour fonder à Poitiers le monastère de Sainte-Croix ; Brunehaut gouverne l'Austrasie pendant trois règnes ; Frédégonde fait assassiner Sigebert et sans doute son propre beau-fils ; Bathilde, esclave anglo-saxonne devenue reine, exerce la régence après 657 et interdit le commerce des esclaves chrétiens. Les reines mérovingiennes sont saintes ou terribles, parfois les deux.
Les lieux#
Tournai, le berceau ; Soissons, où Clovis fait fracasser le crâne du guerrier qui avait brisé le vase ; Reims, le baptême ; Paris, que Clovis choisit vers 508 et où Childebert fonde Saint-Vincent, future Saint-Germain-des-Prés ; Saint-Denis, où Dagobert installe la nécropole des rois — Clovis, lui, repose à Sainte-Geneviève, sur la montagne qui porte ce nom. Metz et Reims pour l'Austrasie, Orléans, Chalon pour la Bourgogne : le royaume a autant de capitales que de rois.
Ce qu'on croit savoir et ce qu'on sait#
Presque tout vient d'un seul homme, Grégoire de Tours, évêque et historien, mort en 594, dont les Dix livres d'histoire racontent la dynastie jusqu'à son temps avec un mélange de piété et de férocité. Pour la suite, la chronique dite de Frédégaire et les vies de saints. Les Carolingiens, qui ont pris la place des Mérovingiens, ont écrit leur histoire : les « rois fainéants » et le « bon roi Dagobert » sont des étiquettes qu'il faut lire avec prudence. L'archéologie — Tournai, Saint-Denis, la reine Arégonde retrouvée avec ses bijoux en 1959 — corrige peu à peu le tableau.
Comment la dynastie s'achève#
Elle ne s'achève pas dans une bataille mais dans un monastère. Le pouvoir avait glissé, en trois générations, du roi au maire du palais ; il ne manquait à Pépin que le titre. Il le demande au pape, qui le lui donne ; il le fait consacrer par l'huile sainte, ce qu'aucun Mérovingien n'avait reçu. Les Carolingiens régneront à leur tour deux siècles et demi, avant d'être remplacés de la même manière par les Robertiens d'Hugues Capet.
Ce qu'il en reste#
Le nom de la France, d'abord — le pays des Francs. La religion du royaume, ensuite : en choisissant le catholicisme de Rome contre l'arianisme des autres rois barbares, Clovis a décidé pour treize siècles. Saint-Denis, la loi salique, le lien entre le roi et les évêques, la langue même — le francique a donné au français ses mots de guerre et de pouvoir. Bainville ouvre son Histoire de France sur Clovis, et ce n'est pas un hasard : pendant des siècles, la monarchie franque a été le seul cadre où la Gaule ait pu se reconnaître.
À retenir
- 481-511 : Clovis, baptême à Reims, Paris capitale, loi salique.
- 511, 561 : partages entre les fils ; Neustrie contre Austrasie.
- 613 : Clotaire II réunit le royaume ; supplice de Brunehaut.
- 629-639 : Dagobert, dernier Mérovingien gouvernant ; Saint-Denis.
- 687-751 : les maires du palais, de Pépin de Herstal à Pépin le Bref.
Pour aller plus loin#
- Clovis : biographie du premier roi des Francs (481-511) — le fondateur, de Soissons au partage de 511.
- Les Carolingiens, la dynastie qui remplace les Mérovingiens.
- Le baptême de Clovis à Reims : date, sens, conséquences — l'événement fondateur de la dynastie.
- Brunehaut et Frédégonde : quarante ans de haine (568-613) — la guerre des reines entre Neustrie et Austrasie.
- Dagobert Ier : le vrai roi derrière la chanson (629-639) — le dernier Mérovingien qui gouverne, fondateur de la nécropole de Saint-Denis.
- Les rois fainéants : mythe carolingien ou réalité ? — ce que la légende d'Éginhard cache de la fin de la dynastie.
- Charles Martel : biographie du vainqueur de Poitiers (688-741) — le maire du palais qui gouverne derrière les derniers rois.
- Le sacre : ce que le baptême de Clovis a fondé.
- Hugues Capet : l'autre changement de dynastie, en 987.
- Tous les rois de France et la chronologie.
Sources#
- Grégoire de Tours, Histoire des Francs — Gallica
- Stéphane Lebecq, Les Origines franques, Ve-IXe siècle, Seuil, 1990.
- Michel Rouche, Clovis, Fayard, 1996 ; Bruno Dumézil, La Reine Brunehaut, Fayard, 2008.
Questions fréquentes#
Qui sont les Mérovingiens ?
La première dynastie des rois des Francs, du nom de Mérovée, grand-père légendaire de Clovis. Elle règne de Clovis (481) à Childéric III (751), d'abord sur le nord de la Gaule puis sur presque toute la Gaule, la Belgique et une partie de l'Allemagne actuelles.
Pourquoi les Mérovingiens avaient-ils les cheveux longs ?
La longue chevelure était le signe du sang royal : seuls les membres de la famille la portaient. Tondre un prince, c'était le rendre inapte à régner. C'est ainsi que Pépin le Bref écarte Childéric III en 751, en le faisant tondre et enfermer dans un monastère.
Qu'est-ce qu'un « roi fainéant » ?
Le surnom, forgé par les historiens carolingiens pour justifier le coup d'État de 751, désigne les derniers Mérovingiens (vers 639-751), souvent enfants ou jeunes, qui laissaient gouverner les maires du palais. Ils n'étaient pas paresseux : ils étaient dépossédés.
Comment finit la dynastie mérovingienne ?
En 751, Pépin le Bref, maire du palais, obtient du pape Zacharie l'avis qu'il vaut mieux appeler roi celui qui a le pouvoir. Childéric III est déposé, tondu et enfermé à Saint-Bertin. Pépin est élu et sacré : les Carolingiens commencent.