Charles V le Sage : biographie du roi qui a reconquis la France (1364-1380)
Biographie de Charles V le Sage (1364-1380) : Étienne Marcel, la reconquête avec Du Guesclin, le Louvre et sa librairie, Vincennes, la Bastille.
Mis à jour le 17 octobre 2026

Fiche
Né le 21 janvier 1338, à Vincennes · Mort le 16 septembre 1380, à Beauté-sur-Marne · Règne 1364-1380 (16 ans), après quatre ans de régence (1356-1360) · Sacre 19 mai 1364, à Reims · Dynastie Valois · Père Jean II le Bon · Mère Bonne de Luxembourg · Épouse Jeanne de Bourbon (1350) · Prédécesseur Jean II · Successeur Charles VI · Enterré à Saint-Denis
Le 22 février 1358, dans la chambre du dauphin au Palais de la Cité, le prévôt des marchands Étienne Marcel fait égorger sous ses yeux les maréchaux de Champagne et de Normandie. Le sang éclabousse la robe du jeune homme de vingt ans ; Marcel lui pose sur la tête le chaperon rouge et bleu des Parisiens et lui explique qu'il vient de le sauver. Le roi Jean est prisonnier à Londres, l'Angleterre tient la moitié du royaume, la Jacquerie va embraser le Beauvaisis. Vingt-deux ans plus tard, ce dauphin humilié mourra en laissant une France presque entièrement reconquise, la plus belle bibliothèque d'Europe et un Trésor plein. On l'appelle le Sage. Il est le troisième roi Valois.
Avant le trône : le dauphin de la défaite#
Charles est le premier fils de roi à porter le titre de dauphin, depuis l'achat du Dauphiné en 1349. À dix-huit ans, il commande une « bataille » à Poitiers (19 septembre 1356) et quitte le champ avant la fin, sur ordre de son père dit-on ; Jean le Bon est capturé. Le dauphin devient lieutenant du royaume, puis régent (1358), sans argent, sans armée, sans autorité.
Tout se ligue contre lui. Les États généraux, menés par Étienne Marcel et l'évêque de Laon Robert Le Coq, exigent la Grande Ordonnance de 1357 qui met le gouvernement sous tutelle. Charles le Mauvais, roi de Navarre, cousin et beau-frère, intrigue pour la couronne. Marcel livre Paris à la violence. Charles s'enfuit de la capitale en mars 1358, réunit les États de Champagne, laisse la Jacquerie se briser sur la noblesse, et attend. Le 31 juillet, Étienne Marcel est tué par des bourgeois lassés ; le 2 août, le dauphin rentre à Paris. Il a appris ce qu'il n'oubliera plus : ne jamais se battre quand on peut laisser l'adversaire se défaire lui-même.
Le traité de Brétigny (mai 1360) coûte au royaume un tiers de son territoire — toute l'Aquitaine en pleine souveraineté — et trois millions d'écus pour la rançon du roi. Charles signe, parce qu'il faut signer. Jean le Bon, rentré puis reparti en Angleterre pour tenir sa parole, y meurt le 8 avril 1364.
Le règne#
Cocherel et le sacre (1364)#
Trois jours avant le sacre, le 16 mai 1364, un capitaine breton que Charles a choisi, Bertrand Du Guesclin, écrase à Cocherel l'armée de Charles le Mauvais. Le roi est sacré à Reims le 19 mai avec une victoire pour dot. Le Navarrais est neutralisé ; la voie vers la reconquête est ouverte. Charles ne montera plus jamais à cheval pour combattre : il gouvernera la guerre de son cabinet.
Débarrasser le royaume des compagnies (1365-1367)#
La paix a laissé sans emploi des milliers de routiers, les grandes compagnies, qui pillent la France. Charles les confie à Du Guesclin, qui les emmène en Castille soutenir Henri de Trastamare contre Pierre le Cruel, allié des Anglais. L'expédition échoue à Nájera (1367) ; Du Guesclin est capturé, le roi paie sa rançon. Mais les compagnies ont quitté la France, et la Castille, gagnée en 1369, fournira sa flotte au roi de France.
La reconquête (1369-1375)#
Le Prince Noir, qui gouverne l'Aquitaine anglaise, lève un fouage sur ses sujets gascons ; les seigneurs en appellent au roi de France. Charles, comme Philippe Auguste en 1202, convoque le vassal, qui ne vient pas, et prononce la confiscation (1369). La guerre reprend, mais ce n'est plus la guerre de Crécy et de Poitiers. Ordre à toutes les places de se fermer, aux armées de refuser la bataille, aux capitaines de reprendre les villes une à une. Du Guesclin, connétable en 1370, exécute : Pontvallain (décembre 1370) anéantit une armée anglaise ; le Poitou, la Saintonge, l'Angoumois, le Limousin, le Rouergue rentrent dans l'obéissance. Les chevauchées anglaises de 1370 et 1373 traversent le royaume sans rien prendre. En 1375, à Bruges, la trêve constate que l'Angleterre ne tient plus que Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux et Bayonne.
Les fautes de la fin (1378-1380)#
Le roi sage n'est pas infaillible. Il fait arrêter le duc de Bretagne, allié des Anglais, et confisque le duché (décembre 1378) : la Bretagne entière, Du Guesclin compris, se révolte contre cette atteinte à ses libertés, et le roi doit reculer. Au Grand Schisme (1378), il choisit le pape d'Avignon, Clément VII, contre Urbain VI : quarante ans de division de la chrétienté en découlent, et la France en portera la responsabilité. Enfin les impôts, levés sans relâche pour la guerre, provoquent des émeutes ; sur son lit de mort, Charles abolit le fouage — geste de conscience qui prive son successeur de ressources.
Gouverner : le roi au travail#
Christine de Pizan, qui a grandi à sa cour, a décrit sa journée : lever à six ou sept heures, messe, conseil jusqu'à midi, audiences, lecture, coucher tôt. Charles V gouverne par l'écrit et par les hommes : des légistes, des bourgeois, des clercs, les « marmousets » que son fils rappellera plus tard. Il fait fixer la majorité du roi à quatorze ans (ordonnance de 1374), organise la régence, réforme la monnaie — le franc à cheval de 1360 devient le franc à pied de 1365, et la livre reste stable vingt ans. La marine royale, sous Jean de Vienne, ravage les côtes anglaises en 1377.
Il gouverne aussi par les idées. Le Songe du Vergier (1378), commandé par lui, défend l'indépendance du roi de France à l'égard du pape et de l'empereur. Nicole Oresme traduit pour lui Aristote — Politique, Éthique — et lui dédie un traité sur la monnaie qui condamne les mutations dont Philippe le Bel avait usé. Un roi qui lit est un roi qui n'a pas besoin de crier.
La cour et les résidences#
Charles V fuit le Palais de la Cité, où il a vu mourir les maréchaux. Il fait bâtir l'hôtel Saint-Pol dans le Marais, agrandit et embellit le Louvre — le vieux donjon de Philippe Auguste devient une résidence à grandes fenêtres, avec, dans la tour de la Fauconnerie, la librairie de neuf cent dix-sept volumes qu'inventorie Gilles Malet en 1373. Il achève le donjon de Vincennes, cinquante-deux mètres, le plus haut d'Europe, et fait construire la Bastille (1370) pour fermer l'est de Paris. L'enceinte nouvelle, sur la rive droite, double la ville. La cour est savante, pieuse, sans fastes : le roi est de santé fragile, la main droite enflée, souvent alité.
Mort et succession#
Charles V meurt le 16 septembre 1380, à quarante-deux ans, deux mois après Du Guesclin, tombé devant Châteauneuf-de-Randon. Il laisse un fils de onze ans, Charles VI, et quatre frères et beaux-frères — Anjou, Berry, Bourgogne, Bourbon — dont l'ordonnance de 1374 organisait la tutelle. Ils se disputent aussitôt le Trésor et le pouvoir. Ce que le père avait patiemment cousu, les oncles le découdront en vingt ans.
Ce qu'il en reste#
La leçon militaire, d'abord : on peut gagner une guerre sans la livrer, par la patience, les places fortes et un bon capitaine. Charles VII s'en souviendra. Le Louvre et Vincennes, ensuite, et la Bibliothèque nationale, qui descend en droite ligne de la librairie de 1373. Enfin une idée du roi : lettré, prudent, servi par des hommes de savoir plutôt que par des barons, gardant la France sans la jouer. Le Sage est le premier roi moderne ; il est aussi, dans la ligne capétienne, le plus fidèle à la méthode d'Hugues Capet — durer, et laisser plus qu'on n'a reçu.
À retenir
- 1356-1360 : régence pendant la captivité de Jean le Bon ; Étienne Marcel, la Jacquerie, Brétigny.
- 1364 : Cocherel (16 mai), sacre à Reims (19 mai).
- 1369-1375 : reconquête avec Du Guesclin, connétable en 1370.
- 1373 : inventaire de la librairie du Louvre, 917 volumes.
- 1380 : mort à Beauté-sur-Marne ; Charles VI a onze ans.
Pour aller plus loin#
- Le Louvre avant le Louvre : le donjon de Philippe Auguste et le palais de Charles V.
- Le Louvre des rois : le palais de Charles V repris et agrandi jusqu'à Louis XIV.
- Jean II le Bon : le père prisonnier dont Charles fut le régent.
- Charles VI le Fol : le fils qui perdit en trente ans l'œuvre du père.
- Philippe Auguste, l'autre roi qui a fait plier les Plantagenêts par le droit.
- Louis XI, l'autre Valois qui préférait la négociation à la bataille.
- Tous les rois de France.
Sources#
- Christine de Pizan, Le Livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles V (1404) — Gallica
- Françoise Autrand, Charles V le Sage, Fayard, 1994.
- Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980.
Questions fréquentes#
Pourquoi Charles V est-il appelé « le Sage » ?
Au XIVe siècle, sage veut dire savant. Charles V lisait, faisait traduire Aristote et Tite-Live, réunissait près d'un millier de manuscrits au Louvre. Le surnom salue aussi sa prudence : il a repris aux Anglais presque tout ce que son père avait perdu, sans jamais risquer une grande bataille.
Qu'a fait Charles V pendant la guerre de Cent Ans ?
Régent pendant la captivité de son père (1356-1360), il a subi le traité de Brétigny ; roi, il a rouvert la guerre en 1369 et, avec Du Guesclin, reconquis en six ans le Poitou, la Saintonge, le Limousin et presque toute l'Aquitaine. En 1380, les Anglais ne tiennent plus que Calais, Bordeaux, Bayonne et quelques ports.
Qui a succédé à Charles V ?
Son fils Charles VI, âgé de onze ans, sous la tutelle de ses oncles — les ducs d'Anjou, de Berry, de Bourgogne et de Bourbon. Leur rivalité ruinera l'œuvre du père.
Comment est mort Charles V ?
Le 16 septembre 1380, à quarante-deux ans, au château de Beauté-sur-Marne, d'une longue maladie — sans doute les suites d'un empoisonnement subi en 1359, qui lui avait déjà fait perdre les cheveux et les ongles. Sur son lit de mort, il a aboli le fouage, l'impôt direct.