La Fronde (1648-1653) vue par le jeune Louis XIV
La Fronde (1648-1653) : Parlement, princes, barricades, fuite de Saint-Germain, Condé. Ce que le jeune Louis XIV en a retenu et pourquoi il a gouverné seul.

Fiche
Dates 1648-1653 · Lieux Paris, Saint-Germain-en-Laye, Guyenne, Bordeaux, Loire · Camps la régente Anne d'Autriche et Mazarin, pour le jeune Louis XIV, contre le Parlement de Paris puis les princes (Condé, Conti, Gaston d'Orléans) · Issue victoire de la couronne, retour de Mazarin (février 1653), amnistie · Contexte guerre de Trente Ans, guerre contre l'Espagne
La Fronde est la dernière grande révolte des corps et des grands contre la couronne, entre 1648 et 1653. Elle commence par une querelle d'impôts au Parlement de Paris, se change en guerre civile des princes, force un enfant de dix ans à fuir sa capitale de nuit, et se termine par la défaite de tous ceux qui l'avaient faite. Pour Louis XIV, qui a vécu ces années de dix à quinze ans, ce fut l'école du pouvoir : tout son règne, des Bourbons à Versailles, répond à cette frayeur d'enfant.
Le contexte : un royaume qui paie la guerre#
En 1643, Louis XIII meurt et laisse un roi de quatre ans, une régente espagnole et un ministre italien. Le royaume est en guerre contre l'empire et l'Espagne depuis 1635 ; la victoire de Rocroi a ouvert la régence sous de bons auspices, mais la guerre coûte une fortune. Mazarin, qui gouverne au nom de la régente, cherche l'argent partout : taxes sur les maisons du faubourg, emprunts, création d'offices à vendre, retard des gages des officiers. Il est étranger, cardinal, et on le soupçonne de s'enrichir : il concentre toutes les rancunes.
Les cours souveraines, elles, se souviennent de l'autorité de Richelieu et voudraient reprendre leur place. Les États généraux ne se sont pas réunis depuis 1614 ; le Parlement de Paris, simple cour de justice, s'érige peu à peu en représentant du royaume, ce qu'il n'est pas.
Le déroulement#
1648 : le Parlement. En mai, les cours souveraines de Paris s'unissent et présentent vingt-sept articles qui limiteraient le pouvoir fiscal du roi. Le 26 août, la régente fait arrêter le conseiller Broussel, vieillard populaire. Le lendemain, Paris se couvre de barricades : c'est la « journée des barricades ». Anne d'Autriche cède, libère Broussel, puis quitte Paris dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649 avec le roi et Mazarin pour Saint-Germain-en-Laye. Louis XIV, dix ans, dort sur la paille dans un château sans meubles. Il ne l'oubliera pas.
1649 : le blocus et la paix de Rueil. Condé, le vainqueur de Rocroi, assiège Paris pour la couronne. Le Parlement lève des troupes, les pamphlets (« mazarinades ») inondent la ville. Mais les frondeurs ne sont pas d'accord entre eux, et la guerre contre l'Espagne continue. La paix de Rueil (mars) rétablit l'autorité du roi.
1650-1651 : la Fronde des princes. Condé, trop sûr de lui, se brouille avec la reine ; elle le fait arrêter en janvier 1650, avec Conti et Longueville. Le Parlement exige alors le renvoi de Mazarin, qui doit s'exiler à Brühl, près de Cologne, en février 1651 ; il continue de conseiller la reine par lettres. Les princes sont libérés. Le 7 septembre 1651, Louis XIV, qui atteint sa majorité à treize ans, la proclame au Parlement : l'autorité du roi est désormais celle d'un roi majeur, mais en fait la régente gouverne toujours.
1652 : la guerre civile. Condé lève le drapeau de la révolte, s'allie à l'Espagne, tient Bordeaux et la Guyenne. Turenne, passé un temps chez les rebelles, revient au service du roi. Il manque de peu de battre Condé devant Paris, qui ferme ses portes aux troupes royales. Le 2 juillet, Condé évite le désastre au faubourg Saint-Antoine grâce à la Grande Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans, qui fait tirer le canon de la Bastille sur l'armée du roi. Quelques jours plus tard, l'émeute de l'Hôtel de Ville ensanglante la ville. Paris est lasse : les bourgeois veulent le retour du roi.
1652-1653 : la fin. Mazarin, par habileté, s'exile une seconde fois pour ôter aux rebelles leur grief. Le 21 octobre 1652, Louis XIV rentre à Paris, l'amnistie est proclamée. Le cardinal revient triomphalement le 3 février 1653. Bordeaux se soumet en juillet. Condé, passé à l'Espagne, combattra son pays pendant six ans et ne sera gracié qu'à la paix des Pyrénées (1659).
Pourquoi ce résultat#
La Fronde n'avait pas de programme commun. Le Parlement défendait ses prérogatives, les princes leur place et leurs pensions, le peuple ses boutiques : personne ne proposait un autre gouvernement du royaume. Quand les princes ont voulu le pouvoir, ils ont fait appel à l'Espagne et perdu le peuple. À l'inverse, la couronne avait la légitimité, un ministre patient et un général, Turenne, qui savait la guerre. Mazarin a joué la lassitude, l'argent et le temps ; il a su aussi s'effacer quand il le fallait.
Les conséquences : ce que Louis XIV en a retenu#
Il faut le dire sans fard : la monarchie sort victorieuse, mais plus lourde. Les rancunes de l'enfant ont un effet direct sur le règne.
- Méfiance envers Paris. Le roi quitte la capitale ; le Louvre est abandonné pour Versailles.
- Maîtrise des grands. La noblesse, qui s'est battue contre lui, est attirée à la cour, où l'étiquette et les honneurs la tiennent mieux que les armes.
- Le Parlement muselé. En 1655, Louis XIV vient en habit de chasse lui interdire de délibérer sur les édits. La phrase « L'État, c'est moi » est une légende ; l'idée, elle, est déjà là.
- Le gouvernement personnel. À la mort de Mazarin (1661), le roi ne prend pas de principal ministre. Il a vu ce qu'il en coûte.
Vrai ou faux#
Louis XIV, enfant, a failli être enlevé. Pas exactement, mais la peur fut réelle : dans la nuit du 9 au 10 février 1651, le peuple, persuadé que la reine veut fuir avec le roi, envahit le Palais-Royal ; on le laisse défiler devant le lit de l'enfant, qui fait semblant de dormir. Le récit vient des Mémoires de Mme de Motteville, témoin. « L'État, c'est moi » : jamais prononcé. Seul est attesté le geste du Parlement de 1655, rapporté en substance.
À retenir
- 1648-1653 : Fronde parlementaire, puis Fronde des princes.
- Cause : la guerre, l'impôt, l'ambition des cours souveraines et des grands.
- Louis XIV, enfant, fuit Paris de nuit ; Mazarin sauve la couronne.
- Conséquence : Versailles, les intendants, le gouvernement personnel.
Pour aller plus loin#
- Louis XIV — le roi qui est sorti de la Fronde.
- Mazarin — le ministre qui l'a gagnée.
- Rocroi (1643) — la victoire qui a précédé la révolte de Condé.
- Les États généraux — ce que le Parlement prétendait remplacer.
- Les Bourbons — la dynastie, d'Henri IV à Louis-Philippe.
- Tous les rois de France.
Sources#
- Mme de Motteville, Mémoires, et cardinal de Retz, Mémoires — Gallica
- Orest Ranum, The Fronde. A French Revolution, 1648-1652, 1993 ; Hubert Carrier, La Presse de la Fronde, Droz, 1989.
- Château de Versailles, dossier Louis XIV
Questions fréquentes#
Pourquoi appelle-t-on cette révolte la Fronde ?
Le mot vient de la fronde, la lanière avec laquelle les gamins de Paris lançaient des pierres dans les fossés, au nez des sergents. Les parlementaires qui défiaient Mazarin furent comparés à ces garnements, et le nom leur resta.
Quand a eu lieu la Fronde ?
De 1648 à 1653 : la Fronde parlementaire (1648-1649), puis la Fronde des princes (1650-1653). Louis XIV, né en 1638, avait dix ans au début et quinze ans à la fin.
Qu'est-ce que la Fronde a changé pour Louis XIV ?
Elle lui a laissé une méfiance durable envers Paris, le Parlement et les grands seigneurs. Elle explique en grande partie le gouvernement personnel, la cour de Versailles et la maîtrise des princes par l'étiquette.