Cérémonie du sacre à Reims : le couronnement des rois de France

Où et comment les rois de France étaient-ils couronnés ? À Reims : la cérémonie du sacre étape par étape, serments, sainte ampoule, onctions, couronne.

Romain Croisade 6 min

Mis à jour le 12 octobre 2026

Sacre d'un roi de France dans la cathédrale de Reims, l'archevêque tenant la sainte ampoule, enluminure

Les rois de France étaient sacrés et couronnés à Reims, dans la cathédrale Notre-Dame, par l'archevêque de Reims : c'est la règle d'Henri Ier (1027) à Charles X (1825), à deux exceptions près. La cérémonie du sacre fait du roi, oint d'une huile sainte puis couronné par les pairs, le roi Très Chrétien, lieutenant de Dieu dans son royaume. Elle dure une matinée et engage un règne.

Cette page en suit le déroulé, dans sa forme fixée au XIIIe siècle et à peine modifiée jusqu'à la fin : serments, onctions, regalia, couronnement, intronisation. L'histoire du sacre des rois de France, de Pépin le Bref à Charles X, avec la liste de tous les sacres, a son article à part.

Pourquoi les rois de France étaient-ils couronnés à Reims ?#

L'onction vient de la Bible : Samuel versant l'huile sur la tête de Saül puis de David. Les rois wisigoths d'Espagne l'adoptent au VIIe siècle ; Pépin le Bref l'importe en 751 à Soissons, puis se la fait renouveler par le pape Étienne II à Saint-Denis en 754, pour couvrir d'une légitimité divine ce qui n'était qu'un coup de force contre le dernier Mérovingien. Charlemagne, Louis le Pieux sont sacrés à leur tour. Reims s'impose lentement : Louis le Pieux y est couronné en 816, et à partir d'Hugues Capet — sacré à Noyon en 987, mais dont le fils l'est à Orléans — la règle se fixe. Depuis Henri Ier (1027), le sacre a lieu à Reims, sauf empêchement.

Reims, parce que c'est là que saint Remi a baptisé Clovis, et parce que l'abbaye Saint-Remi garde la sainte ampoule : une fiole dont l'huile, selon Hincmar au IXe siècle, a été apportée par une colombe au baptême du premier roi chrétien. Chaque sacre y prélève, avec une aiguille d'or, une parcelle qu'on mêle au saint chrême. L'ampoule est brisée publiquement par le conventionnel Rühl en 1793 ; des fragments sauvés servent encore à Charles X.

Comment se déroulait la cérémonie du sacre ?#

La veille. Le roi arrive à Reims, entre par la porte de la ville, entend les vêpres. L'abbé de Saint-Remi apporte l'ampoule en procession, sous un dais, escorté de quatre barons otages qui jurent de la rendre.

Le réveil. Au matin, deux évêques — Laon et Beauvais, pairs ecclésiastiques — viennent chercher le roi dans sa chambre au palais du Tau. Ils frappent à la porte ; le grand chambellan répond que le roi dort. Ils frappent une seconde fois, puis une troisième, en demandant le roi par son nom. Le roi se lève et est conduit à la cathédrale.

Les serments. Devant l'autel, le roi jure de conserver les privilèges de l'Église, puis, aux mains de l'archevêque, prononce le serment du royaume : maintenir la paix, empêcher l'injustice, exercer la miséricorde, chasser les hérétiques. Ce serment, ajouté au XIIIe siècle, borne le pouvoir : le roi promet avant de recevoir.

Les chevaliers du roi. On lui chausse les éperons, on lui ceint l'épée dite Joyeuse, l'épée de Charlemagne, qu'il remet au connétable : l'épée est reçue de l'Église et confiée à celui qui combat.

L'onction. C'est le cœur du sacre. Le roi, en chemise ouverte, s'agenouille ; l'archevêque l'oint aux neuf points du corps — le sommet de la tête, la poitrine, entre les épaules, sur chaque épaule, aux plis des bras, puis, une fois revêtu de la tunique et de la dalmatique, aux paumes des mains. Neuf onctions, quand les autres rois d'Europe en reçoivent une ou deux : le roi de France est quasi-évêque, et il peut désormais communier sous les deux espèces, privilège des prêtres.

Les regalia. Après les gants et l'anneau — l'anneau qui le marie au royaume —, le roi reçoit dans la main droite le sceptre, dans la gauche la main de justice. Le chancelier appelle alors les douze pairs de France : six ecclésiastiques (Reims, Laon, Langres, Beauvais, Châlons, Noyon), six laïcs (Bourgogne, Normandie, Aquitaine, Flandre, Champagne, Toulouse), remplacés par des princes du sang quand ces fiefs sont revenus à la couronne. Tous ensemble, ils posent sur la tête du roi la couronne de Charlemagne, lourde, que l'archevêque soutient.

L'intronisation. Le roi monte sur le jubé, s'assied face au peuple ; l'archevêque le baise et crie Vivat rex in aeternum. Les portes s'ouvrent, on lâche des oiseaux, on jette des pièces. Puis la messe, la communion, et le banquet au palais du Tau, où le roi mange seul à sa table, couronne en tête.

Le toucher. Les jours suivants, le roi va au prieuré de Saint-Marcoul de Corbeny, puis reçoit les malades des écrouelles, les touche au visage et dit : « Le roi te touche, Dieu te guérit. » Le roi sacré est thaumaturge — c'est le signe visible que l'onction a pris.

Ce que le sacre n'est pas#

Il ne fait pas le roi. Depuis Philippe III, qui prend le titre à la mort de Saint Louis en 1270 avant d'être sacré, la succession est instantanée : « le roi est mort, vive le roi ». Mais il change le roi. Charles VII, roi depuis 1422, n'est vraiment roi qu'après Reims, le 17 juillet 1429, Jeanne d'Arc à ses côtés ; c'est pour cela qu'elle l'y a conduit à travers les lignes anglaises. Henri IV, qui ne peut atteindre Reims tenue par la Ligue, se fait sacrer à Chartres (1594) avec une autre huile : mieux vaut un sacre imparfait que pas de sacre. Et Louis XIV, sacré à quinze ans, le 7 juin 1654, tient ce jour-là son premier grand rôle.

Ce qu'il en reste#

Trois rois n'ont pas été sacrés : Jean Ier, mort à cinq jours ; Louis XVIII, qui n'osa pas ; Louis-Philippe, qui ne voulut pas. Napoléon se fit sacrer à Notre-Dame par le pape (1804), avec des regalia neufs, un rituel bricolé et une couronne qu'il posa lui-même : l'imitation confirme le modèle. Le dernier sacre, celui de Charles X (29 mai 1825), suivit l'ordo du XIIIe siècle, presque mot pour mot ; Chateaubriand y assista, et Victor Hugo l'a chanté. Le palais du Tau conserve encore le calice, le talisman de Charlemagne et les restes de la sainte ampoule.

À retenir

  • Premier sacre : Pépin le Bref, 751 (Soissons) et 754 (Saint-Denis). Dernier : Charles X, 29 mai 1825.
  • Reims est le lieu régulier depuis 1027 ; Chartres en 1594 par nécessité.
  • Neuf onctions, douze pairs, la couronne de Charlemagne, la sainte ampoule.
  • Le sacre consacre le roi et l'engage par serment ; il ne le fait pas.

Pour aller plus loin#

Sources#

Questions fréquentes#

Quelle est la différence entre le sacre et le couronnement ?

Le couronnement pose la couronne sur la tête du roi ; le sacre est l'onction d'huile sainte qui fait de lui l'oint du Seigneur. En France, le sacre englobe le couronnement et compte plus que lui : on dit « le sacre », jamais « le couronnement » du roi.

Pourquoi les rois de France étaient-ils sacrés à Reims ?

Parce que Clovis y a été baptisé par saint Remi vers 496-508, et que la sainte ampoule, l'huile miraculeuse censée avoir servi à ce baptême, y était conservée à l'abbaye Saint-Remi. Le sacre à Reims est régulier à partir d'Henri Ier (1027).

Dans quelle cathédrale les rois de France étaient-ils couronnés ?

Dans la cathédrale Notre-Dame de Reims, par l'archevêque de Reims, de 1027 à 1825. Deux exceptions après 1027 : Louis VI, sacré à Orléans en 1108, et Henri IV, à Chartres en 1594, quand la Ligue tenait Reims.

Qui fut le dernier roi sacré ?

Charles X, le 29 mai 1825, à Reims. Louis XVIII, son frère, n'avait pas été sacré ; Louis-Philippe ne le fut pas non plus.

Le sacre faisait-il le roi ?

Non, depuis le XIIIe siècle : le roi l'est à l'instant où son prédécesseur meurt. Le sacre confirme, consacre et engage ; il ne crée pas. Mais un roi non sacré, comme Charles VII avant 1429, se sentait incomplet, et ses sujets aussi.

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