Colbert : le ministre qui voulait tout compter (1619-1683)
Biographie de Colbert (1619-1683), ministre de Louis XIV : finances, manufactures, marine, Compagnie des Indes, Code Louis. Bilan honnête du colbertisme.

Fiche
Né à Reims, le 29 août 1619 · mort à Paris, le 6 septembre 1683 · origine : famille de marchands drapiers · rôle : intendant de Mazarin, contrôleur général des finances (1665), secrétaire d'État à la Maison du roi (1668) et à la Marine (1669) · roi : Louis XIV · inhumé à Saint-Eustache, Paris.
Colbert est le ministre de Louis XIV qui a remis en ordre les finances du royaume après 1661 et bâti, en vingt ans, les manufactures, la marine et les académies de la monarchie. Il croyait que ce qui ne se compte pas ne se gouverne pas. C'est l'un des grands commis de la monarchie française, dont Comment le roi gouvernait la France explique la place dans la machine.
Origines et arrivée au pouvoir#
Colbert naît dans la bourgeoisie marchande de Reims, la ville du sacre. Il apprend le métier de la banque et du négoce à Lyon et à Paris, puis entre au service du secrétaire d'État Michel Le Tellier, qui le place auprès du cardinal Mazarin. Il en devient l'intendant : il tient les comptes, et la considérable fortune, du principal ministre. À la mort de Mazarin, en mars 1661, il passe, selon la tradition, pour avoir conseillé au jeune roi de se défier du surintendant Nicolas Fouquet.
Le 5 septembre 1661, Fouquet est arrêté à Nantes. Le roi supprime la charge de surintendant, gouverne avec un Conseil royal des finances et confie à Colbert la réalité du travail. Une chambre de justice fait rendre gorge aux financiers qui avaient prêté à l'État à des taux scandaleux. Dès 1661-1662, les rentes sont réduites et la dette examinée ligne à ligne.
Son pouvoir : ce qu'il décidait vraiment#
Les finances. Contrôleur général en 1665, Colbert voulait un budget lisible : des recettes et des dépenses inscrites, des fermiers des impôts surveillés, des offices vendus à l'excès rachetés. La taille, impôt direct le plus lourd pour les paysans, est allégée dans les premières années, tandis que les droits indirects rapportent davantage. Vers 1667-1671, l'État dépense moins qu'il ne reçoit : un cas rare dans l'histoire de la monarchie.
Les manufactures. Les Gobelins (tapisseries, devenues Manufacture royale des meubles de la Couronne en 1667), les glaces de Saint-Gobain (1665), les draps de Sedan et d'Abbeville, la dentelle d'Alençon : le roi protège, subventionne, fixe des règlements de qualité. L'idée est de ne plus acheter à Venise, en Hollande ou en Angleterre ce que la France peut fabriquer. Les tarifs douaniers de 1664 et de 1667 protègent ces produits.
La marine et les colonies. Colbert reprend à zéro une flotte presque inexistante : arsenaux de Toulon, Brest et Rochefort, corps d'officiers, inscription maritime, et plus d'une centaine de vaisseaux à la fin du règne. Il fonde la Compagnie des Indes orientales (1664) et soutient la Nouvelle-France. Beaucoup de ces compagnies végètent faute de capitaux privés.
Les lois et les arts. Sous son impulsion, le Code Louis (ordonnance civile de 1667, criminelle de 1670), l'ordonnance des Eaux et Forêts (1669) et celle du Commerce (1673) mettent de l'ordre dans les pratiques. Surintendant des Bâtiments (1664), il lance la Colonnade du Louvre et le chantier de Versailles, fonde l'Académie des sciences (1666) et l'Académie d'architecture (1671), soutient le canal du Midi de Pierre-Paul Riquet (1666-1681), qui relie l'Atlantique à la Méditerranée.
Face au roi et à la cour#
Colbert n'a jamais été le seul maître : le roi décidait, et il avait en face de Colbert la famille des Le Tellier, avec le secrétaire d'État de la Guerre Louvois. Colbert voulait des économies et la paix pour que le commerce prospère ; Louvois voulait l'armée et la conquête. Le roi, qui aimait la gloire, a plus souvent donné raison au second.
La guerre de Hollande (1672-1678), que Colbert avait déconseillée, brise l'équilibre : il faut multiplier les taxes, vendre des offices, créer le monopole du tabac et le papier timbré. La révolte du papier timbré, ou des Bonnets rouges, secoue la Bretagne en 1675 et la répression est dure. Le ministre fidèle continue pourtant de travailler jusqu'à ses derniers jours.
Chute, retraite ou mort#
Colbert perd peu à peu la faveur du roi après 1680, et Louvois prend l'ascendant. Il meurt le 6 septembre 1683, à soixante-quatre ans, épuisé par le travail. Une anecdote ancienne, rapportée à titre de légende, veut que le peuple ait craint pour sa dépouille tant l'impôt était haï : on l'aurait enterré de nuit à Saint-Eustache. Son fils Seignelay lui succède à la Marine.
Ce qu'il en reste#
Le colbertisme est resté un mot de la politique française : l'idée que l'État doit conduire l'économie. C'est la lecture libérale du XVIIIᵉ siècle qui en a fait un défaut ; la tradition y voit plutôt le métier d'un grand serviteur de la couronne. Entre ces deux jugements, les faits : Colbert a rendu au roi les moyens de sa politique, mais en les fondant sur une pression fiscale que la guerre a rendue pesante. Les manufactures royales ont donné à la France des industries de luxe qui existent encore.
Il faut dire aussi la part sombre : l'organisation des colonies et de la traite maritime a été pensée dans l'esprit mercantiliste du temps, et le Code noir de 1685 sort de ses bureaux de la Marine, après sa mort. Ce n'est pas excuser l'esclavage que de rappeler que le jugement moral sur une institution ne se confond pas avec la biographie d'un ministre, et c'est la loi royale qui, dès cette date, a imposé au maître des devoirs religieux envers l'esclave, comme la messe et le baptême.
À retenir
- 1661 : arrestation de Fouquet ; Colbert prend en main les finances.
- 1664-1665 : Compagnie des Indes orientales, contrôle général des finances.
- 1667-1670 : Code Louis ; 1669 : Marine.
- 1672 : la guerre de Hollande ruine l'équilibre budgétaire.
- 1683 : mort à Paris, le 6 septembre.
Pour aller plus loin#
- Louis XIV : biographie du roi et de son règne — le roi qu'il a servi vingt-deux ans.
- Comment le roi gouvernait la France : les institutions de la monarchie — le contrôle général et les intendants.
- Mazarin : biographie du cardinal italien — le maître qui lui a ouvert la carrière.
- La Fronde (1648-1653) — la révolte dont l'État de Colbert est l'héritier.
- Sully : le ministre d'Henri IV et la poule au pot — l'autre grand redresseur des finances royales.
- Le château de Versailles — le chantier dont il tenait les comptes.
Sources#
- Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Perrin, 2002 ; Daniel Dessert, Colbert ou le serpent venimeux, Complexe, 2000.
- Archives nationales, fonds Colbert
- Gallica, BnF — Lettres, instructions et mémoires de Colbert, éd. Pierre Clément
Questions fréquentes#
Qui était Colbert ?
Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), fils d'une famille de marchands de Reims, intendant de Mazarin puis ministre de Louis XIV. Contrôleur général des finances en 1665, il dirigea aussi la Maison du roi, les Bâtiments et la Marine.
Qu'est-ce que le colbertisme ?
Une forme française du mercantilisme : l'État soutient les manufactures, protège les produits nationaux par les tarifs douaniers et cherche à vendre plus qu'il n'achète, pour enrichir le royaume et donc le roi.
Colbert a-t-il ruiné ou enrichi la France ?
Ni l'un ni l'autre tout à fait. Il a rétabli les finances royales entre 1661 et 1672 et créé des institutions durables, mais la guerre de Hollande a défait son équilibre, et plusieurs de ses compagnies de commerce ont échoué.
Colbert a-t-il connu le Code noir ?
Le Code noir de 1685 a été préparé dans les bureaux de la Marine qu'il avait organisés, mais il est promulgué après sa mort (1683), sous son fils Seignelay. On ne peut pas lui en attribuer seul la rédaction.