Mazarin : biographie du cardinal italien qui sauva la couronne

Biographie de Mazarin (1602-1661) : l'Italien devenu principal ministre, la Fronde, Westphalie, paix des Pyrénées, sa fortune et l'éducation de Louis XIV.

Romain Croisade 4 min

Mis à jour le 23 octobre 2026

Le cardinal Mazarin au conseil près du jeune Louis XIV, enluminure

Fiche

Né le 14 juillet 1602, à Pescina (Abruzzes) · Mort le 9 mars 1661, au château de Vincennes · Origine italienne, naturalisé français en 1639 · Rôle cardinal (1641), principal ministre · Rois Louis XIII puis Louis XIV · Période 1642-1661 · Prédécesseur Richelieu

Le 9 mars 1661, à Vincennes, un cardinal de cinquante-huit ans, rongé par la goutte, meurt après avoir tout réglé : la paix avec l'Espagne, le mariage du roi, la succession de ses charges. Mazarin laisse à Louis XIV un royaume victorieux, passé à deux doigts de la ruine dix ans plus tôt. Il est le second des grands cardinaux-ministres, après Richelieu, et l'une des figures de la façon dont le roi gouvernait.

Un diplomate romain au service de la France#

Giulio Mazzarini grandit à Rome chez les jésuites, entre dans la carrière diplomatique du pape et négocie en 1630-1631 la paix de Cherasco, qui règle l'affaire de Mantoue. Il y rencontre Richelieu, qui le remarque. Nonce extraordinaire à Paris en 1634-1636, il passe au service de la France, est naturalisé en 1639 et reçoit le chapeau de cardinal en 1641, sans avoir jamais été ordonné prêtre — usage fréquent à l'époque. Avant de mourir, Richelieu le recommande à Louis XIII, qui le garde au Conseil.

Le principal ministre de la régence#

Louis XIII meurt en mai 1643. La régente Anne d'Autriche, qu'on croyait acquise aux ennemis de Richelieu, garde au contraire Mazarin : elle lui fait une confiance qu'elle ne retirera jamais. Il est le parrain de Louis XIV. Cinq jours après la mort du roi, Condé gagne à Rocroi (19 mai 1643), et la guerre contre l'Espagne et l'Empire tourne à l'avantage de la France. Mazarin la conduit, mais surtout la conclut : les traités de Westphalie (1648) donnent à la France l'Alsace des Habsbourg et affaiblissent l'Empire ; l'Espagne, elle, refuse de céder.

La Fronde : le ministre contre tous#

La guerre coûte cher, et Mazarin, étranger, cardinal, collecteur d'impôts, concentre toutes les haines. En 1648, le Parlement de Paris, soutenu par une part du peuple, se révolte ; puis les princes, Condé en tête, prennent le relais. C'est la Fronde. Les pamphlets, les « mazarinades », l'accablent : on l'accuse d'avoir épousé la reine, d'affamer Paris. Il quitte le royaume en 1651, gouverne par lettres depuis l'exil de Brühl, rentre en février 1653 sans avoir cédé sur l'essentiel : le roi reste le roi, l'autorité royale sort intacte de l'épreuve.

Il faut le dire sans fard : cette victoire se paie. Pour tenir, Mazarin achète les loyautés, multiplie les offices vendus, tend la fiscalité et se constitue une fortune scandaleuse. La monarchie sort de la Fronde plus forte, mais aussi plus centralisée : les ordres et les corps qui contenaient le prince — Parlements, grands, assemblées — en sortent humiliés pour longtemps.

La paix des Pyrénées et l'éducation du roi#

Après des années de guerre contre l'Espagne, Mazarin négocie lui-même avec don Luis de Haro dans l'île des Faisans la paix des Pyrénées (7 novembre 1659) : la France gagne le Roussillon et l'Artois, et le mariage du roi avec l'infante Marie-Thérèse est arrêté (1660). Mazarin forme aussi le jeune roi au métier : il le fait assister au Conseil, lui apprend la prudence et le secret. Il lui désigne même ses futurs serviteurs, dont Colbert. À sa mort, Louis XIV déclare qu'il n'aura plus de Premier ministre.

Ce qu'il en reste#

Mazarin a laissé la bibliothèque Mazarine, la plus ancienne bibliothèque publique de France, et le collège des Quatre-Nations, voulu par son testament pour de jeunes gens des provinces annexées, aujourd'hui siège de l'Institut. Sa légende noire (cupidité, étranger, intriguant) vient des mazarinades et de Retz ; sa légende rose, d'un Louis XIV reconnaissant. Les historiens retiennent un négociateur patient et un politique souple, qui a sauvé la couronne d'un enfant, au prix d'un système fiscal et financier dur.

À retenir

  • Mazarin, né Italien et cardinal sans être prêtre, gouverne la France de 1642 à 1661, parrain et maître du jeune Louis XIV.
  • Il gagne la guerre diplomatiquement (Westphalie, Pyrénées) et sauve l'autorité royale pendant la Fronde.
  • Il prépare l'absolutisme louis-quatorzien, mais au prix d'une corruption notoire et de la défaite des corps intermédiaires.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Pierre Goubert, Mazarin, Fayard, 1990.
  • Simone Bertière, Mazarin, le maître du jeu, Éditions de Fallois, 2007.
  • Bibliothèque Mazarine — site officiel

Questions fréquentes#

Qui était Mazarin ?

Giulio Mazzarini (1602-1661), diplomate italien au service du pape puis de la France, cardinal sans être prêtre, principal ministre d'Anne d'Autriche de 1643 à 1661 et parrain de Louis XIV.

Mazarin a-t-il épousé Anne d'Autriche ?

Aucune preuve ne l'établit. Leur complicité politique et leur amitié sont certaines ; le mariage secret est une rumeur née pendant la Fronde, que les mazarinades ont répandue.

Pourquoi Mazarin a-t-il été chassé pendant la Fronde ?

Parce qu'il était étranger, cardinal, fiscalement exigeant en temps de guerre et symbole d'un pouvoir que les Parlements et les princes voulaient abattre. Il dut quitter la France en 1651 et revint en 1653.

Quelle était la fortune de Mazarin ?

Immense : plusieurs dizaines de millions de livres à sa mort, acquis en partie par les charges, bénéfices ecclésiastiques et fournitures de guerre. Il en légua une part au roi et fonda le collège des Quatre-Nations.

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