Une journée de Louis XIV à Versailles : le lever, le conseil, le grand couvert, le coucher
Heure par heure, la journée de Louis XIV à Versailles : lever, messe, conseil, petit couvert, chasse, appartements, grand couvert, coucher. Et pourquoi.
Mis à jour le 8 octobre 2026

À Versailles, le roi n'est jamais seul, et c'est voulu. Depuis l'installation de la cour, le 6 mai 1682, la journée de Louis XIV est réglée comme une liturgie, la même à quelques minutes près pendant trente-trois ans, si bien que Saint-Simon peut écrire qu'« avec un almanach et une montre, on pouvait, à trois cents lieues, dire ce qu'il faisait ». Voici cette journée, heure par heure, telle que la décrivent les Mémoires et l'État de la France.
8 heures : le lever#
Le premier valet de chambre, qui a dormi au pied du lit, réveille le roi : « Sire, voilà l'heure. » Le premier médecin et le premier chirurgien l'examinent — c'est le petit lever, avec les frères, les fils, quelques intimes. Puis les portes s'ouvrent aux entrées successives, par ordre de faveur : grandes entrées, premières entrées, entrées de la chambre. Une centaine d'hommes regardent le roi se faire raser un jour sur deux, prendre son bouillon, choisir sa perruque, enfiler sa chemise — que lui tend le personnage le plus élevé présent, un fils de France ou un prince du sang. Le tout dure une heure et demie. Le roi y règle des affaires, parle à qui il veut parler ; être vu à ce moment, c'est exister à la cour.
10 heures : la messe#
Le roi traverse la galerie des Glaces, entre deux haies de courtisans qui n'ont pas eu accès à la chambre et qui espèrent un regard ou un mot — les placets se glissent à ce moment. À la chapelle, la messe est chantée par la musique du roi ; il l'entend tous les jours, sans exception, dans la tribune. On a dit que les courtisans tournaient le dos à l'autel pour regarder le roi ; Louis XIV s'en est plaint.
11 heures : le conseil#
Retour dans le cabinet, où le roi travaille jusqu'à une heure avec ses ministres : Conseil d'en haut le dimanche, le mercredi et le jeudi — la politique et la guerre, trois ou quatre hommes ; Conseil des dépêches le lundi, pour les affaires intérieures ; Conseil des finances le mardi et le samedi ; le vendredi, tête-à-tête avec le confesseur. Le roi lit lui-même, annote, décide. « Le métier de roi est grand, noble et délicieux », écrit-il dans ses Mémoires — c'est de ces heures-là qu'il parle.
13 heures : le dîner au petit couvert#
Seul à sa table, dans sa chambre, face à la fenêtre, le roi mange — beaucoup : la princesse Palatine l'a vu avaler « quatre pleines assiettes de soupes diverses, un faisan entier, une perdrix, une grande assiette de salade, du mouton au jus et à l'ail, deux bonnes tranches de jambon, une assiette de pâtisserie, et puis des fruits et des confitures ». Des courtisans assistent debout ; les princes peuvent s'asseoir sur des tabourets, jamais sur des chaises.
14 heures : dehors#
La chasse, à courre ou à tir, presque chaque jour, ou la promenade dans les jardins, dont le roi a écrit lui-même la Manière de montrer ; les dames suivent en calèche. Louis XIV inspecte ses chantiers, décide d'un bosquet, d'une fontaine, d'une statue. Le retour est vers cinq heures : audiences, travail avec Colbert, Louvois, puis Pontchartrain, Chamillart.
18 heures : les appartements#
Les lundi, mercredi et jeudi, de sept à dix heures, le roi ouvre son grand appartement à la cour : jeu, billard, musique, collations, sur sept salons en enfilade — les soirées d'appartement. Les autres soirs, comédie ou opéra — Molière, Lully, Racine — ou le travail chez Madame de Maintenon, dont la chambre devient à la fin du règne le vrai cabinet du roi.
22 heures : le grand couvert#
Le rite en détail : le grand couvert.
Le souper est public. Le roi, la reine tant qu'elle vit, les fils et filles de France, à une seule table, devant la cour debout ; la musique joue ; les plats arrivent en cortège, escortés de gardes, précédés de la nef d'or que l'on salue en passant. Quiconque est décemment vêtu peut entrer et regarder le roi manger. Ce n'est pas de la vanité : un roi qui mange en public est un roi qu'on a vu vivant, en bonne santé, servi par ses grands — c'est-à-dire obéi.
23 heures 30 : le coucher#
Le lever à l'envers : le roi dit bonsoir à la cour, gagne sa chambre, se déshabille devant les entrées, en ordre inverse. Le bougeoir — le chandelier que le roi désigne un courtisan pour tenir pendant qu'il se déshabille — est la faveur la plus disputée de Versailles ; on a vu des ducs en pleurer. Le petit coucher retient les intimes ; le premier valet tire les rideaux. Le roi dort. Demain, la même chose.
Ce que voulait dire l'étiquette#
Rien de tout cela n'est gratuit. Louis XIV, enfant, a vu les grands seigneurs de la Fronde lever des armées contre lui. À Versailles, il les loge, les nourrit, les paie et les occupe : celui qui n'est pas là ne reçoit rien — « c'est un homme que je ne vois jamais », dit le roi d'un absent, et c'est une condamnation. La cour est une prison dorée où la noblesse se surveille elle-même. Le prix est la vie du roi, offerte en spectacle du matin au soir ; il l'a payé sans se plaindre, parce que c'était le prix de la paix intérieure. Louis XV, qui n'en avait pas la force, fuira dans ses petits appartements ; Louis XVI n'en aura ni le goût ni le temps.
À retenir
- Journée fixe de 1682 à 1715 : lever 8 h, messe 10 h, conseil 11 h, dîner 13 h, chasse ou promenade l'après-midi, appartements ou théâtre le soir, grand couvert 22 h, coucher 23 h 30.
- Les entrées, le bougeoir, le tabouret : chaque détail est une hiérarchie.
- L'étiquette est un instrument de gouvernement : la noblesse occupée ne se révolte plus.
Pour aller plus loin#
- Louis XIV, le Roi-Soleil : le règne qui a inventé cette cour.
- Le château de Versailles : l'histoire du bâtiment, du pavillon de chasse au musée.
- Le Louvre médiéval : ce qu'était la résidence du roi trois siècles plus tôt.
- Le sacre à Reims, l'autre grande liturgie royale.
- Les châteaux des rois de France : où vivaient les rois avant Versailles.
- Tous les rois de France.
Sources#
- Saint-Simon, Mémoires, portrait de Louis XIV — Gallica
- Château de Versailles — la journée du roi
- Jean-François Solnon, La Cour de France, Fayard, 1987.
Questions fréquentes#
À quelle heure se levait Louis XIV ?
À huit heures, réveillé par son premier valet de chambre. Suivaient le petit lever, réservé à la famille et aux médecins, puis le grand lever, où une centaine de courtisans le regardaient s'habiller.
Louis XIV mangeait-il vraiment en public ?
Oui, au grand couvert, le soir vers dix heures, avec la famille royale, devant la cour debout. Le dîner de une heure, dit petit couvert, se prenait seul dans sa chambre, mais des courtisans y assistaient aussi.
Pourquoi une telle étiquette ?
Pour tenir la noblesse. À Versailles, un duc se dispute l'honneur de tenir le bougeoir du roi au coucher : occupée à ces rivalités, surveillée, dépendante des pensions, la noblesse qui avait fait la Fronde ne se révolte plus.
Combien de personnes vivaient à Versailles ?
Entre trois mille et dix mille selon les jours, courtisans, officiers et domestiques, dans un château de sept cents pièces. La Maison du roi seule comptait plusieurs milliers de charges.