Les guerres des rois de France : treize siècles de batailles et de traités
De Soissons (486) à Alger (1830) : toutes les guerres de la monarchie française en un fil, et comment l'armée du roi est née.
Mis à jour le 25 octobre 2026

Fiche
Période 486-1830 · Ennemis Wisigoths, Alamans, Arabes, Vikings, Plantagenêts, Flamands, Anglais, Bourguignons, Habsbourg, Suisses, Hollandais, Prussiens · Guerres de plus de vingt ans Cent Ans (1337-1453), Italie (1494-1559), Religion (1562-1598), Trente Ans (1635-1659 pour la France), Louis XIV (1667-1714) · Ce qui change de l'ost féodal (40 jours) à l'armée permanente (1445), aux régiments de Louvois (400 000 hommes) et à la marine de Colbert
La France s'est faite par la guerre — pas seulement, mais aussi. Chaque province rattachée, chaque frontière déplacée, chaque dynastie confirmée a coûté une bataille ou un siège, et les rois qui ont le mieux servi le royaume sont souvent ceux qui ont su ne pas la faire : Charles V, Louis XI, Henri IV. Cette page donne le fil de treize siècles ; les trois grands conflits ont leur synthèse — guerre de Cent Ans, guerres d'Italie, guerres de Religion — et chaque bataille son article dans la catégorie.
Les Francs (486-987) : conquérir, puis tenir#
Clovis conquiert la Gaule en trois batailles : Soissons (486) contre le dernier Romain, Tolbiac (496) contre les Alamans, Vouillé (507) contre les Wisigoths. Ses descendants guerroient surtout entre eux. Charles Martel arrête à Poitiers (732) une razzia arabe que la légende a grossie en invasion ; Charlemagne conquiert la Lombardie, la Saxe, la Bavière, et perd son arrière-garde à Roncevaux (778). Ses petits-fils se battent pour son héritage à Fontenoy (841) avant de le partager au traité de Verdun (843), d'où sort la Francie occidentale. Puis viennent les Vikings : cent ans de raids sur la Seine et la Loire, Paris assiégé (885-886), et la solution de Charles le Simple — leur donner la Normandie (911) pour qu'ils défendent le fleuve à la place du roi.
Les Capétiens (987-1328) : le roi contre ses vassaux#
Le roi ne conquiert pas des étrangers, il réduit ses feudataires. Louis VI prend un à un les châteaux des brigands d'Île-de-France ; Philippe Auguste confisque et conquiert la Normandie (1204), puis gagne Bouvines (1214) contre l'empereur et le comte de Flandre alliés du roi d'Angleterre. Saint Louis bat Henri III à Taillebourg (1242) et lui impose le traité de Paris (1259). Les croisades — Louis VII, Philippe Auguste, Saint Louis, deux fois — sont la guerre du roi Très Chrétien hors du royaume ; elles sont racontées sur le blog frère consacré aux croisades. Philippe le Bel perd Courtrai (1302) contre les milices flamandes et se venge à Mons-en-Pévèle (1304).
La guerre de Cent Ans (1337-1453)#
Cent seize ans de guerre à éclipses contre l'Angleterre pour la couronne de France et la Guyenne : Crécy (1346), Poitiers (1356), Azincourt (1415) — trois désastres de la chevalerie —, puis la reconquête de Charles V, le sursaut de Jeanne d'Arc (1429), et Castillon (1453). La France en sort avec une armée permanente, un impôt permanent et le sentiment d'être une nation. Lire la synthèse.
Les guerres d'Italie (1494-1559)#
Le rêve de Naples et de Milan, de Charles VIII à Henri II : Fornoue (1495), Marignan (1515), Pavie (1525) et la captivité de François Ier, puis la rivalité avec Charles Quint sur tous les fronts, jusqu'au Cateau-Cambrésis (1559) qui rend l'Italie et garde Calais, Metz, Toul et Verdun. Lire la synthèse.
Les guerres de Religion (1562-1598)#
Huit guerres civiles, de Wassy à l'édit de Nantes : Dreux, Jarnac, Moncontour, la Saint-Barthélemy (1572), la Ligue, Arques et Ivry (1589-1590), le siège de Paris. La monarchie y survit parce qu'Henri IV se convertit et parce que les Français préfèrent un roi à la guerre. Lire la synthèse.
Le Grand Siècle (1635-1714) : la France contre les Habsbourg#
Richelieu engage la France dans la guerre de Trente Ans (1635) contre l'Espagne et l'Empire ; Rocroi (1643), cinq jours après la mort de Louis XIII, brise les tercios espagnols ; Westphalie (1648) donne l'Alsace, les Pyrénées (1659) le Roussillon et l'Artois. Louis XIV fait quatre guerres : Dévolution (1667-1668), Hollande (1672-1678, la Franche-Comté), Ligue d'Augsbourg (1688-1697, Strasbourg gardé), Succession d'Espagne (1701-1714) — la plus dure, Blenheim, Malplaquet, l'hiver 1709, puis Denain (1712) et Utrecht (1713). À sa mort, la France a ses frontières du nord et de l'est ; Vauban les a fortifiées d'un « pré carré » de places qui tiendra jusqu'en 1792.
Le XVIIIe siècle : la seconde guerre de Cent Ans#
Contre l'Angleterre, désormais, et pour le monde. Succession de Pologne (1733-1738), qui donne la Lorraine ; Succession d'Autriche (1740-1748) et Fontenoy (1745), gagnée pour rien ; guerre de Sept Ans (1756-1763), perdue sur mer et aux colonies — le Canada et les Indes cédés au traité de Paris ; guerre d'Amérique (1778-1783), Yorktown, la revanche qui ruine le Trésor. Louis XV et Louis XVI ont eu la meilleure armée du continent et pas de marine capable de tenir l'océan : c'est là que la partie s'est jouée.
Les derniers rois (1814-1830)#
La Restauration n'a fait que deux guerres, courtes et gagnées : l'expédition d'Espagne (1823), qui rend son trône à Ferdinand VII, et la prise d'Alger (5 juillet 1830), trois semaines avant la chute de Charles X — la conquête que la République gardera cent trente ans.
L'armée du roi#
L'ost féodal : les vassaux doivent quarante jours de service par an ; c'est l'armée de Bouvines, brillante et indisciplinée, qui perd Crécy. Les mercenaires : Génois, Écossais, Suisses — les meilleurs fantassins d'Europe, alliés de la France de 1516 à 1792 —, lansquenets. L'armée permanente : les compagnies d'ordonnance de Charles VII (1445), quinze compagnies de cent lances, payées par la taille ; les francs-archers ; puis, sous Louvois, les régiments royaux, l'uniforme, les casernes, l'intendance, les Invalides — 400 000 hommes en 1710, la plus grande armée d'Europe. La marine : de Richelieu et Colbert à Suffren, toujours seconde derrière l'anglaise. L'artillerie des frères Bureau à Castillon, celle de Marignan, celle de Gribeauval sous Louis XVI, que Napoléon héritera.
Ce qu'il en reste#
Les frontières : sauf la Savoie et Nice (1860) et l'Alsace-Lorraine reperdue (1871-1918), la France de 1789 est celle d'aujourd'hui, et c'est l'œuvre des rois — par la guerre, le mariage et l'héritage, dans cet ordre décroissant d'importance. Une armée, la première d'Europe pendant deux siècles, que la Révolution a recrutée par la conscription et Napoléon usée. Et une leçon que Bainville tire de Louis XIV et de Louis XV : la France gagne quand elle se bat pour ses frontières et perd quand elle se bat pour la gloire ou pour les autres.
À retenir
- 486-511 : Clovis conquiert la Gaule. 732 : Poitiers. 885-911 : Vikings, Normandie.
- 1214 : Bouvines. 1337-1453 : guerre de Cent Ans. 1494-1559 : Italie. 1562-1598 : Religion.
- 1635-1659 : Trente Ans, Rocroi, Westphalie, Pyrénées. 1667-1714 : les guerres de Louis XIV.
- 1756-1763 : Sept Ans, perte du Canada. 1778-1783 : Amérique. 1830 : Alger.
Pour aller plus loin#
- La guerre de Succession d'Espagne (1701-1714) — la dernière guerre de Louis XIV, de Blenheim à Utrecht.
- Rocroi (1643) — le Grand Condé détruit les tercios espagnols.
- La guerre de Cent Ans · Les guerres d'Italie · Les guerres de Religion.
- Bouvines, Fornoue et Marignan, trois batailles racontées.
- Le traité de Verdun (843) — le partage qui fait naître la Francie occidentale.
- Poitiers (732) : Charles Martel a-t-il arrêté les Arabes ? — la première grande bataille du fil, et sa légende.
- Comment le roi gouvernait : l'impôt qui paie l'armée.
- La chronologie et tous les rois de France.
Sources#
- Philippe Contamine, La Guerre au Moyen Âge, PUF, 1980 ; Histoire militaire de la France, t. 1-2, PUF, 1992.
- André Corvisier, Louvois, Fayard, 1983 ; Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Perrin, 1995.
- Jacques Bainville, Histoire de France — Gallica
Questions fréquentes#
Quelle est la plus grande victoire des rois de France ?
Bouvines (1214) pour ses conséquences, Rocroi (1643) pour la gloire, Denain (1712) pour avoir sauvé le royaume, Fontenoy (1745) pour la légende, Yorktown (1781) pour avoir fait naître un pays. Chaque siècle a la sienne.
Contre qui les rois de France ont-ils le plus fait la guerre ?
L'Angleterre, de 1066 à 1815 — la « seconde guerre de Cent Ans » du XVIIIe siècle après la première ; puis la maison de Habsbourg, Espagne et Autriche, de Charles Quint à la guerre de Succession d'Espagne. L'Allemagne n'est un ennemi qu'à partir de 1870, après les rois.
Comment était recrutée l'armée du roi ?
D'abord par l'ost féodal — les vassaux et leurs hommes, quarante jours par an —, puis par les mercenaires, puis par l'armée permanente : compagnies d'ordonnance de Charles VII (1445), régiments royaux et casernes de Louvois, milice, et jamais de conscription avant 1793.
Quels traités ont fixé les frontières de la France ?
Verdun (843), Paris (1259), Brétigny (1360), Arras (1435), Cateau-Cambrésis (1559), Westphalie (1648), Pyrénées (1659), Nimègue (1678), Ryswick (1697), Utrecht (1713), Paris (1763), Versailles (1783) — et, contre les rois, Paris (1814-1815).