Les guerres de Religion (1562-1598) expliquées : de Wassy à l'édit de Nantes

Huit guerres civiles (1562-1598) : Wassy, la Saint-Barthélemy, la Ligue, Henri IV et l'édit de Nantes. Pourquoi la monarchie a survécu.

Romain Croisade 7 min

Mis à jour le 4 octobre 2026

Une ville en armes déchirée entre deux cortèges, la croix et le prêche, enluminure

Fiche

Dates 1562-1598 · Camps catholiques (la couronne, puis la Ligue des Guise avec l'Espagne) contre protestants (Condé, Coligny, Henri de Navarre), avec les « politiques » entre les deux · Rois Charles IX, Henri III, Henri IV ; Catherine de Médicis régente et reine mère · Événements Wassy 1562, Dreux 1562, Jarnac et Moncontour 1569, Saint-Barthélemy 1572, Barricades 1588, Blois 1588, Arques 1589, Ivry 1590, abjuration 1593, Vervins et Nantes 1598 · Bilan des centaines de milliers de morts, un royaume ruiné, la monarchie sauvée

Le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, les cloches de Saint-Germain-l'Auxerrois sonnent le tocsin ; à l'aube, l'amiral de Coligny est jeté par la fenêtre, et Paris égorge ses protestants pendant trois jours. Le roi a vingt-deux ans ; sa mère a voulu une exécution, elle a obtenu un massacre. Dix ans plus tôt, la France était le royaume le plus riche et le mieux ordonné d'Europe ; vingt-six ans plus tard, il faudra un roi converti et un édit pour qu'elle cesse de se battre contre elle-même. Les guerres de Religion sont la crise la plus grave qu'ait connue la monarchie avant 1789 — et la preuve qu'elle pouvait la surmonter.

Les causes#

La Réforme. Les idées de Luther entrent en France vers 1520, celles de Calvin, Français réfugié à Genève, vers 1540. En 1560, il y a peut-être deux millions de réformés — un dixième du royaume — et deux mille églises, surtout dans le Midi, l'Ouest et la noblesse : un tiers des gentilshommes. François Ier et Henri II ont persécuté sans convertir ; les bûchers ont fait des martyrs.

La faiblesse du trône. Henri II meurt en 1559 ; François II, seize ans, meurt en 1560 ; Charles IX a dix ans. Catherine de Médicis, régente, n'a ni armée ni parti à elle. Les grandes maisons se disputent le roi : les Guise, lorrains, catholiques intransigeants ; les Bourbons — Antoine de Navarre, Condé — princes du sang protestants ; les Châtillon — Coligny — huguenots. La foi est sincère et le pouvoir est en jeu : il est vain de choisir entre les deux explications.

L'échec de la conciliation. Le chancelier Michel de L'Hospital et Catherine tentent la tolérance : le colloque de Poissy (1561) échoue, l'édit de janvier (1562) accorde aux protestants le culte hors des villes. Le duc de Guise, traversant Wassy le 1er mars 1562, y fait massacrer des réformés qui prêchaient dans une grange. La guerre commence.

Le déroulement#

Les premières guerres (1562-1570)#

Condé prend les armes ; les catholiques gagnent Dreux (1562), où le duc de Guise est ensuite assassiné devant Orléans (1563) ; paix d'Amboise. Deuxième et troisième guerres : Saint-Denis (1567), Jarnac (1569) où Condé est tué, Moncontour (1569) où le futur Henri III triomphe ; mais Coligny reconstitue l'armée et obtient la paix de Saint-Germain (1570), la plus favorable aux protestants — quatre places de sûreté, dont La Rochelle.

La Saint-Barthélemy (1572)#

Pour sceller la paix, Catherine marie sa fille Marguerite à Henri de Navarre, chef des protestants, le 18 août 1572. Coligny, entré au conseil, pousse le roi à la guerre contre l'Espagne ; un attentat le blesse le 22 ; les protestants réclament justice. Dans la nuit du 23 au 24, le conseil décide de tuer les chefs (qui a décidé la Saint-Barthélemy ?). Le massacre déborde : trois mille morts à Paris, dix mille en province, les intellectuels huguenots, les artisans, les voisins. Le pape fait chanter un Te Deum, Philippe II rit — dit-on — pour la seule fois de sa vie. La France catholique a commis un crime qu'elle n'a pas ordonné, et le parti protestant en sort décapité mais durci : les monarchomaques théorisent le droit de résistance au tyran.

Les guerres du milieu (1573-1584)#

Quatrième guerre : le siège de La Rochelle échoue (1573). Henri III, roi en 1574, cherche l'apaisement : la paix de Monsieur (1576) accorde tant aux protestants que les catholiques forment la première Ligue. Sixième et septième guerres, courtes, paix de Bergerac (1577) et de Fleix (1580). Le royaume s'épuise, le roi se déconsidère — mignons, dévotions, dettes.

La guerre des trois Henri et la Ligue (1585-1598)#

En 1584, le duc d'Anjou, frère du roi, meurt : l'héritier est Henri de Navarre, protestant. La Ligue, refondée par Henri de Guise avec l'or de Philippe II, jure de l'empêcher. Henri III cède (traité de Nemours, 1585) et révoque tous les édits de tolérance. Navarre gagne Coutras (1587). Paris, ligueuse, se soulève à la journée des Barricades (12 mai 1588) et chasse le roi. Henri III fait assassiner Guise et son frère le cardinal à Blois (23-24 décembre 1588), s'allie à Navarre, assiège Paris, et meurt sous le couteau de Jacques Clément (1er août 1589), en désignant Navarre pour successeur.

Henri IV doit conquérir son royaume : Arques (1589), Ivry (1590), le siège de Paris que Farnèse fait lever (1590), quatre ans de guerre contre la Ligue et l'Espagne. Le 25 juillet 1593, il abjure à Saint-Denis ; le 22 mars 1594, Paris lui ouvre ses portes ; les chefs ligueurs se rallient, achetés ou lassés. La guerre contre l'Espagne (1595-1598) se conclut à Vervins. L'édit de Nantes (avril 1598) ferme la période : liberté de conscience partout, culte protestant là où il existait en 1597, égalité civile, chambres mi-parties dans les Parlements, cent cinquante places de sûreté pour huit ans. Le catholicisme reste la religion du roi et du royaume ; les protestants ont des garanties, pas l'égalité.

Pourquoi la monarchie a survécu#

Parce que la loi de succession a tenu contre tous : Henri IV était l'héritier, et ni la Ligue ni l'Espagne n'ont pu faire élire un autre roi — les États de la Ligue (1593) ont refusé l'infante Isabelle. Parce que le roi s'est converti : la couronne exige un roi catholique, et Henri l'a compris avant ses partisans. Parce que les « politiques » — Michel de L'Hospital, Jean Bodin, Montaigne, les parlementaires modérés — ont fait prévaloir l'idée que l'État passe avant la confession. Et parce que le peuple, épuisé, voulait un roi. La monarchie sort des guerres de Religion plus forte qu'elle n'y était entrée : c'est d'elle, et non des factions, que viendra la paix.

Ce qu'il en reste#

L'édit de Nantes, première coexistence légale de deux religions dans un royaume, qui tiendra jusqu'en 1685 ; la doctrine de la raison d'État et de la souveraineté (Bodin, 1576), qui fonde l'absolutisme ; une méfiance durable de la monarchie envers Paris et les factions ; et un trou de trente ans dans l'histoire de la France, au moment où l'Espagne et l'Angleterre prenaient le large. Nous ne cachons rien : la Saint-Barthélemy est un massacre, la Ligue une faction vendue à l'étranger, la persécution une faute des deux côtés. Mais la leçon que tire ce site est celle de Bainville : quand le roi est faible, la France se déchire ; quand il est fort et juste, elle se rassemble — et Henri IV a été l'un et l'autre.

À retenir

  • 1562 : Wassy (1er mars), première guerre. 1563 : assassinat de François de Guise.
  • 1569 : Jarnac, Moncontour. 1570 : paix de Saint-Germain.
  • 1572 : Saint-Barthélemy (24 août).
  • 1584-1589 : guerre des trois Henri ; Barricades, Blois, assassinat d'Henri III.
  • 1593 : abjuration ; 1594 : Paris ; 1598 : Vervins et édit de Nantes.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Agrippa d'Aubigné, Les Tragiques ; Pierre de L'Estoile, Journal — Gallica
  • Arlette Jouanna, La Saint-Barthélemy. Les mystères d'un crime d'État, Gallimard, 2007.
  • Denis Crouzet, Les Guerriers de Dieu, Champ Vallon, 1990 ; Jean-Marie Constant, La Ligue, Fayard, 1996.

Questions fréquentes#

Pourquoi les guerres de Religion ont-elles éclaté ?

Parce que la Réforme calviniste, arrivée en France vers 1540, avait gagné en vingt ans un dixième de la population et une bonne part de la noblesse, et que la mort d'Henri II (1559) laissait la couronne à des enfants. Les grandes familles — Guise catholiques, Bourbons et Châtillon protestants — se disputèrent le pouvoir au nom de la foi.

Combien de guerres de Religion ?

Huit, de 1562 à 1598, séparées par des paix de quelques mois ou de quelques années : 1562-1563, 1567-1568, 1568-1570, 1572-1573, 1574-1576, 1576-1577, 1579-1580, et la dernière, 1585-1598, dite guerre des trois Henri puis guerre de la Ligue.

Qui a décidé la Saint-Barthélemy ?

Le conseil du roi, dans la nuit du 23 au 24 août 1572, Charles IX et Catherine de Médicis en tête, après l'échec d'un attentat contre Coligny : il s'agissait d'éliminer une trentaine de chefs protestants. Le massacre populaire qui a suivi — trois mille morts à Paris, dix mille en province — n'était pas commandé, mais il a été laissé faire.

Comment les guerres de Religion ont-elles fini ?

Par la conversion d'Henri IV (1593), la soumission de Paris (1594) et de la Ligue, et l'édit de Nantes (1598), qui garantit aux protestants liberté de conscience, culte limité et places de sûreté, tandis que le catholicisme reste la religion du royaume.

À lire aussi