Bataille de Fornoue (6 juillet 1495) : le retour de Charles VIII

Fornoue, 6 juillet 1495 : Charles VIII, revenant de Naples, force le passage contre la ligue de Venise. Le contexte, la bataille, qui a gagné, les conséquences.

Romain Croisade 5 min

Charles VIII chargeant au bord du Taro à Fornoue, enluminure

Fiche

Date 6 juillet 1495 · Lieu Fornovo di Taro, au débouché de l'Apennin, près de Parme · Camps Charles VIII, roi de France, avec environ 10 000 hommes, contre l'armée de la ligue de Venise (Venise et Milan surtout), 20 000 à 25 000 hommes sous François II de Gonzague, marquis de Mantoue · Roi Charles VIII · Guerre guerres d'Italie (1494-1559) · Issue l'armée française force le passage ; les deux camps revendiquent la victoire · Pertes quelques centaines de Français, 2 000 à 3 000 Italiens selon les sources

Fornoue est la bataille qui ouvre aux Français le chemin du retour, quatre mois après la conquête de Naples. Le 6 juillet 1495, Charles VIII, pris au piège au pied de l'Apennin par une armée deux fois plus nombreuse, la culbute en une heure et rentre en France. C'est la première grande bataille des guerres d'Italie, et le premier jalon de ce fil des guerres des rois de France qui mène à Marignan et à Pavie.

Le contexte : de Naples à la ligue de Venise#

Louis XI a laissé à son fils un royaume uni et riche. Charles VIII, roi Valois de vingt-quatre ans, hérite des Anjou leurs droits sur Naples ; il veut en faire le marchepied d'une croisade vers Constantinople, perdue en 1453. À l'été 1494, il passe les Alpes avec la meilleure artillerie d'Europe. L'Italie ouvre ses portes sans combattre : Florence, Rome, puis Naples, où il entre le 22 février 1495.

Cette facilité effraie. Le 31 mars, Venise, Ludovic Sforza duc de Milan, le pape Alexandre VI, Ferdinand d'Aragon et l'empereur Maximilien forment la ligue de Venise pour lui fermer la route du retour. Le 20 mai, Charles VIII quitte Naples, y laisse Gilbert de Montpensier comme vice-roi et la moitié de son armée, et remonte la péninsule. Au col de la Cisa, les Suisses tirent les canons à bras d'hommes. Le 5 juillet, en descendant vers la plaine, l'armée trouve la ligue campée sur l'autre rive du Taro.

Le déroulement#

Le piège. Le roi n'a qu'une route : longer la rive gauche du Taro, sous les yeux de l'ennemi. Il range son armée en trois corps étirés le long du fleuve : l'avant-garde du maréchal de Gié et de Trivulce, la bataille où il chevauche, l'arrière-garde, et derrière, un immense convoi de bagages chargés du butin de Naples. Commynes, présent, tente de négocier jusqu'au matin.

L'attaque. Le 6 juillet, Gonzague lance ses escadrons à travers le Taro, gonflé par les orages de la nuit, contre le centre et l'arrière-garde. Les gués sont mauvais, les berges glissantes : les Italiens arrivent par paquets. Charles VIII charge au milieu de ses gentilshommes et se trouve un moment presque seul ; son cheval noir, Savoie, le porte hors de la mêlée.

Le pillage. Les stradiots, cavaliers légers albanais et grecs au service de Venise, chargés de tourner l'armée, tombent sur le convoi et s'arrêtent pour piller. Une bonne part de la cavalerie de la ligue les imite ou reste de l'autre côté du fleuve. En une heure environ, la gendarmerie française a rejeté l'ennemi dans le Taro.

Le passage. La ligue garde sa rive. Dans la nuit du 7 au 8 juillet, l'armée française décampe sans bruit et gagne Asti, chez les alliés du roi, une semaine plus tard.

Pourquoi ce résultat#

La gendarmerie française, compagnies d'ordonnance créées par Charles VII, est la meilleure cavalerie lourde du temps : bien montée, entraînée, soldée. En face, une armée de condottieri brave mais mal coordonnée, que le fleuve en crue a coupée en morceaux et que le butin a dispersée. Le nombre n'a servi à rien parce qu'il n'a jamais été engagé d'un seul coup.

Les conséquences#

Le roi est sauvé, mais il a perdu ses bagages, son trésor de campagne et le butin de Naples. Il secourt son cousin Louis d'Orléans, assiégé dans Novare, puis signe la paix de Verceil avec Milan en octobre 1495 et rentre en France. Naples, abandonnée sans renforts, est reperdue en 1496 ; Montpensier capitule à Atella et meurt prisonnier. Charles VIII prépare une nouvelle expédition quand il meurt à Amboise, en 1498, d'un choc contre un linteau de porte.

Il laisse un précédent : la France s'est engagée en Italie, et ses rois y retourneront pendant soixante ans, de Louis XII à Henri II. Il laisse aussi ce qu'il a vu : les jardiniers, sculpteurs et architectes italiens ramenés à Amboise sont les premiers ouvriers de la Renaissance française. Vu d'ici, l'expédition fut une aventure brillante et vaine : un roi a joué l'héritage patient de son père sur un rêve de gloire et de croisade, et ses successeurs ont payé l'addition jusqu'au Cateau-Cambrésis.

Vrai ou faux#

« Venise a gagné Fornoue. » C'est ce qu'elle a proclamé : feux de joie, médailles, et la Vierge de la Victoire commandée à Mantegna par Gonzague. Mais le but de la ligue était d'arrêter le roi, et le roi est passé : Commynes, qui a vu la bataille, la tient pour française, et c'est l'avis général des historiens. « Le roi a perdu à Fornoue un album de portraits de femmes. » L'anecdote, répétée par les chroniqueurs italiens, n'est pas vérifiable ; ce qui est sûr, c'est la perte du butin de Naples.

À retenir

  • 22 février 1495 : Charles VIII entre dans Naples ; 31 mars : la ligue de Venise se forme contre lui.
  • 6 juillet 1495, à Fornoue, sur le Taro : 10 000 Français forcent le passage contre plus du double d'Italiens.
  • Victoire disputée : le roi passe, la ligue prend les bagages.
  • 1496 : Naples perdue ; 1498 : mort de Charles VIII ; les guerres d'Italie continuent jusqu'en 1559.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Philippe de Commynes, Mémoires, livres VII-VIII — Gallica
  • Didier Le Fur, Charles VIII, Perrin, 2006 — BnF
  • Yvonne Labande-Mailfert, Charles VIII et son milieu, Klincksieck, 1975 — Persée

Questions fréquentes#

Qui a gagné la bataille de Fornoue ?

Les deux camps se sont dit vainqueurs. Charles VIII a atteint son but, passer et rentrer en France, en perdant beaucoup moins d'hommes ; la ligue de Venise a gardé le terrain et pris les bagages du roi. Militairement, c'est un succès français ; politiquement, l'expédition de Naples est perdue.

Où se trouve Fornoue ?

À Fornovo di Taro, en Émilie, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Parme, là où la route de l'Apennin débouche dans la plaine du Pô, au bord du Taro.

Pourquoi Charles VIII est-il allé en Italie ?

Pour faire valoir les droits de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples, dont il avait hérité, et, dans son esprit, pour en faire la base d'une croisade contre les Turcs vers Constantinople et Jérusalem.

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