Philippe le Bel : biographie du roi de fer (1285-1314)

Biographie de Philippe le Bel (1285-1314) : Flandre, Boniface VIII, États généraux, Templiers, légistes, monnaie, et la fin de la dynastie.

Romain Croisade 7 min

Mis à jour le 27 octobre 2026

Philippe le Bel sur son trône entouré de légistes, enluminure

Fiche

Né en 1268, à Fontainebleau · Mort le 29 novembre 1314, à Fontainebleau · Règne 1285-1314 (29 ans) · Sacre 6 janvier 1286, à Reims · Dynastie Capétiens directs · Père Philippe III le Hardi · Mère Isabelle d'Aragon · Épouse Jeanne de Navarre (1284), reine de Navarre et comtesse de Champagne · Enfants Louis X, Philippe V, Charles IV, Isabelle de France · Prédécesseur Philippe III · Successeur Louis X · Enterré à Saint-Denis

Philippe IV, dit le Bel, est le roi qui a fait entrer la monarchie dans l'âge de l'État. Petit-fils de Saint Louis, il règne vingt-neuf ans sur un royaume plus peuplé et plus riche qu'il ne le sera jamais avant la fin du siècle, et le gouverne par des juristes, des impôts et des assemblées. Il est le plus grand bâtisseur d'administration de la lignée — et le plus contesté : la tradition le loue d'avoir défendu la couronne, mais elle lui reproche la monnaie rognée, le procès des Templiers et le heurt avec la papauté. Cette biographie du plus célèbre des Capétiens directs (voir aussi la liste complète des rois de France) tâche de dire les deux.

Avant le trône : un prince silencieux#

Philippe naît à Fontainebleau en 1268, second fils de Philippe III. Son frère aîné meurt en 1276 dans des circonstances qui nourrirent des soupçons contre la seconde épouse de son père, sans qu'aucune preuve n'ait été établie. Il épouse en 1284 Jeanne de Navarre, héritière de la Navarre et de la Champagne : le mariage rattache à la couronne une des plus grandes principautés du royaume. Il devient roi à dix-sept ans, à la mort de son père en Aragon (1285), et est sacré à Reims le 6 janvier 1286. Les contemporains parlent de sa beauté, de sa taille, de son silence : on le compare à un hibou, qui regarde sans parler.

Le règne#

Agrandir et défendre le domaine (1285-1305)#

Philippe poursuit la politique capétienne d'extension : la Champagne passe au domaine par son mariage, Lyon est rattachée en 1312, Lille et Douai sont gagnées sur la Flandre. La guerre contre l'Angleterre en Guyenne (1294-1303) se règle par le mariage de sa fille Isabelle avec le futur Édouard II. En Flandre, le comte Gui de Dampierre s'allie à l'Angleterre ; le roi annexe le comté en 1300, mais les Flamands se soulèvent. Le 11 juillet 1302, à Courtrai, l'armée royale, mal conduite, est écrasée par les milices des villes : les éperons des chevaliers sont accrochés dans l'église en trophée. Le roi se venge à Mons-en-Pévèle (1304) et impose la paix d'Athis (1305), sévère pour les villes flamandes.

Le choc avec Boniface VIII (1296-1303)#

Pour payer ses guerres, Philippe taxe le clergé. Le pape Boniface VIII interdit cette levée sans son accord (bulle Clericis laicos, 1296), puis réaffirme la supériorité du spirituel (Unam sanctam, 1302). Le roi riposte en réunissant, en avril 1302, des représentants de la noblesse, du clergé et des villes : ce sont les premiers États généraux, venus témoigner que le royaume est derrière son roi. En septembre 1303, son conseiller Guillaume de Nogaret, avec les Colonna, surprend le pape à Anagni et le maltraite ; Boniface meurt peu après. L'affaire est lourde de conséquences : la papauté, affaiblie, s'installera à Avignon en 1309. Un historien catholique doit le dire : la défense de la couronne ne justifiait pas un coup de force contre le Vicaire du Christ.

Les Templiers (1307-1314)#

Le vendredi 13 octobre 1307, tous les Templiers du royaume sont arrêtés au même moment. Le roi, endetté envers l'Ordre et soucieux de sa propre autorité, invoque l'hérésie, le reniement du Christ et des pratiques obscènes. Les aveux sont obtenus sous la torture ; le pape Clément V, sous pression, suspend l'Ordre au concile de Vienne (1312) sans le condamner, en vertu d'une décision administrative. Cinquante-quatre Templiers sont brûlés en 1310 ; le grand maître Jacques de Molay est brûlé sur l'île de la Cité en mars 1314 après avoir, dit-on, proclamé l'innocence de l'Ordre. Les historiens restent partagés sur la culpabilité réelle de l'Ordre, mais s'accordent pour juger la procédure scandaleuse et ses motifs financiers évidents.

Gouverner : les légistes et l'argent#

Philippe règne avec des hommes de loi, souvent nés hors de la noblesse : Pierre Flote, Guillaume de Nogaret, Enguerrand de Marigny. Ils transforment le Conseil, le Parlement de Paris (fixé dans le palais de la Cité) et la Chambre des comptes en organes permanents. Le roi se donne pour mission de défendre le « bien commun » du royaume et de lever des impôts exceptionnels en cas de nécessité.

Faute de ressources suffisantes pour ses guerres, il recourt à des moyens que ses contemporains jugent iniques : expulsion des Juifs du royaume en 1306 et confiscation de leurs biens, arrestation des banquiers lombards, et surtout affaiblissement de la monnaie, qui lui vaut chez Dante le nom de « faux-monnayeur ». La révolte parisienne de 1306 contre cette dévaluation le contraint à se réfugier au Temple. Le défaut de ce gouvernement efficace est là : l'État y gagne en force ce que la parole du roi y perd en crédit — là où Saint Louis avait fait de la monnaie stable un devoir de conscience.

La cour et la famille#

Philippe est un époux fidèle et un père attentif, austère et pieux. Sa vie privée est irréprochable, ce qui rend le scandale de 1314 plus grave : ses brus Marguerite de Bourgogne et Blanche de Bourgogne, épouses de Louis et de Charles, sont convaincues d'adultère avec deux chevaliers, suppliciés en public ; les princesses sont emprisonnées à Château-Gaillard. Philippe a marié sa fille Isabelle à Édouard II d'Angleterre : de là viendra la revendication de leur fils Édouard III sur la couronne de France.

Mort et succession#

Le 4 novembre 1314, il est victime d'une attaque lors d'une chasse en forêt de Pont-Sainte-Maxence ; il meurt à Fontainebleau le 29 novembre, à quarante-six ans. La rumeur y voit la malédiction de Molay, qui avait cité le pape et le roi à comparaître devant Dieu : Clément V meurt en avril, Philippe en novembre. Il est enterré à Saint-Denis. Ses trois fils règnent à tour de rôle (Louis X, Philippe V, Charles IV) et meurent sans héritier mâle : la couronne passe en 1328 aux Valois, et la guerre de Cent Ans s'ouvre bientôt.

Ce qu'il en reste#

La France de Philippe le Bel est un État qui sait lever l'impôt, juger et écrire. C'est son legs durable : une administration que ses successeurs trouveront prête. Mais le prix a été lourd : un pape humilié, un ordre de moines-soldats détruit, des juifs chassés, une monnaie abîmée. Maurice Druon en a tiré Les Rois maudits ; le récit sur les livres et les séries dit ce qui est vrai de cette histoire. Dans la perspective de ce site, le bilan se tient en une phrase : un grand serviteur de l'État, qui a oublié que la royauté capétienne tenait sa force de la justice et de la parole donnée.

À retenir

  • 1285-1286 : avènement, puis sacre à Reims.
  • 1302 : Courtrai (11 juillet) ; premiers États généraux (avril).
  • 1303 : attentat d'Anagni contre Boniface VIII.
  • 1307 : arrestation des Templiers (13 octobre).
  • 1314 : mort de Jacques de Molay (mars), puis du roi (29 novembre).

Pour aller plus loin#

Sources#

Questions fréquentes#

Pourquoi Philippe le Bel est-il appelé le roi de fer ?

Le surnom vient de Druon (Les Rois maudits) et dit la dureté d'un roi impassible, qui impose sa volonté au pape, aux Templiers, aux Flamands et à ses sujets. Il n'est pas contemporain : on l'appelait « le Bel » pour sa prestance.

Qu'a fait Philippe le Bel ?

Il a renforcé l'État royal par les légistes et les baillis, réuni les premiers États généraux (1302), résisté à Boniface VIII (Anagni, 1303), arrêté les Templiers (1307), annexé Lyon et une partie de la Champagne, et mené une lourde guerre contre la Flandre.

Comment est mort Philippe le Bel ?

Le 29 novembre 1314, à Fontainebleau, des suites d'un accident cérébral survenu à la chasse. La légende fait de sa mort l'effet de la malédiction de Jacques de Molay, mort en mars de la même année.

Qui a succédé à Philippe le Bel ?

Son fils aîné Louis X le Hutin (1314-1316), puis ses deux autres fils, Philippe V et Charles IV. Aucun n'a laissé de fils : la dynastie des Capétiens directs s'éteint en 1328.

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