Louis VI le Gros : le roi qui matait les brigands (1108-1137)

Biographie de Louis VI le Gros (1108-1137) : les châteaux pillards rasés, Suger, l'oriflamme de 1124, Brémule, Aliénor. Le roi redevenu maître chez lui.

Romain Croisade 8 min

Mis à jour le 10 octobre 2026

Louis VI le Gros à cheval devant un château seigneurial en flammes, enluminure

Fiche

Né vers 1081, à Paris · Mort le 1er août 1137, à Paris selon Suger · Règne 1108-1137 (29 ans) · Sacre 3 août 1108, à Orléans, par l'archevêque de Sens (sacre) · Dynastie Capétiens · Père Philippe Ier · Mère Berthe de Hollande · Épouse Adélaïde de Maurienne (1115) · Prédécesseur Philippe Ier · Successeur Louis VII · Surnoms le Gros, le Batailleur (pourquoi) · Enterré à Saint-Denis

En 1111, la tour du Puiset, en Beauce, barre la route d'Orléans à Paris. Son seigneur, Hugues, rançonne les marchands, pille les terres des églises et se moque du roi. Louis VI vient l'assiéger, monte lui-même à l'assaut, prend le château et le fait raser. Hugues le relèvera ; Louis le rasera encore, trois fois en sept ans. Voilà tout le règne de Louis VI le Gros, cinquième roi capétien de la liste des rois de France : trente ans à cheval pour qu'un marchand puisse aller de Paris à Orléans sans payer de rançon. Quand il meurt, le roi est enfin maître chez lui — et le royaume peut commencer à grandir.

Avant le trône : le fils qui gouvernait déjà#

Louis naît vers 1081 de Philippe Ier et de Berthe de Hollande. Il est élevé à l'abbaye de Saint-Denis, où il a pour camarade un oblat d'humble naissance, Suger, qui sera l'homme de sa vie. En 1092, son père répudie Berthe et enlève Bertrade de Montfort, épouse du comte d'Anjou : l'Église excommunie le roi, et le jeune Louis grandit à l'écart d'une cour qui n'est plus la sienne. Orderic Vital rapporte que Bertrade, pour assurer le trône à ses propres fils, aurait tenté de l'empoisonner vers 1101 — le fait n'est connu que par ce chroniqueur.

Armé chevalier en 1098, associé au gouvernement comme roi désigné, Louis mène dès lors la guerre que son père, alourdi et discrédité, ne mène plus. En 1105, l'acquisition de la tour de Montlhéry, nid de rebelles qui coupait Paris du sud, est sa première victoire politique. Quand Philippe Ier meurt le 29 juillet 1108, son fils a vingt-sept ans et dix ans de métier.

Le règne#

Un sacre à la hâte (1108)#

Le demi-frère de Louis, fils de Bertrade, a des partisans ; le siège de Reims est disputé entre deux archevêques. Louis ne prend pas de risque : il se fait sacrer cinq jours après la mort de son père, le 3 août 1108, à Orléans, par Daimbert, archevêque de Sens. C'est l'un des deux seuls sacres capétiens hors de Reims après 1027. L'onction compte plus que le lieu : sacré, le roi ne peut plus être contesté.

Le roi contre les châtelains (1108-1130)#

Le domaine royal du XIIe siècle tient entre Compiègne et Orléans, et il est truffé de forteresses dont les seigneurs — Le Puiset, Montmorency, Coucy, Rochefort — vivent du pillage. Louis VI les soumet un par un : il assiège, il juge, il confisque. Hugues du Puiset est réduit en 1118. Thomas de Marle, sire de Coucy, que les chroniqueurs décrivent comme un pillard d'une cruauté sans exemple, est pris en 1130 et meurt captif. Chaque fois, le roi agit à l'appel d'un évêque, d'une abbaye ou de paysans spoliés : il vient en justicier, non en conquérant, et c'est ce qui fonde son autorité.

Brémule et le roi d'Angleterre (1109-1135)#

Le grand adversaire est Henri Ier Beauclerc, roi d'Angleterre et duc de Normandie, dont le domaine écrase celui du roi. Les deux hommes se disputent le Vexin pendant vingt-cinq ans. Le 20 août 1119, à Brémule, la chevalerie française se fait battre ; Louis s'enfuit seul à travers bois. L'année suivante, la mort de l'héritier d'Henri dans le naufrage de la Blanche-Nef (1120) bouleverse la succession anglaise et donne au roi de France un répit qu'il saura attendre.

L'oriflamme de 1124#

En 1124, l'empereur Henri V, gendre d'Henri Ier, marche sur Reims. Louis VI vient à Saint-Denis, prend sur l'autel la bannière de l'abbaye — l'oriflamme — et se déclare vassal de saint Denis pour le Vexin. Il convoque l'ost : pour la première fois, les contingents des grands vassaux — Champagne, Bourgogne, Flandre, Vermandois — accourent autour du roi. L'empereur, devant une armée qu'il n'attendait pas, rebrousse chemin sans combattre. Le royaume a fait bloc une fois ; on s'en souviendra à Bouvines.

Au-delà du domaine#

Le roi ose désormais intervenir loin de Paris. En Auvergne, en 1122 puis en 1126, il défend l'évêque de Clermont contre le comte, et le duc d'Aquitaine vient lui faire hommage. En Flandre, après l'assassinat du comte Charles le Bon à Bruges (1127), il impose son candidat, Guillaume Cliton — tentative qui échoue à la mort de celui-ci l'année suivante, mais où le roi a parlé en suzerain.

Gouverner : le roi, l'abbé et les Garlande#

Louis VI gouverne avec sa maison. La famille de Garlande cumule les grands offices : Étienne, clerc, est à la fois chancelier et sénéchal, c'est-à-dire chef de la chancellerie et de l'armée. Trop puissant, il est disgracié en 1127 ; le roi doit le combattre avant de lui pardonner. Le conseiller qui reste, c'est Suger, abbé de Saint-Denis à partir de 1122 : il tient la mémoire du règne, lie la monarchie à l'abbaye du saint patron, et passera à Louis VII.

Le roi Très Chrétien soutient l'Église réformatrice. Il fonde à Paris l'abbaye Saint-Victor (1113), foyer d'études où enseigneront Hugues et Richard de Saint-Victor, et, avec la reine, l'abbaye de Montmartre (1133). Il accueille les papes chassés d'Italie, Gélase II puis Innocent II, quand l'empereur leur oppose des antipapes. Avec les villes, il est pragmatique : il confirme des communes quand elles servent la paix et l'appuient contre les seigneurs, mais il ne les laisse pas s'en prendre à l'ordre établi. À Laon, en 1112, la commune révoltée massacre l'évêque Gaudry : le roi la supprime.

La cour et la famille#

Louis épouse en 1115 Adélaïde de Maurienne, nièce du pape Calixte II, femme pieuse et active qui paraît dans les actes à ses côtés. Ils ont au moins huit enfants : Philippe, l'aîné ; Louis, destiné d'abord à l'Église ; Henri, futur archevêque de Reims ; Robert, souche des comtes de Dreux ; Pierre, souche des Courtenay ; Constance. La cour n'a pas de résidence fixe : le roi va de Paris à Étampes, Orléans, Senlis, Compiègne, Béthisy, au rythme de ses chevauchées.

Mort et succession#

Le 13 octobre 1131, le jeune roi Philippe, sacré deux ans plus tôt, meurt à Paris : un porc errant se jette dans les jambes de son cheval. Louis VI fait aussitôt sacrer son second fils, Louis, à Reims le 25 octobre 1131, par le pape Innocent II lui-même. La règle capétienne tient : on assure l'héritier avant de mourir.

En 1137, le roi n'est plus que l'ombre du Batailleur. Son embonpoint l'empêche de monter à cheval, la dysenterie le ronge. Il a encore le temps d'un dernier coup de maître : le duc Guillaume X d'Aquitaine, mort en pèlerinage, lui a confié sa fille ; Louis VI la marie à son fils. Aliénor d'Aquitaine épouse le futur Louis VII à Bordeaux le 25 juillet 1137. Le 1er août, Louis VI meurt — selon Suger, couché sur un lit de cendres disposées en croix, en pénitent. Il repose à Saint-Denis.

Ce qu'il en reste#

Un domaine pacifié, d'abord : quand Louis VI meurt, le roi est obéi entre Seine et Loire, et c'est de cette base solide que Philippe Auguste partira à la conquête de la Normandie. Une idée, ensuite : le roi justicier, protecteur des églises et des faibles contre les forts, qui vient quand on l'appelle. Un symbole, enfin : l'oriflamme de Saint-Denis, que ses successeurs lèveront à chaque guerre jusqu'au XVe siècle. Suger lui a consacré la première biographie d'un roi capétien, la Vie de Louis VI le Gros. Bainville y voit le moment où la royauté, faisant elle-même la police de son domaine, redevient une force.

La fin du règne est moins heureuse qu'elle ne paraît. Le mariage aquitain, chef-d'œuvre de 1137, deviendra en 1152 la grande faute de Louis VII : répudiée, Aliénor portera son duché aux Plantagenêts.

À retenir

  • 1108 : avènement ; sacre à Orléans le 3 août.
  • 1111-1118 : le château du Puiset rasé trois fois.
  • 1119 : défaite de Brémule contre Henri Ier d'Angleterre.
  • 1124 : l'oriflamme de Saint-Denis ; l'empereur Henri V recule.
  • 1137 : mariage de Louis VII et d'Aliénor (25 juillet), mort de Louis VI (1er août).

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Suger, Vie de Louis VI le Gros, éd. et trad. Henri Waquet, Les Belles Lettres, 1929 — Gallica
  • Achille Luchaire, Louis VI le Gros. Annales de sa vie et de son règne, Paris, 1890 — Gallica
  • Éric Bournazel, Louis VI le Gros, Fayard, 2007 ; Jacques Bainville, Histoire de France, chap. III.

Questions fréquentes#

Pourquoi Louis VI est-il appelé « le Gros » ?

À cause de l'embonpoint qui l'accabla à la fin de sa vie, au point qu'il ne pouvait plus monter à cheval vers 1135. Ses contemporains l'appelaient aussi « le Batailleur » ou « l'Éveillé », pour trente ans passés à guerroyer contre les seigneurs pillards.

Qui a succédé à Louis VI le Gros ?

Son fils Louis VII, sacré à Reims par le pape Innocent II le 25 octobre 1131, du vivant de son père, après la mort accidentelle du fils aîné Philippe. Il devient seul roi le 1er août 1137.

Comment est mort Louis VI ?

D'une dysenterie, le 1er août 1137, à cinquante-cinq ans environ, une semaine après le mariage de son fils avec Aliénor d'Aquitaine. Suger raconte qu'il se fit étendre sur un lit de cendres en forme de croix. Il est enterré à Saint-Denis.

Combien de temps a régné Louis VI ?

Vingt-neuf ans, de la mort de son père Philippe Ier, le 29 juillet 1108, à sa propre mort le 1er août 1137 — après avoir déjà gouverné de fait aux côtés de son père pendant une dizaine d'années.

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