Louis VII le Jeune : le roi de la croisade et du divorce (1137-1180)

Biographie de Louis VII (1137-1180) : Aliénor, Vitry, la deuxième croisade, le divorce de 1152, le duel avec Henri II, Becket, la naissance de Philippe Auguste.

Romain Croisade 8 min

Mis à jour le 14 octobre 2026

Louis VII prenant la croix à Vézelay devant saint Bernard, enluminure

Fiche

Né vers 1120, à Paris · Mort le 18 septembre 1180, à Paris · Règne 1137-1180 (43 ans) · Sacre 25 octobre 1131, à Reims, par le pape Innocent II, du vivant de son père (sacre) · Dynastie Capétiens · Père Louis VI le Gros · Mère Adélaïde de Maurienne · Épouses Aliénor d'Aquitaine (1137), Constance de Castille (1154), Adèle de Champagne (1160) · Prédécesseur Louis VI · Successeur Philippe Auguste · Surnom le Jeune (pourquoi) · Enterré à l'abbaye de Barbeau, puis à Saint-Denis (1817)

Pâques 1146, sur la colline de Vézelay. Saint Bernard prêche devant une foule si nombreuse qu'il a fallu dresser une estrade dans la prairie ; le roi est à ses côtés, la croix cousue sur l'épaule, et la reine Aliénor avec lui. Louis VII, sixième roi capétien de la liste des rois de France, est le premier roi de France à partir pour Jérusalem. Il en reviendra vaincu, brouillé avec sa femme, et la perdra trois ans plus tard avec l'Aquitaine. On a fait de lui un moine couronné, un mari trompé, le roi de la grande faute. C'est oublier qu'en quarante-trois ans il a tenu tête au plus puissant prince d'Occident, protégé le pape et Thomas Becket, et laissé un fils.

Avant le trône : le cadet destiné à l'Église#

Louis est le second fils de Louis VI et d'Adélaïde de Maurienne. Promis au cloître, il est élevé à Notre-Dame de Paris et à Saint-Denis, auprès de Suger. Le 13 octobre 1131, son frère aîné Philippe, déjà sacré, meurt d'une chute de cheval ; douze jours plus tard, le pape Innocent II sacre l'enfant à Reims. En juillet 1137, son père lui fait épouser à Bordeaux Aliénor, héritière du duché d'Aquitaine. Sur le chemin du retour, il apprend que Louis VI est mort le 1er août : à dix-sept ans, il est roi de France et duc d'Aquitaine.

Le règne#

Les années d'orage (1137-1144)#

Le jeune roi veut faire sentir sa puissance. En 1141, il marche sur Toulouse au nom des droits de sa femme, sans succès. La même année, il refuse l'archevêque de Bourges élu sans lui, jure qu'il n'entrera jamais dans sa ville, et le pape jette l'interdit sur les lieux où se trouve le roi. Puis il couvre le mariage du sénéchal Raoul de Vermandois avec Pétronille, sœur d'Aliénor, au mépris de la première épouse de Raoul, nièce du comte Thibaut de Champagne. La guerre éclate. En 1143, à Vitry-en-Perthois, l'église où la population s'est réfugiée brûle : plus d'un millier de morts selon les chroniqueurs. Louis VII, hanté par ce sang, fait la paix en 1144 par l'entremise de saint Bernard.

La deuxième croisade (1146-1149)#

Édesse tombe aux mains des Turcs en 1144. Le roi prend la croix à Vézelay le 31 mars 1146, reçoit l'oriflamme à Saint-Denis en juin 1147 et part par la route de terre, avec l'empereur Conrad III. La traversée de l'Asie Mineure est un calvaire : au mont Cadmos, en janvier 1148, l'avant-garde se laisse couper du gros de l'armée et les Turcs massacrent la colonne ; le roi, adossé à un arbre, se bat seul. À Antioche, Aliénor prend le parti de son oncle Raymond de Poitiers et parle d'annuler son mariage ; Louis l'emmène de force à Jérusalem. Le siège de Damas, en juillet 1148, est levé au bout de quatre jours. Le récit complet de l'expédition est sur le blog frère Croisades.

Le divorce de 1152#

Le pape Eugène III réconcilie le couple à Tusculum ; une seconde fille naît, Alix, après Marie. Pas de fils. Suger, qui a gouverné le royaume pendant la croisade, meurt en janvier 1151 : la seule voix qui retenait le roi s'éteint. Le 21 mars 1152, le concile de Beaugency annule le mariage pour consanguinité. Aliénor reprend son duché et épouse le 18 mai Henri Plantagenêt, comte d'Anjou et duc de Normandie, qui sera roi d'Angleterre en 1154. Le roi de France voit la moitié occidentale de son royaume passer à son vassal le plus dangereux. Le divorce était sans doute inévitable ; le laisser partir avec l'Aquitaine, et si vite, fut la faute.

Le duel avec Henri II (1154-1180)#

Le reste du règne est une lutte de vingt-cinq ans contre un vassal plus riche que lui. Louis VII n'a ni l'argent ni l'armée d'Henri II, mais il a le titre, et il s'en sert. En 1159, Henri assiège Toulouse ; Louis s'enferme dans la ville, et le Plantagenêt lève le siège plutôt que de combattre son suzerain. Le roi accueille les ennemis d'Henri, soutient Thomas Becket en exil, arme en 1173 les fils révoltés contre leur père. Il ne gagne pas cette guerre ; il empêche Henri de la gagner.

Gouverner : le roi pieux et le roi justicier#

Louis VII gouverne d'abord avec Suger, puis avec des clercs et des petits chevaliers d'Île-de-France. Son autorité grandit sans conquête : on vient à lui. En 1155, à Soissons, il proclame une paix de dix ans pour tout le royaume, première ordonnance royale à valoir au-delà du domaine. Évêques et abbayes de Bourgogne, d'Auvergne, du Languedoc font appel à sa justice, et le roi descend jusqu'au Puy et à Clermont pour la rendre.

Le roi Très Chrétien est aussi le refuge de l'Église. Quand Frédéric Barberousse oppose un antipape à Alexandre III, Louis reconnaît Alexandre et l'accueille à Sens de 1163 à 1165. C'est sous son règne que l'évêque Maurice de Sully lance le chantier de Notre-Dame de Paris (1163) et que s'achève le chœur gothique de Saint-Denis, consacré en sa présence en 1144. Il protège Thomas Becket, archevêque de Canterbury, réfugié à Pontigny puis à Sens de 1164 à 1170, et tente de le réconcilier avec Henri II. La piété du roi n'est pas une faiblesse : elle lui vaut l'appui moral de l'Église dans tout l'Occident.

La cour et les résidences#

Paris devient la ville du roi, sans être encore une capitale. Louis VII séjourne aussi à Étampes, Orléans, Compiègne, et dans un manoir de chasse en forêt de Bière, où apparaît en 1137 le nom de Fontainebleau ; Becket, selon la tradition, en aurait consacré la chapelle en 1169. Gautier Map rapporte un mot du roi qui résume sa cour : le roi d'Angleterre a tout, hommes, chevaux, or et soie ; en France, en substance, « nous n'avons que du pain, du vin et de la joie ».

Après Aliénor, Louis épouse en 1154 Constance de Castille, qui meurt en couches en 1160 en lui laissant une troisième fille. Cinq semaines plus tard, il épouse Adèle de Champagne, sœur des comtes de Champagne et de Blois : le mariage réconcilie la couronne avec la maison qu'elle avait combattue à Vitry.

Mort et succession#

Le fils tant attendu naît le 21 août 1165 : Philippe, que tout le royaume appelle Dieudonné. En 1179, l'enfant tombe gravement malade après s'être égaré à la chasse ; le vieux roi se rend en pèlerinage sur la tombe de Becket à Canterbury, premier roi de France à poser le pied en Angleterre. Philippe guérit et est sacré à Reims le 1er novembre 1179 ; son père, frappé de paralysie, n'y assiste pas. Louis VII meurt à Paris le 18 septembre 1180. Il est enterré, non à Saint-Denis, mais à l'abbaye cistercienne de Barbeau qu'il avait fondée près de Melun ; ses restes ne rejoindront la nécropole royale qu'en 1817.

Ce qu'il en reste#

Un fils, d'abord, et ce n'est pas rien : Philippe Auguste reprendra tout ce que le divorce avait perdu. Une méthode, ensuite : le roi qui ne peut pas vaincre son vassal le domine par le droit, en suzerain, en justicier, en protecteur des églises. Bainville le juge sévèrement pour 1152, et la guerre de Cent Ans est en germe dans ce divorce. Mais le royaume que Louis VII laisse est plus respecté qu'il ne l'a reçu, et la royauté sacrée y a gagné une autorité que l'argent anglais n'achetait pas.

À retenir

  • 1131 : sacre à Reims par le pape Innocent II.
  • 1137 : mariage avec Aliénor (25 juillet), roi seul le 1er août.
  • 1146-1149 : deuxième croisade, échec devant Damas (1148).
  • 1152 : annulation du mariage à Beaugency ; l'Aquitaine passe à Henri Plantagenêt.
  • 1165 : naissance de Philippe Auguste ; 1180 : mort de Louis VII.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Eudes de Deuil, La Croisade de Louis VII, roi de France, éd. Henri Waquet, 1949 ; Suger, Histoire de Louis VII — Gallica
  • Achille Luchaire, Études sur les actes de Louis VII, Paris, 1885 — Gallica
  • Yves Sassier, Louis VII, Fayard, 1991 ; Jacques Bainville, Histoire de France, chap. IV — BnF

Questions fréquentes#

Pourquoi Louis VII est-il appelé « le Jeune » ?

Parce qu'il fut sacré à onze ans, en 1131, du vivant de son père Louis VI : il était le « jeune roi » à côté de l'ancien. Le surnom lui est resté pendant tout son règne de quarante-trois ans.

Pourquoi Louis VII a-t-il divorcé d'Aliénor d'Aquitaine ?

Faute de fils après quinze ans de mariage et après la brouille d'Antioche pendant la croisade. Le concile de Beaugency prononce l'annulation pour consanguinité le 21 mars 1152 ; Aliénor reprend l'Aquitaine et épouse Henri Plantagenêt deux mois plus tard.

Qui a succédé à Louis VII ?

Son fils Philippe II Auguste, né en 1165 de sa troisième épouse Adèle de Champagne, sacré à Reims le 1er novembre 1179 et seul roi à la mort de son père, le 18 septembre 1180.

Combien de temps a régné Louis VII ?

Quarante-trois ans comme seul roi, du 1er août 1137 au 18 septembre 1180 — près de quarante-neuf ans si l'on compte depuis son sacre de 1131.

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