Les regalia : sceptre, main de justice, couronne, épée Joyeuse

Les regalia des rois de France : couronne, sceptre, main de justice, épée Joyeuse, éperons et anneau. Leur sens au sacre, leur histoire, ce qu'il en reste.

Romain Croisade 5 min

Mis à jour le 13 octobre 2026

Couronne, sceptre, main de justice et épée Joyeuse posés sur un coussin fleurdelisé, enluminure

Les regalia sont les insignes de la royauté remis au roi de France le jour de son sacre : la couronne, le sceptre, la main de justice, l'épée Joyeuse, les éperons d'or et l'anneau. Gardés au trésor de Saint-Denis, apportés à Reims pour chaque sacre des rois de France, ils disent chacun une fonction du roi — commander, juger, combattre, épouser le royaume. Ce ne sont pas des bijoux : ce sont des objets liturgiques, bénis sur l'autel avant d'être donnés.

D'où viennent les regalia ?#

Le mot latin signifie « les choses du roi ». Les rois francs portaient déjà un sceptre et une couronne, et Charlemagne fixe pour l'Occident l'image du souverain couronné, le glaive au côté. Mais c'est l'abbaye de Saint-Denis qui fait des regalia un trésor national : à partir du XIIe siècle, sous Suger puis sous Philippe Auguste, les moines en deviennent les gardiens, et la tradition les rattache à Charlemagne — la « couronne de Charlemagne », l'« épée de Charlemagne ». Le rattachement est en grande partie légendaire ; il dit l'essentiel : le roi capétien se veut l'héritier de l'empereur.

L'ordo du XIIIe siècle règle tout. L'abbé de Saint-Denis porte les insignes à Reims, les dépose sur l'autel, et les reprend après la cérémonie. Pour chaque règne, ils ne quittent leur abbaye que pour un jour.

Comment ça marchait : un objet, une fonction#

Le rite de la cérémonie du sacre les donne dans un ordre qui est déjà un enseignement.

  • Les éperons d'or, chaussés d'abord : le roi est chevalier.
  • L'épée Joyeuse, ceinte puis remise au connétable : le roi la reçoit de l'Église pour défendre la foi, les veuves et les orphelins, mais ne la porte pas lui-même ; il la confie à celui qui combat. L'épée conservée au Louvre est un assemblage de pièces du Xe au XIIIe siècle ; elle sert au sacre au moins depuis Philippe III (1271) et jusqu'à Charles X (1825).
  • L'anneau, après les onctions : il marie le roi à son royaume, comme l'anneau épiscopal marie l'évêque à son Église.
  • Le sceptre, dans la main droite : le commandement. Celui de Charles V, commandé pour le sacre de son fils, est surmonté d'une statuette de Charlemagne assis sur un lys.
  • La main de justice, dans la main gauche : un bâton terminé par une main bénissante, trois doigts levés. C'est l'insigne le plus français de tous — aucun autre royaume ne l'a — et il dit que toute justice émane du roi.
  • La couronne, posée enfin par l'archevêque et soutenue par les douze pairs : le royaume entier sur la tête d'un homme, porté par ses grands.

Le manteau et la tunique, d'azur semés de fleurs de lys, complètent l'ensemble.

Ce que ça a changé#

Les regalia donnent forme à une idée juridique : la Couronne ne se confond pas avec le roi. L'objet passe de règne en règne, le roi meurt ; le domaine de la Couronne est inaliénable, le roi n'en est que le dépositaire. Et la main de justice rappelle le premier devoir juré au sacre. Saint Louis sous son chêne, le lit de justice, les parlements « rendant la justice au nom du roi » : tout cela est contenu dans un bâton d'ivoire.

Comment ça finit#

À partir de Louis XIV, chaque roi fait faire sa couronne personnelle, la « couronne de Charlemagne » restant à Saint-Denis. Celle de Louis XV (1722), sertie à l'origine du Régent et du Sancy, est la seule couronne de sacre de la monarchie parvenue jusqu'à nous ; les pierres en ont été remplacées par des copies.

En 1793, la Convention vide le trésor de Saint-Denis : la couronne de Charlemagne et la plupart des pièces d'orfèvrerie sont fondues. Quelques objets échappent au creuset et rejoignent le muséum du Louvre — Joyeuse, les éperons, le sceptre de Charles V, la main d'ivoire. Napoléon en remploie une partie, remontée par l'orfèvre Biennais, pour son sacre de 1804 ; Charles X est sacré avec Joyeuse en 1825. En 1887, la République vend aux enchères la plupart des joyaux de la Couronne, de crainte qu'ils ne servent un jour à une restauration.

Idées reçues#

Joyeuse est l'épée de Charlemagne. Rien ne le prouve : le nom vient de la Chanson de Roland, l'objet est postérieur à l'empereur. Les regalia faisaient le roi. Non : depuis 1271, le roi l'est dès la mort de son prédécesseur ; les insignes le consacrent, ils ne le désignent pas.

À retenir

  • Six insignes principaux : couronne, sceptre, main de justice, épée Joyeuse, éperons, anneau — plus le manteau fleurdelisé.
  • Gardés à Saint-Denis, portés à Reims par l'abbé, bénis sur l'autel avant d'être remis.
  • La main de justice est un insigne propre aux rois de France.
  • Trésor fondu en 1793 ; Joyeuse, les éperons, le sceptre de Charles V, la main de justice et la couronne de Louis XV sont au Louvre.

Pour aller plus loin#

Sources#

Questions fréquentes#

Que sont les regalia des rois de France ?

Ce sont les insignes remis au roi pendant le sacre : la couronne, le sceptre, la main de justice, l'épée Joyeuse, les éperons, l'anneau et les vêtements semés de fleurs de lys. Ils étaient gardés au trésor de l'abbaye de Saint-Denis.

Que symbolise la main de justice ?

Elle signifie que le roi est le juge suprême du royaume, la source de toute justice. C'est un insigne propre aux rois de France : un bâton terminé par une main qui bénit.

Où voir les regalia aujourd'hui ?

Au Louvre, galerie d'Apollon : l'épée Joyeuse, les éperons, le sceptre de Charles V, la main de justice et la couronne de Louis XV. Le palais du Tau, à Reims, conserve des ornements du sacre de Charles X.

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