Charlemagne : biographie du roi des Francs devenu empereur (768-814)

Biographie de Charlemagne, roi des Francs de 768 à 814 : les Lombards, Roncevaux, les Saxons, le couronnement impérial de 800, Aix-la-Chapelle et sa succession.

Romain Croisade 9 min

Charlemagne couronné empereur à Rome par le pape Léon III en 800, enluminure

Fiche

Né vers 747-748, lieu inconnu · Mort le 28 janvier 814, à Aix-la-Chapelle · Règne roi des Francs 768-814 (46 ans), roi des Lombards à partir de 774, empereur à partir de 800 · Sacre consacré roi à Noyon le 9 octobre 768 ; déjà oint enfant par le pape Étienne II en 754 (voir la liste des sacres) · Dynastie Carolingiens · Père Pépin le Bref · Mère Bertrade de Laon · Épouses Himiltrude, Désirée de Lombardie (répudiée), Hildegarde, Fastrade, Liutgarde · Prédécesseur Pépin le Bref · Successeur Louis le Pieux · Surnom Charles le Grand, Carolus Magnus · Enterré à Aix-la-Chapelle

Rome, Noël 800. Dans la basilique Saint-Pierre, le roi des Francs se relève de la prière ; le pape Léon III lui pose une couronne sur la tête et le peuple romain l'acclame trois fois empereur. Éginhard, son biographe, assure qu'il n'aurait pas mis les pieds dans l'église ce jour-là s'il avait su ce qui l'attendait — coquetterie de prince ou vraie surprise, on en discute depuis douze siècles. L'Empire d'Occident, éteint depuis 476, vient de renaître. Dans la liste des rois de France, Charlemagne n'occupe pas tout à fait la place qu'on lui prête : il est roi des Francs, non roi de France — mais aucun de ses successeurs, jusqu'à Charles X, n'a cessé de se vouloir son héritier.

Avant le trône : le fils de Pépin#

Charles naît vers 747 ou 748, d'une date et d'un lieu que les sources ne donnent pas — signe qu'il n'était pas, à sa naissance, destiné à régner. Son père Pépin le Bref n'est alors que maire du palais ; il ne sera roi qu'en 751. En 754, à Saint-Denis, le pape Étienne II sacre le père, la mère et les deux fils : Charles, âgé de six ou sept ans, est oint avec sa famille et interdiction est faite aux Francs de choisir un roi hors de cette lignée. Il grandit dans les palais de l'Oise, apprend la guerre avant les lettres, et accompagne son père dans ses campagnes d'Aquitaine.

À la mort de Pépin, le 24 septembre 768, le royaume est partagé à la manière franque : Charles est consacré roi à Noyon le 9 octobre, son frère cadet Carloman à Soissons. Les deux frères se détestent et manquent d'en venir aux armes. La mort de Carloman, le 4 décembre 771, règle tout : Charles se fait reconnaître par les grands de son frère, dont la veuve s'enfuit en Lombardie avec ses fils. À vingt-quatre ans, il est seul maître du royaume franc.

Le règne : cinquante campagnes#

Les Lombards et l'Italie (773-774)#

Pépin avait promis au pape de le protéger des Lombards ; Charles tient. En 770, sa mère Bertrade lui avait fait épouser une fille du roi Didier ; il la répudie l'année suivante, ce qui vaut à la fois une offense et une guerre. Le pape Adrien Ier appelle à l'aide ; Charles franchit les Alpes en 773, assiège Pavie tout l'hiver et l'enlève en juin 774. Didier finit dans un monastère et le vainqueur ceint la couronne de fer : il est désormais roi des Francs et des Lombards. Le royaume lombard n'est pas annexé mais conservé comme royaume, confié plus tard à son fils Pépin. Rome, elle, a trouvé son protecteur pour mille ans.

Roncevaux et la marche d'Espagne (778-801)#

En 778, appelé par des gouverneurs musulmans révoltés contre Cordoue, Charles descend en Espagne. Saragosse lui ferme ses portes ; il doit rebrousser chemin, rase au passage les murailles de Pampelune et, le 15 août, son arrière-garde est écrasée dans un défilé des Pyrénées par des montagnards basques. Éginhard nomme trois morts, dont Roland, préfet de la marche de Bretagne. L'échec est complet ; trois siècles plus tard, la Chanson de Roland en fera le plus beau poème de la langue française, avec des Sarrasins à la place des Basques. Charles revient plus tard et plus lentement : Gérone, puis Barcelone en 801, fondent la marche d'Espagne, verrou chrétien au sud des Pyrénées.

Les Saxons : trente-deux ans de guerre (772-804)#

C'est la guerre de sa vie, et la plus dure à raconter. Les Saxons sont païens, sans roi, sans villes, et pillent la Hesse depuis des générations. Charles abat leur idole, l'Irminsul, en 772, et revient chaque fois qu'ils se soulèvent — c'est-à-dire presque chaque année. En 782, après la destruction d'une armée franque au Süntel, il fait exécuter à Verden, selon les Annales royales, quatre mille cinq cents prisonniers saxons en un jour. Le capitulaire De partibus Saxoniae punit de mort le refus du baptême, la crémation des morts et les sacrifices païens. Le chef Widukind se soumet et reçoit le baptême en 785, Charles lui servant de parrain ; les révoltes reprennent pourtant jusqu'en 804, réglées par des déportations massives.

L'honnêteté oblige à le dire : convertir par le fer est contraire à la doctrine de l'Église, et un clerc de sa propre cour, Alcuin, le lui écrivit — la foi se persuade, elle ne s'impose pas. Charles finit d'ailleurs par adoucir sa loi en 797. La Saxe est devenue chrétienne, et elle donnera à l'Empire ses empereurs saxons ; le prix en a été terrible.

Les Avars, la Bavière, le nord (788-796)#

Le reste suit la même logique : sécuriser les frontières. Tassilon III, duc de Bavière et cousin déloyal, est déposé et tonsuré en 788, son duché intégré au royaume. De 791 à 796, les armées franques détruisent le khanat avar, sur le Danube, et rapportent à Aix le trésor accumulé depuis deux siècles — quinze chariots, dit-on, qui financeront les bâtiments du règne. Au nord, une flotte est armée contre les premiers Danois ; le roi Godefrid inquiète déjà les côtes en 810.

Gouverner un empire sans administration#

Le royaume s'étend de l'Èbre à l'Elbe, de la mer du Nord au Bénévent, et il n'a ni impôt régulier, ni fonctionnaires salariés, ni capitale — jusqu'à Aix. Charles gouverne avec ce qu'il a : trois cents comtes, tenus par la fidélité jurée et par le bénéfice de terres ; des marches militaires aux frontières ; l'assemblée générale de printemps, le « champ de mai », qui réunit grands et évêques ; les capitulaires, ordonnances dictées et diffusées par écrit, dont plus de cent nous sont parvenues ; et les missi dominici, envoyés du maître par deux, un laïc et un clerc, qui parcourent chaque année un ressort déterminé pour vérifier les comtes, entendre les plaintes et faire jurer la fidélité. Il réforme la monnaie en imposant partout le denier d'argent et le système livre-sou-denier, qui durera jusqu'en 1795. Il légifère sur les poids et mesures, sur les domaines royaux, sur le blé en temps de disette. C'est l'ébauche d'un État, dans un monde qui n'en avait plus.

La renaissance carolingienne#

Le roi parlait le francique, comprenait le latin, essayait le grec, et selon Éginhard s'exerçait la nuit à tracer des lettres sans y parvenir tout à fait. Il n'en a pas moins fait de sa cour le foyer intellectuel de l'Occident. Il appelle à Aix l'Anglo-Saxon Alcuin, le Lombard Paul Diacre, le Wisigoth Théodulf, le Franc Éginhard : c'est l'école palatine. L'Admonitio generalis de 789 ordonne à chaque évêché et à chaque monastère de tenir une école pour former des clercs sachant lire correctement. Les scriptoria copient les manuscrits antiques — l'essentiel de ce que nous lisons de Rome vient de ces copies — et mettent au point la minuscule caroline, claire, séparée en mots, dont dérivent nos caractères d'imprimerie. Charlemagne n'a pas « inventé l'école » : il a sauvé les lettres latines d'une disparition alors probable.

Aix-la-Chapelle, la cour et la famille#

À partir des années 790, le roi vieillissant cesse d'errer et bâtit : Aix-la-Chapelle, ses eaux chaudes, son palais, sa chapelle octogonale aux colonnes rapportées de Ravenne, consacrée en 805 et debout aujourd'hui. La cour y vit nombreuse, savante et bruyante. La vie privée de Charles n'est pas édifiante : cinq épouses successives, plusieurs concubines, une vingtaine d'enfants, et des filles qu'il refuse de marier — pour ne pas créer de gendres dangereux — et qui donnent à la cour des scandales que les clercs racontent à mots couverts. Sa préférée, Hildegarde, morte à vingt-cinq ans en 783 après neuf grossesses, lui avait donné ses trois héritiers.

Mort et succession#

En 806, la Divisio regnorum partage l'empire entre ses trois fils, selon la coutume franque. La mort décide autrement : Pépin d'Italie meurt en 810, Charles le Jeune en 811. Reste Louis, roi d'Aquitaine. En septembre 813, à Aix, devant l'assemblée, Charlemagne fait prendre à son fils la couronne impériale sur l'autel et la poser lui-même sur sa tête : pas de pape, pas de partage. Le 28 janvier 814, après une fièvre prise à la chasse et sept jours de jeûne, il meurt d'une pleurésie, à environ soixante-douze ans. On l'enterre le jour même dans sa chapelle. L'empire lui survivra moins de trente ans : le traité de Verdun, en 843, le coupe en trois, et de sa part occidentale naîtra la France.

Ce qu'il en reste#

Une frontière, une écriture, une idée. La frontière de 843 sépare encore la France de l'Allemagne, et les deux pays se sont disputé sa mémoire pendant mille ans — Karl der Grosse à Aix, Charlemagne à Paris. L'idée d'empire chrétien passera au Saint-Empire ; celle de royauté sacrée restera française. À Saint-Denis, les rois conservaient sa prétendue couronne et l'épée dite Joyeuse, qui servit aux sacres jusqu'à Charles X ; Louis XI fit de sa fête une obligation dans le royaume. Sa canonisation, obtenue en 1165 par Frédéric Barberousse d'un antipape, n'a jamais été reconnue par Rome, qui tolère un culte local sans plus. La légende, elle, a tout emporté : le vieil empereur « à la barbe fleurie » de la Chanson de Roland, qui n'était pas barbu, et que la mesure de ses ossements donne haut d'environ 1,84 m — le seul point où la légende a eu raison.

À retenir

  • 768 : Charles consacré roi à Noyon ; 771 : mort de Carloman, il règne seul.
  • 774 : prise de Pavie, roi des Lombards ; 778 : échec d'Espagne et Roncevaux.
  • 772-804 : guerres de Saxe ; 782 : massacre de Verden ; 785 : baptême de Widukind.
  • 25 décembre 800 : couronné empereur à Rome par Léon III.
  • 813 : Louis le Pieux couronné à Aix ; 28 janvier 814 : mort à Aix-la-Chapelle.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Éginhard, Vie de Charlemagne ; Annales royales des Francs — Gallica
  • Jean Favier, Charlemagne, Fayard, 1999 ; Pierre Riché, Les Carolingiens. Une famille qui fit l'Europe, Hachette, 1983.
  • Capitularia regum Francorum, éd. Boretius, Monumenta Germaniae Historica — dMGH

Questions fréquentes#

Charlemagne est-il un roi de France ?

Il est roi des Francs, pas roi de France : le royaume qu'il gouverne va de l'Èbre à l'Elbe et la France n'existe pas encore comme État séparé — elle naîtra du partage de Verdun, en 843, entre ses petits-fils. Mais tous les rois de France se sont dits ses héritiers, et se sont fait sacrer avec sa couronne et son épée.

Pourquoi Charlemagne a-t-il été couronné empereur en 800 ?

Parce qu'il régnait de fait sur l'Occident chrétien et que le trône de Constantinople était occupé par une femme, Irène, que Rome ne reconnaissait pas. Le pape Léon III, qu'il venait de rétablir contre ses ennemis romains, le couronna empereur le jour de Noël 800 dans la basilique Saint-Pierre.

Comment est mort Charlemagne ?

D'une pleurésie, après une fièvre prise au retour d'une chasse, le 28 janvier 814 à Aix-la-Chapelle, à environ soixante-douze ans. Il est enterré le jour même dans sa chapelle palatine, où son tombeau se trouve toujours.

Qui a succédé à Charlemagne ?

Son seul fils légitime survivant, Louis le Pieux, qu'il avait lui-même couronné empereur à Aix en septembre 813, un an avant sa mort, sans passer par le pape. Ses deux aînés, Pépin d'Italie et Charles le Jeune, étaient morts en 810 et 811.

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