Azincourt (1415) : l'archer contre le chevalier
Bataille d'Azincourt, 25 octobre 1415 : Henri V écrase la chevalerie française dans la boue de l'Artois. Contexte, déroulement, massacre des prisonniers, suite.
Mis à jour le 17 octobre 2026

Fiche
Date vendredi 25 octobre 1415, jour de la Saint-Crépin · Lieu Azincourt, en Artois, entre les bois d'Azincourt et de Tramecourt · Camps Henri V, roi d'Angleterre, contre l'armée de Charles VI, menée par le connétable Charles d'Albret et le maréchal Boucicaut, avec les ducs d'Orléans, de Bourbon, d'Alençon, de Bar et de Brabant · Roi de France Charles VI, absent, comme le dauphin · Effectifs environ 6 000 à 9 000 Anglais, aux cinq sixièmes archers ; 12 000 à 25 000 Français selon les historiens · Issue désastre français · Pertes plusieurs milliers de morts français, dont trois ducs et le connétable ; quelques centaines côté anglais
Le 25 octobre 1415, une petite armée anglaise épuisée, qui cherche seulement à rejoindre Calais, écrase sur un champ boueux de l'Artois l'armée du roi de France, deux ou trois fois plus nombreuse. C'est la troisième fois en soixante-dix ans, après Crécy et Poitiers, que la chevalerie française se brise sur l'archer anglais — et la pire. Azincourt ouvre l'abîme de la guerre de Cent Ans : cinq ans plus tard, au traité de Troyes, le roi d'Angleterre est déclaré héritier du royaume de France.
Le contexte : un royaume sans tête#
En 1415, la France n'a plus vraiment de roi. Charles VI est fou depuis 1392, avec de longues absences ; les princes de sa famille se disputent le gouvernement. Depuis l'assassinat de Louis d'Orléans par les hommes de Jean sans Peur, duc de Bourgogne (1407), Armagnacs et Bourguignons se font une guerre civile ouverte ; Paris a connu l'émeute cabochienne en 1413. C'est le moment que choisit Henri V de Lancastre, roi depuis deux ans, pour relever les prétentions d'Édouard III à la couronne de France.
Il débarque le 14 août 1415 près de Harfleur, à l'embouchure de la Seine, avec une dizaine de milliers d'hommes. Le siège dure plus d'un mois ; la ville se rend le 22 septembre, mais la dysenterie a décimé l'armée. Plutôt que de rembarquer, Henri décide de marcher jusqu'à Calais à travers la Normandie et la Picardie — une bravade. Les Français coupent les gués de la Somme ; les Anglais remontent le fleuve, le franchissent vers Béthencourt le 19 octobre, et trouvent le 24 l'armée française en travers de leur route.
Le déroulement#
La nuit. Il pleut. Les Anglais, affamés, se taisent sur ordre du roi ; les Français, dit-on, font du bruit et jouent leurs futurs prisonniers aux dés. L'armée royale attend encore des renforts ; le duc de Bourgogne n'est pas venu, et il a interdit à son fils de venir.
Le matin. Henri V se déploie sur un champ fraîchement labouré, large d'à peine un kilomètre entre deux bois qui protègent ses flancs. Ses hommes d'armes au centre, ses archers sur les ailes, chaque archer plante devant lui un pieu aiguisé. Les Français, en trois « batailles » successives, attendent qu'on les attaque : ils ont le nombre, le temps joue pour eux. Pendant des heures, rien ne bouge. Vers onze heures, Henri fait avancer toute sa ligne à portée de tir, replanter les pieux, et lâcher les flèches.
La charge. Piquée par la pluie de traits, la cavalerie française des ailes charge, trop peu nombreuse et trop tôt ; les chevaux blessés s'empalent sur les pieux ou refluent, affolés, dans la première bataille qui avance à pied. Celle-ci — l'élite de la noblesse, en armure complète, les ducs au premier rang — s'enfonce dans la boue jusqu'aux chevilles. Le champ se resserre vers les Anglais ; les hommes d'armes, poussés par ceux qui suivent, sont si serrés qu'ils ne peuvent plus lever le bras. Ils atteignent la ligne anglaise, l'ébranlent un moment ; puis les archers, lâchant l'arc pour la hache, le maillet et l'épée, tombent sur ces chevaliers renversés qui ne peuvent se relever. Les cadavres font des tas plus hauts qu'un homme.
Le massacre des prisonniers. Vers la fin de la bataille, quand la seconde ligne française a été brisée à son tour et que la troisième semble se reformer, une troupe locale menée par le seigneur d'Azincourt pille les bagages anglais. Henri V, craignant une nouvelle attaque avec des milliers de prisonniers dans le dos, ordonne de les tuer. Les chevaliers rechignent — il y va de leur honneur et de leurs rançons — ; ce sont des archers qui s'en chargent. Le massacre est arrêté quand le danger s'avère nul. Seuls les plus grands seigneurs sont épargnés.
Pourquoi ce résultat#
Le terrain, d'abord : la boue et l'étroitesse du champ ont annulé le nombre français et fait de chaque rang supplémentaire un poids pour le précédent. L'arc long ensuite, servi par des archers professionnels qui tirent dix flèches à la minute, protégés par leurs pieux. Mais la cause première est politique. L'armée française n'a pas de chef : Charles VI est fou, le dauphin Louis tenu à l'écart ; le connétable d'Albret et Boucicaut, qui voulaient attendre et harceler, sont débordés par les princes du sang qui exigent la première ligne et l'honneur du premier coup. La querelle des Armagnacs et des Bourguignons a privé l'armée du contingent bourguignon et de toute discipline. Là où le roi manque, le royaume saigne.
Les conséquences#
Les morts se comptent par milliers — six mille selon une estimation courante, davantage selon certaines chroniques : le connétable d'Albret, les ducs d'Alençon, de Bar et de Brabant, le comte de Nevers, des centaines de seigneurs. Les ducs d'Orléans et de Bourbon, le maréchal Boucicaut sont emmenés en Angleterre ; Charles d'Orléans y restera vingt-cinq ans, et y écrira ses ballades. La noblesse armagnaque, qui tenait le gouvernement, est décapitée : Jean sans Peur, resté à l'écart, en sort le maître du jeu et entre dans Paris en 1418. Henri V, lui, ne conquiert rien en 1415 ; il rentre à Londres en triomphe. Mais il revient en 1417 et soumet méthodiquement la Normandie. Après l'assassinat de Jean sans Peur à Montereau (1419), la Bourgogne passe aux Anglais, et le traité de Troyes (1420) livre la succession de France à Henri V. Il faudra Jeanne d'Arc, et le règne de Charles VII, pour remonter de cet abîme.
Vrai ou faux#
Le geste des deux doigts levés vient des archers d'Azincourt, qui narguaient les Français à qui l'on menaçait de couper les doigts. Faux, ou du moins sans aucune source : la légende date du XXe siècle. Les chroniqueurs rapportent seulement que les Français promettaient de mutiler les archers capturés.
Les Français étaient dix contre un. Exagéré. Les chroniqueurs anglais grossissent l'ennemi ; Anne Curry, dans des travaux récents fondés sur les rôles de solde, ramène l'écart à moins de deux contre un. La plupart des historiens retiennent un rapport de deux ou trois contre un.
À retenir
- 25 octobre 1415, en Artois : Henri V bat l'armée de Charles VI, qui n'est pas là.
- Boue, champ étroit, arc long et pieux, armée sans chef : la chevalerie française anéantie à pied.
- Henri V fait tuer une partie des prisonniers ; Charles d'Orléans reste vingt-cinq ans captif.
- Suite : la Normandie conquise (1417-1419), Montereau (1419), le traité de Troyes (1420).
Pour aller plus loin#
- La guerre de Cent Ans (1337-1453), le conflit en entier.
- Bataille de Crécy (1346) et Poitiers (1356), les deux premiers désastres.
- Patay (1429) : la revanche d'Azincourt, quatorze ans plus tard, les archers anglais dispersés.
- Charles VI le Fol, le roi absent d'Azincourt.
- Les Valois, la dynastie qui a failli sombrer.
- La chronologie et tous les rois de France.
Sources#
- Enguerrand de Monstrelet, Chronique, éd. L. Douët-d'Arcq — Gallica
- Philippe Contamine, Azincourt, Gallimard, coll. « Archives », 1964.
- Anne Curry, Agincourt. A New History, Tempus, 2005.
Questions fréquentes#
Qui a gagné la bataille d'Azincourt ?
Le roi d'Angleterre Henri V, contre l'armée du roi de France Charles VI commandée par le connétable d'Albret et le maréchal Boucicaut. Le roi de France, malade, n'était pas présent.
Pourquoi les Français ont-ils perdu à Azincourt ?
Un champ étroit entre deux bois, une terre labourée détrempée par la pluie, des hommes d'armes à pied trop serrés pour combattre, l'archerie anglaise sur les flancs, et une armée sans chef unique, divisée par la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
Où se trouve Azincourt ?
Dans le Pas-de-Calais, entre Hesdin et Saint-Pol-sur-Ternoise, à une soixantaine de kilomètres au sud de Calais. Un centre d'interprétation y raconte la bataille.