La sainte ampoule : de Clovis à sa destruction en 1793
La sainte ampoule, huile du sacre des rois de France : la légende de la colombe de Clovis, son usage à Reims, sa destruction en 1793 et les fragments de 1825.

La sainte ampoule est la fiole d'huile sainte qui servait au sacre des rois de France. Selon la tradition rémoise, une colombe l'avait apportée du ciel à saint Remi pendant le baptême de Clovis ; à chaque sacre, l'archevêque de Reims en prélevait une parcelle pour la mêler au saint chrême. Elle faisait du roi de France le seul souverain de la chrétienté oint d'une huile venue du ciel. Un conventionnel l'a brisée en 1793.
D'où vient la sainte ampoule ?#
Grégoire de Tours, qui raconte en détail le baptême de Clovis, ne parle ni de colombe ni d'ampoule. Le récit apparaît près de quatre siècles plus tard, sous la plume d'Hincmar, archevêque de Reims : il y fait allusion au couronnement de Charles le Chauve à Metz en 869, puis le développe dans sa Vie de saint Remi (vers 878). La foule empêchant le clerc qui portait le chrême d'arriver jusqu'aux fonts, Remi aurait prié, et une colombe aurait déposé dans sa main une ampoule pleine d'un baume parfumé.
Hincmar avait ses raisons : faire de Reims la ville nécessaire du sacre et de son archevêque le consécrateur des rois. Mais il ne crée pas de rien. Il donne une forme à une conviction déjà ancienne, celle que Clovis a fondé une royauté chrétienne et que ses successeurs tiennent leur couronne de Dieu par l'Église. L'objet lui-même est sans doute une petite fiole de l'Antiquité tardive, de quelques centimètres, que l'abbaye Saint-Remi conservait dans le tombeau du saint, enchâssée dans un reliquaire en forme de colombe.
Comment ça marchait#
La veille du sacre, l'ampoule quittait l'abbaye en procession. Le grand prieur de Saint-Remi la portait sous un dais, sur un cheval blanc ; quatre seigneurs, les « otages de la sainte ampoule », juraient sur leur vie de la rendre. À la porte de la cathédrale, l'archevêque la recevait, et la posait sur l'autel. Pendant la cérémonie du sacre, il en tirait avec une aiguille d'or une parcelle grosse comme un grain de blé, qu'il broyait sur la patène avec le chrême. Le roi recevait ensuite les neuf onctions, puis les regalia. L'ampoule regagnait Saint-Remi le jour même.
On disait que le baume ne diminuait jamais. Les rois y tenaient au point qu'en 1483 Louis XI, mourant au Plessis-lès-Tours, se la fit apporter dans sa chambre.
Ce que ça a changé#
Les autres rois chrétiens étaient oints d'un chrême consacré par un évêque ; le roi de France l'était d'une huile du ciel. C'est l'un des fondements du titre de roi Très Chrétien et du pouvoir thaumaturgique : le roi sacré touche les écrouelles. C'est aussi pourquoi un roi non sacré à Reims paraissait moins roi. Henri IV, sacré à Chartres en 1594 parce que Reims tenait pour la Ligue, dut recourir à une autre huile miraculeuse, celle de la sainte ampoule de Marmoutier, liée à saint Martin. Reims, à son tour, devient le lieu presque obligé du sacre à partir du XIe siècle.
Comment ça finit#
Le 7 octobre 1793, Philippe Rühl, député du Bas-Rhin en mission à Reims, fait chercher l'ampoule à Saint-Remi. Place Royale, devant la foule, il la brise à coups de marteau sur le socle de la statue de Louis XV, renversée l'année précédente. Le geste est voulu : détruire l'huile du sacre, c'est rendre impossible tout retour du roi.
La veille, le curé de Saint-Remi, Jacques Seraine, avait prélevé avec le magistrat municipal Philippe Hourelle quelques fragments du baume desséché. Gardés en secret, ils sont déclarés sous la Restauration, reconnus par l'archevêque de Reims et placés dans un nouveau reliquaire. Ils servent au dernier sacre, celui de Charles X, le 29 mai 1825. Ce reliquaire est aujourd'hui exposé au palais du Tau.
Idées reçues#
La sainte ampoule a servi au baptême de Clovis. C'est la tradition, pas un fait : aucune source avant le IXe siècle ne la mentionne. On peut tenir la légende pour telle, et le sens qu'elle portait pour très réel.
Tous les rois de France ont été oints avec elle. Non. Les sacres d'avant Hincmar ne l'utilisaient pas, Henri IV ne l'a pas eue, et Napoléon s'en est passé à Notre-Dame en 1804.
À retenir
- Fiole de l'abbaye Saint-Remi : selon la tradition, l'huile du baptême de Clovis, apportée par une colombe.
- Légende fixée par Hincmar de Reims (869-878) ; Grégoire de Tours n'en dit rien.
- Une parcelle mêlée au chrême à chaque sacre : le roi de France, oint d'une huile du ciel.
- Brisée par Rühl le 7 octobre 1793 ; des fragments sauvés servent au sacre de Charles X (1825).
Pour aller plus loin#
- Le sacre des rois de France : l'histoire et la liste de tous les sacres.
- Le baptême de Clovis à Reims, l'événement d'où part la légende.
- Clovis, le premier roi des Francs catholique.
- Les regalia, les insignes reçus après l'onction.
- La cérémonie du sacre, étape par étape.
Sources#
- Hincmar de Reims, Vita Remigii, éd. B. Krusch, Monumenta Germaniae Historica — dMGH
- Marc Bloch, Les Rois thaumaturges, 1924 — Gallica
- Jacques Le Goff et al., Le Sacre royal à l'époque de Saint Louis, Gallimard, 2001.
Questions fréquentes#
Qu'est-ce que la sainte ampoule ?
Une petite fiole de verre conservée à l'abbaye Saint-Remi de Reims, dont l'huile, selon la tradition, avait été apportée du ciel par une colombe au baptême de Clovis. Une parcelle en était mêlée au saint chrême pour oindre le roi de France à son sacre.
Qui a détruit la sainte ampoule ?
Le conventionnel Philippe Rühl, en mission à Reims, qui la brisa publiquement le 7 octobre 1793 sur le socle de la statue de Louis XV, place Royale. Des fragments du baume avaient été prélevés la veille par le curé de Saint-Remi.
La sainte ampoule existe-t-elle encore ?
Non, la fiole est perdue. Les fragments sauvés en 1793 ont été placés en 1819-1825 dans un nouveau reliquaire, utilisé au sacre de Charles X ; il est exposé au palais du Tau, à Reims.