Visiter Saint-Denis : les tombeaux des rois de France
Visiter la basilique Saint-Denis, nécropole royale : ce qu'il faut voir, les gisants, les tombeaux Renaissance, la crypte et le parcours conseillé.

Fiche
Lieu Basilique-cathédrale de Saint-Denis, Seine-Saint-Denis, à vingt minutes du centre de Paris (métro ligne 13, station Basilique de Saint-Denis) · Fondation tombe de saint Denis, martyr vers 250 ; abbaye enrichie par Dagobert, premier roi inhumé (639) · Architecture chevet de Suger consacré en 1144, acte de naissance du gothique · Contenu 70 tombeaux et gisants, du VIIe au XIXe siècle · Gestion Centre des monuments nationaux · Durée 1 h 30 à 2 h
On y vient pour une raison simple : c'est le seul endroit au monde où l'on peut marcher, en une heure, le long de treize siècles de rois de France. Saint-Denis n'est pas un cimetière, c'est le plus grand ensemble de sculpture funéraire d'Europe, et le premier des lieux de l'héritage des rois de France. On y voit ce que la monarchie voulait dire d'elle-même — la continuité — et ce que 1793 a voulu en faire.
Pourquoi les rois sont-ils enterrés à Saint-Denis ?#
Parce qu'un martyr y est enterré avant eux. Denis, premier évêque de Paris, décapité vers 250 sur la colline de Montmartre, est inhumé dans la plaine au nord de la ville ; sainte Geneviève y élève une première église vers 475. Dagobert Ier, mort en 639, choisit de reposer près du saint et couvre l'abbaye de donations : le geste fonde la nécropole. Les Carolingiens hésitent, les Capétiens tranchent — être roi de France, c'est désormais être sacré à Reims et enterré à Saint-Denis. L'abbaye garde aussi l'oriflamme, bannière de guerre que le roi vient y prendre avant de partir en campagne, d'où le cri « Montjoie Saint-Denis ! ».
Ce qu'il faut voir#
- Le chevet de Suger. L'abbé Suger, conseiller de Louis VI et de Louis VII, fait reconstruire la façade puis le chœur, consacré le 11 juin 1144 : croisées d'ogives, murs percés de verrières. Le gothique naît ici, dans une abbaye royale, pour laisser entrer la lumière — que Suger tenait pour une image de Dieu.
- Les gisants de saint Louis. Vers 1263-1264, Louis IX fait sculpter seize gisants de rois mérovingiens, carolingiens et capétiens qui n'en avaient pas, et les range dans le transept de façon à montrer que les trois races n'en font qu'une. C'est un manifeste politique en pierre blanche, et l'ancêtre de toutes les listes de rois.
- Les tombeaux de la Renaissance. Louis XII et Anne de Bretagne, François Ier et Claude de France, Henri II et Catherine de Médicis : trois monuments à deux étages, où le couple apparaît deux fois — en bas les transis, corps nus et morts ; en haut les priants, agenouillés pour l'éternité. Primatice et Germain Pilon y ont donné ce que la sculpture française a fait de plus fort.
- La crypte et l'ossuaire. En dessous, le caveau des Bourbons, vide de ses cercueils, et la dalle noire de l'ossuaire où Louis XVIII fit rassembler en 1817 les restes mêlés de ses ancêtres, avec ceux de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Le cœur de l'enfant du Temple, reconnu comme celui de Louis XVII, y a été déposé en 2004.
- Le tombeau de Dagobert, à droite du chœur : le premier roi, dans un décor du XIIIe siècle qui raconte le salut de son âme.
Ce que la Révolution a fait ici#
En octobre 1793, sur décret de la Convention, les tombeaux sont ouverts un à un, les corps jetés dans deux fosses creusées au nord de l'église et recouverts de chaux vive, les plombs des cercueils fondus en balles ; le corps d'Henri IV, encore reconnaissable, est exposé plusieurs jours. Les monuments, eux, sont sauvés : Alexandre Lenoir les fait démonter et transporter au musée des Monuments français, d'où ils reviendront sous la Restauration. La basilique montre donc aujourd'hui des tombeaux sans morts — la profanation a réussi, la destruction non.
Le parcours conseillé#
Entrer par la façade occidentale, regarder le portail central du XIIe siècle, puis la tour nord, démontée en 1846 après un ouragan et en cours de remontage depuis 2019 : le chantier se visite. Prendre la nef d'ouest en est pour saisir le passage du roman au gothique. Bifurquer ensuite vers le transept nord, les gisants de saint Louis, puis le transept sud et les monuments Renaissance. Descendre enfin à la crypte, finir par le déambulatoire et les vitraux de Suger. Visiter le matin : la lumière vient de l'est, sur le chœur.
À retenir
- Dagobert (mort en 639) est le premier roi inhumé ; Louis XVIII (1824) est le dernier.
- Tous les rois n'y sont pas : Louis XI repose à Cléry, Charles X en Slovénie, Charlemagne à Aix-la-Chapelle.
- Le chœur consacré en 1144 est le premier édifice gothique d'Europe.
- Les corps ont été détruits en 1793 ; les tombeaux, démontés par Lenoir, ont été sauvés.
Infos pratiques#
La basilique dépend du Centre des monuments nationaux : la nef, église paroissiale devenue cathédrale en 1966, reste d'accès libre ; la nécropole demande un billet. Compter une heure et demie, deux heures avec le chantier de la tour. Horaires, tarifs, visites guidées et jours de fermeture sur le site officiel. Métro ligne 13, station Basilique de Saint-Denis : la sortie donne sur le parvis, devant la façade.
Pour aller plus loin#
- Ce qu'il reste des rois de France : tombeaux, lieux, mémoire, prétendants.
- Comment sont morts les rois de France, et où chacun repose.
- Suger, Abbon, Adalbéron : les hommes d'Église qui gouvernaient.
- Les châteaux des rois de France, pour continuer la visite.
- Liste de tous les rois de France et chronologie de 481 à 1848.
Sources#
- Basilique cathédrale de Saint-Denis — Centre des monuments nationaux
- Suger, Le Livre de ce qui fut fait sous sa direction (De administratione), édition et traduction française — Gallica
- Alain Erlande-Brandenburg, Le Roi est mort. Étude sur les funérailles, les sépultures et les tombeaux des rois de France, Droz, 1975.
Questions fréquentes#
Combien de rois sont enterrés à Saint-Denis ?
Quarante-deux rois, trente-deux reines et soixante-trois princes et princesses y ont été inhumés, du VIIe au XIXe siècle. Leurs corps ont été jetés dans deux fosses communes en 1793 ; les ossements mêlés reposent depuis 1817 dans un ossuaire de la crypte, tandis que les tombeaux sculptés, eux, sont restés.
La basilique Saint-Denis est-elle payante ?
La nef reste une église paroissiale, ouverte librement pour la prière. La nécropole proprement dite — transept, chœur, déambulatoire et crypte, soit l'essentiel des tombeaux — se visite avec un billet du Centre des monuments nationaux.