Les Bonaparte (1804-1815, 1852-1870) : l'Empire vu depuis la tradition royale
Napoléon Ier, Napoléon II, Napoléon III vus depuis la tradition royale : ce que l'Empire a imité de la monarchie, consolidé de la Révolution, coûté à la France.
Mis à jour le 4 octobre 2026

Fiche
Période 1804-1814 et 1815 (Napoléon Ier) ; 1852-1870 (Napoléon III) · Fondateur Napoléon Bonaparte, général corse devenu Premier consul (1799) · Dernier souverain Napoléon III, déposé le 4 septembre 1870 · Titre empereur des Français · Capitale Paris ; Fontainebleau, Saint-Cloud, Compiègne pour la cour · Ce qui commence la Révolution consolidée dans un État autoritaire, le Code, les préfets, le Concordat · Ce qui finit deux fois par une invasion : 1814-1815, 1870
Ce site est celui des rois de France, et Napoléon n'en est pas un. Il y a sa place pourtant, pour deux raisons. La première est qu'il a régné, et qu'aucune histoire de la monarchie française ne peut sauter de Louis XVI à Louis XVIII comme si rien ne s'était passé entre le 21 janvier 1793 et le 3 mai 1814. La seconde est qu'il a tout emprunté à la royauté — le sacre, la cour, la dynastie, le titre de Majesté, jusqu'aux abeilles mérovingiennes de Childéric sur son manteau — et que cet emprunt est un aveu : la France, après avoir tué son roi, n'a pas su se passer d'un monarque. Nous le regardons donc depuis la tradition, avec l'admiration que mérite le génie et la lucidité que commande le bilan.
D'où viennent les Bonaparte#
D'Ajaccio, où Napoléon naît en 1769, un an après que la Corse est devenue française. Petite noblesse italienne, école militaire de Brienne par bourse du roi, lieutenant d'artillerie de Louis XVI : Napoléon est un produit de la monarchie. La Révolution lui ouvre une carrière que l'ancienne France lui aurait fermée : général à vingt-quatre ans après Toulon (1793), vainqueur en Italie (1796-1797), en Égypte (1798), il renverse le Directoire au 18 Brumaire (9 novembre 1799) et se fait Premier consul, puis consul à vie (1802), puis empereur (18 mai 1804). Sa famille — frères, sœurs, beaux-frères — reçoit des trônes : Naples, Hollande, Westphalie, Espagne. C'est une dynastie construite en dix ans, quand les Capétiens avaient mis trois siècles.
Les souverains, dans l'ordre#
Napoléon Ier (1804-1814, 1815). Le Consulat avait déjà fait l'essentiel : le Concordat (1801), qui rend à la France ses églises et ses prêtres mais soumet l'Église à l'État et entérine la vente des biens du clergé ; le Code civil (1804), qui fixe l'ordre des familles et de la propriété — y compris la propriété volée ; les préfets, la Banque de France, les lycées, la Légion d'honneur. L'Empire ajoute la cour, la noblesse impériale, le sacre à Notre-Dame et dix ans de guerre : Austerlitz (1805), Iéna (1806), Friedland (1807), Wagram (1809) ; mais aussi Trafalgar (1805), l'Espagne (1808), la Russie (1812), Leipzig (1813). Le 6 avril 1814, à Fontainebleau, il abdique ; les Cent-Jours (mars-juin 1815) s'achèvent à Waterloo. Il meurt à Sainte-Hélène le 5 mai 1821.
Napoléon II (1811-1832). Le roi de Rome, fils de Marie-Louise d'Autriche, empereur en titre pendant quelques jours en 1815 par la seconde abdication de son père, élevé à Vienne sous le nom de duc de Reichstadt, mort de tuberculose à vingt et un ans. Un dauphin de plus qui n'a pas régné.
Napoléon III (1852-1870). Le neveu, Louis-Napoléon, conspirateur raté à Strasbourg (1836) et Boulogne (1840), prisonnier de Louis-Philippe au fort de Ham, élu président de la République en décembre 1848 par le prestige du nom, fait son coup d'État le 2 décembre 1851 et se proclame empereur un an plus tard. Dix-huit ans de règne : la Crimée (1854-1856), l'Italie (1859) et Nice et la Savoie gagnées (1860), le Mexique perdu (1862-1867), Paris refait par Haussmann, les chemins de fer, le libre-échange, l'Empire libéral à la fin. Sedan (2 septembre 1870) l'emporte avec 80 000 prisonniers ; la République est proclamée deux jours plus tard. Il meurt en Angleterre en 1873 ; son fils unique, le prince impérial, est tué chez les Zoulous en 1879.
Ce que l'Empire a pris à la monarchie#
Le sacre, d'abord — la cérémonie de Reims transportée à Notre-Dame, avec le pape mais sans la sainte ampoule, et une couronne que l'empereur pose lui-même. La cour, ensuite : grand chambellan, grand écuyer, grand maréchal du palais, étiquette copiée sur celle de Versailles, Fontainebleau et Compiègne rouverts. La dynastie : le mariage avec une archiduchesse d'Autriche (1810), nièce de Marie-Antoinette, pour avoir un héritier de sang royal. La noblesse : ducs, comtes, barons d'Empire. Le titre même de Napoléon III, qui compte le roi de Rome, imite la numérotation capétienne. Tout cela dit une chose : la Révolution avait détruit les formes de la monarchie et n'avait rien trouvé à mettre à la place.
Ce que l'Empire a consolidé de la Révolution#
L'essentiel, et c'est là qu'il faut être juste. Napoléon n'est pas un contre-révolutionnaire : il est, selon son mot, la Révolution « fixée sur les principes qui l'ont commencée ». Le Code civil sanctionne l'égalité devant la loi et la vente des biens nationaux ; le Concordat, en faisant nommer les évêques par l'État et en réduisant les diocèses, achève ce que la Constitution civile du clergé avait commencé ; les préfets remplacent les intendants, avec plus de pouvoir. Le duc d'Enghien, fusillé à Vincennes (1804) pour prouver aux régicides qu'on ne rendrait pas le trône aux Bourbons, en est le symbole — « pire qu'un crime, une faute », dit-on. L'Empire est la Révolution devenue État, et Louis XVIII, en 1814, garde le Code, les préfets, le Concordat et la Légion d'honneur : personne n'a proposé de revenir en arrière.
Le bilan#
Bainville, dans son Napoléon (1931), a écrit le livre que ce site tient pour référence. Le génie est entier : militaire, administratif, législatif. Le bilan est terrible. Un million de morts français ; la France de 1815 ramenée aux frontières de 1790, sans la Belgique, sans la rive gauche du Rhin, sans la Savoie ; les colonies perdues ; la marine anéantie ; l'Angleterre maîtresse du monde pour un siècle ; et, pire, l'Allemagne réveillée par l'occupation, simplifiée par le Recès de 1803 et la Confédération du Rhin, préparée à l'unité que la Prusse achèvera contre la France en 1870. Napoléon III, en aidant l'Italie et en laissant faire Bismarck, achève le travail de son oncle : deux Empires, deux invasions, deux Allemagnes unifiées aux dépens de la France. Le Second Empire a pourtant un actif — Nice, la Savoie, Paris, la prospérité — que la République lui a longtemps refusé.
Les femmes de la dynastie#
Joséphine de Beauharnais, veuve d'un guillotiné, couronnée en 1804, répudiée en 1809 pour stérilité ; Marie-Louise d'Autriche, dix-huit ans, mariée par raison d'État à l'homme qui avait vaincu son père, et qui ne le rejoindra ni à l'île d'Elbe ni à Sainte-Hélène ; Letizia Bonaparte, « Madame Mère », qui disait « pourvu que ça dure » ; Hortense de Beauharnais, reine de Hollande, mère de Napoléon III ; Eugénie de Montijo, impératrice, catholique fervente, régente trois fois, qui survivra à tout jusqu'en 1920.
Les lieux#
Notre-Dame, le sacre ; les Tuileries, résidence des deux empereurs, brûlées en 1871 ; Fontainebleau, les adieux de 1814 ; Malmaison, Joséphine ; Compiègne, les « séries » de Napoléon III ; Vincennes, le fossé du duc d'Enghien ; les Invalides, où Louis-Philippe fait revenir le corps de l'Empereur en 1840 — le roi des Français rendant hommage à l'usurpateur, pour flatter une opinion qui lui échappait déjà.
Ce qu'il en reste#
Un État — le nôtre — dans ses cadres administratifs et juridiques ; une légende, dorée par Hugo, Stendhal et Balzac, qui a nourri le bonapartisme jusqu'à la Ve République ; et une leçon que ce site retient avec Bainville : la France a besoin d'un pouvoir stable, personnel, arbitre au-dessus des partis — c'est ce que la monarchie capétienne offrait sans les guerres, et ce que l'Empire a offert au prix des guerres. Le comte de Chambord, en 1873, avait la légitimité sans l'armée ; Napoléon avait eu l'armée sans la légitimité. La France n'a plus jamais réuni les deux.
À retenir
- 1799 : Brumaire ; 1801 : Concordat ; 1804 : Code civil, sacre à Notre-Dame (2 décembre).
- 1805-1812 : Austerlitz, Iéna, Wagram ; 1812-1815 : Russie, Leipzig, Waterloo.
- 1815 : la France ramenée aux frontières de 1790.
- 1851-1852 : coup d'État, Second Empire ; 1860 : Nice et la Savoie.
- 1870 : Sedan, chute de l'Empire (4 septembre).
Pour aller plus loin#
- Napoléon Ier : biographie de l'empereur, le génie et le bilan — la biographie complète.
- Napoléon III : biographie du dernier monarque de France — le neveu, le Second Empire et Sedan.
- Les Bourbons : la dynastie que l'Empire a interrompue et imitée.
- Le sacre de Napoléon (1804) : ce qu'il copie, ce qu'il trahit — la cérémonie du 2 décembre, rite par rite.
- La cérémonie du sacre à Reims, modèle de celle de 1804, et le sacre des rois de France, de Pépin le Bref à Charles X.
- Louis XIV : la cour dont Napoléon a copié l'étiquette.
- Tous les rois de France et la chronologie.
Sources#
- Jacques Bainville, Napoléon, Fayard, 1931 — Gallica
- Jean Tulard, Napoléon ou le mythe du sauveur, Fayard, 1977.
- Éric Anceau, Napoléon III, Tallandier, 2008 ; Pierre Milza, Napoléon III, Perrin, 2004.
Questions fréquentes#
Les Bonaparte sont-ils des rois de France ?
Non : ils sont « empereurs des Français ». Napoléon Ier (1804-1814, 1815) et Napoléon III (1852-1870) figurent dans la liste des monarques de France, pas dans celle des rois. Ce site les traite depuis la tradition royale : ce qu'ils ont imité d'elle, ce qu'ils lui ont pris.
Pourquoi Napoléon s'est-il fait sacrer ?
Pour donner à un pouvoir né d'un coup d'État la légitimité que seule la religion confère. Il fait venir le pape Pie VII à Notre-Dame (2 décembre 1804), reprend l'onction, les regalia, le manteau semé — d'abeilles, non de lys — et pose lui-même la couronne sur sa tête : l'aveu que la France ne se gouverne pas sans monarque sacré.
Quel est le bilan de Napoléon Ier ?
Selon Bainville, « le prodige d'un homme et le désastre d'un pays » : l'ordre rétabli, le Code, le Concordat, l'administration ; mais un million de morts français, la France de 1815 ramenée aux frontières de 1789, la marine perdue, l'Angleterre maîtresse des mers et l'Allemagne réveillée.
Que reste-t-il des Bonaparte ?
Le Code civil, les préfets, la Légion d'honneur, le baccalauréat, la Banque de France, le Paris d'Haussmann, Nice et la Savoie — et une légende qui pèse encore sur l'idée que la France se fait d'elle-même.