L'assassinat d'Henri IV par Ravaillac (14 mai 1610)

L'assassinat d'Henri IV le 14 mai 1610 rue de la Ferronnerie : le contexte, le déroulement minute par minute, qui était Ravaillac et ce que le crime a changé.

Romain Croisade 6 min

Mis à jour le 12 octobre 2026

Ravaillac frappant Henri IV dans son carrosse rue de la Ferronnerie, enluminure

Fiche

Date vendredi 14 mai 1610, vers quatre heures de l'après-midi · Lieu Paris, rue de la Ferronnerie · Victime Henri IV, 56 ans, roi depuis 1589 · Assassin François Ravaillac, né vers 1578 à Angoulême · Arme un couteau dérobé dans une auberge · Issue mort du roi avant l'arrivée au Louvre ; régence de Marie de Médicis pour Louis XIII, huit ans · Châtiment Ravaillac écartelé en place de Grève le 27 mai

Le 14 mai 1610, Henri IV, fondateur de la dynastie des Bourbons, est poignardé dans son carrosse arrêté par un embarras de charrettes, rue de la Ferronnerie. L'assassin, François Ravaillac, un isolé qui se croit envoyé de Dieu, frappe deux fois ; le roi meurt presque aussitôt. À la veille d'une guerre européenne, la France perd le roi qui l'avait tirée de trente-six ans de guerres civiles.

Le contexte : un roi à la veille de la guerre#

Depuis l'édit de Nantes et la paix de Vervins (1598), le royaume se relève. Mais au printemps 1610, Henri IV arme. La mort du duc de Clèves et de Juliers (mars 1609) ouvre une succession que les Habsbourg veulent confisquer ; le roi entend soutenir les princes protestants allemands et briser l'encerclement espagnol. Une armée se rassemble en Champagne. S'y mêle une affaire privée : le prince de Condé a emmené sa jeune épouse, Charlotte de Montmorency, dont le roi s'est épris, à Bruxelles, chez les Espagnols.

Pour un catholique exalté, tout cela se lit simplement : le roi converti va s'allier aux hérétiques contre l'empereur et le pape. Henri IV avait déjà échappé à une vingtaine de complots et d'attentats selon les décomptes, dont celui de Jean Châtel, qui lui fendit la lèvre en 1594. Avant de partir, il fait couronner la reine Marie de Médicis à Saint-Denis, le 13 mai, pour qu'elle puisse gouverner en son absence.

Le déroulement#

L'après-midi. Le 14, le roi, inquiet et mal à l'aise selon les témoins, décide d'aller à l'Arsenal visiter Sully, souffrant. Il monte dans son carrosse, portières ouvertes pour voir les décorations de l'entrée prévue de la reine, avec le duc d'Épernon, le duc de Montbazon et quelques seigneurs ; l'escorte est réduite.

L'embarras. Rue de la Ferronnerie, étroite et encombrée d'échoppes adossées au cimetière des Innocents, une charrette de foin et une charrette de vin bloquent le passage. Les valets de pied prennent un raccourci par le cimetière. Le carrosse s'arrête.

Les coups. Ravaillac, qui suit le cortège depuis le Louvre, pose le pied sur une borne et sur un rayon de la roue, se penche dans la voiture et frappe. Le premier coup glisse sur une côte ; le second, sous le cœur, tranche une grosse veine. Le roi murmure qu'il est blessé, puis perd connaissance. Ravaillac ne fuit pas : il reste sur place, le couteau à la main, et Épernon empêche qu'on le tue sur-le-champ, pour qu'on puisse l'interroger.

Le retour. On referme les mantelets, on annonce que le roi n'est que blessé, et le carrosse rentre au Louvre. Henri IV y arrive mort.

L'assassin#

François Ravaillac a une trentaine d'années. Fils d'une famille modeste d'Angoulême, tour à tour valet de chambre, solliciteur de procès et maître d'école, il a tenté d'entrer chez les Feuillants, qui l'ont renvoyé au bout de quelques semaines à cause de ses visions, puis chez les Jésuites, qui l'ont refusé. Pieux jusqu'au délire, il est monté plusieurs fois à Paris pour parler au roi, l'exhorter à convertir les huguenots et à ne pas combattre le pape ; on l'a éconduit. Il en conclut qu'il lui revient d'agir.

Interrogé, soumis à la question des brodequins, il ne varie jamais : il a agi seul, poussé par la conviction que le roi voulait faire la guerre au Saint-Siège. Jusque sur l'échafaud, où on lui fait espérer l'absolution contre des noms, il maintient sa version. Le 27 mai, le Parlement le condamne pour parricide, le mot qui désigne alors le meurtre du roi, père de ses sujets : main brûlée, chairs tenaillées, plomb fondu et huile bouillante dans les plaies, écartèlement par quatre chevaux en place de Grève. La foule met le corps en pièces.

Les conséquences#

La continuité, d'abord. Le soir même, le Parlement de Paris déclare Marie de Médicis régente ; le lendemain, Louis XIII, huit ans, tient son premier lit de justice. Le mot de la vieille loi joue à plein : le roi est mort, vive le roi. Il n'y a ni vacance ni guerre de succession — preuve que la monarchie héréditaire, refondée par Henri IV, tient déjà.

Le revirement. La guerre de Juliers est réduite à une expédition limitée. La régente renvoie peu à peu Sully (1611), s'appuie sur Concini et choisit l'entente avec l'Espagne : les mariages espagnols de 1615 unissent Louis XIII à Anne d'Autriche. Il faudra Richelieu pour reprendre la politique anti-Habsbourg.

La doctrine. Le crime discrédite durablement la théorie du tyrannicide. Le Parlement fait brûler en juin 1610 le De rege du jésuite espagnol Mariana, et la Sorbonne condamne l'idée qu'il soit permis de tuer un roi. Aux états généraux de 1614, le tiers état réclame qu'on proclame en loi fondamentale que le roi ne tient sa couronne que de Dieu. L'Église de France, elle, avait reçu ce roi converti : le régicide de Ravaillac n'est pas celui des catholiques, c'est celui d'un homme seul.

La légende. Le deuil est immense. Le « bon roi Henri » entre dans la mémoire populaire, et son cœur est porté au collège des Jésuites de La Flèche, selon son vœu. Il est inhumé à Saint-Denis le 1er juillet.

Vrai ou faux#

« Henri IV a été tué par un complot de l'Espagne ou des Jésuites » : non prouvé. Une ancienne suivante, Jacqueline d'Escoman, accusa le duc d'Épernon et la marquise de Verneuil ; elle fut condamnée pour calomnie. Les rumeurs n'ont jamais trouvé d'appui solide, et Ravaillac n'a jamais dénoncé personne, pas même devant la mort. Les historiens, de Roland Mousnier à Jean-Christian Petitfils, discutent encore d'éventuelles influences ; aucun n'a établi de commanditaire.

« Le roi aurait pu être sauvé par une rue plus large » : en partie vrai. Un édit d'Henri II (1554) avait ordonné de dégager la rue de la Ferronnerie de ses échoppes ; il n'avait guère été appliqué, et la rue ne sera vraiment dégagée qu'après le drame.

À retenir

  • 13 mai 1610 : Marie de Médicis couronnée à Saint-Denis ; 14 mai : Henri IV poignardé rue de la Ferronnerie.
  • Ravaillac, catholique visionnaire et isolé, croit empêcher une guerre contre le pape.
  • 27 mai : Ravaillac écartelé en place de Grève ; il n'a jamais nommé de complice.
  • Régence immédiate de Marie de Médicis, Louis XIII roi à huit ans ; abandon de la guerre contre les Habsbourg.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Roland Mousnier, L'Assassinat d'Henri IV, 14 mai 1610, Gallimard, coll. « Trente journées qui ont fait la France », 1964.
  • Jean-Christian Petitfils, L'Assassinat d'Henri IV. Mystères d'un crime, Perrin, 2009.
  • Procès du très méchant et détestable parricide François Ravaillac, 1610 — Gallica

Questions fréquentes#

Qui a tué Henri IV ?

François Ravaillac, un Angoumoisin d'une trentaine d'années, catholique exalté et visionnaire, persuadé que le roi s'apprêtait à faire la guerre au pape. Il l'a poignardé dans son carrosse le 14 mai 1610.

Où Henri IV a-t-il été assassiné ?

À Paris, rue de la Ferronnerie, près du cimetière des Innocents, alors que son carrosse était bloqué par deux charrettes. Il se rendait à l'Arsenal voir Sully, malade.

Comment Ravaillac a-t-il été puni ?

Condamné pour crime de lèse-majesté au premier chef, il a été tenaillé puis écartelé en place de Grève le 27 mai 1610. Sa maison natale fut rasée, ses parents bannis et sa famille contrainte de changer de nom.

Ravaillac avait-il des complices ?

Sous la torture comme sur l'échafaud, il a toujours affirmé avoir agi seul. Des accusations contre le duc d'Épernon et la marquise de Verneuil ont circulé, sans preuve ; la plupart des historiens retiennent l'acte d'un isolé.

À lire aussi