La révocation de l'édit de Nantes (1685) : Louis XIV et les protestants

La révocation de l'édit de Nantes par l'édit de Fontainebleau (octobre 1685) : contexte, dragonnades, texte, exode des huguenots et bilan d'une faute.

Romain Croisade 6 min

Louis XIV signant l'édit de Fontainebleau, enluminure

Fiche

Date 17 octobre 1685 (édit de Fontainebleau), enregistré le 22 · Lieu château de Fontainebleau · Roi Louis XIV · Signataires et artisans le chancelier Michel Le Tellier, le marquis de Louvois · Texte révoqué l'édit de Nantes (1598) · Issue fin du culte réformé en France, exode de 150 000 à 200 000 huguenots · Rétabli tolérance civile en 1787, liberté des cultes en 1789

Le 17 octobre 1685, Louis XIV signe à Fontainebleau l'édit qui révoque l'édit de Nantes : il n'y aura plus, en droit, qu'une seule religion dans le royaume. Le roi croit achever l'œuvre d'Henri IV et de Richelieu et refermer un siècle de guerres civiles. Il commet en réalité l'une des plus lourdes fautes du règne, qui frappe des sujets fidèles, appauvrit le royaume et dresse l'Europe protestante contre la France.

Cet événement s'inscrit dans l'histoire des Bourbons, dont il marque le sommet de puissance… et le premier grand retournement.

Le contexte : un édit de paix devenu un édit de trêve#

L'édit de Nantes (1598) n'était pas une proclamation de liberté, mais une paix : le roi, catholique, accordait aux réformés la liberté de conscience, le culte en des lieux déterminés et quelque cent places de sûreté. C'était mettre fin aux guerres de Religion en acceptant un royaume à deux confessions, au prix d'un État dans l'État.

Cet État dans l'État, Richelieu l'a défait : prise de La Rochelle en 1628, grâce d'Alès en 1629 qui retire aux protestants leurs places et leurs privilèges politiques mais leur laisse le culte. Sous Mazarin, les huguenots restent fidèles pendant la Fronde, et le roi le reconnaît.

Dès 1661, pourtant, Louis XIV, qui gouverne seul, veut « un roi, une foi, une loi ». Il commence par appliquer l'édit à la lettre, puis plus étroitement : des temples sont fermés, des professions sont interdites aux réformés, des enfants peuvent être convertis dès sept ans (1681). Chaque pas est un recul du droit de 1598.

Les dragonnades#

À partir de 1681, l'intendant du Poitou, Marillac, loge des dragons chez les protestants : les soldats mangent, boivent, brisent, et s'en vont quand l'abjuration est signée. Louvois généralise la méthode en 1685, dans le Béarn puis le Languedoc. Les conversions se comptent bientôt par dizaines de milliers, et la cour en tire la conclusion que la religion réformée n'a plus de raison d'être.

Il faut le dire nettement : ces conversions sont en grande partie arrachées. Les violences des soldats ont été dénoncées dès l'époque, y compris par des catholiques, et le pape Innocent XI, alors en conflit avec Louis XIV, exprimera ses réserves sur les méthodes, non sur le but.

Ce que dit le texte#

L'édit de Fontainebleau comprend une vingtaine d'articles. En substance :

  • il révoque l'édit de Nantes et les textes qui l'ont suivi, au motif que « la meilleure et la plus grande partie » des réformés s'est convertie ;
  • il ordonne la démolition des temples et interdit tout exercice public du culte ;
  • il bannit les pasteurs qui refusent de se convertir, avec quinze jours pour quitter le royaume ;
  • il impose le baptême et l'éducation catholique des enfants à naître ;
  • il interdit aux fidèles d'émigrer, sous peine des galères pour les hommes et de la prison pour les femmes ;
  • il laisse aux « religionnaires » qui restent la liberté de vivre et de commercer, « sans être troublés », en attendant que Dieu les éclaire.

La mention finale est révélatrice : le roi voulait croire à des « nouveaux convertis » sincères, et les fictions de l'État tenaient lieu de réalité.

Pourquoi le roi l'a fait#

L'unité du royaume. Pour Louis XIV, élevé dans le souvenir de la Fronde et des guerres du siècle précédent, la diversité religieuse est une faille. Presque tout le royaume l'approuve : Bossuet salue le roi, Mme de Sévigné se réjouit, la cour et l'assemblée du clergé applaudissent.

Le roi Très Chrétien. Le souverain sacré à Reims se doit à l'Église ; la fin de l'hérésie est pour lui un devoir de conscience, et un gage donné à Rome au milieu de la querelle de la Déclaration de 1682 sur les libertés de l'Église gallicane.

Un calcul trompé. Les rapports des intendants annonçaient la disparition du protestantisme. Louis XIV a cru acter un fait accompli ; il n'a pas vu la résistance des consciences.

On a beaucoup chargé Madame de Maintenon : son rôle est réel mais secondaire. L'initiative revient au roi et à ses ministres.

Les conséquences#

L'exode. Malgré les gardes aux frontières, 150 000 à 200 000 huguenots passent à l'étranger, emportant des savoirs : soie, draperie, verrerie, orfèvrerie, imprimerie, armée et marine. L'électeur de Brandebourg les appelle chez lui par l'édit de Potsdam (29 octobre 1685) ; l'Angleterre, la Hollande et la Suisse les accueillent.

Une France appauvrie, des ennemis fortifiés. Le coup est dur pour les manufactures de Colbert, et l'Europe protestante, indignée, se rassemble autour de Guillaume d'Orange. La Ligue d'Augsbourg (1686) et la guerre de la Ligue d'Augsbourg suivront. Vauban, fidèle serviteur du roi, écrit en 1689 un mémoire pour le rappel des huguenots.

La résistance. Dans les Cévennes, les prédicants entretiennent le « Désert », cultes clandestins ; la révolte des camisards éclate en 1702. Les galères, les prisons et les exécutions de pasteurs se prolongent jusqu'au XVIIIe siècle.

La fin de la fiction. L'édit de Versailles de Louis XVI (novembre 1787) rend un état civil aux protestants, et la liberté des cultes viendra en 1789. L'unité de foi qu'on avait voulue n'a pas été obtenue, et la tolérance est revenue par l'aveu d'un échec.

Vrai ou faux#

« Louis XIV a voulu exterminer les protestants » : faux. Il a voulu les convertir, non les tuer ; mais les moyens employés — dragonnades, galères, enlèvement d'enfants — étaient cruels et injustes envers des sujets restés fidèles.

« Le roi a été trompé par ses ministres » : en partie. Louvois et les intendants ont forcé les chiffres, mais la décision de 1685 est celle du roi, et il l'a assumée jusqu'à sa mort.

À retenir

  • 17 octobre 1685 : édit de Fontainebleau, qui révoque l'édit de Nantes (1598).
  • Précédé de vingt ans de restrictions et des dragonnades de 1681-1685.
  • 150 000 à 200 000 départs, un affaiblissement économique et un isolement diplomatique.
  • Tolérance rétablie en 1787, liberté des cultes en 1789 : une unité de foi imposée n'a pas tenu.

Pour aller plus loin#

Sources#

Questions fréquentes#

Quand l'édit de Nantes a-t-il été révoqué ?

Par l'édit de Fontainebleau, signé par Louis XIV le 17 octobre 1685 et enregistré par le Parlement de Paris le 22 octobre. Il annule l'édit de Nantes d'Henri IV (1598).

Combien de protestants ont quitté la France ?

Les estimations vont de 150 000 à 200 000 départs sur environ 800 000 réformés, vers l'Angleterre, les Provinces-Unies, la Suisse et l'Allemagne, malgré l'interdiction d'émigrer.

Qu'étaient les dragonnades ?

Le logement forcé de soldats chez les protestants, qui vivaient à leurs frais et les maltraitaient, pour obtenir des conversions. Employées à partir de 1681 en Poitou, puis dans le Béarn et le Languedoc en 1685.

Madame de Maintenon est-elle responsable de la révocation ?

Pas à elle seule. Convertie par naissance au catholicisme, elle a approuvé la politique du roi, mais la décision vient de Louis XIV, de Le Tellier et de Louvois, dans un royaume où l'unité de foi paraissait la condition de l'unité du royaume.

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