Jean II le Bon : biographie du roi prisonnier des Anglais (1350-1364)
Biographie de Jean II le Bon (1350-1364) : Charles le Mauvais, l'ordre de l'Étoile, Poitiers, la captivité à Londres, Brétigny, le franc et la Bourgogne.

Fiche
Né le 16 avril 1319, au château du Gué de Maulny, près du Mans · Mort le 8 avril 1364, à Londres · Règne 1350-1364 (14 ans) · Sacre 26 septembre 1350, à Reims (sacre) · Dynastie Valois · Père Philippe VI · Mère Jeanne de Bourgogne · Épouses Bonne de Luxembourg (1332), Jeanne d'Auvergne (1350) · Prédécesseur Philippe VI · Successeur Charles V · Surnom le Bon (pourquoi) · Enterré à Saint-Denis
Janvier 1364. Le roi de France est libre, dans son royaume, et il a annoncé qu'il retournait en Angleterre. Son fils Louis d'Anjou, laissé en otage pour garantir la rançon, s'est enfui ; le conseil le supplie de rester, il passe outre. Il traverse la Manche en plein hiver et va se constituer prisonnier à Londres, où il mourra trois mois plus tard. Voilà Jean II le Bon, deuxième roi Valois de la liste des rois de France : vaincu et capturé à Poitiers, maladroit en politique, mais fidèle à sa parole jusqu'à la mort. Son règne est le plus bas de la monarchie médiévale — et le royaume, pourtant, y a tenu.
Avant le trône : le duc de Normandie#
Jean naît en 1319, fils aîné de Philippe de Valois, qui n'est encore qu'un cousin du roi. L'élection de son père en 1328 en fait l'héritier de la couronne. Duc de Normandie dès 1332, il épouse la même année Bonne de Luxembourg, fille du roi de Bohême, qui lui donnera dix enfants, dont Charles, Louis, Jean et Philippe. Il fait ses armes dans les premières campagnes de la guerre de Cent Ans : en 1346, il assiège Aiguillon, en Agenais, quand Édouard III débarque en Normandie ; il n'est pas à Crécy. La Peste noire emporte sa femme en septembre 1349. Il épouse en février 1350 Jeanne d'Auvergne et devient roi le 22 août suivant, à trente et un ans.
Le règne#
Un roi chevalier et ses favoris (1350-1355)#
Le règne commence par un coup de force : en novembre 1350, Jean fait arrêter et décapiter sans procès le connétable Raoul de Brienne, comte d'Eu, soupçonné d'intelligence avec les Anglais. Il donne la charge à son favori Charles d'Espagne, dit de la Cerda. Pour rendre à la noblesse l'honneur perdu à Crécy, il fonde en 1351 l'ordre de l'Étoile, réplique à la Jarretière anglaise : ses chevaliers jurent de ne jamais fuir. Le serment coûte cher en 1352 à Mauron, en Bretagne, où une bonne partie de l'ordre se fait tuer plutôt que reculer.
Charles le Mauvais#
L'adversaire de l'intérieur est son gendre, Charles II, roi de Navarre, comte d'Évreux, petit-fils de Louis X par sa mère, qui se juge plus légitime que les Valois. En janvier 1354, ses hommes assassinent le connétable de la Cerda à L'Aigle. Le roi doit lui pardonner et lui céder des terres en Normandie (traité de Mantes). Le 5 avril 1356, Jean fait irruption dans un banquet au château de Rouen, où le dauphin reçoit le Navarrais, l'arrête de sa main et fait décapiter sur-le-champ le comte d'Harcourt et trois compagnons. Le parti navarrais passe aux Anglais.
Poitiers et la captivité (1356-1360)#
À l'été 1356, le Prince Noir ravage le centre du royaume. Jean le rattrape près de Poitiers ; le 19 septembre, il fait combattre ses chevaliers à pied et engage son armée par corps successifs. La bataille de Poitiers est un désastre : le roi, qui s'est battu à la hache aux côtés de son plus jeune fils Philippe, est pris. Conduit à Bordeaux puis à Londres en 1357, il y vit en prisonnier de marque, à l'hôtel de Savoie puis à Windsor, entouré d'une petite cour. Pendant ce temps, le dauphin Charles affronte Étienne Marcel, la Jacquerie et Charles le Mauvais. En 1359, le roi signe un traité de Londres qui livrerait à Édouard III toute la moitié ouest du royaume : les États généraux le refusent.
Brétigny et le retour (1360-1364)#
Le traité de Brétigny (mai 1360), ratifié à Calais en octobre, est moins lourd mais douloureux : l'Aquitaine agrandie, le Poitou, Calais et le Ponthieu cédés en pleine souveraineté, trois millions d'écus de rançon. Jean rentre en France en décembre 1360, laissant en otages deux de ses fils et des princes du sang. Il passe ses dernières années à payer, à traiter avec le pape et à rêver de croisade : à Avignon, en 1363, il prend la croix avec Urbain V. La fuite de Louis d'Anjou décide de son retour à Londres, où il meurt le 8 avril 1364.
Gouverner : l'impôt de la rançon#
Le règne de Jean II a fondé, sans le vouloir, la fiscalité royale. En 1355, les États de langue d'oïl votent la gabelle et une taxe sur les ventes pour financer la guerre, en exigeant de contrôler leur emploi. En 1360, pour la rançon, le roi établit des aides sur les marchandises, le sel et les boissons qui dureront bien au-delà de la dette. Le 5 décembre 1360, à Compiègne, il crée une pièce d'or nouvelle, le franc à cheval : le roi y est représenté en armes, et le nom dit la liberté retrouvée. C'est l'origine du franc. La même année, pour remplir le trésor, la couronne rappelle les juifs pour vingt ans, contre forte finance.
La cour et les arts#
Jean est un prince lettré et fastueux, amateur de manuscrits, de musique et d'orfèvrerie ; Guillaume de Machaut est de son entourage. Le portrait de Jean le Bon conservé au Louvre, vers 1350, est tenu pour le plus ancien portrait peint autonome de la peinture française : un profil sans couronne, d'une vérité saisissante. Le roi dépense sans compter pour ses favoris et sa maison, ce qu'on lui reprochera.
Mort et succession#
Jean II meurt à Londres le 8 avril 1364. Édouard III lui fait des obsèques solennelles à Saint-Paul avant que le corps ne soit rendu à la France ; il est enseveli à Saint-Denis le 7 mai. Son fils aîné, sacré à Reims le 19 mai sous le nom de Charles V, a déjà quatre ans de régence derrière lui.
Ce qu'il en reste#
Un défaut et une vertu. Le défaut, Bainville le dit sans détour : un roi brave, mais qui confondait la politique avec la chevalerie, et que ses colères, ses favoris et sa bataille de Poitiers ont coûté cher au royaume. La vertu, c'est la parole tenue — la phrase qu'on lui prête sur la bonne foi, qui devrait se retrouver dans la bouche des rois si elle était bannie du monde, n'est pas attestée, mais elle dit bien l'homme. Jean II laisse aussi un héritage ambigu : en 1363, il donne en apanage le duché de Bourgogne à son fils Philippe le Hardi, le vaillant de Poitiers. Il fonde ainsi la maison des ducs Valois de Bourgogne, qui pèsera sur le royaume pendant plus d'un siècle, jusqu'à Louis XI.
À retenir
- 1350 : avènement le 22 août, sacre à Reims le 26 septembre.
- 1351 : fondation de l'ordre de l'Étoile.
- 1356 : arrestation de Charles le Mauvais à Rouen (avril), capture à Poitiers (19 septembre).
- 1360 : traité de Brétigny ; création du franc (5 décembre).
- 1364 : mort en captivité à Londres (8 avril) ; avènement de Charles V.
Pour aller plus loin#
- Philippe VI de Valois : biographie du « roi trouvé » (1328-1350) — le père, premier roi Valois.
- Charles V le Sage — le fils régent, qui répara Poitiers.
- Poitiers (19 septembre 1356) : la capture du roi Jean II — le récit de la bataille.
- Les Valois (1328-1589) — la dynastie à son plus bas.
- Les États généraux — les assemblées qui votèrent l'impôt et refusèrent le traité de Londres.
- Tous les rois de France et la chronologie.
Sources#
- Jean Froissart, Chroniques, livre I ; Chronique des règnes de Jean II et de Charles V, éd. Delachenal — Gallica
- Raymond Cazelles, Société politique, noblesse et couronne sous Jean le Bon et Charles V, Droz, 1982 — Persée
- Portrait de Jean le Bon, musée du Louvre ; Jean Deviosse, Jean le Bon, Fayard, 1985.
Questions fréquentes#
Pourquoi Jean II est-il appelé « le Bon » ?
« Bon » ne veut pas dire indulgent mais vaillant et loyal : c'est le bon chevalier, brave au combat et fidèle à sa parole. Le surnom, fixé après sa mort, salue surtout son retour volontaire en captivité en 1364.
Comment est mort Jean le Bon ?
De maladie, au palais de Savoie à Londres, le 8 avril 1364, quelques mois après être revenu de lui-même se constituer prisonnier, parce que son fils Louis d'Anjou, otage, s'était enfui. Son corps fut ramené à Saint-Denis.
Qui a succédé à Jean II le Bon ?
Son fils aîné Charles, premier dauphin de France, régent pendant la captivité, sacré à Reims le 19 mai 1364 sous le nom de Charles V, dit le Sage.
Combien de temps a régné Jean le Bon ?
Quatorze ans, du 22 août 1350 au 8 avril 1364 — dont près de quatre ans de captivité en Angleterre (1356-1360), pendant lesquels son fils gouverna comme lieutenant puis régent.