Philippe VI de Valois : biographie du « roi trouvé » (1328-1350)
Biographie de Philippe VI de Valois (1328-1350), premier roi Valois : l'élection de 1328, Cassel, Édouard III, Crécy, Calais, la Peste noire, le Dauphiné.
Mis à jour le 10 octobre 2026

Fiche
Né en 1293 · Mort le 22 août 1350, à Nogent-le-Roi · Règne 1328-1350 (22 ans) · Sacre 29 mai 1328, à Reims (sacre) · Dynastie Valois, premier roi · Père Charles de Valois, frère de Philippe le Bel · Mère Marguerite d'Anjou-Sicile · Épouses Jeanne de Bourgogne (1313), Blanche de Navarre (1350) · Prédécesseur Charles IV le Bel · Successeur Jean II le Bon · Surnoms le roi trouvé, le Fortuné (pourquoi) · Enterré à Saint-Denis
Le 1er avril 1328, au château de Vincennes, la veuve de Charles IV le Bel accouche d'une fille. Depuis deux mois, le royaume attend ce berceau : un garçon, et la lignée directe d'Hugues Capet continuait. C'est une fille. Le régent, Philippe de Valois, trente-cinq ans, cousin germain des trois derniers rois, devient ce jour-là Philippe VI, premier roi de la dynastie des Valois et dix-huitième capétien de la liste des rois de France. Les barons l'ont préféré au roi d'Angleterre, Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère. Ce choix a sauvé la France d'un roi étranger. Il lui a coûté cent seize ans de guerre.
Avant le trône : le fils de Charles de Valois#
Philippe naît en 1293, fils aîné de Charles de Valois, frère cadet de Philippe le Bel, prince ambitieux qui fut, disait-on, fils de roi, frère de roi, oncle de trois rois, père de roi, et jamais roi lui-même. L'enfant grandit à la cour de son oncle, dans le culte de la chevalerie. Il épouse en 1313 Jeanne de Bourgogne, sœur de la reine Jeanne, femme de Philippe V : l'alliance le place au cœur de la famille royale. Rien ne le destine au trône : Philippe le Bel a trois fils. Mais Louis X, Philippe V et Charles IV meurent l'un après l'autre sans héritier mâle, et le règne des « rois maudits » se clôt sur son nom.
Le règne#
1328 : l'élection et Cassel#
À la mort de Charles IV (1er février 1328), une assemblée de barons et de prélats confie la régence à Philippe en attendant l'accouchement de la reine, puis la couronne. Trois prétendants s'affrontaient : Philippe, héritier par les hommes ; Philippe d'Évreux, époux de Jeanne, fille de Louis X ; et Édouard III, neveu par sa mère Isabelle. Les grands tranchent la question que 1316 avait laissée ouverte : une femme ne peut pas transmettre un droit qu'elle n'a pas — ce qu'on appellera plus tard la loi salique. La Navarre, qui suit d'autres règles, est rendue à Jeanne. Philippe est sacré à Reims le 29 mai 1328.
Trois mois plus tard, le roi tient sa première promesse : le comte de Flandre, son vassal, est chassé par ses villes révoltées. Le 23 août 1328, à Cassel, la chevalerie française écrase les milices flamandes. Le nouveau roi a gagné sa bataille ; son règne commence dans la gloire.
Les années heureuses (1328-1336)#
Édouard III vient prêter hommage à Amiens en 1329, et reconnaît en 1331 qu'il s'agit d'un hommage lige. La cour de Philippe VI est alors la plus brillante d'Europe ; le roi prépare une croisade, que le pape Benoît XII ajourne en 1336. Une seule ombre, mais grosse de conséquences : Robert d'Artois, beau-frère du roi, convaincu d'avoir produit de faux actes pour obtenir l'Artois, est banni en 1332. Il trouve refuge à Londres et pousse Édouard III à revendiquer la couronne de France.
La guerre (1337-1347)#
Le 24 mai 1337, Philippe VI prononce la confiscation de la Guyenne, fief d'Édouard III qui a accueilli le félon. C'est le début de la guerre de Cent Ans. En janvier 1340, à Gand, Édouard prend le titre de roi de France. Le 24 juin, la flotte française est anéantie à L'Écluse : la Manche devient anglaise. À partir de 1341, la succession de Bretagne ouvre un second front, où chaque roi soutient son candidat.
Puis vient l'été 1346. Édouard débarque dans le Cotentin, pille Caen, remonte vers la Seine, passe la Somme. Le 26 août, à Crécy, Philippe VI lance une chevalerie nombreuse et indisciplinée contre des archers retranchés. Le roi de Bohême, le frère du roi, le comte de Flandre et plus de mille chevaliers y meurent ; Philippe, blessé, s'enfuit dans la nuit. Calais, assiégée onze mois, se rend le 4 août 1347 : les Anglais tiennent une porte de la France pour deux siècles.
La Peste noire et les dernières acquisitions (1348-1350)#
La Peste noire atteint le royaume à l'automne 1347 et emporte, entre 1348 et 1350, peut-être un tiers de la population ; la reine Jeanne en meurt en décembre 1348. La guerre s'arrête faute d'hommes. Pourtant, ces dernières années donnent au royaume deux acquisitions durables : Montpellier, achetée au roi de Majorque (1349), et surtout le Dauphiné, cédé par le dauphin Humbert II au traité de Romans (1349). Le petit-fils du roi, le futur Charles V, en reçoit le titre : désormais, l'héritier de la couronne de France s'appellera le dauphin.
Gouverner : l'impôt et les assemblées#
La guerre coûte, et le domaine ne suffit plus. Philippe VI multiplie les expédients : mutations des monnaies, taxes sur les ventes, emprunts, et en 1341 la gabelle, impôt sur le sel, promise provisoire, qui durera jusqu'en 1790. Pour lever l'argent, il réunit les États généraux — en 1343, puis en 1346-1347 après Crécy, où les députés lui reprochent sans ménagement ses conseillers et ses défaites. Le roi gouverne avec un cercle de légistes et de grands seigneurs, et les ordonnances de 1346 organisent les Eaux et Forêts. La monarchie administrative de Philippe le Bel continue ; mais le roi n'a plus le prestige qui la faisait accepter.
L'homme est brave et pieux, mais soupçonneux. En 1343, il fait décapiter sans procès public Olivier de Clisson et une quinzaine de seigneurs bretons accusés d'intelligence avec l'Angleterre. L'exécution choque la noblesse et jette la veuve de Clisson dans le camp anglais : c'est l'une des fautes que ses contemporains lui reprochent.
La cour et la reine#
La reine Jeanne de Bourgogne, intelligente et autoritaire, gouverne quand le roi guerroie ; ses ennemis l'ont appelée la « male royne boiteuse ». Le couple vit entre Paris, Vincennes, Saint-Germain-en-Laye et les forêts d'Île-de-France. La cour aime les tournois, les fêtes et les ordres de chevalerie : c'est le dernier éclat de la chevalerie avant que Crécy ne la brise.
Mort et succession#
Veuf, Philippe épouse en janvier 1350 la jeune Blanche de Navarre, dix-huit ans, d'abord promise à son fils. Il meurt le 22 août 1350 à Nogent-le-Roi. Son corps est porté à Saint-Denis, son cœur à la chartreuse de Bourgfontaine. Son fils Jean, duc de Normandie, lui succède sans contestation : la nouvelle dynastie est acquise.
Ce qu'il en reste#
Un bilan double, que la tradition a souvent réduit à Crécy. Philippe VI a perdu la mer, une bataille, Calais et le crédit de la royauté ; il a aussi laissé un royaume agrandi du Dauphiné et de Montpellier, et une succession assurée. Surtout, il a incarné le principe de 1328 : la couronne de France ne sort pas de la maison de France, et ne passe pas à un prince étranger par les femmes. Cette règle, que la monarchie défendra cent ans les armes à la main, est ce qui a gardé la France française. Le chevalier a failli ; le roi, lui, a tenu le principe.
À retenir
- 1328 : roi le 1er avril, sacré le 29 mai ; victoire de Cassel (23 août).
- 1337 : confiscation de la Guyenne, début de la guerre de Cent Ans.
- 1340 : défaite navale de L'Écluse.
- 1346-1347 : Crécy (26 août), chute de Calais (4 août 1347).
- 1349 : le Dauphiné rattaché ; 1350 : mort à Nogent-le-Roi (22 août).
Pour aller plus loin#
- Les Valois (1328-1589) : la dynastie que Philippe VI inaugure.
- La loi salique : la règle née de son élection.
- La bataille de Crécy (1346) : le désastre du règne.
- La guerre de Cent Ans : la guerre qu'il a commencée.
- Jean II le Bon : le fils et successeur, capturé à Poitiers.
- Charles V le Sage : le petit-fils, premier dauphin, qui répara.
- Tous les rois de France et la chronologie.
Sources#
- Jean Froissart, Chroniques, livre I — Gallica
- Raymond Cazelles, La Société politique et la crise de la royauté sous Philippe de Valois, Librairie d'Argences, 1958.
- Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980 ; Jacques Bainville, Histoire de France, 1924.
Questions fréquentes#
Pourquoi Philippe VI est-il appelé le « roi trouvé » ?
Parce qu'il n'était pas né pour régner : neveu de Philippe le Bel par son père Charles de Valois, il fut choisi en 1328 par les barons, faute d'héritier mâle direct. Le surnom, d'abord flatteur, devint moqueur après Crécy. On l'appela aussi « le Fortuné ».
Qui a succédé à Philippe VI de Valois ?
Son fils aîné Jean, duc de Normandie, devenu Jean II le Bon, sacré à Reims le 26 septembre 1350. Il sera fait prisonnier à Poitiers six ans plus tard.
Comment est mort Philippe VI ?
De maladie, le 22 août 1350, à Nogent-le-Roi, à cinquante-sept ans environ, quelques mois après son remariage avec Blanche de Navarre. Son corps repose à Saint-Denis.
Combien de temps a régné Philippe VI ?
Vingt-deux ans : régent à partir de février 1328, roi le 1er avril 1328 à la naissance de la fille posthume de Charles IV, sacré le 29 mai suivant, mort le 22 août 1350.