Charles VI le Fol : biographie du roi fou (1380-1422)

Biographie de Charles VI le Fol (1380-1422) : les oncles, la folie du Mans, Armagnacs et Bourguignons, Azincourt et le traité de Troyes.

Romain Croisade 8 min

Mis à jour le 23 octobre 2026

Charles VI le Fol pris de folie dans la forêt du Mans, enluminure

Fiche

Né le 3 décembre 1368, à Paris (hôtel Saint-Pol) · Mort le 21 octobre 1422, à Paris (hôtel Saint-Pol) · Règne 1380-1422 (42 ans) · Sacre 4 novembre 1380, à Reims · Dynastie Valois · Père Charles V le Sage · Mère Jeanne de Bourbon · Épouse Isabeau de Bavière (1385) · Prédécesseur Charles V · Successeur Charles VII (contesté par Henri VI d'Angleterre) · Surnoms le Bien-Aimé, le Fol · Enterré à Saint-Denis

Le 5 août 1392, en pleine chaleur, l'armée royale traverse la forêt du Mans pour châtier le duc de Bretagne. Un page laisse tomber une lance sur le casque d'un autre ; au bruit du fer, le roi tire l'épée, crie à la trahison et charge sa propre escorte. Il tue plusieurs hommes avant qu'on le désarme et qu'on le ramène, lié sur une charrette. Il a vingt-trois ans. Charles VI, que ses sujets appelaient le Bien-Aimé, devient pour l'histoire le Fol. Sa folie dure trente ans ; elle ouvre la plus grave crise de la monarchie entre la mort de Charles V et Jeanne d'Arc. Il est le quatrième roi Valois dans la liste des rois de France.

Avant le trône : un roi de onze ans#

Fils aîné de Charles V et de Jeanne de Bourbon, Charles naît à l'hôtel Saint-Pol, que son père a fait bâtir. Il a onze ans quand le roi meurt, le 16 septembre 1380. L'ordonnance de 1374 fixait la majorité à quatorze ans ; les oncles l'avancent : sacre à Reims dès le 4 novembre 1380, et gouvernement en leur nom. Louis d'Anjou s'empare du Trésor pour sa conquête de Naples, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, gouverne pour servir la Flandre qu'il doit hériter, Jean de Berry pille le Languedoc ; seul Louis de Bourbon, l'oncle maternel, passe pour honnête. L'abolition du fouage par le roi mourant oblige à rétablir les aides : Paris se soulève (les Maillotins, mars 1382), Rouen aussi (la Harelle).

Le règne#

Roosebeke et le mariage (1382-1385)#

Le 27 novembre 1382, le roi de quatorze ans voit son armée écraser à Roosebeke les milices flamandes de Philippe van Artevelde, révoltées contre leur comte, beau-père du duc de Bourgogne. Au retour, Paris est châtié, ses libertés suspendues. En 1385, à Amiens, Charles épouse Isabeau de Bavière, quinze ans, choisie pour gagner les princes d'Empire. Le couple aura douze enfants.

Le gouvernement des Marmousets (1388-1392)#

En novembre 1388, à Reims, Charles congédie ses oncles et rappelle les conseillers de son père : le connétable Olivier de Clisson, Bureau de La Rivière, Jean Le Mercier, Jean de Montaigu. Les grands les surnomment avec mépris marmousets. Ce sont quatre bonnes années : économies, réforme de la justice et des finances, voyage du roi en Languedoc (1389-1390) pour écouter les plaintes contre le duc de Berry, trêve avec l'Angleterre. Le jeune roi est beau, généreux, aimé ; on le compare à son père.

La folie (1392-1407)#

En juin 1392, Pierre de Craon, protégé du duc de Bretagne, tente d'assassiner Clisson en pleine rue. Charles part en guerre ; c'est la forêt du Mans. La première crise passée, d'autres suivent, plusieurs par an, de quelques jours à plusieurs mois. Le roi ne reconnaît plus sa femme, oublie son nom, efface ses armoiries, se croit de verre selon certains témoins. Le 28 janvier 1393, au bal des Ardents, des danseurs déguisés en sauvages, enduits de poix, prennent feu ; quatre meurent, le roi n'est sauvé que par la duchesse de Berry qui l'enveloppe dans sa robe. Le royaume prie, organise des processions, fait venir des médecins et des charlatans.

Le pouvoir revient aux oncles, puis se dispute entre deux hommes : Louis d'Orléans, frère du roi, et Jean sans Peur, duc de Bourgogne depuis 1404. Le 23 novembre 1407, rue Vieille-du-Temple, les hommes de Jean sans Peur assassinent Louis d'Orléans.

La guerre civile et l'invasion (1407-1422)#

Le meurtre coupe le royaume en deux : les Bourguignons, maîtres de Paris et populaires chez les bouchers, contre les Armagnacs, partisans du jeune duc d'Orléans et de son beau-père Bernard d'Armagnac. Les paix se signent et se rompent. En 1413, l'émeute cabochienne tient Paris. Henri V de Lancastre en profite : il débarque en 1415, prend Harfleur et écrase à Azincourt, le 25 octobre, une armée sans roi et sans chef. Les dauphins meurent l'un après l'autre (1415, 1417) ; le dernier, Charles, quinze ans, s'enfuit de Paris quand les Bourguignons y entrent et massacrent les Armagnacs (mai-juin 1418). Le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau, l'entourage du dauphin tue Jean sans Peur. Son fils Philippe le Bon se jette dans les bras de l'Angleterre.

Gouverner : un roi absent, une couronne présente#

Le traité de Troyes (21 mai 1420), signé au nom du roi malade par Isabeau et Philippe le Bon, donne à Henri V la main de Catherine de France, la régence et la succession ; le dauphin est déshérité pour « énormes crimes ». C'est le point le plus bas de l'histoire capétienne. Et pourtant, c'est là que la monarchie montre sa force. Les juristes fidèles au dauphin, comme Jean de Terrevermeille (1419), répondent que la couronne n'est pas la propriété du roi : elle passe par la coutume au plus proche héritier mâle, et nul — pas même le roi, a fortiori un roi fou — ne peut en disposer. La loi salique, invoquée en 1328, devient doctrine. L'ordonnance de 1407, qui fait régner l'héritier aussitôt le roi mort, quel que soit son âge, va dans le même sens : la continuité du royaume ne dépend pas de la santé d'un homme.

Ce qui tient le royaume pendant trente ans, c'est aussi la fidélité au roi sacré. Personne n'a songé à déposer Charles VI. Malade, il reste l'oint de Reims ; les Parisiens qui le voient passer pleurent, et chaque parti gouverne en son nom parce que lui seul fait la légitimité. C'est pour cela que tous se le disputent.

Le roi en guerre#

Charles VI a commandé en personne à Roosebeke (1382), préparé un débarquement en Angleterre qui ne partit jamais (1386), mené la campagne de Gueldre (1388). Après 1392, il ne fait plus la guerre : elle se fait autour de lui, par les princes. L'unique grande bataille de son règne contre l'Angleterre, Azincourt, est livrée sans lui. Dans la guerre de Cent Ans, son règne défait en trente ans la reconquête de son père.

La cour et les résidences#

Le roi vit à l'hôtel Saint-Pol, à Paris, où la reine tient une cour fastueuse, qu'on lui reprochera. Isabeau de Bavière a sa légende noire — infidélité supposée avec Louis d'Orléans, cupidité, trahison à Troyes — que les historiens ont fortement nuancée. Pendant les crises, une jeune femme, Odette de Champdivers, veille sur le roi ; on la nomme « la petite reine ». L'emblème personnel de Charles VI est le cerf ailé, qui passera à ses successeurs.

Mort et succession#

Henri V meurt à Vincennes le 31 août 1422 ; Charles VI le suit le 21 octobre, à l'hôtel Saint-Pol. Aux funérailles de Saint-Denis, aucun prince français ne suit le cercueil : seul le duc de Bedford, régent anglais, et le héraut crie le nom d'Henri VI, enfant de dix mois, roi de France et d'Angleterre. Au même moment, à Mehun-sur-Yèvre, le dauphin se proclame Charles VII. Il faudra Jeanne d'Arc, Patay et le sacre de 1429 pour que la question soit tranchée.

Ce qu'il en reste#

Une image : le roi fou, que les historiens du XIXe siècle ont opposée au roi sage. Une leçon politique que Bainville a soulignée : quand le roi manque, les princes se battent, le peuple s'émeut et l'étranger entre — Azincourt et Troyes sont la conséquence directe d'une couronne sans tête. Mais aussi une preuve : la monarchie a survécu à trente ans de démence de son roi et au testament de Troyes, parce que la règle de succession était au-dessus des hommes. Le fils déshérité sera le Victorieux.

À retenir

  • 1380 : mort de Charles V ; sacre de Charles VI, onze ans, sous la tutelle de ses oncles.
  • 1388 : le roi gouverne seul avec les Marmousets.
  • 5 août 1392 : première crise de folie, dans la forêt du Mans ; 1393 : bal des Ardents.
  • 1407 : assassinat de Louis d'Orléans ; 1415 : Azincourt ; 1419 : Montereau.
  • 1420 : traité de Troyes ; 21 octobre 1422 : mort du roi.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Michel Pintoin, Chronique du Religieux de Saint-Denys — Gallica
  • Françoise Autrand, Charles VI. La folie du roi, Fayard, 1986.
  • Bernard Guenée, La Folie de Charles VI, roi Bien-Aimé, Perrin, 2004.

Questions fréquentes#

Pourquoi Charles VI est-il appelé « le Fol » ?

Parce qu'à partir du 5 août 1392, dans la forêt du Mans, il est frappé d'accès de démence qui reviendront jusqu'à sa mort, entrecoupés de périodes de lucidité. De son vivant, ses sujets l'appelaient plutôt « le Bien-Aimé » ; « le Fol » est le surnom retenu par la postérité.

De quoi souffrait Charles VI ?

On ne le sait pas avec certitude. Les chroniqueurs décrivent des crises violentes, des absences, l'oubli de son nom et de sa famille, la conviction d'être de verre. Les médecins d'aujourd'hui évoquent une psychose de type schizophrénique ou un trouble bipolaire, sans pouvoir trancher.

Qui a succédé à Charles VI ?

Son fils Charles VII, le dauphin déshérité par le traité de Troyes. À la mort de Charles VI, le 21 octobre 1422, les Anglais proclament roi Henri VI, son petit-fils de dix mois ; le dauphin se proclame roi à Mehun-sur-Yèvre et ne sera sacré à Reims qu'en 1429, avec Jeanne d'Arc.

Combien de temps a régné Charles VI ?

Quarante-deux ans, de 1380 à 1422 : l'un des plus longs règnes de la monarchie, dont trente ans de maladie. Il a gouverné seul de 1388 à 1392 seulement.

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