Poitiers (19 septembre 1356) : la capture du roi Jean II
Bataille de Poitiers, 19 septembre 1356 : le Prince Noir bat Jean le Bon et le fait prisonnier. Contexte, déroulement, rançon, conséquences pour le royaume.
Mis à jour le 10 octobre 2026

Fiche
Date lundi 19 septembre 1356 · Lieu près de Nouaillé-Maupertuis, au sud-est de Poitiers (Vienne), dans un pays de haies et de vignes · Camps Édouard de Woodstock, prince de Galles, dit le Prince Noir, avec ses Gascons, contre Jean II le Bon, roi de France, ses quatre fils et l'ost du royaume · Effectifs 6 000 à 8 000 Anglo-Gascons ; 11 000 à 15 000 Français (chiffres discutés ; les chroniqueurs doublent tout) · Guerre guerre de Cent Ans · Issue défaite française ; le roi et son fils Philippe prisonniers, le connétable tué · Rançon trois millions d'écus d'or (Brétigny, 1360)
Dix ans après Crécy, la chevalerie française se fait battre une seconde fois par une armée deux fois plus petite — et cette fois le roi lui-même reste aux mains de l'ennemi. Le 19 septembre 1356, près de Poitiers, Jean II le Bon rend son gant au Prince Noir. C'est l'épisode le plus humiliant de la guerre de Cent Ans, et celui qui ouvre les dix années les plus dangereuses qu'ait connues la monarchie capétienne-Valois.
Le contexte : une chevauchée qu'on rattrape#
Depuis Bordeaux, le prince de Galles mène en 1356 sa seconde chevauchée : ravager, brûler les récoltes, ruiner le crédit du roi de France plus que conquérir des places. Parti en août, il remonte par le Limousin et le Berry jusqu'à la Loire, à Romorantin, chargé de butin. Jean II, qui a levé l'ost à Chartres, le devance par la rive droite, passe la Loire à Blois, et lui coupe la route du retour au sud de Poitiers. Le prince accepte alors de négocier : il offre de rendre le butin, les prisonniers et les places prises, et sept ans de trêve. Le cardinal Talleyrand de Périgord fait la navette tout le dimanche 18 septembre, jour du Seigneur. Le roi exige que le prince se livre en personne avec cent chevaliers ; le prince refuse. On se battra donc au matin.
Le déroulement#
La leçon de Crécy, mal apprise. Sur le conseil du chevalier écossais Guillaume Douglas, Jean II fait mettre ses hommes d'armes à pied et raccourcir leurs lances : plus de charges lancées sous les flèches. Mais il maintient devant eux un corps monté d'élite, trois cents chevaux commandés par les maréchaux d'Audrehem et de Clermont, chargé de crever la ligne des archers.
Le terrain. Le prince a choisi un revers de coteau protégé par des haies vives, des vignes et un chemin creux ; on n'y accède que par des brèches étroites où les cavaliers arrivent en file. Les archers gallois et anglais garnissent les haies et les marais des flancs.
Les trois assauts. Les maréchaux chargent les premiers et sont massacrés dans les brèches : Clermont tué, Audrehem pris. Le corps du dauphin Charles — dix-huit ans, le futur Charles V — monte à pied, se bat, reflue ; le roi le fait éloigner du champ. Le second corps, celui de son frère Philippe d'Orléans, quitte alors la bataille sans combattre. Il reste le troisième : celui du roi.
La capture. Jean II attaque avec ses bannières ; le prince, voyant l'armée française entamée, lance à cheval ses réserves et envoie le captal de Buch, Jean de Grailly, avec une petite troupe montée tourner la colline et tomber sur les arrières. Encerclés, les Français cèdent. Le roi combat à la hache, son plus jeune fils Philippe, quatorze ans, à ses côtés, lui criant, dit la chronique, de se garder à droite et à gauche — ce qui lui vaudra le surnom de Hardi. Entouré, Jean II remet son gantelet à Denis de Morbecque, chevalier d'Artois banni passé au service anglais, pour ne pas être disputé comme une proie.
Pourquoi la France a encore perdu#
Ce n'est plus l'indiscipline de Crécy seule : c'est le terrain, accepté sans reconnaissance sérieuse, et un commandement qui divise son armée en corps successifs, engagés l'un après l'autre, là où le prince tient la sienne d'un bloc et la lance au bon moment. L'armée de Jean II est une addition de contingents convoqués pour quelques semaines ; celle du prince est une troupe soldée qui a fait campagne ensemble. Le roi lui-même ne manque ni de bravoure ni d'honneur — « le Bon » veut dire le vaillant — mais il confond la valeur personnelle avec l'art de conduire une guerre. Son fils en tirera la conclusion inverse : ne jamais livrer bataille rangée.
Les conséquences#
Le soir même, le Prince Noir sert son prisonnier à table, selon Froissart : la courtoisie chevaleresque est aussi un instrument politique. Jean II part pour Bordeaux, puis pour Londres, où il entre en 1357 ; il y restera, coupé de son royaume, jusqu'en 1360. Pendant ce temps la France se déchire : le dauphin Charles, régent à dix-huit ans, affronte les États généraux d'Étienne Marcel qui veulent contrôler le roi, la révolte des campagnes qu'on appelle la Jacquerie (1358), et les intrigues de Charles le Mauvais, roi de Navarre. Le traité de Brétigny (1360) achète la liberté du roi au prix d'un tiers du royaume cédé en pleine souveraineté et de trois millions d'écus. Le duc d'Anjou, otage, rompant sa parole, Jean II retourne se constituer prisonnier à Londres, où il meurt en avril 1364. Il faudra vingt ans à Charles V pour reprendre, pied à pied, presque tout ce que Poitiers avait perdu.
Vrai ou faux#
Jean le Bon s'est rendu lâchement : faux. Il s'est battu à pied jusqu'à l'encerclement, blessé au visage, et ne s'est rendu qu'entouré. Sa faute est politique et militaire, non personnelle.
« Poitiers » veut toujours dire Charles Martel : non. La bataille de 732 se place au nord de la ville ; celle de 1356 au sud-est, à Maupertuis — les Anglais l'appellent d'ailleurs battle of Poitiers tout court, et celle de 732 battle of Tours. Voir Poitiers (732).
À retenir
- 19 septembre 1356 : Jean II le Bon battu et capturé près de Poitiers par le Prince Noir.
- 1356-1360 : régence du dauphin Charles ; Étienne Marcel, Jacquerie, Charles le Mauvais.
- 1360 : traité de Brétigny — un tiers du royaume et trois millions d'écus.
- 1364 : mort de Jean II à Londres ; avènement de Charles V, qui refusera la bataille rangée.
Pour aller plus loin#
- La guerre de Cent Ans (1337-1453) : causes, étapes, fin — la guerre dont Poitiers est le second désastre.
- Bataille de Crécy (1346) — la même faute, dix ans plus tôt.
- Jean II le Bon : biographie du roi prisonnier des Anglais (1350-1364) — le roi capturé, de son avènement à sa mort à Londres.
- Charles V le Sage — le dauphin de Poitiers devenu le roi de la reconquête.
- Les Valois (1328-1589) — la dynastie à son plus bas.
- La chronologie des rois de France et tous les rois.
Sources#
- Jean Froissart, Chroniques, livre I ; Chronique des quatre premiers Valois — Gallica
- Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard, 1980 ; Françoise Autrand, Charles V le Sage, Fayard, 1994.
- Philippe Contamine, La Guerre au Moyen Âge, PUF, 1980 — Persée
Questions fréquentes#
Qui a gagné la bataille de Poitiers en 1356 ?
Édouard de Woodstock, prince de Galles, dit le Prince Noir, avec une armée anglo-gasconne deux fois moins nombreuse. Le roi de France Jean II le Bon fut fait prisonnier sur le champ de bataille.
Pourquoi le roi Jean II a-t-il été capturé ?
Parce qu'il a combattu à pied jusqu'au bout au milieu de ses chevaliers, une fois ses deux premiers corps de bataille rompus et son armée en fuite. Il se rendit au chevalier artésien Denis de Morbecque, passé au service anglais.
Quelle était la rançon de Jean le Bon ?
Trois millions d'écus d'or, fixés par le traité de Brétigny (1360) : plusieurs années de revenus ordinaires de la couronne. Elle ne fut jamais entièrement payée ; le roi revint mourir en captivité à Londres en 1364.
Ne pas confondre : Poitiers 732 ou Poitiers 1356 ?
Deux batailles différentes. En 732, Charles Martel arrête une razzia arabe au nord de Poitiers ; en 1356, le roi de France y est capturé par les Anglais, au sud-est de la ville, près de Nouaillé-Maupertuis.