Isabelle de France, la « Louve de France » reine d'Angleterre
Isabelle de France (v. 1295-1358), fille de Philippe le Bel, reine d'Angleterre : sa révolte contre Édouard II, Mortimer, le droit légué à Édouard III.
Mis à jour le 22 octobre 2026

Fiche
Née vers 1295, à Paris · Morte le 22 août 1358, au château de Hertford · Origine fille de Philippe le Bel et de Jeanne de Navarre ; sœur de Louis X, Philippe V et Charles IV, les derniers Capétiens directs · Rôle reine d'Angleterre (1308-1327), régente de fait (1327-1330) · Roi Édouard II, puis son fils Édouard III · Période fin des Capétiens directs, prélude de la guerre de Cent Ans · Enterrée à l'église des Franciscains de Newgate, à Londres
Fille du plus redouté des Capétiens, mariée à un roi d'Angleterre qui ne l'aimait pas, Isabelle de France est la reine qui a détrôné son propre mari. Parmi les reines de France et les filles de France, aucune n'a pesé plus lourd sur le destin du royaume : c'est par elle que son fils Édouard III réclame en 1328 la couronne de ses oncles, et par elle que commence la guerre de Cent Ans.
Une fille de France donnée à l'Angleterre#
Isabelle naît vers 1295, dernière fille survivante de Philippe IV et de Jeanne de Navarre. Elle est promise enfant au prince de Galles pour sceller la paix sur la Guyenne, que les Plantagenêts tiennent en fief du roi de France. Le mariage est célébré à Boulogne le 25 janvier 1308 ; elle a douze ans, Édouard II vingt-trois. Le couronnement à Westminster, un mois plus tard, tourne à l'humiliation : le roi y donne la première place à son favori, Pierre Gaveston, et envoie à celui-ci une partie des cadeaux de noces de son beau-père.
La reine, très jeune, joue d'abord la fidélité. Gaveston est exécuté par les barons en 1312 ; la même année naît le futur Édouard III, puis viendront trois autres enfants. Lors d'un séjour en France en 1313, Isabelle offre des aumônières à ses belles-sœurs ; selon les chroniqueurs, c'est en les voyant portées par deux chevaliers normands qu'elle aurait alerté son père, et l'on tient à cette tradition l'éclatement de l'affaire de la tour de Nesle en 1314. Le fait est plausible, il n'est pas prouvé.
Son pouvoir : de la reine négligée à la reine qui renverse#
Dans les années 1320, un nouveau favori, Hugues le Despenser le Jeune, domine Édouard II et dépouille ses ennemis. La reine voit ses terres confisquées, ses enfants retirés, ses gens français éloignés. En 1325, la guerre de Saint-Sardos oppose son mari à son frère Charles IV pour la Guyenne : Isabelle part négocier à Paris, obtient une trêve, et se fait envoyer son fils aîné pour qu'il prête hommage à la place du roi. Elle a désormais l'héritier en main. Elle refuse de rentrer tant que les Despenser gouvernent.
À Paris, elle retrouve Roger Mortimer, grand seigneur des Marches galloises évadé de la Tour de Londres, et en fait son amant. Le scandale est public : Charles IV, pressé par le pape, l'éloigne. Elle passe en Hainaut, fiance son fils à Philippa, fille du comte, et obtient en échange des hommes et des navires.
Le 24 septembre 1326, elle débarque dans le Suffolk avec quelques centaines de soldats. L'Angleterre, lasse des Despenser, se rallie sans combat. Les deux Despenser, père et fils, sont exécutés ; Édouard II, capturé, est contraint de renoncer à la couronne en janvier 1327. Édouard III, quatorze ans, est sacré le 1er février. Le roi déchu meurt à Berkeley en septembre 1327, très probablement tué sur ordre de Mortimer ; le supplice atroce que la légende raconte n'apparaît que dans des chroniques postérieures.
Face au roi de France : la reine du droit anglais#
En février 1328, Charles IV meurt sans fils. Isabelle fait valoir que son fils, neveu du défunt, est son plus proche parent. Les barons de France répondent par ce qui deviendra la loi salique : une femme ne règne pas, et ne transmet pas un droit qu'elle n'a pas. Ils choisissent Philippe de Valois, cousin par les hommes. C'est l'intérêt de la couronne qui parle : remettre le royaume à un prince de quinze ans, gouverné par sa mère et un baron anglais, c'était le livrer à l'étranger. Édouard III prête hommage à Amiens en 1329, en réservant ses droits. Ils serviront en 1337.
Chute et retraite#
Mortimer gouverne en maître, s'enrichit, signe avec l'Écosse une paix que les Anglais jugent honteuse (1328) et fait exécuter le comte de Kent, oncle du roi (1330). En octobre 1330, au château de Nottingham, le jeune Édouard III le fait arrêter par surprise ; Mortimer est pendu à Tyburn. Isabelle, épargnée, est écartée du pouvoir mais traitée avec égards. Elle vit près de trente ans encore, surtout à Castle Rising, dans le Norfolk, reçoit son fils, lit des romans de chevalerie, revient à la piété et prend à la fin l'habit des clarisses. Elle meurt en 1358 et demande, dit-on, à être inhumée avec le cœur de son mari.
Ce qu'il en reste#
La légende noire est anglaise : Thomas Gray l'appelle en 1757 « louve de France » et Maurice Druon en a fait en 1959 le titre d'un tome des Rois maudits. Le cinéma a fait pire : Braveheart (1995) lui prête une liaison avec William Wallace, mort quand elle était encore une enfant à Paris. Vue de France, elle est d'abord une fille de Philippe le Bel, intelligente et dure, qui a défendu son rang contre un mari indigne — et dont l'ambition pour son fils a failli donner la France à l'Angleterre.
À retenir
- 1308 : épouse Édouard II à Boulogne ; 1312 : naissance d'Édouard III.
- 1325-1326 : ambassade à Paris, alliance avec Mortimer, débarquement en Angleterre.
- 1327 : Édouard II déposé, puis tué à Berkeley ; Isabelle et Mortimer gouvernent.
- 1328 : elle réclame la couronne de France pour son fils ; les barons choisissent Philippe VI.
- 1330 : chute de Mortimer ; retraite jusqu'à sa mort en 1358.
Pour aller plus loin#
- Philippe le Bel : biographie du roi de fer (1285-1314) — la biographie du roi.
- Les reines de France : rôle, pouvoir et destin, de Clotilde à Marie-Amélie — la synthèse des reines et des filles de France.
- La loi salique : ce qu'elle dit vraiment et pourquoi elle écarte les femmes — la règle opposée à son fils en 1328.
- Philippe VI de Valois : biographie du « roi trouvé » — le roi préféré à Édouard III.
- La guerre de Cent Ans (1337-1453) : causes, étapes, fin — la guerre sortie de sa revendication.
- Les Rois maudits (livres et séries) : ce qui est vrai — la « Louve » de Druon face à l'histoire.
- Aliénor d'Aquitaine : biographie de la reine de deux royaumes — l'autre reine franco-anglaise.
Sources#
- Paul Doherty, Isabella and the Strange Death of Edward II, Constable, 2003.
- Alison Weir, Isabella, She-Wolf of France, Queen of England, Jonathan Cape, 2005.
- Jean Favier, Philippe le Bel, Fayard, 1978 — Gallica
Questions fréquentes#
Qui était Isabelle de France ?
La fille de Philippe le Bel, née vers 1295, mariée en 1308 au roi Édouard II d'Angleterre. Elle le renversa en 1326-1327 avec Roger Mortimer et gouverna au nom de son fils Édouard III jusqu'en 1330. Elle est morte en 1358.
Pourquoi Isabelle de France est-elle appelée la « Louve de France » ?
Le surnom vient d'un poème anglais de Thomas Gray, The Bard (1757), qui l'accuse d'avoir déchiré son époux ; Maurice Druon l'a popularisé en France avec le cinquième tome des Rois maudits, La Louve de France (1959).
Isabelle de France a-t-elle eu une liaison avec William Wallace ?
Non. C'est une invention du film Braveheart (1995) : Wallace a été exécuté en 1305, quand Isabelle avait une dizaine d'années et vivait encore en France ; elle n'arrive en Angleterre qu'en 1308.
Pourquoi Édouard III prétendait-il au trône de France ?
Par sa mère Isabelle, sœur des trois derniers Capétiens directs : il était en 1328 le plus proche parent de Charles IV. Les barons de France lui préférèrent Philippe de Valois, parent par les hommes, car une femme ne pouvait transmettre un droit qu'elle n'avait pas.