Charles VII : biographie du roi de Jeanne d'Arc (1422-1461)

Biographie de Charles VII (1422-1461) : du roi de Bourges au Victorieux, Jeanne d'Arc, le sacre de Reims, Arras, l'armée permanente, Castillon.

Romain Croisade 8 min

Mis à jour le 27 octobre 2026

Charles VII couronné entouré de capitaines et de canons, enluminure

Fiche

Né le 22 février 1403, à Paris (hôtel Saint-Pol) · Mort le 22 juillet 1461, à Mehun-sur-Yèvre · Règne 1422-1461 (39 ans) · Sacre 17 juillet 1429, à Reims · Dynastie Valois · Père Charles VI · Mère Isabeau de Bavière · Épouse Marie d'Anjou (1422) · Prédécesseur Charles VI · Successeur Louis XI · Surnoms le Victorieux, le Bien Servi · Enterré à Saint-Denis

Au printemps de 1429, le roi de France n'est plus roi que de quelques provinces au sud de la Loire. Les Anglais tiennent Paris, la Normandie, la Guyenne ; le duc de Bourgogne est leur allié ; sa propre mère, dit-on, l'a renié. Charles VII, vingt-six ans, attend à Chinon, hésitant, pauvre, sans armée payée. Quarante ans plus tard, ses fils savent que le royaume est vaste, fort, armé d'une artillerie sans égale et d'un impôt permanent. Entre les deux, il y a Jeanne d'Arc, que tout le monde retient, et il y a le roi, que l'on retient moins. Le septième roi Valois n'a rien d'un héros de légende ; il a gagné pourtant la guerre de Cent Ans.

Avant le trône : le dauphin déshérité#

Cinquième fils de Charles VI, Charles n'est pas destiné à régner : ses frères aînés meurent l'un après l'autre, et il devient dauphin en 1417. Il a quatorze ans quand le royaume bascule dans la guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons. Le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau, le duc de Bourgogne Jean sans Peur est abattu en sa présence, au cours d'une entrevue censée réconcilier les partis. Que le dauphin l'ait voulu ou seulement laissé faire, ses proches l'ont commis, et la faute est immense : elle jette Philippe le Bon, fils du mort, dans les bras des Anglais.

Le traité de Troyes (21 mai 1420), signé par un roi fou et par Isabeau de Bavière, déshérite le dauphin et donne la couronne à Henri V d'Angleterre. Le « soi-disant dauphin », comme disent ses ennemis, se retire sur la Loire, à Bourges, Chinon, Mehun. Il épouse Marie d'Anjou, qui lui apporte l'alliance de la maison d'Anjou et la fidélité de sa belle-mère Yolande d'Aragon, la meilleure tête de son entourage. À Baugé (1421), ses troupes battent les Anglais ; à Verneuil (1424), elles sont écrasées. À la mort de Charles VI, le 21 octobre 1422, il se proclame roi à Mehun ; les Anglais proclament Henri VI, un nourrisson. Les adversaires l'appellent par dérision le « roi de Bourges ».

Le règne#

Jeanne d'Arc et le sacre (1429)#

Le siège d'Orléans, où les Anglais viennent de s'établir (octobre 1428), est le dernier verrou de la Loire. C'est là qu'arrive, en mars 1429, une jeune paysanne de Lorraine qui dit avoir reçu mission du ciel de faire lever le siège et de conduire le roi à Reims. Charles VII la fait examiner par des clercs à Poitiers, puis la laisse faire : la ville est délivrée le 8 mai, les Anglais sont dispersés à Patay (18 juin), et le dauphin, qu'une chevauchée de deux mois conduit à travers un pays soudain rallié, est sacré à Reims le 17 juillet 1429. Il reçoit l'onction avec la sainte ampoule, comme ses prédécesseurs : rien de plus fort pour un roi dont on contestait la naissance. Le droit était dit par le ciel.

Il faut regarder en face la suite. Jeanne échoue devant Paris (septembre 1429), puis est prise à Compiègne par les Bourguignons en mai 1430, livrée aux Anglais, jugée à Rouen par un tribunal d'Église acquis à l'ennemi et brûlée le 30 mai 1431. Le roi ne tente rien dont l'histoire ait gardé la trace. Peut-être ne le pouvait-il pas ; peut-être le voulait-il moins que le prétendent ses défenseurs. Il se rachète en partie vingt ans plus tard : en 1450, il fait ouvrir l'enquête qui aboutit au procès de réhabilitation, et le jugement de 1456 casse la condamnation. Il y allait de sa propre légitimité : il ne pouvait pas avoir été sacré par une sorcière.

La paix d'Arras et la reprise de Paris (1435-1436)#

La vraie victoire de Charles VII est diplomatique. Au congrès d'Arras, en septembre 1435, il accepte les conditions humiliantes de Philippe le Bon : il désavoue le meurtre de Montereau, dispense le duc de lui rendre l'hommage, lui cède Mâcon, Auxerre et les villes de la Somme. En échange, la Bourgogne quitte l'alliance anglaise. Les Anglais, privés de leur base, perdent Paris en avril 1436 : le connétable de Richemont y entre sans combat, et le roi lui-même s'y montre en novembre 1437, après un exil de dix-neuf ans. La politique de la couronne est celle-ci : sacrifier l'orgueil et le prix de quelques provinces pour rétablir l'unité.

La reconquête (1449-1453)#

Une fois la paix avec les Bourguignons conclue et l'armée réformée, la guerre est vite faite. La trêve de 1444 est rompue en 1449 par l'ennemi, qui prend Fougères. En un an, la Normandie tombe : Rouen se rend (octobre 1449), l'armée de secours anglaise est écrasée à Formigny (15 avril 1450), Cherbourg capitule en août. Puis vient la Guyenne, anglaise depuis trois siècles. Une première campagne en 1451 prend Bordeaux et Bayonne ; les Bordelais rappellent les Anglais, Talbot débarque et la guerre se joue à Castillon (17 juillet 1453), où l'artillerie de Jean Bureau détruit l'armée anglaise retranchée. Bordeaux se rend le 19 octobre. Les Anglais ne gardent plus que Calais : on date de là la fin de la guerre de Cent Ans, bien qu'aucun traité ne la scelle.

Gouverner : l'impôt, l'armée, l'Église#

Ces victoires sont le fruit d'une réforme. Les États généraux de 1439 et l'ordonnance d'Orléans donnent au roi le droit de lever seul la taille et interdisent aux seigneurs d'entretenir des troupes. En 1445, il crée les compagnies d'ordonnance : quinze compagnies de cent lances, soldées, disciplinées, logées chez l'habitant ; en 1448, les francs-archers, fournis par les paroisses. C'est la première armée permanente du royaume depuis l'Antiquité, et elle règle le fléau des écorcheurs, ces bandes de soldats sans emploi qui pillaient les campagnes. Les frères Bureau, Jean et Gaspard, font de l'artillerie française la première d'Europe.

L'argent vient de Jacques Cœur, marchand de Bourges, argentier du roi, qui finance la reconquête de la Normandie. Il est arrêté en 1451, accusé de crimes divers — on lui reproche entre autres la mort d'Agnès Sorel —, dépouillé de ses biens que des courtisans se partagent, et s'enfuit en 1454 : la reconnaissance n'était pas la vertu de la cour. Le roi, en revanche, sait choisir ses hommes : Richemont, Dunois, Xaintrailles, les Bureau, Étienne Chevalier. De là le surnom de « Bien Servi ».

Avec l'Église, Charles VII fait œuvre de souverain chrétien et de gallican. Par la Pragmatique Sanction de Bourges (7 juillet 1438), inspirée des décrets du concile de Bâle, il affirme l'autorité des conciles sur le pape, limite les annates, rend aux chapitres et aux abbayes l'élection de leurs évêques et abbés : le roi protège ainsi les libertés de l'Église de France — et sa propre main sur les nominations. Rome y verra une atteinte ; Louis XI la sacrifiera, puis la regrettera.

Le roi et sa maison#

Charles VII est un homme timide, méfiant, que sa jeunesse a rendu prudent. Il aime le luxe et la belle architecture : Chinon, Mehun-sur-Yèvre, Bourges, Loches, les châteaux de la Loire où il s'est tenu si longtemps. Il est le premier roi à reconnaître officiellement une maîtresse, Agnès Sorel, la « dame de Beauté », morte en 1450, dont les portraits de Jean Fouquet ont gardé la grâce.

Sa maison est sombre. Le dauphin Louis, rétif, prend la tête de la Praguerie (1440), révolte de seigneurs contre l'armée royale ; pardonné, il est envoyé au Dauphiné, d'où il s'enfuit en 1456 chez Philippe le Bon. Charles VII, le sentant prêt à saisir la couronne, vieillit dans la crainte du poison.

Mort et succession#

Il meurt à Mehun-sur-Yèvre le 22 juillet 1461, âgé de cinquante-huit ans. Un abcès à la mâchoire l'empêche de manger ; convaincu qu'on veut l'empoisonner, il refuse la nourriture jusqu'à l'extrême faiblesse, si l'on en croit les chroniqueurs. Il est enterré à Saint-Denis. Son fils, Louis XI, arrive de Genappe pour se faire sacrer ; il hérite d'un royaume en ordre, qu'il va achever.

Ce qu'il en reste#

Un royaume sauvé. Charles VII a hérité d'un pays divisé, vendu à l'étranger par un traité, avec un trésor vide et une couronne contestée ; il laisse à son fils un domaine pacifié, un impôt permanent, une armée royale et une artillerie, un clergé protégé. Les historiens modernes, longtemps sévères pour ce roi hésitant, reconnaissent depuis la fin du XIXᵉ siècle qu'il fut un grand politique : peu brillant en personne, attentif à choisir et à garder ses serviteurs, patient quand il fallait céder, implacable quand il fallait gagner. Pour qui lit l'histoire de France avec Bainville, c'est le règne type où la continuité de la couronne l'emporte sur les hommes : un roi médiocre, une institution solide, et la France, relevée de la plus profonde chute qu'elle ait connue.

À retenir

  • 1420 : traité de Troyes, le dauphin est déshérité.
  • 1429 : Orléans, Patay, sacre de Reims (17 juillet).
  • 1435 : paix d'Arras avec la Bourgogne ; Paris reprise en 1436.
  • 1438 : Pragmatique Sanction de Bourges.
  • 1445 : création des compagnies d'ordonnance.
  • 1450-1453 : Formigny, Normandie et Guyenne reconquises ; Castillon.
  • 1461 : mort à Mehun-sur-Yèvre ; Louis XI lui succède.

Pour aller plus loin#

Sources#

Questions fréquentes#

Pourquoi Charles VII est-il appelé « le Victorieux » ?

Parce que sous son règne la France chasse les Anglais de Normandie (1450) et de Guyenne (1453) : il ne leur reste que Calais. On l'a aussi surnommé « le Bien Servi », pour les capitaines et les hommes d'argent qui l'entouraient.

Charles VII a-t-il abandonné Jeanne d'Arc ?

Il n'a rien tenté de connu pour la racheter après sa capture à Compiègne (mai 1430), et cet abandon pèse sur sa mémoire. Mais en 1450 il ordonne l'enquête qui conduira, en 1456, à la réhabilitation de Jeanne, car sa propre légitimité dépendait de l'innocence de celle qui l'avait fait sacrer.

Comment est mort Charles VII ?

Au manoir de Mehun-sur-Yèvre, le 22 juillet 1461, après un abcès à la mâchoire. Persuadé que son fils Louis cherchait à l'empoisonner, il refusait de manger et se serait laissé mourir de faim, selon plusieurs chroniqueurs.

Qui a succédé à Charles VII ?

Son fils aîné Louis XI, avec lequel il était brouillé depuis la Praguerie de 1440 et qui vivait en exil en Bourgogne depuis 1456.

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