Patay (1429) : la revanche d'Azincourt

Bataille de Patay, 18 juin 1429 : la cavalerie française surprend les archers de Talbot avant qu'ils plantent leurs pieux. La route de Reims est ouverte.

Romain Croisade 5 min

Mis à jour le 27 octobre 2026

Cavaliers français chargeant les archers anglais dans la plaine de Beauce à Patay, enluminure

Fiche

Date samedi 18 juin 1429 · Lieu plaine de Beauce, entre Patay et Lignerolles, au nord-ouest d'Orléans · Camps l'armée de Charles VII — le duc Jean d'Alençon, lieutenant général, Jeanne d'Arc, le Bâtard d'Orléans (Dunois), le connétable de Richemont, La Hire et Poton de Xaintrailles à l'avant-garde — contre l'armée anglaise de John Talbot, sir John Fastolf et lord Scales · Roi de France Charles VII, absent du champ · Effectifs quelque 5 000 Anglais ; l'avant-garde française qui engage le combat compte environ 1 500 cavaliers · Issue déroute anglaise · Pertes environ 2 000 morts anglais selon les estimations courantes, Talbot et Scales prisonniers ; pertes françaises très faibles

Le 18 juin 1429, six semaines après la délivrance d'Orléans, la cavalerie française surprend en Beauce l'armée anglaise en retraite et la disperse avant que ses archers aient pu planter leurs pieux. Talbot est pris, Fastolf s'enfuit. C'est la victoire en rase campagne la plus éclatante des rois de France depuis des décennies dans la guerre de Cent Ans — et elle ouvre à Charles VII la route de Reims.

Le contexte : de la Loire à la Beauce#

Depuis le traité de Troyes (1420), le roi d'Angleterre se dit héritier de France, et Charles VII n'est, pour ses adversaires, que le « roi de Bourges ». Quatre mois plus tôt, la journée des Harengs (12 février 1429) a encore vu une armée française battue par un convoi anglais. Puis vient Jeanne d'Arc : Orléans est délivrée le 8 mai. Pour ouvrir le chemin du sacre, il faut nettoyer la Loire. En une semaine, l'armée royale prend Jargeau (12 juin, où le comte de Suffolk est capturé), le pont de Meung (15 juin) et Beaugency, qui capitule le 17. Une armée de secours venue de Paris sous Fastolf rejoint Talbot trop tard ; les Anglais se replient vers le nord, sur Janville.

Le déroulement#

La poursuite. Le 18 au matin, l'armée française se lance à leur recherche dans une Beauce couverte de broussailles. Selon les témoignages recueillis au procès de réhabilitation, Jeanne promet au duc d'Alençon, en substance, que les Anglais seront battus et qu'il faudra de bons éperons pour les rattraper.

Le cerf. Les éclaireurs ne voient rien. C'est un cerf, levé par les coureurs français, qui se jette dans les lignes anglaises ; les archers le saluent d'une clameur qui trahit leur position. Talbot est en train d'établir cinq cents archers d'élite derrière des haies, sur la route que les Français doivent emprunter, pour couvrir le déploiement du gros de l'armée.

La charge. La Hire et Xaintrailles n'attendent pas. Leur avant-garde charge droit sur les archers, qui n'ont planté ni leurs pieux ni ouvert leurs rangs. Sans protection, en terrain découvert, ils sont sabrés en quelques minutes. Talbot est capturé.

La débandade. Le corps principal, encore en marche, voit refluer l'arrière-garde et se défait à son tour. Fastolf, qui avait conseillé de ne pas combattre, quitte le champ avec une partie de ses hommes. La poursuite dure jusqu'aux abords de Janville. Jeanne, arrivée après le choc, se serait penchée sur un prisonnier anglais blessé à mort pour le consoler — témoignage de son page Louis de Coutes.

Pourquoi ce résultat#

L'arc long gagne quand l'archer est posté, protégé et attaqué de front : Crécy, Poitiers, Azincourt. Patay renverse chacune de ces conditions. Les Anglais sont en mouvement, dispersés sur plusieurs kilomètres, et les Français ont choisi la vitesse plutôt que la masse : une cavalerie légère et résolue, et non une chevalerie à pied qui s'avance pesamment dans la boue. Il y a aussi le moral. Depuis Orléans, la conviction a changé de camp : les capitaines du roi croient que Dieu veut la victoire, et l'armée anglaise doute de ses chefs, divisés entre Talbot qui veut combattre et Fastolf qui veut se retirer. Le roi, enfin, a une armée qui obéit à un chef — le duc d'Alençon — là où, en 1415, les princes se disputaient la première ligne.

Les conséquences#

L'armée de campagne anglaise du centre de la France est anéantie ; ses meilleurs capitaines sont morts ou captifs. Talbot ne sera libéré qu'en 1433, échangé contre Xaintrailles. Fastolf, accusé de lâcheté, est un temps suspendu de l'ordre de la Jarretière. Surtout, plus rien ne barre la route : Auxerre, Troyes et Châlons ouvrent leurs portes, et Charles VII est sacré à Reims le 17 juillet 1429. Le roi de France est désormais celui que Dieu a oint, non celui qu'un traité a désigné. La suite logique est le traité d'Arras (1435), qui détache la Bourgogne de l'Angleterre.

Vrai ou faux#

Jeanne d'Arc a mené la charge. Faux. La charge est l'œuvre de l'avant-garde de La Hire et de Xaintrailles ; Jeanne, au corps de bataille, arrive quand tout est joué. Sa part est ailleurs : avoir rendu à l'armée l'audace d'attaquer.

Patay a fini la guerre. Non : la reconquête prend encore vingt-quatre ans, jusqu'à Castillon (1453). Mais après Patay, les Anglais ne gagneront plus de grande bataille rangée en France.

À retenir

  • 18 juin 1429, en Beauce : l'armée de Charles VII disperse celle de Talbot et de Fastolf.
  • Un cerf trahit les archers anglais ; La Hire et Xaintrailles chargent avant que les pieux soient plantés.
  • Talbot prisonnier, environ 2 000 morts anglais : la revanche de Crécy, Poitiers et Azincourt.
  • Suite : la route de Reims est ouverte, sacre de Charles VII le 17 juillet 1429.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Jules Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, 1841-1849 — Gallica
  • Jean de Waurin, Recueil des croniques et anchiennes istories de la Grant Bretaigne (témoin, côté anglais).
  • Philippe Contamine, Olivier Bouzy, Xavier Hélary, Jeanne d'Arc. Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2012.

Questions fréquentes#

Qui a gagné la bataille de Patay ?

L'armée de Charles VII, menée par le duc d'Alençon avec Jeanne d'Arc, La Hire, Xaintrailles et le connétable de Richemont. L'avant-garde de La Hire a dispersé l'armée anglaise de Talbot et de Fastolf le 18 juin 1429.

Pourquoi dit-on que Patay est la revanche d'Azincourt ?

Parce que la cavalerie française y a pris les archers anglais en flagrant délit de déploiement, avant qu'ils plantent leurs pieux : l'arme qui avait brisé la chevalerie française en 1346, 1356 et 1415 n'a pas eu le temps de tirer.

Où se trouve Patay ?

En Beauce, dans l'actuel Loiret, à environ 25 kilomètres au nord-ouest d'Orléans. Le combat s'est livré entre Patay et le hameau de Lignerolles.

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