Dagobert Ier : le vrai roi derrière la chanson (629-639)
Biographie de Dagobert Ier, roi des Francs de 629 à 639 : saint Éloi, Paris, Saint-Denis, les guerres, la mort à Épinay, et la vérité sur la chanson du bon roi.
Mis à jour le 16 octobre 2026

Fiche
Né vers 603-605 · Mort le 19 janvier 639, à Épinay-sur-Seine · Règne roi d'Austrasie en 623 ; roi de tous les Francs 629-639 (10 ans) · Dynastie Mérovingiens · Père Clotaire II · Mère Bertrude · Épouses Gomatrude, Nanthilde, Ragnetrude et d'autres · Prédécesseur Clotaire II · Successeurs Sigebert III (Austrasie), Clovis II (Neustrie-Bourgogne) · Surnom « le bon roi Dagobert », venu d'une chanson du XVIIIe siècle · Enterré à Saint-Denis
Épinay-sur-Seine, janvier 639. Le roi des Francs, à peine trente-six ans, se sait perdu ; il fait appeler la reine Nanthilde et le maire du palais Aega, leur confie son fils de quatre ans, et demande qu'on le porte à Saint-Denis, auprès du martyr dont il a couvert l'abbaye d'or. Les Francs ne reverront pas de roi qui gouverne avant un siècle. Le vrai Dagobert Ier est là : le dernier grand Mérovingien de la liste des rois de France, un roi qui a tenu tout le royaume de Clovis, et non le benêt de la chanson qui met sa culotte à l'envers. Sa légende est née deux fois — chez les moines de Saint-Denis, puis chez les chansonniers.
Avant le trône#
Dagobert naît vers 603-605, fils de Clotaire II, le fils de Frédégonde qui vient de l'emporter sur Brunehaut et de réunir, en 613, tout le royaume franc. Pour tenir l'Austrasie, pays de l'est entre Reims, Metz et le Rhin, dont les grands veulent leur propre roi, Clotaire leur donne son fils en 623. L'adolescent règne à Metz sous la tutelle de deux hommes : Arnoul, évêque de Metz, et Pépin de Landen, maire du palais — les deux ancêtres des Carolingiens. Dagobert apprend là le métier, et la dette qu'un roi contracte envers ceux qui gouvernent pour lui.
Le règne#
Le roi de tous les Francs (629-632)#
Clotaire II meurt en 629. Dagobert, déjà roi à l'est, se fait reconnaître en Neustrie et en Bourgogne, et ne laisse à son demi-frère Caribert qu'un petit royaume autour de Toulouse, pour tenir les Gascons. Caribert meurt en 632, son fils peu après — la chronique ne dit pas comment, et l'on soupçonne. Dagobert règne alors seul de la Frise aux Pyrénées. Il fait une tournée de justice en Bourgogne, qui frappe les contemporains : la chronique dite de Frédégaire dit que les pauvres l'acclamaient et que les grands tremblaient.
Paris et les deux royaumes (632-639)#
Puis il quitte Metz pour Paris, comme Clovis, et gouverne depuis les villas royales de la Seine — Clichy, Épinay, Reuilly. L'Austrasie se sent abandonnée et ne se défend plus contre les Slaves. Dagobert cède : en 632-633, il lui donne un roi, son fils Sigebert III, âgé de deux ans, sous la garde de l'évêque Cunibert de Cologne. En 634, il réserve la Neustrie et la Bourgogne au fils qui vient de lui naître de Nanthilde, Clovis II. Le partage est fait d'avance, pour éviter la guerre entre ses fils : c'est la logique mérovingienne, et c'est elle qui livrera le royaume aux maires du palais.
Gouverner : Éloi, Ouen, Didier#
Dagobert gouverne avec une génération d'hommes remarquables, presque tous futurs saints. Éloi, orfèvre limousin, maître de la monnaie, conseiller et ambassadeur, deviendra évêque de Noyon. Ouen (Dadon), référendaire qui garde le sceau et rédige les actes, deviendra évêque de Rouen. Didier, trésorier, deviendra évêque de Cahors. La cour du roi est une école de gouvernement et d'Église : on y entre laïc, on en sort évêque. La tradition attribue aussi à Dagobert la révision des lois des Francs ripuaires, des Alamans et des Bavarois — l'attribution est discutée, l'œuvre de mise en ordre est réelle.
Le roi est généreux envers les églises, et d'abord envers Saint-Denis, qu'il fait reconstruire et doter de terres, de reliques et d'orfèvreries ; la foire de Saint-Denis, l'une des plus anciennes du royaume, lui est attribuée par une charte que les historiens tiennent pour retouchée. Mais Frédégaire, qui l'admire au début, le juge sévèrement après l'installation à Paris : avidité, biens d'Église saisis, et trois reines à la fois, « comme Salomon », sans compter les concubines. L'honnêteté oblige à garder les deux portraits.
Le roi en guerre#
Le règne n'est pas celui d'un conquérant. À l'est, les Slaves du marchand franc Samo, devenu roi en Bohême, battent l'armée austrasienne à Wogastisburg (631 ou 632) : défaite rare et humiliante. La même année, selon Frédégaire, Dagobert fait massacrer en Bavière plusieurs milliers de Bulgares réfugiés qu'il avait accueillis — la page la plus noire du règne. À l'ouest, il fait mieux : une armée bourguignonne soumet les Gascons en 636, et le prince breton Judicaël vient à Clichy reconnaître sa suprématie — non sans refuser de dîner à la table du roi, pour aller manger chez Ouen, plus saint que lui. En Espagne, Dagobert aide le Wisigoth Sisenand à prendre le trône (631) et reçoit en paiement un plat d'or.
La cour et les résidences#
La cour est itinérante, de villa en villa, mais elle a désormais un centre : Paris et ses environs, entre la Cité, Clichy et Saint-Denis. Le fameux trône de Dagobert, siège pliant de bronze conservé au Cabinet des médailles de la BnF, n'est sans doute pas le sien ; Suger le fit restaurer au XIIe siècle et Napoléon s'y assit en 1804 pour distribuer la Légion d'honneur. L'objet dit surtout la place que Dagobert avait prise dans la mémoire des rois.
Mort et succession#
Malade de dysenterie, Dagobert meurt à Épinay le 19 janvier 639 et est enseveli à Saint-Denis : premier roi inhumé dans l'abbaye, il en fait la nécropole de la monarchie. Ses fils ont huit et quatre ans. Sigebert III règne à Metz sous le maire Grimoald, fils de Pépin de Landen ; Clovis II à Paris sous Nanthilde et Aega. Aucun roi après lui ne gouvernera vraiment : ce sont les « rois fainéants », et le pouvoir glisse vers la famille qui, en 751, prendra la couronne avec Pépin le Bref.
Ce qu'il en reste#
D'abord un tombeau. Au IXe siècle, les moines de Saint-Denis écrivent les Gesta Dagoberti, qui font de leur bienfaiteur un saint roi : un ermite aurait vu son âme enlevée par les démons sur la mer, puis délivrée par saint Denis, saint Maurice et saint Martin. Saint Louis fait sculpter la scène au XIIIe siècle sur le tombeau qu'on voit encore à droite du chœur — voir notre guide pour visiter Saint-Denis.
Ensuite une chanson. Le bon roi Dagobert, avec sa culotte à l'envers et saint Éloi qui le reprend, date de la fin du XVIIIe siècle : une satire de la monarchie qui prend un roi lointain pour en viser un proche, comme le rappelle l'article sur les surnoms des rois de France. La chanson a fait de Dagobert un roi de comptine ; l'histoire en fait le dernier Mérovingien qui fut vraiment roi, et l'homme qui a donné aux rois de France leur sépulture pour onze siècles.
À retenir
- 623 : roi d'Austrasie, sous Arnoul de Metz et Pépin de Landen.
- 629 : mort de Clotaire II ; Dagobert roi de tous les Francs.
- 632-634 : Sigebert III roi d'Austrasie, Clovis II héritier de Neustrie.
- 639 : mort à Épinay, premier roi enterré à Saint-Denis ; début des rois fainéants.
Pour aller plus loin#
- Les Mérovingiens (481-751) : la première dynastie des rois des Francs — la dynastie, de Clovis à Childéric III.
- Clovis : biographie du premier roi des Francs — le fondateur, dont Dagobert reprend la capitale.
- Brunehaut et Frédégonde — la guerre des reines dont son père sort vainqueur.
- Pépin le Bref — l'héritier des maires du palais, qui prend la couronne en 751.
- Les rois fainéants : mythe carolingien ou réalité ? — ses successeurs, dépossédés par les maires du palais.
- Visiter Saint-Denis : les tombeaux des rois de France — le tombeau de Dagobert et la nécropole qu'il fonde.
- Tous les rois de France et la chronologie.
Sources#
- Chronique de Frédégaire, livre IV, et Gesta Dagoberti — Gallica
- Laurent Theis, Dagobert, un roi pour un peuple, Fayard, 1982 ; Stéphane Lebecq, Les Origines franques, Ve-IXe siècle, Seuil, 1990.
- Trône de Dagobert — Bibliothèque nationale de France
Questions fréquentes#
Qui était le vrai roi Dagobert ?
Dagobert Ier, fils de Clotaire II, roi d'Austrasie en 623 puis de tous les Francs de 629 à 639. C'est le dernier Mérovingien qui gouverne vraiment, avec des conseillers comme saint Éloi et saint Ouen, et le fondateur de la nécropole royale de Saint-Denis.
D'où vient la chanson « Le bon roi Dagobert » ?
D'une chanson satirique de la fin du XVIIIe siècle, qui se moquait de la monarchie de son temps sous le nom d'un roi lointain. Elle n'a rien de médiéval : la culotte à l'envers et les répliques de saint Éloi sont des inventions comiques.
Comment est mort Dagobert Ier ?
De maladie, probablement d'une dysenterie, le 19 janvier 639, dans sa villa d'Épinay-sur-Seine, vers trente-six ans. Il se fit porter à Saint-Denis, où il fut enterré.
Qui a succédé à Dagobert Ier ?
Ses deux fils, encore enfants : Sigebert III en Austrasie, et Clovis II en Neustrie et en Bourgogne, sous la régence de la reine Nanthilde. Après eux, le pouvoir passe aux maires du palais.