Aliénor d'Aquitaine : biographie de la reine de deux royaumes

Biographie d'Aliénor d'Aquitaine (v. 1122-1204) : héritière du plus grand duché, reine de France par Louis VII, puis reine d'Angleterre par Henri II.

Romain Croisade 7 min

Mis à jour le 10 octobre 2026

Aliénor d'Aquitaine couronnée, tenant un livre, entourée de troubadours, enluminure

Fiche

Née vers 1122, en Aquitaine (Poitiers ou Bordeaux) · Morte le 31 mars 1204, à Fontevraud · Origine fille de Guillaume X, duc d'Aquitaine, et d'Aénor de Châtellerault ; petite-fille du troubadour Guillaume IX · Rôle duchesse d'Aquitaine en titre, reine de France (1137-1152), reine d'Angleterre (1154-1189), régente de fait pour Richard · Rois Louis VII, puis Henri II Plantagenêt · Enfants dix, dont Marie et Alix de France, Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre · Enterrée à l'abbaye de Fontevraud

La plus grande héritière de l'Occident, deux fois reine, mère de deux rois d'Angleterre et grand-mère de la reine qui donnera Saint Louis à la France : Aliénor d'Aquitaine est, de toutes les reines de France, celle dont le destin personnel a le plus coûté au royaume. Épousée en 1137 pour doubler le domaine royal, répudiée en 1152, remariée cinq semaines plus tard au maître de la Normandie et de l'Anjou, elle emporte l'Aquitaine en Angleterre et ouvre trois siècles de guerre franco-anglaise.

Comment Aliénor devient-elle reine de France ?#

Le 9 avril 1137, Guillaume X meurt en pèlerinage vers Compostelle en laissant pour héritière une fille d'environ quinze ans. Le duché qu'elle reçoit — Poitou, Aquitaine, Gascogne, de la Loire aux Pyrénées — est plus vaste que le domaine du roi. Louis VI, malade, agit en suzerain et en père : il marie en hâte son fils à l'orpheline. Les noces sont célébrées à Bordeaux, en la cathédrale Saint-André, le 25 juillet 1137 ; le 1er août, Louis VI meurt, et Aliénor est reine de France à quinze ans.

Le point capital est juridique et sera la source de tout : l'Aquitaine n'est pas annexée à la couronne. Elle reste le bien propre de la duchesse, tenu en fief du roi mais transmis à ses héritiers — un arrangement qui protège les droits d'Aliénor et ruine, à terme, ceux de la France.

Quel pouvoir a-t-elle exercé auprès de Louis VII ?#

Plus qu'une reine ordinaire, moins qu'une régente. Elle pousse Louis VII à revendiquer Toulouse au nom de sa grand-mère (expédition manquée de 1141) et soutient le remariage de sa sœur Pétronille avec Raoul de Vermandois, déjà marié — affaire qui vaut au roi l'excommunication et la guerre de Champagne. En 1143, à Vitry, l'église où s'est réfugiée la population brûle avec ceux qui s'y trouvent : plus d'un millier de morts selon les chroniqueurs. Louis VII, hanté, part se laver de ce sang.

Aliénor prend la croix avec lui à Vézelay, à Pâques 1146, quand saint Bernard prêche la deuxième croisade. À Antioche, chez son oncle Raymond de Poitiers qui veut porter l'effort sur Alep quand le roi veut Jérusalem, elle prend le parti de son oncle et menace de faire annuler son mariage pour parenté ; Louis VII l'emmène de force. L'expédition échoue devant Damas, le couple rentre en 1149 sur deux navires séparés. Le pape Eugène III les réconcilie à Tusculum, une seconde fille naît — mais pas de fils.

Le divorce de 1152 : la faute politique du siècle#

Le 21 mars 1152, le concile de Beaugency annule le mariage pour consanguinité au quatrième degré : le motif est réel en droit canon, il était connu depuis quinze ans, et nul ne s'en était soucié tant qu'on espérait un héritier. Les deux filles restent à la cour de France ; l'Aquitaine repart avec sa duchesse.

Le 18 mai 1152, huit semaines après, Aliénor épouse à Poitiers Henri Plantagenêt, duc de Normandie et comte d'Anjou, onze ans plus jeune qu'elle — sans l'accord de son suzerain, ce qui est une félonie. Le 19 décembre 1154, Henri est couronné roi d'Angleterre : Aliénor est reine pour la seconde fois, et un ensemble qui va de l'Écosse aux Pyrénées fait face au petit domaine capétien. Bainville juge l'affaire sans appel : rien, dans l'histoire de la monarchie, n'a été payé plus cher qu'un mariage rompu sans avoir d'abord sécurisé l'héritage.

Face à Henri II : la révolte et quinze ans de captivité#

Aliénor donne à Henri huit enfants, dont cinq fils, gouverne pour lui la Normandie et l'Aquitaine et tient à Poitiers une cour où les troubadours sont chez eux — le reste, les « cours d'amour » où l'on aurait jugé les affaires du cœur, est une invention littéraire tardive. Vers 1170 la rupture est faite : Henri règne seul, ses fils n'ont que des titres, et il affiche ses maîtresses.

En 1173, elle soutient la révolte de Richard, Henri le Jeune et Geoffroy contre leur père, avec l'appui de Louis VII — son premier mari armant ses fils contre le second. La révolte échoue : Aliénor est prise et tenue en résidence surveillée en Angleterre près de seize ans. Elle a cinquante ans quand la porte se ferme, soixante-cinq quand elle se rouvre.

La vieille reine : régente, mère, négociatrice#

Henri II mort en juillet 1189, Richard la libère et lui confie le royaume. C'est elle qui tient l'Angleterre pendant qu'il est en Terre sainte, elle qui déjoue les intrigues de Jean, elle qui réunit les 100 000 marcs de la rançon exigée par l'empereur et va chercher son fils en Allemagne en 1194. Richard mort (1199), elle fait reconnaître Jean, parcourt l'Aquitaine pour tenir les vassaux et négocie au traité du Goulet (1200) le mariage de sa petite-fille Blanche de Castille avec le futur Louis VIII : la France de Saint Louis sortira de ce contrat.

Elle se retire à Fontevraud et y meurt le 31 mars 1204, à plus de quatre-vingts ans, au moment même où Philippe Auguste achève d'enlever à Jean sans Terre la Normandie et l'Anjou. Le roi de France reprenait ce que le divorce avait donné ; l'Aquitaine, elle, restera anglaise.

Ce qu'il en reste#

Une légende noire, forgée par des chroniqueurs anglais hostiles : l'adultère d'Antioche, l'empoisonnement de la belle Rosemonde, jusqu'à la liaison avec Saladin — impossible, et pourtant répétée sept siècles. Une légende rose, celle de la reine des troubadours, guère plus exacte. Les faits suffisent : une femme qui a gouverné trois générations durant, tenu deux couronnes, formé un roi croisé et préparé la régente de Saint Louis ; et un héritage politique lourd, l'Aquitaine anglaise, cause lointaine mais directe de la guerre de Cent Ans. À Fontevraud, son gisant la montre couronnée, un livre ouvert entre les mains — la seule reine d'Occident représentée en train de lire.

À retenir

  • v. 1122 : naissance ; 9 avril 1137 : mort de son père, elle hérite du plus grand duché du royaume.
  • 25 juillet 1137 : mariage avec le futur Louis VII ; reine de France le 1er août.
  • 1147-1149 : deuxième croisade, Antioche, rupture avec le roi.
  • 21 mars 1152 : annulation à Beaugency ; 18 mai 1152 : mariage avec Henri Plantagenêt ; 1154 : reine d'Angleterre.
  • 1173-1189 : révolte de ses fils, captivité ; 1189-1204 : régente pour Richard, négociatrice pour Jean.
  • 31 mars 1204 : mort à Fontevraud, où elle est enterrée avec Henri II et Richard.

Pour aller plus loin#

Sources#

Questions fréquentes#

Qui était Aliénor d'Aquitaine ?

L'héritière du duché d'Aquitaine, née vers 1122, mariée en 1137 au futur Louis VII dont elle fut reine de France quinze ans, puis en 1152 à Henri Plantagenêt, qui devint Henri II d'Angleterre en 1154. Elle fut ainsi reine de deux royaumes et mère de Richard Cœur de Lion et de Jean sans Terre. Morte à Fontevraud en 1204.

Pourquoi Louis VII et Aliénor ont-ils divorcé ?

Leur mariage fut annulé le 21 mars 1152 au concile de Beaugency pour consanguinité — le motif canonique disponible. Les causes réelles : quinze ans sans fils, la rupture de la croisade et le séjour d'Antioche, et deux caractères inconciliables. Aliénor reprit son duché, que la couronne n'avait jamais annexé.

Aliénor d'Aquitaine a-t-elle trompé Louis VII à Antioche ?

Rien ne l'établit. Les chroniqueurs du temps rapportent une familiarité excessive avec son oncle Raymond de Poitiers et une querelle politique violente ; l'adultère, comme la légende d'une liaison avec Saladin, est une construction postérieure — Saladin avait alors une dizaine d'années.

Où est enterrée Aliénor d'Aquitaine ?

À l'abbaye de Fontevraud, en Anjou, où l'on voit encore son gisant : une reine couchée, couronnée, tenant un livre ouvert. Henri II et Richard Cœur de Lion reposent auprès d'elle.

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