Jeanne d'Arc et Charles VII : de Chinon à Reims (1429)

Jeanne d'Arc et Charles VII en 1429 : de la rencontre de Chinon au sacre de Reims, comment une jeune Lorraine a rendu au dauphin sa légitimité.

Romain Croisade 5 min

Jeanne d'Arc devant Charles VII lors du sacre à Reims, enluminure

Fiche

Période février-juillet 1429 · Lieux Chinon, Poitiers, Orléans, la Loire, Reims · Personnages Charles VII, dauphin non sacré ; Jeanne d'Arc, jeune Lorraine d'environ dix-sept ans ; Yolande d'Aragon, belle-mère du roi ; le Bâtard d'Orléans (Dunois) ; le duc d'Alençon · Enjeu faire sacrer le roi de France malgré l'occupation anglo-bourguignonne · Issue sacre le 17 juillet 1429 à Reims

En 1429, Jeanne d'Arc ne gagne pas seule une guerre : elle rend à Charles VII ce qui lui manque le plus, la certitude d'être le roi. De leur rencontre à Chinon (début mars) au sacre de Reims (17 juillet), quatre mois suffisent pour retourner la situation du royaume. Ce récit s'inscrit dans l'histoire des Valois et de la guerre de Cent Ans.

Le contexte : un roi sans sacre#

Depuis la mort de Charles VI en 1422, deux rois se disputent la France : le petit Henri VI, que le traité de Troyes (1420) désigne comme héritier, et Charles, que ce même traité déshérite. Il tient la Loire et le Midi, mais Paris, Reims et la Normandie lui échappent. Sa propre légitimité est contestée, jusque dans son entourage : les rumeurs sur sa naissance courent. Il n'a pas été sacré ; pour la plupart des Français de l'époque, c'est une faiblesse décisive, puisque c'est l'onction qui fait le roi (voir la cérémonie du sacre). Quant aux finances, elles sont à sec, et l'armée vient d'être battue à la journée des Harengs (février 1429). Les Anglais assiègent Orléans, dernier verrou de la Loire, depuis octobre 1428.

Le déroulement#

Chinon (mars 1429). Jeanne quitte Vaucouleurs en février, traverse un pays occupé et arrive à Chinon vers le 6 mars. Reçue par le roi, elle lui dit en substance qu'elle est envoyée pour faire lever le siège d'Orléans et le conduire à Reims. Les témoins rapportent qu'elle l'a reconnu parmi les courtisans et qu'un entretien secret l'a convaincu. Charles n'est pas crédule : il la fait examiner.

Poitiers (mars). Des clercs et des théologiens interrogent la jeune fille pendant plusieurs semaines. Leur conclusion est prudente : rien en elle qui ne soit conforme à la foi, et le roi peut, sans risque, se servir d'elle pour tenter ce que l'on n'a pas tenté. L'entourage de Charles, et en particulier Yolande d'Aragon qui finance l'expédition de ravitaillement d'Orléans, a sans doute pesé dans la décision.

Orléans (29 avril-8 mai). Jeanne entre dans la ville, relève le moral de la garnison et prend part aux assauts qui emportent les bastilles anglaises. Le 8 mai, le siège est levé. Les capitaines, dont Dunois, se rallient peu à peu à son audace.

La campagne de la Loire (juin). Jargeau, Meung, Beaugency, puis Patay le 18 juin : l'armée anglaise du centre est détruite en une semaine.

Le voyage vers Reims (29 juin-17 juillet). C'est le pari le plus risqué : conduire le roi à plus de trois cents kilomètres à travers la Champagne et la Bourgogne, pays du parti adverse, sans artillerie de siège. Auxerre négocie, Troyes cède après quelques jours devant la menace de l'assaut, Châlons ouvre ses portes, et Reims se rend avant même l'arrivée du roi.

Le sacre (17 juillet). Dans la cathédrale, l'archevêque Regnault de Chartres sacre Charles VII, avec l'huile de la sainte ampoule. Jeanne se tient près de l'autel, son étendard à la main. Pour elle, la mission est remplie : le roi est enfin le roi, et Reims le lieu du sacre a été reconquis.

Pourquoi cela a marché#

La force de 1429 est d'abord symbolique, mais pas seulement. Charles reçoit un signe qu'il attendait : une jeune paysanne qui affirme que le ciel lui donne raison. Dans une société chrétienne, cela pèse autant qu'une armée. Les villes se rallient parce qu'un roi sacré a droit à leur obéissance, et non plus à leur calcul. Sur le terrain, l'armée gagne en confiance, et les capitaines (Dunois, La Hire, Xaintrailles, Alençon) savent frapper vite. Il faut enfin rendre justice à Charles : il n'a pas été le jouet de Jeanne. Il a su l'examiner, la soutenir, puis tenir sa ligne, sans jamais perdre de vue la route de Reims.

Les conséquences#

Le sacre change le statut du conflit : la guerre n'oppose plus un roi à un prétendant, mais un roi légitime à un envahisseur. Mais tout n'est pas résolu. Jeanne échoue devant Paris en septembre 1429 ; le roi, qui préfère la négociation avec le duc de Bourgogne, tarde à la soutenir. Capturée à Compiègne en mai 1430, vendue aux Anglais, elle est condamnée à Rouen et brûlée le 30 mai 1431. Charles VII ne tente rien pour la sauver, ce qui reste le reproche majeur qu'on lui adresse. Mais il achèvera son œuvre : traité d'Arras (1435), reprise de Paris (1436), réformes militaires, puis Castillon en 1453. En 1450, il ordonne l'enquête qui conduit à la réhabilitation de Jeanne, proclamée en 1456. Voir la biographie de Charles VII.

Vrai ou faux#

Charles VII a trahi Jeanne d'Arc. Nuancé. Il ne l'a pas rachetée ni défendue pendant le procès, et c'est une faute. Mais il n'a pas eu la main dans la condamnation, et c'est lui qui a fait rétablir son honneur.

Jeanne a mené l'armée comme un chef de guerre. Pas au sens strict : les décisions tactiques reviennent aux capitaines. Son rôle est de donner à l'armée une volonté, et au roi une légitimité.

À retenir

  • Mars 1429 : Jeanne est reçue à Chinon, puis examinée à Poitiers.
  • 8 mai : Orléans est délivrée ; 18 juin : victoire de Patay.
  • 17 juillet 1429 : Charles VII est sacré à Reims, avec la sainte ampoule.
  • 1431 : Jeanne est brûlée à Rouen ; 1456 : sa condamnation est annulée.

Pour aller plus loin#

Sources#

  • Jules Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, 1841-1849 — Gallica
  • Philippe Contamine, Olivier Bouzy, Xavier Hélary, Jeanne d'Arc. Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2012.
  • Jeanne d'Arc, procès de réhabilitation — Archives nationales.

Questions fréquentes#

Comment Jeanne d'Arc a-t-elle reconnu Charles VII à Chinon ?

Les témoins rapportent qu'elle l'a distingué au milieu de la foule des courtisans, sans l'avoir jamais vu. Elle lui aurait aussi confié, en privé, un signe que lui seul pouvait comprendre ; la nature de ce secret reste inconnue.

Pourquoi Charles VII devait-il être sacré à Reims ?

Parce que le sacre, avec l'onction de la sainte ampoule, faisait le roi de France aux yeux de tous. Tant qu'il n'était pas sacré, Charles n'était que le « dauphin » ou le « roi de Bourges » pour ses adversaires.

Charles VII a-t-il abandonné Jeanne d'Arc ?

Il n'a pas payé sa rançon après sa capture à Compiègne (mai 1430) et n'a pas agi pour elle pendant le procès de Rouen. Il fera pourtant rouvrir l'affaire en 1450, et la réhabilitation de 1456 casse la condamnation.

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