Castillon (1453) : la fin de la guerre de Cent Ans

Bataille de Castillon, 17 juillet 1453 : l'artillerie de Jean Bureau écrase l'armée de Talbot et la Guyenne redevient française. La guerre de Cent Ans s'achève.

Romain Croisade 5 min

Mis à jour le 23 octobre 2026

Les canons français tirant sur les archers anglais devant le camp retranché de Castillon, enluminure

Fiche

Date 17 juillet 1453 · Lieu Castillon, sur la Dordogne, à l'est de Bordeaux · Camps l'armée de Charles VII, avec l'artillerie de Jean Bureau, contre l'armée anglaise de Jean Talbot, comte de Shrewsbury · Guerre la guerre de Cent Ans · Issue victoire française écrasante ; Talbot et son fils tués · Pertes plusieurs milliers d'Anglo-Gascons selon les chroniques, chiffre incertain

Le 17 juillet 1453, un vieux chef de guerre anglais lance ses hommes à l'assaut d'un camp retranché, sous le feu de l'artillerie. Il meurt dans l'heure, son armée avec lui. Trois mois plus tard, Bordeaux se rend, et la guerre de Cent Ans est finie sans traité ni cérémonie : la dernière bataille se joue à coups de canon, dans une vigne au bord de la Dordogne.

Le contexte : une Guyenne reprise puis reperdue#

Depuis le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt (1152), la Guyenne est liée à l'Angleterre ; Bordeaux vit du vin qu'elle lui vend, et les Gascons n'ont aucune hâte d'être administrés par Paris. En 1449-1450, Charles VII reprend la Normandie, achevée à Formigny. Il se tourne ensuite vers le sud : Dunois soumet la Guyenne et Bordeaux capitule en juin 1451, Bayonne en août. La conquête paraît terminée.

Elle ne l'est pas. Les Bordelais, déçus par les nouveaux impôts et privés du commerce anglais, appellent Londres à l'aide. En octobre 1452, Jean Talbot débarque dans le Médoc avec quelques milliers d'hommes et reprend Bordeaux sans combat. Un renfort anglais est attendu pour l'été. Charles VII, qui a désormais une armée permanente depuis les ordonnances de 1445, mobilise trois colonnes qui convergent sur la Guyenne.

Le déroulement : un camp, des canons, un vieillard#

Les Français assiègent Castillon, place de la Dordogne. Jean Bureau, maître de l'artillerie, installe devant la ville un camp retranché : fossés, talus, palissades, avec, selon les récits, plusieurs centaines de bouches à feu — chiffre à prendre avec prudence. L'armée ne cherche pas à manœuvrer, elle attend.

Talbot, qui doit avoir une soixantaine d'années, marche de Bordeaux à marche forcée pour secourir la place. Le 17 juillet à l'aube, il surprend et disperse un détachement de francs-archers posté dans le prieuré de Saint-Laurent. Il voit de la poussière sur la route ; on lui dit que les Français se retirent. Sans attendre son infanterie, il se lance à l'assaut du camp avec ce qu'il a. Ce n'était pas une retraite, mais la poussière de la vie quotidienne d'un camp.

Les assaillants viennent buter sur les fossés, tandis que l'artillerie tire à bout portant. Pendant ce temps, la cavalerie bretonne et les hommes d'armes sortent du camp et prennent l'armée anglaise de flanc. Talbot a son cheval tué sous lui par un coup de canon ; il est achevé à terre. Son fils, le vicomte de Lisle, meurt à ses côtés. Vers le soir, la déroute est complète.

Pourquoi ce résultat#

Parce que le roi de France dispose de ce qui manquait à ses prédécesseurs de Crécy et de Poitiers : une armée payée en permanence, commandée, et surtout une artillerie à poudre sérieuse. L'arc long, maître des champs de bataille depuis Crécy, ne vaut rien contre un camp fortifié qui tire plus fort. Talbot, lui, a commis la faute classique : attaquer sans reconnaître et sans attendre ses renforts, par fidélité à une tactique de victoire que la guerre avait dépassée.

Les conséquences#

La Guyenne s'effondre. Le 19 octobre 1453, Bordeaux se rend à son tour ; Charles VII, qui a épargné la ville par politique, en confie la garde à des forteresses nouvelles (le château Trompette, le fort du Hâ). L'Angleterre ne garde que Calais, qu'elle perdra en 1558. Dans les faits, le roi de France a chassé les Anglais de ses terres, mais il n'y aura aucun traité de paix avant plus de vingt ans : la paix de Picquigny, avec Louis XI, est de 1475, et les rois d'Angleterre porteront encore le titre de rois de France jusqu'en 1801.

Cette fin discrète est celle d'une guerre commencée sur des questions de succession. Elle a fait naître, avec Jeanne d'Arc et le sacre de Reims, l'idée qu'un roi de France est d'abord le roi de ses Français, et non celui que dicte un traité : c'est ce que prépare, depuis Charles V, la lente reconquête décrite dans la synthèse sur la guerre de Cent Ans.

Vrai ou faux#

Castillon est la première bataille gagnée par l'artillerie. Presque : des canons avaient déjà servi dans les sièges et à Formigny (1450), mais c'est la première grande bataille de campagne où la décision est portée par l'artillerie. Talbot a été tué par un boulet. La tradition dit que son cheval est tombé sous un boulet et que lui-même a été achevé à terre à coups de hache ; l'épisode est vraisemblable mais rapporté diversement par les chroniqueurs.

À retenir

  • 17 juillet 1453, sur la Dordogne : l'artillerie de Jean Bureau détruit l'armée anglaise de Talbot.
  • Bordeaux se rend le 19 octobre 1453 ; la Guyenne est française.
  • Aucun traité n'est signé : la guerre cesse faute de combattants.
  • Les Anglais ne gardent que Calais, jusqu'en 1558.

Pour aller plus loin#

Sources#

Questions fréquentes#

Qui a gagné la bataille de Castillon ?

L'armée du roi de France Charles VII, retranchée derrière ses canons sous la direction de Jean Bureau, a écrasé l'armée anglaise de Jean Talbot, comte de Shrewsbury, qui est mort au combat.

Pourquoi Castillon marque-t-elle la fin de la guerre de Cent Ans ?

Parce qu'elle ouvre la reddition de Bordeaux (19 octobre 1453) et la perte de la Guyenne par les Anglais. Aucun traité n'est signé : la guerre s'arrête faute de combattants. Seule Calais reste anglaise, jusqu'en 1558.

Où se trouve Castillon ?

Sur la Dordogne, à l'est de Bordeaux, à la limite de la Gironde et de la Dordogne ; la commune s'appelle aujourd'hui Castillon-la-Bataille.

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