Agnès Sorel, la première favorite officielle (vers 1422-1450)

Agnès Sorel (vers 1422-1450), dame de Beauté et première favorite officielle d'un roi de France : son influence sur Charles VII, sa mort, le mercure.

Romain Croisade 4 min

Agnès Sorel, dame de Beauté, auprès du roi Charles VII, enluminure

Agnès Sorel (vers 1422-1450) est la première femme que la cour de France ait reconnue publiquement comme la favorite du roi. Elle le fut de Charles VII, dans les années où le royaume se relevait de la guerre de Cent Ans. Morte à vingt-huit ans environ, elle a laissé le nom d'une « dame de Beauté » et une question jamais refermée : qui l'a tuée ? C'est un des visages les plus célèbres de la longue série des reines et favorites de France.

Fiche

  • Née vers 1422, en Touraine (Fromenteau, selon la tradition) ; morte le 9 février 1450 à Jumièges, en Normandie.
  • Origine : petite noblesse de Touraine et de Picardie.
  • Rôle : dame d'honneur, puis favorite officielle (vers 1444-1450).
  • Roi : Charles VII.
  • Enterrée à Loches, collégiale Saint-Ours.

D'où vient-elle, et comment entre-t-elle à la cour ?#

Agnès Sorel naît dans une famille de petite noblesse. Elle entre jeune au service d'Isabelle de Lorraine, duchesse d'Anjou, puis de Marie d'Anjou, l'épouse de Charles VII. C'est donc auprès de la reine qu'elle est remarquée, vers 1443-1444, à l'époque où le roi, installé dans ses châteaux de la Loire, ne se bat plus à chaque saison. Les chroniqueurs de l'époque, comme Georges Chastellain, vantent sa beauté ; les dates exactes de sa jeunesse restent incertaines.

Qu'a-t-elle changé à la cour ?#

Avant elle, les rois avaient des maîtresses, mais elles se cachaient. Charles VII, lui, la fait connaître : il lui donne la seigneurie de Beauté-sur-Marne, celles de Vernon et d'Issoudun, des bijoux, une maison. Agnès paraît à la cour avec un luxe qui fait scandale : robes à longue traîne, décolletés, diamants taillés. Elle lance des modes que l'on commente jusque dans les sermons.

Son influence politique est réelle sans être démesurée. Elle soutient des hommes de confiance du roi, comme le trésorier Étienne Chevalier, et paraît avoir poussé Charles VII à garder auprès de lui des serviteurs capables plutôt que des courtisans. Mais il faut se garder de la légende rose qui en fait l'aiguillon d'un roi indolent : les victoires de 1449-1450 sont celles de ses capitaines et de son armée.

Pourquoi a-t-elle des ennemis ?#

Le principal est le dauphin Louis, futur Louis XI, brouillé avec son père et hostile à la favorite. Une tradition raconte qu'il la frappa en pleine cour vers 1446 et dut s'éloigner ; la scène est rapportée plus tard, et sa date comme son détail restent incertains. Autour d'elle, d'autres rivaux guettent : elle est riche, jeune, écoutée, et l'on parle déjà de ses largesses.

Comment est-elle morte ?#

Enceinte de son quatrième enfant, elle rejoint le roi en Normandie, au moment de la reconquête, et meurt à Jumièges le 9 février 1450, après quelques jours de maladie, dit-on. Sur son lit de mort, la tradition la montre repentante, aumônière et pieuse ; elle avait fondé des messes et des dons aux églises.

Dès l'époque, on parle de poison. On accuse Jacques Cœur, l'argentier du roi, mis à l'écart en 1451 : l'accusation a servi à sa chute, sans preuve. D'autres incriminent le dauphin. Ce n'est qu'en 2005 qu'une équipe scientifique, ayant étudié ses restes, relève une quantité de mercure bien supérieure à la normale. Certains y voient un empoisonnement ; d'autres rappellent que le mercure entrait dans les médicaments du temps, contre les vers notamment, et que la dose peut venir d'un traitement. La question reste ouverte, et il vaut mieux le dire que choisir un coupable.

Que reste-t-il d'Agnès Sorel ?#

  • Ses enfants : trois filles, reconnues par le roi, dont Charlotte, mariée à Jacques de Brézé, grand sénéchal de Normandie.
  • Un portrait : Jean Fouquet lui prête les traits de la Vierge du diptyque de Melun, commandé par Étienne Chevalier. Un tableau de piété, peint avec ses traits, qui a nourri sa légende.
  • Un tombeau : à Loches, dans la collégiale Saint-Ours, où le gisant de marbre blanc la montre entourée d'agneaux et d'anges. Transféré en 1777, il a été ouvert en 2005 pour l'étude de ses restes.
  • Un titre : « dame de Beauté », entré dans la langue.

Un regard chrétien ne peut ni la canoniser ni la mépriser. Sa liaison avec un roi marié était une faute, que les sermons du temps ne taisaient pas ; sa charité et sa mort pieuse le furent tout autant. Elle illustre aussi une constante de la monarchie : la cour voit la favorite, le royaume voit le roi, et l'institution passe au-dessus des personnes.

À retenir

  • Agnès Sorel est la première favorite officielle d'un roi de France (vers 1444-1450).
  • Elle porte le titre de dame de Beauté ; elle donne trois filles à Charles VII.
  • Sa mort à 28 ans environ, en 1450, reste non élucidée : le mercure retrouvé en 2005 n'a pas tranché.
  • Elle repose à Loches.

Pour aller plus loin#

Sources#

Questions fréquentes#

Qui était Agnès Sorel ?

Une demoiselle de Touraine, dame d'honneur de la reine, devenue vers 1444 la favorite de Charles VII. Elle est la première à recevoir publiquement ce rang à la cour de France et meurt en 1450, vers 28 ans.

Pourquoi l'appelle-t-on la « dame de Beauté » ?

Charles VII lui donna la seigneurie de Beauté-sur-Marne, près de Vincennes, dont elle porta le nom. Le titre fut aussi retenu pour sa grâce, dont les portraits de Jean Fouquet gardent le souvenir.

Agnès Sorel a-t-elle été empoisonnée ?

Une analyse de ses restes, publiée en 2005, a révélé une dose très forte de mercure, ce qui a relancé la thèse de l'empoisonnement. Elle reste discutée : le mercure servait aussi de remède, et la cause de sa mort n'est pas tranchée.

Où est enterrée Agnès Sorel ?

À Loches, en Touraine, dans la collégiale Saint-Ours du château, où son tombeau de marbre noir surmonté d'un gisant a été replacé au XVIIIᵉ siècle.

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