La mort de Louis XIV (1715) : la gangrène et les derniers mots
Mort de Louis XIV à Versailles le 1er septembre 1715 : la gangrène de la jambe, les adieux à la cour, les derniers mots à l'enfant Louis XV et la succession.

Fiche
Date dimanche 1er septembre 1715, entre 8 h et 9 h du matin · Lieu chambre du roi, château de Versailles · Roi Louis XIV, 76 ans, 72 ans de règne · Cause gangrène de la jambe gauche · Médecins Fagon, premier médecin, et le chirurgien Maréchal · Successeur son arrière-petit-fils Louis XV, 5 ans · Sources journal de Dangeau, Mémoires de Saint-Simon, registre du Mercure
Louis XIV meurt à Versailles le 1er septembre 1715, au terme d'une agonie de trois semaines que toute la cour a suivie. Une douleur à la jambe, prise pour une sciatique, devient une gangrène qu'on ne sait pas arrêter. Le roi, qui a tout vécu en public, meurt de même : il règle ses affaires, demande pardon, parle à l'enfant qui va lui succéder, et se prépare chrétiennement. Cette mort sans éclat théâtral est restée l'une des grandes scènes de l'histoire de France, au dernier acte de la monarchie des Bourbons.
Le contexte : un règne qui s'achève dans le deuil#
En 1715, le roi a perdu presque toute sa descendance : le Grand Dauphin en 1711, le duc de Bourgogne et sa femme en 1712, le duc de Berry en 1714. Il reste un enfant de cinq ans, le petit duc d'Anjou, et la paix d'Utrecht (1713) vient de clore la guerre de Succession d'Espagne. À soixante-seize ans, après soixante-douze ans de règne, il travaille encore chaque jour avec ses ministres. Le royaume est épuisé par les guerres, la dette et les famines de 1693 et 1709 ; le roi le sait et l'a dit.
Le déroulement : du 9 août au 1er septembre#
- Mi-août. Au retour d'une promenade à Marly, vers le 9 août, le roi se plaint d'une douleur à la jambe. Son médecin Fagon y voit une sciatique. Le roi tient son rang : conseils, audiences, grand couvert, et il reçoit encore l'ambassadeur de Perse en grande pompe, le 19 août.
- 24-25 août. Il mange en public pour la dernière fois. La jambe noircit. Pour la Saint-Louis (25 août), les musiciens jouent sous ses fenêtres, selon l'usage, tandis qu'il est déjà alité.
- 26 août. La gangrène est reconnue. L'amputation, tardive, est écartée : le roi, très affaibli, ne la subirait pas. Il reçoit les sacrements, fait venir les courtisans et leur demande, selon Dangeau, pardon du mauvais exemple qu'il leur a donné. À Mme de Maintenon, il aurait dit en substance qu'il pensait qu'il serait plus difficile de mourir. À ses serviteurs en larmes, il demande s'ils l'avaient cru immortel.
- Fin août. Il fait venir le petit Dauphin, que sa gouvernante, la duchesse de Ventadour, présente à son lit. Les mots, rapportés par plusieurs témoins avec de légères variantes, sont devenus célèbres : l'enfant sera un grand roi ; qu'il n'imite pas son bisaïeul dans le goût des bâtiments ni dans celui de la guerre, qu'il soulage ses peuples et fasse ce que le roi a eu le malheur de ne pas faire.
- Dimanche 1er septembre. Les prières des agonisants sont dites. Le roi, qui a perdu connaissance par intervalles, murmure une dernière prière en latin et en français, puis s'éteint peu après huit heures du matin. Un officier paraît au balcon, brise sa canne et proclame la fin du règne ; la cour, en un instant, se tourne vers l'enfant.
Pourquoi la gangrène ?#
Les médecins du temps n'ont ni antibiotiques ni diagnostic vasculaire. Fagon, vieillard de quatre-vingts ans, croit à la sciatique ; quand la jambe noircit, il est trop tard. Les historiens de la médecine évoquent aujourd'hui une artérite, c'est-à-dire une jambe mal irriguée, avec un diabète possible chez un roi gros mangeur de sucreries et de viandes. Le plus ancien rapport, celui des chirurgiens, a été rédigé après la mort. Ces explications sont des hypothèses : le même mal, un siècle plus tard, serait aussi mortel.
Les conséquences : la Régence et le testament cassé#
Le roi a rédigé un testament en 1714, que Philippe d'Orléans, neveu du défunt, fait casser dès le lendemain, 2 septembre, par le Parlement de Paris, en échange du rétablissement du droit de remontrance. Le Parlement, que Louis XIV tenait à la bride depuis le lit de justice de 1655, retrouve ainsi une voix, et la Régence (1715-1723) commence. Le roi est enterré à Saint-Denis le 9 septembre, son cœur est porté chez les jésuites de la rue Saint-Antoine, à Paris. La tradition rapporte que des paysans auraient chanté sur le passage du convoi ; ce récit tardif, repris par Voltaire, n'est pas établi, mais le soulagement de ceux que la guerre avait ruinés est réel.
Vrai ou faux#
- « Après moi, le déluge » ? Faux : la formule est prêtée à Louis XV, sans preuve. Louis XIV, lui, aurait dit qu'il s'en allait mais que l'État demeurerait toujours, ce qui tient mieux à son esprit de souverain.
- « L'État, c'est moi » ? Légende également : aucune source du règne ne la rapporte. Sa mort en dit plus long : le roi meurt en roi, soucieux de la succession.
Un bilan qu'il a lui-même dressé#
Saint-Simon, qui ne l'aimait pas, rend un hommage de fond à cette mort : le roi y fut courageux, chrétien et maître de lui. Il reconnaît ses fautes, dont les guerres, la révocation de l'édit de Nantes et la dette. La monarchie, elle, en sort intacte : l'enfant qui lui succède aura, de la naissance à la mort, une légitimité que personne ne conteste. Cette continuité immédiate, sans guerre civile à l'ouverture de la succession, est la force de la loi de succession : le roi est mort, vive le roi.
À retenir
- 9 août 1715 : première douleur à la jambe, au retour de Marly. 26 août : la gangrène est reconnue ; le roi demande pardon à la cour.
- 1er septembre 1715 : mort à Versailles, vers 8 h 15, à 76 ans, après 72 ans de règne.
- 2 septembre : le Parlement casse le testament ; Philippe d'Orléans devient régent de Louis XV, 5 ans.
- Les derniers mots sont rapportés par des témoins (Dangeau, Saint-Simon) : à lire avec prudence.
Pour aller plus loin#
- Louis XIV : biographie du Roi-Soleil — le règne tout entier.
- Les Bourbons (1589-1848) — la dynastie, d'Henri IV à Louis-Philippe.
- Chronologie de l'histoire de France — 1715 dans la suite des siècles.
- La guerre de Succession d'Espagne (1701-1714) — le dernier combat du règne.
- Combien coûtait Versailles ? — le prix de la cour.
- Quel roi de France a régné le plus longtemps ? — les 72 ans de Louis XIV.
Sources#
- Marquis de Dangeau, Journal, août-septembre 1715 — Gallica
- Saint-Simon, Mémoires, année 1715 — Gallica
- Château de Versailles, dossier sur la mort de Louis XIV — chateauversailles.fr
Questions fréquentes#
De quoi est mort Louis XIV ?
D'une gangrène de la jambe gauche, apparue en août 1715 et que les médecins ont d'abord prise pour une sciatique. Les historiens de la médecine y voient plutôt les suites d'un mauvais état artériel, peut-être aggravé par un diabète : le diagnostic reste une hypothèse.
Quels ont été les derniers mots de Louis XIV ?
À son arrière-petit-fils, il aurait dit en substance de ne pas l'imiter dans le goût des bâtiments et de la guerre ; à la cour, il demanda pardon du mauvais exemple donné. Les dernières paroles rapportées sont des prières, notamment « Mon Dieu, venez à mon aide ». Tout nous vient de témoins de la chambre (Dangeau, Saint-Simon), à lire avec prudence.
Quand et où est mort Louis XIV ?
Le dimanche 1er septembre 1715, vers huit heures et quart du matin, dans sa chambre du château de Versailles, quatre jours avant ses soixante-dix-sept ans, après soixante-douze ans de règne.